Dranibor des Slaves
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///. — L'Italie jiisqu au couronneînent d'Otto r\
L'Italie dans la première moitié du x" siècle. — Tandis que rAUemagne se réorganisait sous le gouvernement de la maison de Saxe, l'Italie était troublée du nord au sud par l'anarchie. Malgré les invasions et les révolutions qu'elle avait subies pendant plusieurs siècles, elle était toujours, au x'^ siècle, le pays le plus riche et le plus civilisé de l'Occident. Ni les Lombards, ni les Francs n'y avaient entièrement détruit les traditions de la culture et de l'activité antiques. C'était là que Charlemagne avait été chercher quelques-uns des écrivains et des maîtres les plus illustres de son temps, Paul Diacre, Pierre de Pise. Au x^ siècle encore, et dans les rangs mêmes du clergé, l'évèque de Vérone, Ratherius, qui est un Germain, signale avec indignation cet esprit profane et presque païen, ce culte des œuvres antiques, cette urbanité mondaine qu'on retrouvera chez les Italiens de la Renaissance. A l'intérieur des villes, artisans et marchands continuent à former une classe nombreuse, active et influente. Les institutions féodales, que la conquête franque avait contribué à développer en Italie, n'y offrent tout à fait ni la même physionomie, ni la même force qu'en France ou en Germanie. D'eux-mêmes, les habitants des villes, pour se défendre contre les seigneurs, recouraient à leurs évêques et profitaient des immunités que ceux-ci obtenaient des princes, des empereurs. Partout les privilèges de ce genre se multiplient et s'étendent. « En 892, on donne à l'évèque de Modène, pour le relèvement de la ville ruinée, les revenus royaux, la propriété, les portes, les ponts, les rues, et l'autorisation d'élever des fortifications dans un rayon d'un mille autour de la ville. En 904, on fait à l'évèque de Bergame une donation analogue. En 916, l'évoque de Crémone reçoit tous les revenus et toute la juridiction dans la ville et dans un rayon de cinq milles. » (Giesebrecht.) Charles le Chauve déjà avait établi que les évêques, dans leurs diocèses, auraient le pouvoir
et rempliraient les fonctions des missi carolingiens (876). En favorisant par son alliance le développement de la puissance et de l'autonomie des évêques, la population prélude à la formation des grands municipes italiens.
Mais, si les éléments d'un avenir meilleur se révèlent déjà, le pays, au x° siècle, reste ouvert de tous côtés aux invasions. Après avoir attaqué l'Italie dès le commencement du ix" siècle, et, en 846, Rome même, les Sarrasins s'étaient établis vers 880 sur les bords du Garigliano et de là ravageaient toute la région centrale. « Les Sarrasins, dit le chroniqueur Benoît du mont Soracte, régnèrent pendant trente ans dans l'Empire romain; le pays fut réduit en désert. » Les grands et riches monastères de Subiaco, de Farfa, avaient été détruits. Le pape, Jean X, voulut délivrer enfin l'Italie méridionale, en formant une vaste ligue dans laquelle entrèrent Bérenger, proclamé empereur, les princes du midi, les populations du centre, l'empereur grec. En 916, le repaire du Garigliano fut forcé et détruit.
Chassés du midi, les Sarrasins, plus au nord, restaient maîtres d'un poste dangereux : Fraxinetum (la Garde-Frainet) sur le golfe de Saint-Tropez, où ils s'étaient établis vers 889. De là leurs bandes pouvaient s'élancer soit dans le bassin du Rhône, où les traces des établissements et des colonies de Sarrasins sont aujourd'hui encore nombreuses, soit dans le bassin du Pô. Les passages des Alpes étaient à eux : ils interceptaient les communications entre la France et l'Italie, et, au x" siècle, y arrêtaient les marchands et les pèlerins. A tous ces maux s'ajoutèrent les invasions hongroises : des villes entières furent ruinées; en 924, des habitants de Pavie 200 seulement survivent; la Toscane est pillée; Rome même est attaquée. Ce n'est que vers 942, après plusieurs combats aux environs de la ville, que les Hongrois disparaissent enfin du centre de l'Italie.
La dignité impériale. — A ce pays dévasté manquait un chef qui pût grouper et diriger les résistances . Malheureusement, les Italiens eux-mêmes n'en avaient pas conscience. Alors déjà, comme bien souvent dans la suite, ils se plaisent à opposer les uns aux autres des maîtres éphémères. Au
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x'' siècle, Liutprand, évèque de Crémone, qui connaît bien ses compatriotes et qui du reste a leurs défauts comme leurs qualités, écrit : « Les Italiens veulent toujours se servir de deux maîtres, afin de tenir en bride chacun d'eux par la peur de l'autre. » Celte maxime explique l'histoire confuse et tragique de la dignité impériale depuis l'époque où Arnulf de Germanie avait été couronné à Rome (896). Après le départ du roi germain, Lambert de Spolète avait repris le titre d'empereur et s'était fait reconnaître même du pape (898), mais il était mort aussitôt après. Les ennemis de son rival, Bérenger de Frioul, avaient alors fait appel au jeune Louis de Provence, fils et successeur de Boso, que Benoît IV couronna empereur à Rome (900). Cinq ans plus tard, Bérenger s'emparait de lui à Vérone, lui faisait crever les yeux et le renvoyait en Provence. En 91S, Bérenger recevait à Rome, de Jean X, la couronne impériale; mais aussitôt une coalition de seigneurs se formait contre lui, sous la direction d'Adalbert, marquis d'Ivrée, et offrait le pouvoir à Rodolphe, roi de Bourgogne cisjurane. Bérenger trahi trahissait à son tour : il appelait les Hongrois en Italie (924); mais, la même année, il était assassiné à Vienne. Au bout de trois ans, Rodolphe de Bourgogne était lui aussi renversé. Ainsi cette dignité impériale si recherchée semblait être, pour tous ceux qui y atteignaient, une cause de ruine et de mort. Ilugue de Provence, couronné roi à Pavie (926), parvint à conserver le pouvoir jusqu'en 946, bien qu'il fût fourbe et débauché, puis il fut chassé. Son fils et son successeur, Lothaire, mourut bientôt (950). Bérenger, marquis d'Ivrée, s'empara de la royauté. Il prétendit faire épouser à son fils Adalbert la veuve de Lothaire, Adélaïde, fille de Rodolphe de Bourgogne : ce fut pour échapper à cette union qu'Adélaïde réclama l'intervention du roi de Germanie.
La papauté, Rome et l'Église. — S'il n'y avait plus en Italie (jue des fantômes de rois et d'empereurs, à Rome la papauté subissait les plus terribles épreuves qu'elle ait jamais connues. Factions féodales, faction germanique, faction des ducs de Spolète se disputent Rome et le pouvoir pontifical.
L'autorité morale des papes sombre en môme temps que leur autorité temporelle.
Déjà, en 897, se passe à Rome un drame barbare qui montre à quel degré de violence atteignent les haines. Formose, qui avait contribué à rattacher les Bulgares à l'Eglise latine, d'évêque de Porto était devenu pape, contrairement aux canons. Il avait été partisan d'Arnulf de Germanie. Il meurt en 896. L'année suivante, son successeur, Etienne YI, allié de Lambert de Spolète, fait arracher au tombeau les restes de Formose; en plein synode, on assied sur un trône ce squelette couvert des vêtements pontificaux, on instruit son procès, on l'insulte, on le condamne, puis, après l'avoir dépouillé de ses insignes, après lui avoir brisé les trois doigts qui servaient à bénir, on le jette au Tibre.
En quelques années, de 896 à 904, huit papes se succèdent au milieu des troubles et des luttes des factions. En 904, commence pour Rome la domination fameuse des Théodora et des Marozia. L'aristocratie féodale triomphe. Sergius III (904-911) est pape par l'appui de Théodora, dont la fille Marozia est, dit-on, sa maîtresse. Cependant, parmi ces papes, il s'en trouva à qui ne manquèrent ni le courage, ni les grands desseins. Jean X (914-928), s'il dut sa fortune à Théodora, eut l'ambition de gouverner. A ses côtés , Théophylacte , le mari de Théodora, le protège et commande avec lui sous le titre de « consul et sénateur des Romains ». On juge trop ces personnages d'après les invectives de Liutprand, l'évêque de Crémone, qui, partisan de l'intervention allemande, est intéressé à les présenter sous un jour défavorable. Encore est-il parfois contraint de reconnaître leur énergie : « Théodora, écrit-il, courtisane impudente, dirigeait virilement la cité. » A Jean X, à Théodora, à Théophylacte vint se joindre Albéric, d'origine assez incertaine, mais qui, par sa valeur, avait fait fortune et était devenu margrave de Camerino; il épousa Marozia, fille de Théodora, et par là entra dans le gouvernement de Rome.
