CHAPITRE X
de 887 à 1108.
/. — Rivalité des Carolingiens et des Robertiens.
Origines de la maison robertienne. — Après la déposition de Charles le Gros, le comte Eude de Paris, de Blois et d'Orléans fut, en 888, choisi comme roi par l'aristocratie de la Neustrie, de la Francia proprement dite et de la Bourg-ogne. Il fut sacré à Compièg-ne par les mains de l'archevêque de Paris. Il avait des titres à cette dig-nité : d'abord, il était le plus puissant seigrneur de la France occidentale, ayant hérité de ses aïeux de vastes domaines en Anjou, en Touraine, en Champagne et en Poitou, sans compter les pays dont il était comte; en second lieu, sa maturité d'esprit, sa justice, sa piété étaient appréciées, et il venait de défendre Paris assiégé par les Normands.
Eude était le fils aîné du célèbre Robert le Fort, fondateur de la maison robertienne. On ne sait point au juste si ce Robert le Fort descendait ou non lui-même d'un chef saxon, transporté en Gaule sous Charlemagne. Toujours est-il (ju'il était, dans la seconde moitié du ix" siècle, l'un des plus grands propriétaires terriens du pays compris entre Seine et Loire, le cœur de la
France, et qu'il s'était acquis une immense popularité par ses luttes contre les envahisseurs normands. Il était mort glorieusement dans un combat contre les pirates, à Brissarthe (866). La popularité personnelle d'Eude, le héros du siège de Paris, se doublait donc de celle de son père, le héros du combat de Brissarthe.
La maison robertienne eut la bonne fortune d'avoir pour chefs, pendant cent cinquante ans, des hommes d'un mérite éminent : Eude, Robert L'*", Hugue le Grand, Hugue Gapet. Les deux premiers ont été des soldats ; ils ont continué la tradition glorieuse de Robert le Fort. Les deux autres ont été des politiques : leur diplomatie a jeté les assises d'une dynastie durable. — La lutte de ces quatre personnages contre les derniers Carolingiens, c'est presque toute l'histoire politique du x" siècle dans la France du Nord.
Eude. — Il semblait, en 888, après l'avènement d'Eude P"" à la dignité royale, que la couronne des Francs occidentaux était déjà transférée à jamais dans la maison robertienne. Eude avait la force; dans une entrevue avec le roi de Germanie, à Worms, il obtint la reconnaissance officielle du droit qu'il tirait de l'élection des grands, au prix d'un acte formel de subordination à l'égard de la royauté allemande, dépositaire de la majesté impériale. Cependant, malgré sa force, malgré son droit, malgré sa gloire, il fut obligé de désigner comme son successeur, à la veille de sa mort (P' janvier 898), non pas son frère Robert, mais Charles le Simple, fils posthume du Carolingien Louis le Bègue.
C'est qu'à cette date toute affection n'était pas encore morte, dans le cœur des Francs, pour la descendance de Charlemagne. La fidélité à la dynastie carolingienne resta immuable, pendant près d'un siècle, chez les puissants archevêques de Reims, qui ont été au x'^ siècle de véritables faiseurs de rois. Les revendications légitimistes des Carolingiens devaient serA-ir d'ailleurs de prétexte commode à l'aristocratie, contrariée par Eude dans ses usurpations et impatiente de la domination que le roi robertien essaya de lui faire subir, tant en vue de rétablir l'ordre que pour fortifier le pouvoir royal à son profit.