‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 114 sur 192 · RIVALITE DES CAROLINGIENS ET DES ROBERTIENS · texte numérisé non relu

RIVALITE DES CAROLINGIENS ET DES ROBERTIENS

Eude fut obligé de plier, parce qu'il avait soulevé contre lui les haines d'une aristocratie anarchique, et parce que le prestige du nom de Charlemagne auréolait encore d'un vif éclat la pâle figure de l'enfant posthume que l'attachement de l'archevêque de Reims à la vieille dynastie suscita contre lui.

La légende odonique. — Plus tard la légende défigura ces événements. Les hommes du x" siècle, désireux de concilier les principes du loyalisme et de la légitimité avec la haute idée qu'ils se faisaient du fils de Robert le Fort, se représentèrent Eude I" comme ayant porté la couronne en qualité de tuteur ou de régent pendant la minorité du fils de Louis le Bègue, et comme s'étant empressé de la rendre à l'enfant royal lorsqu'il eut atteint l'âge de régner. — D'autre part, les provinces méridionales de la Gaule, notamment l'Aquitaine, revendiquèrent, au x*^ siècle, le premier roi robertien comme une sorte de héros local; on crut qu'il descendait des comtes de Limoges. La vérité est qu'il avait eu à vaincre la résistance des seigneurs aquitains à ses volontés, comme celle des seigneurs du Nord; mais peut-être avait-il eu la velléité de s'appuyer sur les premiers contre les seconds. Il laissa sûrement dans le Midi une profonde impression, et son effigie — le type odonique — substituée à celle des princes carolingiens, fut conservée sur les monnaies des villes de Toulouse, de Narbonne et de Maguelonne, jusqu'au xf siècle.

Robert. — Le frère d'Eude F'', Robert, sut attendre. Il reprit, dans les rangs de l'aristocratie territoriale, la place éminente que lui assignaient ses domaines patrimoniaux. Charles le Simple augmenta même ses domaines des grandes abbayes de Saint- Germain-des-Prés, de Saint-Denis et de Morienval. Une charte l'appelle trimarchio, c'est-à-dire comte de trois marches; et il maria ses filles aux deux plus puissants seigneurs du Nord : Héribert de Yermandois, Raoul de Bourgogne. Quand Charles le Simple eut fatigué la patience de ses partisans (vingt ans suffirent amplement à changer les dispositions d'une féodalité turbulente à l'égard de ce prince médiocre), Robert, appuyé sur ses deux gendres, se retrouva l'homme désigné pour la dignité suprême. Il chassa de Laon le roi carolingien

qui s'enfuit en Lorraine, et se fit couronner à Sens par l'archevêque du lieu, le 22 juin 922. Robert allait ainsi recommencer le règne d'Eude, avec quelques chances de meilleur succès, quand il fut tué, en 923, à la bataille de Soissons, gagnée du reste par les siens sur une armée de Lorrains qu'avait recrutée à grand'peine Charles le Simple.

Hugue le Grand duc des Francs. — Hugue, fils de Robert, fut un tacticien de première force au jeu de la diplomatie, bien différent de ses ancêtres, les défenseurs infatigables des trois marches. Persuadé, à ce qu'il semble, de l'instabilité et de la vanité du titre royal, instruit du danger qu'il y avait cependant à l'usurper brutalement, capable d'apprécier l'excellence de la procédure cauteleuse qu'avaient employée jadis les niaires du palais d'Austrasie pour éliminer en douceur les derniers Mérovingiens, il thésaurisa les dignités et les fiefs; il préféra l'exercice d'un pouvoir occulte aux responsabilités du titre royal. Aucun Roberlien n'a plus contribué que lui à fonder la grandeur de sa maison : il a assuré par sa prudence, au moment critique, le salut de la récolte semée par ses ancêtres et qu'Huguc Capet devait moissonner.

A la mort du roi Robert, Hugue était encore trop jeune pour avoir une autorité personnelle. Son beau-frère Raoul fut élu roi : tant il est vrai que la dignité royale était encore, théoriquement et souvent en pratique, élective au x" siècle, suivant les vieux usages germaniques. C'est bien à tort que les chroniqueurs légitimistes ont avancé plus tard que Charles le Simple avait donné lui-même la couronne à Raoul, dont il était le parrain. Raoul régna en vertu de la désignation des grands, jusqu'en 936. Les quatorze années de son règne ne furent pas perdues pour la famille robertienne : il se laissa arracher en effet par Hugue le Grand la concession du comté du Maine et d'une partie de la Picardie.

A la mort du roi Raoul, Hugue, tout-puissant, s'effaça de bonne grâce. l\ y avait un prétendant de race carolingienne, Louis d'Outremer, fils de Charles le Simple et d'une princesse anglo-saxonne, qui avait été élevé dans l'ile d'Angleterre. Ce prétendant était jeune, il avait quinze ans; Hugue le croyait

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