‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 125 sur 192 · L'ITALIE JUSQU'AU COURONNEMENT U'OTTO · texte numérisé non relu

L'ITALIE JUSQU'AU COURONNEMENT U'OTTO

Sabine, de la Toscane, l'ancien exarchat de Ravenne, dans le midi certaines parties de la Campanie, avec restitution éventuelle de divers territoires de ces régions, comme Naples, Gaëte, Fundi, et de la Sicile « s'il en devenait maître avec l'aide de Dieu ». Il lui attribuait les revenus que la Toscane et le duché de Spolète payaient autrefois aux rois lombards. Par contre, les papes élus ne pourraient être consacrés qu'après avoir juré fidélité à l'empereur, en présence des missi impériaux. En réalité, par cet acte, la papauté devenait vassale de l'Empire.

A peine Otto avait-il quitté Rome pour soumettre le nord de l'Italie, que Jean XII se repentait de s'être donné un maître. Il conspirait avec Bérenger et Adalbert, il négociait avec l'empereur grec, il dépêchait même des envoyés aux Hongrois afin de les pousser à envahir l'Allemagne. Déjà commençait l'ère des difficultés. Otto revenait bientôt à Rome. Cette fois, il dut y pénétrer par la force (novembre 9G3), tandis que Jean XII, qui avait d'abord revêtu l'habit de guerre, s'enfuyait, et, selon l'expression de son biographe, « se cachait comme une bête sauvage dans les forêts et les montagnes ».

Ainsi, tantôt en appelant Otto, tantôt en luttant contre lui, Jean XII était arrivé à un même résultat : l'asservissement de la papauté au nouvel empire. Otto, en effet, commence par exiger des Romains le serment que désormais ils n'éliront point de pape sans son consentement. Quatre jours après son entrée, le 6 novembre, il convoque un synode à Saint-Pierre : là, on dresse contre Jean XII un acte d'accusation qui lui reproche ses débauches, ses parjures, ses sacrilèges, ses assassinats; il est déposé et remplacé par un Romain de noble naissance, mais laïque, qui prend le nom de Léon VIII. Quelques jours après, les Romains se soulèvent contre Otto; on se bat dans les rues, et la révolte n'est étouffée que dansle sang. Dès que l'empereur allemand a quitté Rome, Jean XII y rentre (février 964), en chasse Léon YIII, et, au synode qui l'a condamné, oppose un synode nouveau. Il meurt bientôt (mai 9G4), mais les Romains ne veulent toujours point du pape impérial; ils élisent contre lui Benoît V. Il fallut un

nouveau siège, de nouvelles luttes, un nouveau synode pour triompher de ces résistances et imposer Léon VIII (juin 964). Les Allemands dévastèrent les campagnes, les bourgs, les villes des environs de Rome. Quand Otto retourna en Germanie, au commencement de 965, emmenant prisonniers l'ex-roi Bérenger et l'ex-pape Benoît V, il laissait derrière lui des haines ardentes.

Cependant la répression avait été si cruelle que, l'année suivante, à la mort de Léon YIII (mars 965), les Romains n'osèrent pas d'abord se soulever et reconnurent les droits que s'était arrogés Otto. Mais le nouveau pape impérial, Jean XIII, quoiqu'il appartînt à l'aristocratie romaine, eut bientôt à lutter contre une conspiration de la noblesse et du peuple que dirigeait Pierre, préfet de la Yille. Dans le sud de l'Italie, le parti d'Adalbert, fils de Bérenger, reprenait des forces. Cette fois encore Otto rentra à Rome : douze chefs des régions ou capitaines du peuple eurent la tète tranchée ou les yeux crevés; le préfet de la Yille fut suspendu par les cheveux à la statue équestre de Marc-Aurèle, qui se dresse encore aujourd'hui sur la place du Capitole; puis on le promena sur un Ane, à travers les rues, au milieu des huées; enfin on l'exila en Germanie (fin de 966). De concert avec Jean XIII, Otto tint de grands synodes à Rome et à Ravenne, au commencement de l'année suivante.

Conséquences du rétablissement de l'Empire. — En

résumé, comme au temps de Charlemagne, la papauté avait invoqué un roi étranger et lui avait conféré l'Empire; comme au ix" siècle encore, elle amenait par là son asservissement et celui de Rome, sans même parvenir à assurer sa sécurité contre les conspirations et les émeutes. Mais, tandis que les papes intelligents et actifs du ix"" siècle avaient aussitôt lutté pour ressaisir l'indépendance et la suprématie, ceux du x". privés à

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la fois de la force matérielle et de l'autorité morale, allaient subir pendant assez longtemps le joug- qu'ils s'étaient imposé. Un chroniqueur de ce temps, qui a l'àme italienne, Benoît du mont Soracte, a déploré, dans une éloquente invective, l'abaissement de Rome courbée sous une domination étrangère : « Malheur à toi! Rome, que tant de peuples ont opprimée et foulée aux pieds ! Maintenant le roi saxon t'a saisie, tes fils sont tombés sous le irlaive. ta force a été réduite à rien. Ton or et ton argent ils l'emportent dans leurs bourses. » Ainsi devait sans cesse se manifester la lutte entre deux sentiments opposés, qui souvent coexistaient dans les mêmes âmes : le désir de l'unité impériale et l'amour de l'indépendance. Livrée à elle-même, cruellement divisée, l'Italie souhaite l'empereur, espérant retrouver par lui l'ordre et la paix; quand l'empereur est là, quand il fait durement sentir le poids de son autorité et la force de son glaive, quand l'Allemand tue, pille et brûle, l'Italie déteste une domination presque toujours rude et cruelle, et parfois se soulève avec rage pour la rejeter.

Au milieu du x® siècle, le Saint-Empire romain germanique est donc fondé et triomphe. Singulier triomphe, cependant! En Italie même, combien le pouvoir de l'empereur est précaire, intermittent, à la fois violent et faible! Oublié et insulté parce qu'il ne peut s'exercer d'une manière constante et régulière, il se rappelle au respect par de sanglantes répressions; mais, si alors les têtes se courbent devant lui, la haine croît plus ardente au fond des cœurs. D'autre part, en Allemagne, le rétablissement de l'Empire a pour conséquence d'affaiblir la royauté germanique et de la distraire de ses intérêts immédiats. De bonne heure les événements s'étaient chargés d'avertir Otto P*". Dès sa première expédition en Italie, il avait vu se reformer en Allemagne de nouvelles coalitions. Son fils aîné, Liudolf, jaloux du crédit de son oncle Henri de Bavière, mécontent du mariage de son père avec Adélaïde, où il voit un danger pour ses droits, suscite une révolte dans laquelle entrent Conrad le Rouge, duc de Lorraine et gendre du roi, des seigneurs de Franconie, de Saxe, de Bavière. Ainsi semblent compromises l'œuvre à laquelle Otto a consacré toute la première

partie de son règne et la politique de famille qu'il a suivie. Ce n'est qu'après une guerre difficile qu'il réprime la révolte et dépouille Liudolf et Conrad de leurs duchés (953-954).

Politique extérieure d'Otto T". — Désireux de reprendre en toute occasion les traditions de Charlemagne, Otto voulut entrer en relations politiques avec le monde grec et le monde arabe. En 967, il avait imposé aux princes de Capoue et de Bénévent une suzeraineté illusoire, il avait fait couronner à Rome par le pape son fils Otto « César et Auguste », lorsque l'idée lui vint d'unir par un mariage l'Empire d'Occident et l'Empire d'Orient. Liutprand, évêque de Crémone, fut chargé d'aller demander à l'empereur Nicéphore Phocas la main de Théophano, fille de Romain II, petite-fille de Constantin YII. Liutprand a raconté son ambassade (juin-octobre 968) dans une relation qui est une des œuvres les plus vivantes et les plus pittoresques de ce temps. Nicéphore Phocas était brave, orgueilleux : les rodomontades de Liutprand ne le troublèrent pas; il y répondit en raillant la gloutonnerie et l'ivrognerie germaniques; il le fit asseoir à table au-dessous de l'envoyé des Bulgares . Le projet de mariage fut dédaigneusement accueilli. « C'est chose inouïe, répondirent les hauts fonctionnaires byzantins, qu'une princesse j^orphyrofjénète ' épouse un étranger. Cependant, puisque vous demandez une si grande faveur, vous l'obtiendrez, pourvu qu'en retour vous donniez ce qui convient, c'est-à-dire Ravenne et Rome avec tout ce qui en dépend. Si vous vous contentez de notre alliance sans mariage, que ton maitre laisse Rome libre et qu'il replace dans leur ancienne servitude les princes de Capoue et de Bénévent, autrefois esclaves de notre Empire, maintenant rebelles. » Quand Otto veut enlever à Byzance ses possessions dans le sud de l'Italie, la Calabre et la Pouille, il n'y réussit pas (969-970). Cependant Nicéphore Phocas est assassiné (décembre 969), et son meurtrier, Jean Zimiscès, devenu empereur, ne fait point de difficultés pour remettre à une nouvelle ambassade, que dirige l'archevêque de Cologne, Gero, la belle et intelligente

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