Le pontificat de Jean X ne manque point de gloire. Si la papauté ne se préoccupe plus guère des intérêts spirituels, si elle ne peut plus dominer le monde chrétien, Jean X forme
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et dirige la lig-ue qui aboutit à chasser les Sarrasins du midi de l'Italie. Plus tard, brouillé avec Albéric, il eut encore l'habileté de triompher, et Albéric succomba au moment où il venait d'appeler les Hongrois dans l'Italie centrale. Marozia, il est vrai, voulut venger son époux. Afin d'y arriver, elle se maria avec Guido, marquis de Toscane, et l'énerg-ique Jean X, après avoir lutté pendant deux ans contre eux, eut enfin le dessous et mourut en prison. Trois ans plus tard, le fils même de Marozia devenait pape sous le nom de Jean XI (931). Quant à Marozia, elle contractait un troisième mariage avec Hugue, le nouveau roi d'Italie, ambitieux, perfide et dissolu, qui mécontenta les Romains par son arrogance; un des fils mêmes de Marozia, Albéric, frère du pape, les souleva contre Hugue, le força à fuir, et s'empara du pouvoir (932).
Ici se place une révolution intéressante. Albéric veut transformer Rome et l'Etat pontifical en une république aristocratique. Dorénavant, le pape n'aura plus que le pouvoir spirituel; le pouvoir temporel appartient à Albéric, qui prend le titre de Princeps atqiie omnium Romanorum senator. Le mot de sénateur n'implique pas ici l'existence d'un sénat, mais désigne le chef de l'Etat. Albéric était vraiment un homme de gouvernement, et les contemporains ne lui reprochent aucun des vices qu'ils signalent chez Hugue; s'ils l'attaquent, c'est parce qu'il tient la papauté en servitude. Ce fut pour elle un temps de décadence, mais non pour Rome, où Albéric rétablit l'ordre et qu'il défend. Attaqué par Hugue en 933 et 936, il oblige son adversaire à lui donner en mariage sa fille. D'autre part il entre en relations avec l'Empire d'Orient et cherche à s'assurer de ce côté une alliance. Il ne serait même pas juste de croire qu'il ait systématiquement travaillé à l'atTaiblissement de l'Eglise : loin de là, il est en rapports avec le grand réformateur du monachisme au x" siècle, Odo de Cluny; il lui confie le soin de restaurer la discipline dans les couvents de Rome et des environs.
La tâche est lourde, il est vrai, tant l'Eglise, privée de toute unité de direction, adopte en Italie, comme dans tous les autres pays, les mœurs violentes de la société laùjue. Ainsi le riche
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monastère de Farfa, dans la Sabine, dont nous possédons l'histoire pendant cette époque, est devenu la proie de deux moines bandits, Gampo et Hildebrand. Après avoir assassiné leur abbé, ils s'installent en seigneurs, ont femmes et enfants. Les moines agissent de même, vivent en dehors du monastère, n'y viennent que le dimanche pour la messe. Sans autorité en Italie, la papauté est méprisée au dehors; il semble que l'œuvre des Grégoire le Grand et des Nicolas P'" soit définitivement ruinée, et que l'Eglise catholique soit destinée à se diviser en églises nationales.
Cependant, tandis que partout l'anarchie se propage et le pouvoir se fractionne, bien des âmes sont invinciblement attachées au rêve de l'unité disparue. Au milieu des malheurs et des luttes du x^ siècle, l'ancien Empire romain apparaît dans le passé lointain comme un âge fortuné où les consuls, les sénateurs, les empereurs dominaient sur le monde pacifié et heureux. Rome même, Rome dorée, « aurea Roma », dit-on, se présente aux imaginations comme une cité merveilleuse où tout évoquait l'idée de puissance et de richesse. Autour de son histoire se forment des légendes populaires où les souvenirs chrétiens se mêlent aux souvenirs païens. On les trouve naïvement contées dans les Mirabilia urhis Romœ, petits guides à l'usage des pieux voyageurs qui, de tous les pays chrétiens, affluent aux tombeaux des apôtres, descendent aux catacombes et, chemin faisant, promènent leurs regards étonnés sur les monuments antiques. « 0 noble Rome, chantent les pèlerins, maîtresse du monde, rouge du sang rouge des martyrs, blanche des lis candides des vierges, nous te bénissons. Puisses-tu vivre à travers les siècles! » Aux destinées de Rome on continue à attacher celles du monde : « Aussi longtemps que le Golysée sera debout, Rome vivra; quand le Golysée tombera, Rome tombera aussi; quand Rome tombera, le monde tombera. » Ainsi, même aux plus tristes jours, Rome est la Ville Éternelle, symbole de la durée et de l'unité; et c'est d'elle que la société divisée et malheureuse espère, contre toute vraisemblance, un ordre de choses meilleur. Dans les esprits de ce temps, l'idée de l'Empire ne se sépare
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point de l'idée de Rome. C'est là qu'ont rég-né les grands empereurs païens et chrétiens dont le moyen âge garde le souvenir, là que Charlemagne a été couronné. Or les hommes du x« siècle ne songent guère à la faiblesse de l'œuvre carolingienne, aux causes de sa durée éphémère ; dès la fin du ix* siècle, la légende s'est emparée de Charlemagne et de son règne ; c'est son successeur qu'on al tend, qu'on réclame.
