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EMPEREURS DE LA MAISON MACEDONIENNE 6o7

jamais ne cessera l'hostilité entre les deux empires, les deux races. Elle éclatera dans toute son éneririe à l'époque des croisades.

Avec la papauté les rapports, plus fréquents, ne sont pas moins diflîciles. C'est en vain que les empereurs ont fait amende honorable et rétabli les images; presque aussitôt s'engagent de nouveaux conflits, comme pour attester que l'union religieuse entre l'Orient et l'Occident est désormais impossible. Tandis que l'énergique ^Nicolas I"'" (8o8-86~) gouverne l'église latine, à Gonstantinople, Photius. intelligent, ambitieux, politique rusé autant que savant érudit, parvient à se substituer comme patriarche à Ignace, disgracié pour avoir refusé la communion -au César Bardas (857). Si Photius réussit d'abord à corrompre les légats romains chargés dune enquête sur son élection, Nicolas l" prononça lanathème contre lui au concile de Latran (863). L'empereur étant intervenu dans la querelle, le pape lui répond sans ménagements. Il rappelle ses nombreux prédécesseurs hérétiques; il lui conteste le titre d'empereur des Romains. Michel III avait, paraît-il, traité la langue latine de barbare. « Cessez, lui écrit le pape de vous appeler empereur des Romains, puisque ces Romains ne sont pour vous que des Barbares. » Ailleurs il rejette les prétentions tant de fois soutenues par les évoques de Constantinople et, après avoir cité les patriarches d'Antioche et d'Alexandrie, il ajoute : « Quant aux évèijues de Conslanlinople et de Jérusalem, on les appelle aussi patriarches, mais ils n'ont pas la même autorité. Aucun apôtre n'a institué l'église de Constantinople : le concile de ]Sicée n'en fait pas mention C'est seulement parce qu'on nomme Constantinople la nouvelle Rome, et par un eiTet de la faveur des princes plus que de la raison, que l'évêque y a pris le titre de patriarche '. » La conversion des Bulgares, les missions de Cyrille et de Méthode avivèrent encore la lutte Nicolas I" enleva à l'Orient la- direction de cette propagande religieuse, car les Bulgares, ennemis des Grecs, se tournèrent naturellement vers Rome. Photius [trotesla avec violence, convoqua un

i. Comparer avec la théorie de Léon le Grand; voir ci-dcssiis, chapitre v. Histoire gé.sérale. T. 42

concile à Gonstantinople (867). Déjà étaient invoquées les dissidences entre l'Orient et l'Occident touchant la « procession » du Saint-Esprit ' et certains points de discipline, comme le célibat des prêtres.

Lorsque Basile I" s'empara du pouvoir, Ig-nace fut d'ai)ord rétabli. Le nouvel empereur sacritlait-il Photius au désir de se rapprocher de Rome, le punissait-il de lui avoir refusé la communion après le meurtre de Michel? Quoi qu'il en soit, la cour de Byzance fît amende honorable à Adrien II (867-8"2), le successeur de Nicolas P', et un nouveau concile, le huitième œcuménique, réuni à Gonstantinople, prononça l'anathème contre Photius et ses partisans (octobre 869-février 870). Immédiatement après cette assemblée, chargée de rétablir l'union , l'hostilité des deux églises éclata de nouveau. Les évoques d'Orient étaient blessés de l'intervention toute-puissante des légats du pape; Grecs et Latins se disputaient de nouveau la direction ecclésiastique des Bulgares. Leur roi, Boris, en 866, avait envoyé des ambassadeurs à Rome et s'était ainsi rattaché à l'église latine ; Basile négocia bientôt avec les Bulgares pour substituer chez eux le clergé grec au clergé latin (870). Photius, rentré plus tard en grâce auprès de l'empereur, chercha également à se réconcilier avec le pape Jean VIII (872-882). Un nouveau concile (novembre 879mars 880), réuni à Gonstantinople, le proclama patriarche; mais Photius, non content de cette victoire, ajouta aux actes le rejet du Filioque dans la formule du symbole et la reconnaissance de la primauté de l'église de Gonstantinople. La guerre recommença donc. Jean YIII prononça de nouveau l'anathème contre Photius, et Léon VI déposa le patriarche (886), qui mourut en 891.

