Pays des Petchénègues
Histoire géxérale. I. 43
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quand ils virent ces hauts mui-s ot ces riclies tours dont elle était close tout autour à la ronde, et ces riches palais et ces hautes ég-lises, dont il y avait tant que nul ne le ]ieut croire s'il ne le voit à l'œil, et la loni^rueur et la Inrceur de la ville qui de toutes les autres était souveraine. ;>
Après Constantinople venait Salonique, où affluaient aussi les marchands de toutes les nations, surtout à l'époque de la fête de saint Démétrius, le patron de la ville. L'induslrie y était développée; les lettres, les arts y étaient en honneur. Cité g-uerrière en même temps que commerçante, elle formait dans ces réprions le centre de résistance aux Barhares. Plus au sud, les villes riches et industrieuses se multipliaient : Tlièhes. Corinllie. Patras avaient des manufactures de soie et autres tissus. Athènes n'était pas alors ohscure et à demi déserte, ainsi qu'on l'a (pielquefois avancé. Ses écoles étaient célèhres. Sous le rèirne de Basile II, un roi de Géorsrie y envoyait chaque année vingt jeunes g-ens de son royaume faire leurs études; quelques textes parlent même d'étudiants d'Angleterre, de Paris, qui viennent y compléter leur instruction.
Avec tous les peuples (pii rentoureni l'Empire l)yzantin est en relations commerciales. De Damas. d'Alep. il reçoit les marchandises de l'Extrême-Orient. Lorsque les Grecs reprirent Antioche. un traité fut conclu avec le prince d'Alep (9G9 ou 970). La liherté de trafic pour les caravanes et les marchands grecs y est stipulée, et on y voit que. si Antioche recevait des articles d'Orient, qui de là passaient en Occident, en revanche des articles de l'industrie hyzantine. nolammcMit des étofTes. étaient exportés sur le territoire arabe. Au nord. Trébizonde avait beaucoup d'importance comme entrepôt du commerce du Levant : « Trébizonde, écrit au x® siècle le géographe arabe Istakhri, est la ville frontière des Grecs: nos marchands y vont tous : toutes les étoffes de fabrication grecque, tous les brocarts qui sont importés chez nous passent par Trébizonde. » Arze, qui fut détruite en 1049 par les Turcs Seldjoukides. était aussi un centre d'échanges important. Après sa ruine, les niiirchands émigrèrent à l'ancienne Théodosiopolis, qui devint Erzeroum (Arzen-Roum. A)'x Romanoruui). D'un autre coté.
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les marchands grecs étaient en relations suivies avec Alexandrie. Au commencement du ix" siècle, Léon V avait inli'rdil aux Grecs de se rendre en Eirypte et en Syrie; mais une [)roliibition de ce g-enre ne pouvait être observée. Les marchandises orientales, épices de l'Inde, aromates, pierres précieuses, tissus de soie arabes, affluaient donc à Constantinople. à Salonique, à Cherson, pour se répandre de là dans l'Empire et chez les peuples voisins.
Vers le nord, les plus anciens chroniqueurs russes parlent d'une route de Constantinople à la Baltique, qui avait son point de départ sur la mer Noire, à l'embouchure du Dnieper, pour se terminer à l'embouchure de la Xéva, après avoir passé par les g-randes villes de Kiev et Novgorod. Elle était fréquentée moins par les marchands g-recs que par les Scandinaves et les Russes. Les marchands russes arrivaient nombreux à Constantinople. mais ils y étaient fort surveillés; ils devaient halnter un quartier en dehors de la ville et on ne les y laissait point séjourner pendant Ihiver. Ils amenaient des fourrures, du mii^l. de la cire, des esclaves, et remportaient des étofTes de soie, des ])rocarls d'or et d'argent, du vin. En Allemag-ne, les produits byzantins ne parvenaient, semble-t-il. que par des intermédiaires : Venise, les Slaves, les Bulgares. Des marchands bulgares étaient établis à Constantinople. Pour satisfaire la jalousie des marchands grrecs. on voulut les oblig-er à transporter leurs comptoirs à Salonique. Ce fut la cause de la g-uerre entre Léon VI et le tsar Siméon. En France, les articles byzantins, fort recherchés, arrivaient par l'intermédiaire des Italiens. Plusieurs Ailles italiennes faisaient un commerce actif avec l'Orient : Bari, Amalli, Venise. Les Génois et les Pisans n'avaient pas encore, avant les croisades, de relations commerciales avec la Grèce.