Intervention d'Otto en Italie. — Telle est la situation de l'Italie au milieu du x^ siècle; telles sont aussi les idées, tels sont les sentiments qui serviront de base à l'œuvre chimérique du « Saint-Empire romain germanique ». Or, à ce moment, Otto reconstituait l'Allemagne; le bruit de sa gloire se répandait en Italie; tous ceux qui souffraient, tous ceux qui désiraient un autre ordre de choses tournaient vers lui les yeux, comme vers le seul qui fût capable de revendiquer l'héritage de Charlemagne et de rétablir la paix et l'unité.
En 951, Adélaïde, la veuve du roi Lothaire, qui refuse de se marier avec Adalbert, d'un château sur le lac de Garde où elle s'est réfugiée, fait appel au roi germain. Otto descend en Italie, épouse Adélaïde. Il force Bérenger et Adalbert à venir, l'année suivante, à l'assemblée d'Augsbourg se reconnaître ses vassaux, et à céder à Henri de Bavière les marches de Vérone et d'Aquilée, llstrie, le Frioul, le Trentin. D'après un chroniqueur (Flodoard), il voulut aussi aller à Rome et y envoya d'abord une ambassade ; mais, sur le refus d'Albéric, il n'engagea pas la lutte avec le puissant patrice.
En 9o4, Alljéric disparaissait. Inquiet sur les destinées de son œuvre, craignant de perpétuels conflits entre le principal qu'il avait établi et la papauté, il tenta d'unir les deux pouvoirs dans une même personne, et il fit jurer aux Romains d'élire pape, à la mort d'Agapet II, son fils Octavien. Mais il ne pouvait transmettre à cet enfant de seize ans son énergie et son habileté politique. Pape dès 955 sous le nom de Jean XII, Octavien se livre à tous les désordres et compromet 1 œuvre paternelle, en même temps qu'il achève de déshonorer le pouvoir pontifical. D'après certains témoignages, menacé par Bérenger, il aurait lui-même fait appel à Otto et lui aurait
promis la couronne impériale; d'après d'autres, ce serait à son insu que les Romains et les Lombards se seraient adressés au roi de Germanie. De leur côté, les évêques du nord inAoquaient Otto contre Bérenger, dont ils avaient à se plaindre, et des comtes se joignaient à eux; Walpert, archevêque de Milan, était au nombre de leurs envoyés. Ainsi, de toutes parts, on appelait Otto.
Il semblerait donc qu'Otto, au mois d'août 961, franchissait les Alpes pour se rendre à un vœu presque général. Couronné roi d'Italie à Pavie, sans avoir rencontré de résistance de la part de Bérenger, il se dirige aussitôt sur Rome. Avant d'y pénétrer, il jure au pape de respecter sa personne et ses droits. Jean XII, de son côté, lui avait juré de ne jamais accorder aucune aide à Bérenger ni à Adalbert. L'entrée à Rome, le 31 janvier 962, fut solennelle. Néanmoins, dans cette cité qui, pendant de longues années, venait de jouir de l'autonomie, Otto ne se sentait point en sécurité. Au moment d'être couronné, il disait à un de ses fidèles, Ansfried de Louvain : « Aujourd'hui, quand je m'agenouillerai devant la tombe de saint Pierre, veille à tenir ton épée levée au-dessus de ma tète, car je sais bien tout ce que mes prédécesseurs ont eu à souffrir des Romains. Le sage évite le mal par la prévoyance. Pour toi, tu auras le temps de prier tant que tu voudras quand nous retournerons à Monte-Mario '. » Ainsi le roi germain. « couronné empereur Auguste » et successeur de Gharlemagne le 2 février 962, se souvenant du passé, entrevoyait déjà les difficultés et les dangers dont était entourée la dignité impériale; mais tel était le prestige de l'idée de l'Empire qu'elle triomphait de toutes les hésitations, de tous les raisonnements.
Les rapports du pape et de l'empereur furent réglés par un privilège en date du 13 février 962, conforme en partie au privilège de Louis le Débonnaire, de 817. L'authenticité de ce document, souvent discutée, a été récemment bien établie ^ Otto confirmait les donations qui avaient attribué à saint Pierre et à son vicaire Rome et le duché de Rome, une partie de la
1. Collino aux environs de Rome, où campait l'armée allemande.
2. Sickel, Dus l'rivilegiuyn 01 to 1 ftir die romisclie Kirclie, iSS'i.