Si l'entente parut momentanément rétablie, les défiances subsistaient. Au XI* siècle, s'engagea une lutte qui devait aboutir à une séparation définitive. Déjà, en 995, le patriarche Sisinnios avait renouvelé les attaques de Photius contre Rome. Son

1. L'église d'Espagne avait adopté, dès le v» siècle, l'insertion de la formule Filioque dans le symbole de Nicée ; l'église franque avait suivi cet exemple au viii" siècle.

successeur, Serge, avait rayé le nom du pape des diptyques de l'église de Gonstantinople. Au contraire, Basile II et le patriarche Eustathe négocièrent avec Rome, mais afin d'obtenir du pape Jean XIX « que l'église de Gonstantinople fût appelée œcuménique dans sa sphère [in suo orbe), de même que l'église de Rome était appelée œcuménique dans toute la chrétienté ». Enfin, en 10i3, arriva au siège de Gonstantinople Michel Gérularius qui, déclarant la guerre, ferma les églises et les couvents latins de la capitale. Dans une lettre à Jean, évêque de Trani en Apulie, écrite d'accord avec Léon, archevêque d'Ochrida en Bulgarie, il énumérait tous ses griefs contre l'église latine : il lui reprochait l'usage du pain azyme pour l'Eucharistie, le jeûne du samedi pendant le carême, la permission de manger des animaux étouffés et non saignés. Il est vrai que l'empereur Gonstantin Monomaque et Gérularius entamèrent ensuite des négociations avec Léon IX, afin de rétablir la paix de l'Eglise; mais un des légats envoyés de Rome à Gonstantinople en 1054, le cardinal Humbert, eut le tort d'apporter dans les débats un ton agressif et sarcastique qui les blessa. Le patriarche usa de représailles et les rapports furent rompus. Le 16 juillet, les légats déposèrent sur l'autel de Sainte-Sophie une sentence d'excommunication contre Gérularius; quatre jours après, ils repartirent. Le patriarche riposta en excitant les esprits par des allégations, en partie fausses, contre l'église latine.

Dans ce conflit les torts avaient été réciproques; les conséquences en furent irréparables. Désormais le schisme était accompli et tous les efforts qui furent tentés dans la suite pour rétablir l'union échouèrent. Il ne faut point s'arrêter aux prétextes, en partie futiles, qui amenèrent cette séparation; derrière ces discussions se cachait un antagonisme profond d'esprit entre les églises grecque et latine. Il s'était manifesté de bonne heure et, de siècle en siècle, était devenu plus violent. L'Orient et l'Occident chrétiens, entre qui tant de causes de désunion existaient déjà, se considérèrent, à piu'iir du xf siècle, comme de mortels ennemis. On en vit bientôt la preuve lors des croisades, et ces expéditions, qui auraient pu assurer la

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défense du monde chrétien contre le monde musulman, furent dirigées autant contre l'Empire grec que contre les infidèles. Les Latins afTaiblirent et désorganisèrent la puissance qui aurait dû être leur alliée naturelle. Nulle cause n'eut une influence plus funeste sur les destinées de l'Empire byzantin, et la prise de Constantinople fut en partie la conséquence directe du schisme du xi^ siècle.

///. — Organisation de l'Empire.

L'empereur et la cour. — Si, pendant toute cette période, l'Empire grec manifeste au dehors, souvent avec succès, son activité et sa force, au dedans il est régi par une administration savante et compliquée. Il n'est point facile de tracer un tableau de cette organisation . Peut-être des questions très importantes, telles que celle des impôts, ne seront-elles jamais bien connues. Toutefois le principe même du gouvernement, le rôle des principaux fonctionnaires, les règles de l'administration locale peuvent être assez nettement déterminés.

L'empereur est un monarque absolu, dont rien légalement ne limite le pouvoir. Il porte officiellement les titres (ï Autocrate, Basileus, Despotes. Tout, dans sa vie, dans ses rapports avec l'humanité, est calculé pour fortifier cette idée de respect et d'admiration qui doit s'attacher à sa personne. Ce n'est point un simple mortel, mais un être saint dont les moindres mouvements, les moindres actes doivent avoir un caractère de majesté qui frappe les imaginations. Sa demeure est le Palais Sacré. Son existence est une continuelle et solennelle représentation, où les fonctionnaires, les grands, les factions du cirque, le peuple jouent le rôle de comparses. Le cérémonial détermine chaque détail de la mise en scène, quels vêtements l'empereur doit mettre selon les circonstances, comment il reçoit, comment il sort, quelles acclamations on doit pousser sur son passage; l'enlhousiasme même est soumis à des for-