On a reproché aux empereurs de n'avoir pas compris « l'avantag-e d'une large polili(|ue commerciale ». Ils ont adopté, en effet, certaines mesures restiiclives. Les commerciaires ou douaniers byzantins ne laissaient pénétrer dans rEni(tii-e les marchandises étrangères (ju'aj)rès les aviur Aisitécs. sondées miimlieusemenl; la bulle de [>lonib qu'ils attachaient aux
ballots indiquait que les droits d'entrée avaient été payés. La sortie des produits grecs était ég-alement surveillée. Les tissus de luxe étaient le principal objet d'exportation en Occident; or les empereurs refusaient de laisser sortir les plus belles étoffes exécutées dans les manufactures impériales : ils les réservaient pour le palais, pour Sainte-Sophie ou pour les dons mag-nifiques qu'ils faisaient aux rois étrangers. On les a blâmés encore d'avoir trop abandonné le commerce à des étrangers, surtout à des Italiens, et d'avoir frappé les marchandises exportées de droits excessifs, qu'on évalue à 10 pour 100. Il ne faut |)as oublier que ces droits, qui n'ont pas étouffé le commerce, fournissaient à l'Empire une grande partie des ressources qui lui étaient nécessaires. On n'a pas de renseignements précis sur l'ensemble dos revenus de l'Etat byzantin; mais, d'après des données partielles, on a supposé qu(\ vers réj)oque de la quatrième croisade, ils devaient atteindre une somme qui équivaudrait à environ trois milliards aujourd'hui. Ce chiffre est élevé, mais, d'après Benjamin de Tudèle, Constantinople seule rapportait au Trésor une somme qui en représenterait près du sixième. On sait en outre que certains empereurs, grâce à une sage administration, laissèrent dans le trésor des sommes considérables. x\insi, après Basile II, la réservée était de 220 millions, qui vaudraient environ un milliard aujourd'hui. Si ces empereurs, tout en satisfaisant aux dépenses ordinaires, réalisaient de pareilles économies, il faut bien admettre que les revenus de l'Empire étaient immenses.
Les lettres et les arts. — A la force militaire, à la richesse, l'Empire joint, dans une certaine mesure, la gloire des lettres. Il y eut à Byzance, du ix" au xu° siècle, un mouvement de renaissance, qui ne produisit ni génies ni talents d'une crande orig-inalité, mais <|ui du moins atteste le i»oùt des choses de l'esprit et des recherches érudites. De cette époque datent la plupart des manuscrits qui nous ont conservé les œuvres de la littérature grecque.
Les études avaient langui en Orient, depuis <|ue Justinien avait fermé les écoles d'Athènes et sup})rimé l'enseignement du droit, sauf à Constantinople et à Beyrouth. La grande université
de Constantinople. fondée en 423 par ïhéodosell, était devenue le seul centre important d'études; encore l'enseig-nement v avait-il été souvent négligé. La littérature avait pris, depuis Justinien, un caractère presque exclusivement monastique. Aussitôt après la querelle des iconoclastes s'accomplit une importante réforme. Le césar Bardas, frère de l'impératrice Théodora, réorganise avec beaucoup de soin l'école du palais de Magnaure. Bien qu'adversaire des iconoclastes, il n'hésite pas émettre à la tète de l'école Léon, qui avait été archevêque de Salonique sous le règne précédent, et qui avait donné sa démission lors du rétablissement des images. On y enseignait la philosophie, la grammaire, la géométrie, l'astronomie Les professeurs furent choisis parmi les hommes les plus savants du temps; les étudiants étaient admis gratuitement aux cours. Ceux qui travaillaient étaient sûrs de la faveur impériale, et ce ne fut point là une protection passagère. Sous Constantin YII, les écoles de Constantinople sont en pleine prospérité; les maîtres figurent parmi les grands personnages de l'Empire ; les documents officiels mentionnent le Prince des rhéteurs et le Consul des philosophes. Les étudiants peuvent espérer que leur savoir les fera arriver aux plus hautes fonctions. Un historien de Constantin YII nous le montre admettant des étudiants à sa table, causant avec eux, les encourageant; dans leurs rangs il choisit des fonctionnaires, des évêques. Si l'Université de Constantinople perd dans la suite de son éclat, elle se relève, au xi*" siècle, sous Constantin Monomaque, grâce à un des savants les plus célèbres du moyen âge byzantin, Michel Psellos. Arrivé aux plus hautes charges par sa réputation de lettré, Psellos réorganise l'Université et v enseigne la philosophie, tandis que son ami Xiphilin y enseigne le droit. Il commente les philosophes et les poètes anciens. Des Arabes même viennent l'écouter. Son succès alarme l'Eglise et l'empereur; l'Université est fermée; Psellos se retire dans un couvent ; mais son crédit reprend sous les règnes suivants.
