Ou Ommyades, Ommïades, Omeyades; descendants d'Oinméïa
provinces firent mauvais accueil aux g^ouverneurs d'Ali; quelques-uns, menacés de mort, durent rebrousser chemin. La Syrie, où Moaouia, petit-neveu d'Othman, était tout-puissant, prit les armes en sa faveur.
Aïcha et ses alliés Talha et Zobéir, n'espérant pas pouvoir se maintenir à la Mecque, étaient allés soulever Bassora. Ali marcha contre eux; la veuve du Prophète eut beau faire conduire dans la mêlée le chameau qu'elle montait, la journée du chameau tourna contre son parti. Talha et Zobéir furent tués; elle-même dut solliciter son pardon. Mais la Syrie n'était pas aussi facile à réduire. Chaque jour, dans la mosquée de Damas, on montrait au peuple la chemise ensanglantée d'Olhman; trente mille hommes avaient fait le serment de ne pas dormir dans un lit, de ne pas boire d'eau fraîche, de ne pas se laver le corps avant d'avoir vengé le vieux khalife. Chaque jour Moaouia se fortifiait davantage. Il était en état de se mesurer avec Ali quand celui-ci se décida à l'attaquer. Les deux armées se rencontrèrent à Çiffin, sur la rive droite de l'Euphrate. Avant d'en venir aux mains on négocia; puis il y eut des escarmouches coupées de trêves et de nouveaux pourparlers qui n'aboutirent pas. L'action générale s'engagea enfin; elle fut sanglante. Des deux côtés on se battait avec furie. « Ali parcourait tous les rangs, encourageant les soldats à combattre. Son sabre, par le grand nombre des coups qu'il avait frappés, était tordu, et la poignée adhérait à sa main. » Un moment, il se trouva tout près de son rival : « Pourquoi, lui cria-t-il, faire tuer tant d'hommes? Viens, combattons à nous deux, nous verrons pour qui Dieu décidera. » Moaouia ne répondit pas, et comme Amr le pressait d'accepter le défi, il lui reprocha de vouloir l'envoyer à la mort, nul n'étant jamais sorti vivant d'un combat singulier avec le fils d'Abou-Taleb. L'impétuosité d'Ali et de son lieutenant Malik semblaient décider la victoire, les Syriens fuyaient. Ce fut Amr qui sauva la situation. Par son conseil, les soldats de Moaouia fixent à leurs lances des copies du Koran et somment les gens de l'Irak d'obéir comme eux au livre divin. Les troupes d'Ali s'arrêtent, exigent qu'on écoute les propositions de l'ennemi. On convient que deux arbitres seront chargés de
trancher le différend. L'un de ces arbitres étant Amr, la sentence ne pouvait être douteuse. Ali ne l'accepta point et continua la guerre. Elle ne tourna pas à son avantage. Déjà, dans son propre parti, se formait une secte dissidente, qui lui reprochait de ne pas s'en être rapporté au jugement de Dieu et d'avoir accepté l'arbitrage. Ces KharédjUes ou « séparés » prirent les armes : il fallut les écraser à Xehreouan. Les gens de l'Irak se montraient de plus en plus tièdes; quand Ali demandait 60 000 soldats, il lui en venait 3000. L'Egypte était perdue, les généraux omméïades entraient à Médine. Le frère même d'Ali fît défection. Les kharédjites professaient maintenant qu'il ne faut pas iï imam ' sur terre ; la défaite avait surexcité leur fanatisme. Trois d'entre eux s'entendirent pour frapper à la fois Moaouia, Amr et Ali. 3Ioaouia en fut quitte pour une blessure; Amr esquiva le péril grâce à une absence opportune, Ali fut atteint mortellement (GGl). Sa mort porta le dernier coup à une cause déjà compromise. Après lui, son fils aîné, Hassan, traita avec Moaouia; le second, Hoséïn, qui essayait de mettre à profit la morl du premier khalife omméïade pour soulever l'Irak, fut massacré à Kerbela près de Koufa (680).
Les Omméïades. — La défaite des Alides ne procura pas la pacification. Abdallah-ben-Zobéir, le fils de ce compagnon du Prophète qui avait été le rival d'Ali, se fit proclamer khalife en Arabie et fut maître quebpie temps de l'Irak, de l'Egypte, même d'une partie de la Syrie. Il ne succomba qu'en 692, après de longues luttes au cours desquelles les villes saintes furent cruellement maltraitées. A Médine, presque toute la population fut massacrée; les cavaliers syriens entrèrent dans la mosquée et attachèrent leurs chevaux dans l'espace sacré, entre la chaire du Prophète et son tombeau. La Mecque subit deux sièges; la Kaaba fut battue en brèche par les machines de guerre et consumée par un incendie. Les compétitions personnelles n'entraient pas seules en jeu; les vieilles inimitiés de tribus, les haines traditionnelles des Yéménites et des Màadites se réveillaient, compliquées maintenant du conllit des sectes qui coni-