Mère de Dieu
tendance semble s'être bientôt alTaiblie, cependant l'iconcgraphie sacrée, telle qu'elle se constitue alors, se distingue par certaines qualités d'exécution et par des compositions remarquablement ordonnées. La «grande sculpture est tombée en désuétude, mais les artistes byzantins fabriquent en grand nombre des coffrets, des diptyques en ivoire, dont nous retrouvons des spécimens dans les grands musées d'Europe, et qui charment par la finesse du travail, parfois par la beauté et l'élégance des figures. L'orfèvrerie produit de superbes pièces, en or, en argent, décorées d'émaux. Beaucoup, dérobées lors de la prise de Constantinople. ont enrichi les églises et, dans la suite, les musées de l'Occident. Pour ne citer qu'un exemple, Saint-Marc. de Venise possède un trésor composé en grande partie d'oeuvres byzantines : la plus belle est le grand retable connu sous le nom de Pala d'Oro, qu'ornent quatre-vingt-trois tableaux ou figures d'émail. On a déjà mentionné plus haut la vogue des tissus qui sortaient des manufactures grecques. Beaucoup étaient historiés et, parles ornements, les animaux fantastiques, les compositions (|ui s'y trouvaient, devenaient de véritables objets d'art : la dalmalKjue impériale conservée à Saint-Pierre de Rome offre plusieurs scènes religieuses, notamment un Triomphe du Christ, où figurent cinquante-quatre personnages.
Jusqu'au xi" siècle, l'art Ijyzantin est, on peut le dire, le seul art chrétien véritablement original. Son influence s'exerce au loin. L'art russe se forme à son école, et, après la conversion de Vladimir, ses successeurs s'mgénient à donner à Kiev l'aspect de Constantinople, qu'il s'agisse de construire les églises ou de les décorer. L'art de la Géorgie et de lArménie a certains traits de famille avec l'art grec. Les ennemis même du nom chrétien et de l'Empire, les Arabes, sont ici tributaires de Bvzance : les khalifes de Damas et de Cordoue lui empruntent des artistes. En Occident, il suffit aujourd'hui encore de visiter la Sicile, l'Italie du sud. Home. Venise, etc.. |)()iir y rencontrer sans cesse les traces persistantes de l'influence byzantine. On les retrouve en France, où l'architecture romane a des relations avec l'architecture byzantine, où tout un groupe d'églises du
Périg-ord. de TAng-oumois, de la Saintonge, offrent le type de la coupole orientale.
En résumé, dans l'histoire de la civilisation au moyen âge avant le xi" siècle, Byzance a eu un rôle analogue à celui d'Athènes et de Rome dans l'antiquité, à celui de Paris dans les temps modernes. Elle a rayonné sur le monde entier; elle a été la Ville par excellence.
Décadence de l'Empire dans la seconde moitié du XF siècle. — Aux jours de puissance et d'éclat succédèrent proniptement les jours de décadence. Cette maison macédonienne qui, malgré des révolutions partielles, malgré des règnes misérables, avait assuré à l'Empire une stabilité politique relative, disparaît définitivement en 10.^7. Alors commence une effroyable anarchie dont il serait fastidieux et inutile de faire ici l'histoire. De 1037 à 1081, cinq empereurs se succèdent : ïsaac I" Comnène (1037- 1059), Constantin Doucas (1039-1067), Romain IV Diogène (1068-1071), Michel YII (1071- 1078), Nicéphore Botoniate (1078-1081). Au milieu de ces troubles, tout se désorganise, tandis que, par surcroît de malheur, les dangers extérieurs s'aggravent. La Serbie, qu'on veut maladroitement soumettre au système d'impôts byzantins, s'est soulevée, en 1040, sous la conduite d'Etienne Bogislav, et, dès 104-3, a détruit une armée envoyée contre elle par Consta-ntin Monomaque. La même année, les Russes, sous le commandement de Vladimir, font une grande expédition, infructueuse, il est vrai, contre Constanlinople. Les Petchénègues ravagent l'Empire (1049-1032). En 1064-1063, un nouveau peuple barbare, turc, les Ouzes, au nombre de 600 000, s'il faut en croire un chnjniipieur, franchissent le Danube, battent les firecs, envahissent le pays jusqu'à Salonique. Cependant ils disparaissent bientôt, et il ne reste dans l'Empire (jue ceux qui, se
soumeltant à l'empereur, roroivent do lui des terres en Macédoine. En Asie surtout, lEnipire est compromis par l'apparition redoutable des Turcs Seldjoukides, hordes gruerrières qui s'étaient réunies sous le commandement de Seldjouk, pour se jeter à la fois sur remjiire arabe et sur l'empire grec. Vers 1030, sous le commandement d'Arslan, fils de Seldjouk, ils franchissent l'Oxus. font la conquête du Khorassan. Ils s'étendent ensuite sur les provinces voisines de l'empire des Ghaznévides, puis envahissent l'Arménie, où ils se hein'lont aux Byzantins (1048). En lOG'i, ils sont maîtres d'Ani. Fidèle aux traditions de courage des grands empereurs de la maison macédonienne, Romain Diogène veut lui-même défendre l'Asie Mineure. Dans trois campag-nes il lutte avec quelque succès; mais les armées dont il dispose manquent de cohésion; en 1071 , il est vaincu et fait ]»risonnier à Manzikert jiar Alp-Arslan, arrière-petit-lils de Seldjouk. Le vainqueur traita avec générosité l'empereur captif; il le remit en liberté moyennant une rançon et un tribut annuel; mais, quand Diogrène rentra dans ses Etats, il y trouva un nouvel empereur. Il essaya vainement de ressaisir le pouvoir, dut se rendre, et eut les yeux crevés. L'avènement des Comnéne. — En 1081, une nouvelle dynastie s'établit avec Alexis Comnène, descendant d'une famille noble de Paphlagronie qui déjà, avec Isaac I" Comnène, avait occupé le trône {10o~-10o9). