‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 143 sur 192 · I. Voir ci-dessous, chapitre xiv · texte numérisé non relu

I. Voir ci-dessous, chapitre xiv

-. Voir ci-dessus, chapitre v.

6oO L EMPIRE BYZANTIN

conquête. Basile le Macédonien remporte ({iielques succès, mais Syracuse succombe en 878, Taormine en 902. Les derniers cfTorts des chrétiens échouent. Au milieu du x*" siècle, Rametta seule échappait encore aux Sarrasins. Nicéphore Phocas envoya pour la secourir et pour reconquérir la Sicile une grande expédition, commandée par les patrices Nicétas et Manuel. Ce fut un terrible désastre : l'armée fut détruite, Rametta dut se rendre (964-965). En 1038, eut lieu une nouvelle tentative : Georges Maniacès, qui s'était distingué dans les guerres de Syrie, put s'emparer de Syracuse et de quelques autres villes; mais il fut disgracié, et, après son départ, se suc(;édèrent les revers. Messine, encore occupée par les Grecs, succomba, malgré l'énergique résistance du protospathaire Gatacalon. Si la Sicile ne revint jamais à l'Empire, la civilisation byzantine y laissa des traces profondes qu'on retrouve, notamment, dans l'histoire des lettres et des arts, sous la domination arabe et sous la domination normande. Plus à l'ouest, la prise de Garalis, en 1002, livra la Sardaigne aux Arabes.

De la Sicile, les Sarrasins avaient de bonne heure gagné l'Italie méridionale; ils la pillaient, mais ils cherchaient aussi à s'y établir à poste fixe. En 839-840, ils se jettent sur la Galabre, s'emparent de Tarente, envahissent la Pouille, repoussent les Vénitiens, qui veulent les arrêter, et les poursuivent jusqu'au fond de l'Adriatique. Bari tombe entre leurs mains. En 846, ils poussent jusqu'à Rome et pillent, en dehors de la ville, les basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Louis II essaie en vain d'unir contre le redoutable sultan de Bari les princes et les villes de l'Italie du sud; puis il se tourne vers Basile le Macédonien et s'allie avec lui. L'accord ne fut point long. Après la mort de Louis II, Basile entreprend une lutte énergique ; le stratège Grégoire occupe Bari (876) ; après avoir détruit une flotte arabe sur les côtes de Grèce, l'amiral Nasar débanjue en Calabre, remporte une nouvelle victoire au cap Stilo (880). Tarente est reprise. Nicéphore Phocas, nommé général en 885, achève de soumettre à l'Empire toute la Galabre et une partie de la Pouille.

Los empereurs victorieux se préoccupèrent de ramener la

prospérité dans le pays. Pour réparer les pertes de la population, ils y envoient de nombreuses colonies. Ainsi Basile établit en Calabre. après les avoir atTrancbis. 3000 esclaves que lui a légués une riche matrone du Péloponèse, Daniélis. Les luttes, il est vrai, ne sont pas encore terminées, et souvent les Sarrasins reparaissent : en 902, ils attaquent sans succès Cosenza; établis dans un camp fortifié sur le GarijJiliano. ils sèment partout la terreur, jusqu'au jour où une ligue dans laquelle entrent l'impératrice Zoé, le paj)e Jean X, Bérenger de Frioul, les princes et les villes du sud. détruit ce repaire de bandits (vers 918). De 919 à 927, ce sont de nouvelles attaques : ïarente est détruite. En 951 et années suivantes, une grande expédition arabe n'est repoussée qu'avec peine. Plus tard, Nicéphore Phocas, Basile II, doivent défendre contre les entreprises des empereurs allemands les possessions byzantines. Malgré tant de difficultés, la domination impériale, sans cesse battue en brèche, parvint à se maintenir. En Calabre surtout, l'influence de l'hellénisme s'exerça avec force : « La Calabre du x" siècle est complètement g'recque de cœur, comme de langue et de mœurs. » (Fr. Lenormant.) Les recherches récentes sur l'histoire de ce pays tendent à mieux établir ce fait. Là, les révoltes sont rares, malgré les exactions des gouverneurs byzantins: au contraire, elles sont fréquentes dans la Pouille. L'Italie byzantine est administrée par un gouverneur général, le catapan ou catépan, établi à Bari.