Les empereurs eux-mêmes donnent l'exemple, et plusieurs comptent parmi les écrivains. Basile I", pourtant soldat de fortune, entreprend de remettre en honneur le droit de Jus-
tinien par deux manuels, le Prochh'on, publié entre 870 et 879, VÉpanagogê, entre 879 et 886, qui ne fut pas offîciellemcMit promulguée. Son tils aîné, Constantin, écrit un traité de tacti(|ue. Son second tils, Léon YI, est poète, tliéoloiiien, écrivain militaire; il continue l'œuvre juridique de son père et publie le vaste recueil des Basiliques, en 60 livres. Constantin Yll Porpbyrogénète dirige le mouvement littéraire de son temps; il écrit la Vie de Basile, le fondateur de la dynastie. Dans le livre des Thèmes, il trace, d'une façon fort défectueuse, il est vrai, la géographie politique de l'Empire. Son traité sur l'Administration de VEmpire est un manuel de diplomatie, composé pour son fils; il y passe en revue les peuples avec lesquels Byzance est en rapports; il y décrit leurs institutions, indique la politique qu'on doit suivre envers eux. Les derniers chapitres donnent quelques détails sur l'organisation intérieure. Dans son ouvrage sur les Cérémonies de la cour de Byzance, à côté du manuel de l'étiquette impériale, on trouve des documents de tout genre, des états de dépenses pour certaines expéditions. Ces traditions ne se perdent pas au ^f siècle; tandis que le césar Nicéphore Bryenne écrit une histoire de son temps, sa femme, la savante et ambitieuse Anne Comnène, célèbre <lans son Alexiade le règne de son père Alexis I".
Cette littérature se distingue surtout par l'érudition. En présence du trésor de connaissances et d'ouvrages que leur a légué l'antiquité, les Grecs de Byzance éblouis perdent souvent le sentiment de leur ])ersonnalité. Us ne songent plus guère qu'à se reconnaître au milieu de toutes ces richesses et à en dresser l'inventaire; ils forment d'immenses collections d'extraits, de notes, de résumés. Le plus illustre des savants byzantins, Photius, est un compilateur. Il semble avoir lu tout ce qu'a produit la littérature hellénique, païenne ou chrétienne, pour en composer sa Bibliothèque ou Myriobiblos, vaste recueil d'analyses et de morceaux choisis. Constantin Porjjhyrogénète et le irroupe d'écrivains qui travaillent sous ses ordres sont des compilateurs acharnés. Constantin trouve que les ouvrages historiques sont si nombreux (pi'on n'ose s'aventurer dans ce fatras « dont on s'épouvante l'icn (pi'à en entendi'c parler ». Pour
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« vonir en aiJo à la science qui se noie », il rassembh^ tous ces ouvrages, en fait faire des extraits et des résumés en 53 Im^es : deux seront consacrés aux Ambassades, un aux Conspirations, un autre aux Prises de villes, un autre aux Sentences, etc. De cette immense collection il ne nous est parvenu quune faible partie. Un autre recueil, les Géoponiques, contient, en vingt livres, des extraits sur l'agriculture. D'autres sont relatifs à la morale, à l'art militaire, à la médecine, à l'art vétérinaire. Un des liants fonctionnaires de Constantin VII, Syméon Méta[)hraste, compile une collection célèbre de Vies de saints. Il devance les Bollandistes, mais c'est un Bollandiste sans critique. Dans la seconde moitié du x" siècle et au commencement du xf. Suidas, raut<Mir du Lexique si connu sous ce nom, est encore un compilateur. Bien des ouvrages anciens se sont perdus par la faute de ces étrang-es encyclopédies : quand on les eut sous la main, on cessa trop souvent de lire et de transcrire les originaux.
