C'est le même mot que Moslémine ou Musulmans
les sectes à la fois religieuses et politiques qui s'étaient formées de bonne heure dans les provinces orientales. Parmi ces opposants, les uns soutenaient que le khalifat ne pouvait être conféré que par l'élection ; les autres, fortement imbus de la tradition persane de l'hérédité, estimaient qu'Ali, le gendre de Mohammed, avait été écarté du pouvoir par une usurpation, et s'attachaient à ses descendants comme aux seuls imams légitimes. La famille d'Ali n'était pas éteinte, mais ses représentants, partagés d'ailleurs en plusieurs branches rivales, manquaient de l'àpreté, de la persévérance, de l'activité nécessaires à des chefs de parti. Le plus souvent ils se contentaient, comme le fils d'IIoséïn, Zeïnel-Abedin, d'édifier les purs musulmans par leurs vertus, ou bien, comme son cousin, Abou-IIachim-Abdallah, se ralliaient aux Omméïades et vivaient à la cour de Damas. Sous le khalife Hischam, l'Alide Zaïd tenta un soulèvement, mais les gens de Koufa l'abandonnèrent comme autrefois Hoséïn ; il périt les armes à la main ; ce fut aussi le sort de ses fils réfugiés dans le Khorassan. On accrocha au gibet les cadavres décapités de ces descendants du Prophète. Une autre famille prit alors la place des Alides, rallia autour d'elle leurs partisans et tous les mécontents : c'étaient les descendants d'Abbas, l'oncle du Prophète. Ils s'autorisaient d'une cession qui aurait été faite à leur profit par l'Alide Abou-Hachim; mais, outre que la cession elle-même était d'une authenticité douteuse, les titres d'Abou-Hachim, descendant d'Ali, mais non de Fatima, étaient primés par ceux de la branche d'Hoséïn. A défaut de droits bien établis, les Abbassides mirent au service de leur cause une opiniâtreté que rien ne rebutait. Ils surent, avec une remarquable adresse, préparer leur terrain et mettre à profit les circonstances. Une propagande savamment organisée s'étendit à tout l'empire : leurs émissaires exploitaient toutes les causes locales de mécontentement, se bornant, sans rien préciser, à parler contre les Omméïades en faveur de la famille du prophète. Le khalife Ilicham, qui soupçonnait ces menées sans en avoir la preuve, fit emprisonner l'Abbasside Mohammed-ben-Ali comme débiteur du trésor. Mais les partisans de celui-ci payèrent pour lui, et il fut remis en liberté.
Histoire générale. I. 31
A la mort d'Hicham (743), la dynastie omméïade est déjà très ébranlée. Un formidable soulèvement, provoqué aussi bien par les excitations des sectes dissidentes et de leurs missionnaires que par les exactions des gouverneurs, a éclaté parmi les Arabes d'Afrique et s'est étendu à l'Espagne. Kérouan a pu être sauvé par la sanglante victoire d'El-Asnam, mais le Maghreb occidental est toujours en pleine révolte et l'Espagne demeure troublée. En Orient, le Khorassan, depuis longtemps travaillé par l'ancien sellier Abou-Moslim, l'agent le plusactif des Abbassides, est mûr pour l'insurrection. Les discordes des Omméïades précipitèrent leur ruine : dans l'espace d'une année, trois khalifes, Oualid II, Yézid III, Ibrahim, se succèdent à Damas. Merouan II, neveu d'Abd-cl-Mélik, montra des talents et de l'énergie, mais il usa ses forces à comprimer les révoltes qui éclatèrent jusqu'en Syrie. Abou-Moslim juge alors le moment venu; il s'empare de Merv, la capitale du Khorassan, fait abattre le drapeau vert des Omméïades et arbore partout les couleurs noires des Abbassides. L'imam Ibrahim, fils de Mohammed, tombé aux mains de Merouan, est mis à mort. On proclame à sa place son frère Abou- 1-Abbas, qui méritera le sinistre nom d'Es-Saffah (le sanguinaire). Les insurgés se portent en avant. Merouan marche à leur rencontre. Complètement battu sur les bords du Zab, le khalife omméïade s'enfuit à travers la Mésopotamie et la Syrie; les habitants de Damas lui fermèrent leurs portes. Atteint sur les frontières du Delta, il fut massacré dans une église copte où il avait cherché un refuge (750). Les vainqueurs annonçaient qu'ils venaient venger Hoséïn le martyr, son petit-fils Zaïd et leur dernier imam Ibrahim. Ces haines de secte servirent les calculs d'une politique impitoyable qui voulait exterminer jusqu'au dernier rejeton de l'ancienne dynastie, et qui s'acharnait même sur les morts. On ouvrit les tombeaux des khalifes omméïades et l'on en retira leurs os pour les brûler. Soixante-dix princes, pour la plupart des vieillards ou des enfants, qu'on avait attirés par la promesse d'une amnistie, furent assommés à coups de barre de fer. On étendit ensuite des tapis dans la salle du carnage et l'on servit un festin sur les corps pantelants. La dynastie ne périt pourtant pas tout entière : un petit-fils du khalife Hicham,
Abd-er-Rahman, échappé au massacre, parvint à g^agner l'Afrique, et passa de là en Espagne, où il allait bientôt relever brillamment la fortune de sa maison.
Nous reviendrons sur les destinées des divers États musulmans qui se constituèrent sur les ruines du premier empire arabe . Comme l'empire carolingien , l'empire fondé par Mohammed et les premiers khalifes, après avoir embrassé de vastes régions dans l'ancien monde, a fini par semer celui-ci de ses débris. Il s'est dissous presque sous l'action des mêmes causes : guerres civiles pour le pouvoir, tendance des chefs subalternes à s'émanciper, réaction des nationalités et des races.
Les Omméïades. — tableau généalogique.
Omméïa.
Abu
u l'As
Harb.
Akkaiii.
Merouan T',
Affan.
Olsman, 644-656.
Abou-Soféïan.
Moaouia I""', 661-680.
Yézid, 680-683.
Abd-el-Mélik.
Abd-el-
Oniai 717-7
■Aziz .
obi
prn 74^
lin m
uan 1-750
éd.
Moaouia II,
Oualid I"'', 705-715.
Soléîman, Yézi 715-717. 720-