A partir du commencement du xi" siècle, ces pays du sud se remplissent d'aventuriers normands qui viennent y chercher fortune, s'engageant au service de qui les paie, mais toujours prêts à changer de camp. Dès 101". alliés au Lombard Mélès, qui voulait alYranchir de l'Empire le sud de l'Italie, ils battent les Grecs à Arénula (>l à Yaccaricia, et ne succombent qu'en 1019, près de Cannes, par la victoire du catapan Basile Bojoannès. Les trois fils de Tancrède i\v Ilauleville, Guillaume Bras de fer, Guillaume et Iluuifroi, après avoir accompagné le catapan Georges Maniacès dans uni» expédition en Sicile, se brouillent avec lui au sujet du partage du butin. Ils se jettent dans la P(»uill(>. toujours indocile aux Byzantins, appellent

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leurs compatriotes épars dans le sud de l'Italie, et battent les Grecs à Yenosa, à Cannes (1041) et à Monte-Peloso. La lutte ainsi ena-agée aboutit rapidement à la ruine de la domination a^recque : dès 10"1, Bari, la dernière possession byzantine, tombe aux mains des Normands; la Sicile est conquise par Roo-er; bientôt même Robert Guiscard, « par la g^ràce de Dieu et de saint Pierre, duc de Fouille et de Calabre », dirige une expédition contre Corfou et la côte grecque de l'Adriatique. Du moins les princes normands, dans le sud de l'Italie comme en Sicile, ne cherchèrent point d'abord à détruire l'hellénisme. Ils respectèrent les croyances et les usages des populations qu'ils avaient soumises. Leur but était môme de devenir les maîtres de l'Empire, et Robert prenait fièrement les titres de « duc, roi, empereur ».

Les vassaux de l'Empire. — Si. sur toutes ses frontières, l'Empire cherche à maintenir ses possessions, à reconquérir les territoires perdus, il y est aidé par les Etats vassaux qu'une habile politique s'efforce de grouper autour de lui. Les princes et les Etats qui reconnaissent la souveraineté de l'empereur sont tenus envers lui à certaines obligations. Ils inscrivent son nom en tète des actes publics, lui paient un tribut ou lui fournissent des soldats, des vaisseaux; ils sont censés recevoir ses ordres. En revanche, Byzance leur assure sa protection. Les princes reçoivent, à leur avènement, l'investiture impériale; on leur attribue un titre, une fonction de cour. Ces conventions réciproques n'étaient pas toujours, il est vrai, scrupuleusement observées.

En Italie, les princes lombards de Capoue, de Salerne, sont d'ordinaire des alliés peu sûrs, sans cesse révoltés, plus disposés à conquérir qu'à protéger les possessions byzantines. Les villes commerçantes, qui ont des comptoirs dans l'Orient gTec, (jui V jouissent d'utiles privilèges, sont des clientes plus iîdèles : telles les républiques de Xaplcs, d'Amalfî, de Gaëte, mais surtout celle de Venise. Jusqu'à l'époque des croisades, les destinées de Venise sont attachées à celles de l'Empire. Elle lui fournit des troupes auxiliaires, surtout des flottes, qui l'aident à lutter contre les Sarrasins. Au vui'' siècle déjà,

sommés par Pépin de se reconnaître sujets des Francs, les Vénitiens avaient répondu : « Nous voulons être les esclaves du Basileus des Romains, non les tiens. » Aussi Venise était-elle le grand entrepôt du commerce de lOccident et de l'Orient. Avec les produits de l'Empire y pénétraient les mœurs byzantines : fiers de porter les titres honorifiques de consuls ou de protospathaires, les doges imitaient le costume, le cérémonial g-rec; ils envoyaient leurs fils à Gonstantinople, et parfoisobtenaient en mariage des princesses impériales. A Venise, la civilisation, les arts étaient tout imprég-nés d'Orient.