Si tel est l'esprit qui domine dans cette littérature, on aurait tort pourtant de n'en voir que ce côté. Les intelligences ne sont pas toujours servilement attachées à la tradition. Pholius applique quelquefois dans ses sermons les doctrines de Platon au christianisme; il reconnaît même que l'esprit d'examen a le droit de s'exercer sur le texte de l'Ecriture Sainte. Il se refuse à voir dans les tremblements de terre ou les ourag-ans des sig-nes de la colère divine châtiant les hommes ou désapprouvant les événements contemporains. Dans un dialogue, Pkilopatris ou VAmi de la patrie, «pi'on a longtemps attribué à Lucien et <jui est de la seconde moitié du x*^ siècle, les interlocuteurs, dont l'un défend des opinions païennes, discutent librement religion et politique. Cet écrit semble destiné à défendre les mesures de Xicéphore Phocas contre les moines. Les historiens et les chroniqueurs sont nombreux, pour cette période, et g-énéralement plus exacts et plus intelligents que ceux de l'époque précédente. Les principaux sont : Théophane, dont la. Chronique va jusqu'en 813 et a été prolongée par divers continuateurs jusqu'en DGl ; Georges llamartolos, qui s'arrête en 842; Génésios, dont l'histoire va «lu règne de Léon V à celui de
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Basile I" inclusivement; Léon Diacre, qui raconte les événements de 9o9 à 975. Au xi'' siècle, Jean Scylitzès, Michel Attaliote, Céclrénus. Certaines œuvres de Psellos donnent une idée vivante de la société du xf siècle et sont écrites parfois avec verve. Enfin la poésie produit des épopées, inspirées des événements contemporains et qui sont comme les chansons de gestes de l'Orient. En Asie, les luttes contre les Arabes donnaient naissance à des récits héroïques et merveilleux, des tragoudia ou cantilènes, que parfois un auteur plus savant réunissait en un poème. Telle est l'épopée récemment découverte de Digénis Akritas, défenseur de l'Empire au x" siècle, terreur des Sarrasins, mais faible à l'amour. Le héros de ce poème, où se mêlent les imaginations guerrières et gracieuses, a du reste existé, sous le nom de Panthérios. Bien des chansons populaires du moyen âge grec se sont transmises jusqu'à nous de génération en génération.
C'est encore une belle époque pour l'art byzantin. Les empereurs mulîiplient les édifices. Constantin YII n'est pas seulement un lettré, mais un artiste. Il peint, il dirige des sculpteurs, des orfèvres. A Constantinople, le grand palais impérial s'agrandit, s'étend sur tout un immense quartier. Les textes, d'après lesquels des savants modernes ont pu essayer d'en restituer le plan et l'aspect, confondent l'imagination par le luxe inouï dont ils donnent l'idée. L'architecture reliirieuse. toujours fidèle au système de la coupole, essaie de se renouveler en donnant aux églises des proportions plus élégantes, dont on peut encore juger par l'église de la Théotokos \ à Constantinople, par celles des Saints-Apôtres, de Saint-Elie, de la Yierge, à Salonique. En peinture, si la plupart des belles mosaïques, des décorations murales de ce temps ont disparu, quelques manuscrits à miniatures, comme le Psautier du ix*" ou du x*" siècle qui est conservé à notre Bibliothèque Nationale, attestent un effort curieux pour se dégager de l'influence monastique, et pour s'inspirer, même dans des sujets chrétiens, des compositions et du style de l'art antique. Si cette