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mules et le peuple ne peut exprimer sa joie que selon les règ-les. Est-on admis devant l'empereur, on doit se prosterner et baiser ses genoux. A des jours détei-minés, il sort pour aller visiter telle ou telle église; dès la veille, les hérauts annoncent par la ville ce grand événement; on nettoie les rues, on les jonche de fleurs et de parfums. A l'heure dite, hauts dignitaires, fonctionnaires, gardes se réunissent au palais; les chambellans pénètrent dans le sanctuaire impérial; ils revêtent d'un éblouissant costume d'apparat la personne sacrée. Enfin le Basileus apparaît, précédé de l'immense cortèae que forme sa cour défilant par ordre hiérarchique. Sur son passage retentit la litanie des souhaits officiels. Les jeux du cirque, dont la vogue se maintint jusqu'au xn"' siècle, se rattachent encore à l'étiquette impériale. L'hippodrome fait pour ainsi dire partie du palais, et l'empereur s'y rend sans sortir de chez lui. Les deux grandes factions des Verts et des Bleus sont des corporations officielles {démoi), ayant leurs biens, leurs revenus, figurant dans les cérémonies impériales. Leurs chefs, qui portent les noms de démocrate, démarque, sont des fonctionnaires. Les empereurs de la maison macédonienne, plus sages que ceux du vi" et du vu" siècle, évitent d'affirmer pour l'une des factions une faveur qui transformerait l'autre en parti d'opposition et deviendrait une cause d'émeutes.

Il faut lire l'ouvrage de Constantin Porphvrogénète sur Les Cérémonies de la cour, pour comprendre à quel point était poussée cette manie d'étiquette fastueuse et puérib\ On redoublait de luxe lorsqu'on voulait frapper les yeux et les esprits des ambassadeurs étrangers. Liutprand, (\din?, ^on Antapodosis, a raconté la réception qui lui fut faite en 9i8, quand il fut envové à Constantino[)le par le roi Bérenger. Près du trône (h' l'empereur, deux lions dorés rugissent et remuent la queue; sur un arbre doré chantent des oiseaux dorés. De jiareils jtrodiges devaient émerveiller des envoyés bulgares ou russes. I^iutprand prétend (pi'il ne s'y laissa ]»oint prendre. Quand il adora l'empereur, il b' vit s'élever en l'air sur S(jn trône, reparaître tout à coup avec d'autres vêtements, sans qu'on pût découvrir comment s'opéraient ces changements à vue. L'étiquette bvzautine

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aimait de pareils trucs, et le rôle des machinistes était g'rand dans ces féeries impériales.

C'était là, il faut le dire, le côté misérable et ridicule de la monarchie byzantine. Ce cérémonial monotone et coûteux n'a jamais prévenu une révolution, ni consolidé le pouvoir d'un empereur. S'il pouvait amuser les badauds ou étonner les Barbares, personne à Constantinople n'en était dupe. L'esprit populaire même était habitué à dépouiller l'idole officielle de tout ce vain éclat et à" chercher ce que valait réellement le personnage impérial.

L'administration centrale : sénat; noblesse administrative. — A Constantinople, autour de l'empereur, se groupe toute une administration centrale subdivisée en nombreux services. Les dignitaires qui la composent sont classés d'après les règles d'une hiérarchie minutieuse : beaucoup ont à la fois des fonctions de cour et des fonctions de gouvernement*.

Le logolhète du Brome ou de la Course, d'abord préposé aux postes, est devenu le (jrand-logothète. Il dirige l'administration financière et l'administration civile; il a sous ses ordres toute une légion de logothètes d'ordre inférieur chargés des divers services : trésor privé de l'empereur, postes, etc. A ses fonctions de grand-trésorier il joint celles de grand-chancelier : il est chargé de la correspondance officielle, des chrijsobuUes (bulles à sceau d'or). Le protovestiaire est le grand-maître des cérémonies et l'administrateur du palais; il préside aux audiences publiques et privées; autrefois, ces attributions appartenaient au ciu'opalate, dont la dignité subsista, mais ne fut qu'un titre honorifique. Le grand-primicier a l'office de grand-chambellan. A la tète de l'armée est placé le grand-domestique, ce mot de domestique ayant, dans la langue administrative de cette époque, le sens de chef, commandant, quand il s'applique ta une fonction militaire. Après lui, le protostrator, grand-écuyer impérial, a en quelque sorte la lieutenance générale des armées. Le grand-slralopédarque dirige le service de l'intendance; le connétable commande les auxiliaires francs. Le grand-drongaire de

1. Comparer les titres et les fonctions à ceux décrits ci-dessus, chai>itres i et IV.

la veille, chargé de la garde du camp en temps de g-uerre, assure la i)olice du palais. La marine est sous les ordres du méfjaduc ou rjrand-duc (cette dignité n'ap[)araît (qu'après le x'' siècle), après qui vient le grand-drongaire de la llotle. Audessous de ces grands personnages, qui forment le consistoire ou conseil de l'empereur, s'échelonne une multitude d'autres fonctionnaires rattachés également à la cour et qui remplissent le palais et les hureaux.