Sur la côte opposée de l'Adriatique s'étendait la Dalmatie. Là s'élevaient des villes importantes et prospères, Raguse, Spalatro, Zara, oîi s'étaient conservées d'anciennes populations latines. Elles avaient constitué le thème de Dalmatie. puis, au vin" siècle, s'étaient affranchies: mais, menacées par les Sarrasins du côté de la mer. par les Croates et les Serbes du côté de la terre, elles se rattachèrent bientôt à l'Empire. La Dalmatie ne fig-ure pas cependant sur la liste des thèmes de Constantin Porphyrogénète. Basile II, plus tard, chargea Venise du protectorat des villes dalmates. A elle revenait la tâche de sauvegarder la navigation de l'xVdriatique contre les pirates qui l'infestaient : Narentans, Croates, Sarrasins.

Si des côtes on passe à l'intérieur du pays, dans le triangle compris entre la Drave et le Danube au nord, l'Adriatique au sud-ouest, le Pinde à l'est, les Croates et les Serbes vivent dans une demi-indépendance. Ces deux peuples slaves se divisent en cantons qui ont leurs chefs particuliers, joupan, sous le commandement général d'un duc ou d'un roi. La Croatie est plus unie, le pouvoir y est plus stable, tandis que les révolutions et les troubles sont plus fréquents chez les Serbes. Les Croates sont redoutables : d'après Constantin Porphyrogénète, ils peuvent lever une armée de 100 000 fantassins et de 60 000 cavaliers; ils ont une flotte. Établis dans l'Empire par lléraclius. Serbes et Croates sont vassaux de Byzance; leurs chefs reçoivent de l'empereur les titres de patrices et d(î protospathaires. Aussi viennent-ils renforcer les armées grec(}ues et sont-ils d'actifs auxiliaires dans les luttes contre la Bulirarie. Le con-

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cours qu'ils prêtent à Byzance leur attire de terribles représailles : sous le règne de Léon Yï, le tsar bulgare Siméon s'empare de la Serbie et détruit une partie de la population. Bientôt après, la Serbie se reforme sous la protection des empereurs et leur témoigne sa reconnaissance par sa fidélité. Ce ne fut qu'en 1040 qu'elle se souleva contre l'Empire.

Sur les rivages septentrionaux de la mer Noire, de l'embouchure du Danube au Caucase, avaient prospéré autrefois des colonies grecques puissantes et glorieuses : Olbia, Panticapée, Phanagorie, Tanaïs, etc. Ces postes avancés de la civilisation hellénique avaient succombé sous l'effort répété des invasions barbares qui venaient successivement battre leurs murs. Au x^ siècle, une seule subsistait encore, Cherson en Crimée, isolée en pleine barbarie. Bien que Constantin Porphyrogénète parle du thème de Cherson, cette ville était plutôt vassale que sujette; ses habitants vivaient en république, ayant à leur tête un magistrat suprême, et le stratège qu'on leur envoyait de Constantinopîe n'avait guère auprès d'eux que le rôle d'un ambassadeur. Cherson, par sa position au milieu du monde barbare, par ses relations commerciales avec toutes ces peuplades, était précieuse pour l'Empire. Le prince russe Vladimir s'en empara en 988, mais ensuite la restitua.

En Asie, l'Empire byzantin compte aussi des vassaux : au nord, parmi les chefs des peuplades du Caucase; au sud, parmi les émirs arabes; mais les plus importants sont les rois et les princes d'Arménie. Placée entre l'empire byzantin d'une part, l'empire perse et plus tard l'empire arabe de l'autre, l'Arménie se trouvait fatalement mêlée à toutes leurs luttes. De là, entre elle et Byzance, des relations politiques et diplomatiques constantes. Les Pagratides étaient les plus puissants entre les princes arméniens; mais, dans la }U'emière moitié du ix" siècle, Sempad avait vu son pays envahi par les Arabes et était allé mourir dans un cachot de Bagdad (806). Son fils Aschod s'était soumis au khalife, qui le couronna roi; il acheta par un tribut l'indépendance relative de son pays. Avec Basile I«', l'influence grecque pénétra de nouveau en Arménie, et Aschod dut demander à Byzance la confirmation de son pouvoir. x\u x« siècle, les

empereurs soutiennent l'héritier des Paaratides, Aschod III (921-928); on lui donne des secours qui lui permettent de rétablir son autorité. Les empereurs s'efforçaient aussi de maintenir au rang- de leurs vassaux les princes arméniens qui formaient, au-dessous du roi, une féodalité puissante. Ils agis.saient de même en Ibérie ou Géorg-ie. A tous ces clients de Byzance on accordait des pensions, dont ils étaient fort avides, on prodiguait des titres : le roi d'Ibérie était curopalate honoraire du palais impérial; d'autres étaient magistri, patrices, protospathaires.

Pourtant il y avait, entre Byzance et l'Arménie, des causes graves de conflits, des dissentiments religieux. Les patriarches d'Arménie n'avaient point entièrement admis les décisions du concile de Ghalcédoine (451). De là des querelles entre le rit grec et le rit arménien; elles amenaient des troubles politiques, des persécutions, même des guerres partielles. A la fin du x" siècle, Basile II chercha à diminuer l'indépendance de ces pays : les rois d'Arménie durent se reconnaître non plus vassaux, mais sujets. Enfin Constantin Monomaque (1042-1055) réunit l'Arménie à l'Empire. Ce fut une conquête malheureuse : indépendante, l'Arménie avait su résister aux invasions; devenue province impériale, obligée d'attendre le secours de Byzance, elle fut à leur merci. La lutte contre les Turcs contraignit l'Empire à en faire promptement l'expérience.

On voit quelle était l'utilité do ce système d'Etats vassaux : ils formaient, en avant des provinces impériales, comme une première ligne de défense, et, sur plusieurs points, ils amortissaient le choc de l'ennemi. Cette sage combinaison politique contribua au maintien de l'Empire; lorscju'elle s'effondra, quand la situation de l'Arménie se modifia, quand Venise, la Serbie, prétendirent à une plus grande autonomie, une ère de décadence et de revers commença.

Relations avec l'Empire germanique et la papauté. — En Occident, l'Empire se heurtait à deux puissances qui dominaient tout le monde latin : la papauté, l'Empire germanique ; l'une, affranchie de son autorité, [lourvuc de territoires à ses dépens, ne pouvait èlrtï à ses yeux cju'une rebelle;

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l'autre, suscitée contre lui, ne pouvait être qu'une usurpatrice. Et cependant telle était leur influence qu'il fallait compter avec elles, tout en les détestant et en souhaitant leur perte. Ainsi s'explique, de ce côté, la politique de la cour de Byzance : si parfois, sous la contrainte des événements, elle parut céder, s'incliner devant les faits accomplis, négocier des alliances, jamais, au fond, elle n'oublia l'humiliation qui lui avait été infligée. Au ix^ siècle, Basile F' et l'empereur Louis II s'allient contre les Sarrasins, mais bientôt l'entente cesse. Une lettre de Louis II à Basile (871), conservée dans un chroniqueur italien, apprend que, cette fois encore, il s'agissait du titre de Basileus : « Que Votre Fraternité, écrit Louis, ne s'étonne point que nous prenions le titre d'empereur des Romains, non des Francs. Des Romains nous avons emprunté notre nom et notre dignité. Nous avons reçu le gouvernement de ce peuple et de cette ville, la mission de défendre et d'exalter cette mère de toutes les églises, qui a conféré à notre famille d'abord l'autorité royale,

puis l'autorité impériale Par la rectitude de notre foi et

notre orthodoxie nous avons mérité de recevoir le gouvernement de l'Empire romain; les Grecs ont cessé d'être empereurs des Romains par leurs mauvaises doctrines et leur esprit d'hérésie; ils ont abandonné non seulement la ville et le sièae de l'Empire, mais la nation et la langue romaine même pour émigrer vers une autre ville, un autre pavs, une autre nation, une autre langue. » Au siècle suivant, les démêlés ne sont pas moins vifs; nous avons vu l'insuccès de Liutprand, évêque de Crémone, envoyé à Gonstantinople par Otto I", en 968, pour demander la princesse Théophano '. Après la mort de Nicéphore Phocas, Théophano devint l'épouse du futur Otto II (972); mais ce mariage n'eut point pour conséquence de réconcilier les deux Empires. Otto II ne songeait qu'à enlever aux Grecs le sud de l'Italie. Plus tard, Henri II y tenta une autre expédition (1022), sans grand succès. Longtemps après, sous le règne de Henri YI, l'Empire germanique s'annexera l'Italie méridionale et la Sicile, devenues normandes, mais

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