En sa qualité de juge suprême, l'empereur reçoit à son tribunal impérial, composé de hauts fonctionnaires, les appels des diverses juridictions. Il en a la présidence, qui revient en son absence à Yéparque, puis, après le milieu du xi" siècle, au drongaire de la veille. Los suppliques qui lui sont adressées sont examinées d'abord par les douze Juges du vélum ou de l'hippodrome , investis aussi d'une juridiction particulière. L'administration judiciaire de Constantinople relève de Yéparque, auquel ici encore se substitue le drongaire de la veille: du questeur, dont les attributions s'effacent à partir du milieu du \f siècle. Au-dessous viennent les tribunaux des préteurs, du parathalassite (juridiction maritime), des juges des régions.

Le sénat subsiste. Il s'est maintenu jus(|u'aux derniers jours de l'Empire, et, lors du siège de Constantinople, en 1453, ce fut encore au milieu du sénat que Constantin Dragasès reçut les ambassadeurs de Mohammed II. Les renseignements qu'on possède sur ce corps sont fort vagues; Araisemblablement il se recrutait dans les hautes classes de l'administration. Si Léon YI lui avait enlevé le pouvoir législatif, cependant les lois les plus importantes lui étaient encore soumises. En droit, il juge les crimes politiques, les conspirations, les causes des grands personnages, de ses membres. Parfois il déliljère sur les négociations avec l'étranger et sur les guerres. Il intervient dans l'élection du patriai'che et dans les aU'aircs religieuses; il prend part aux élections impériales, ou tout au moins les conlirmc. Son crédit est assez grand pour (pi'il puisse compromettre le pouvoir des empereurs au\<pi(ds il est hostile. Aussi un récent historien du sénat ai)rès Dioclélien a-t-il pu dire (pie « peut-être

il avait joué dans la réalité un rôle plus considérable que les. textes ne le laissent entrevoir ». (Lécrivain.)

Au-dessous du sénat s'étend l'orrfre sénatorial, qui se compose des principaux fonctionnaires en activité ou en retraite, de leurs descendants, de la noblesse provinciale, recrutée d'après les mêmes principes. Les membres de cette aristocratie administrative et héréditaire sont nombreux (beaucoup plus de dix mille, d'après un document) Ils jouissent de certains privilèges, ne relèvent que de la juridiction du sénat ou de l'empereur. Ils sont répartis du reste en diverses classes; car une hiérarchie, non moins minutieuse que l'étiquette impériale, pèse sur toute la société byzantine. Au-dessous de l'empereur on rencontre parfois le césar; le titre de despotes n'est accordé qu'à des membres de la famille impériale ou à des princes vassaux; ceux de nobilissimes, sébastes, pansébastes, protosébastes, etc., sont également réservés à la famille impériale ou à de très hauts personnages. Puis viennent \gs> patrices, prolospathaires, spathaires, spatharocand idats , cubiculaires, spatharocubiculaires, comtes, proconsuls, consuls, etc., titres honorifiques qui servent à classer les fonctionnaires. Les prolospathaires, spathaires, spatharocandidats sont des gardes du corps honoraires de l'empereur : comme une sorte de « Légion d'honneur », selon la comparaison d'un savant contemporain.

L'administration provinciale : les thèmes. — L'Empire byzantin avait conservé d'abord le système do divisions qu'on trouve dans la Notilia dignitatum, au commencement du v'^ siècle : diocèses, provinces, cités '. Ces divisions avaient un caractère civil, car les empereurs du iv'' siècle s'étaient attachés à séparer les pouvoirs civils et les pouvoirs militaires auparavant confondus. Cette organisation amenant des conflits entre les autorités civiles et militaires, Justinien la jugea mauvaise et commença, pour certaines provinces, à réunir dans les mêmes mains les attributions civiles, militaires, financières. Ses successeurs adoptèrent cette politique. Au vm^ siècle, sous Constantin Pogonat, s'introduisit l'organisation de l'Empire

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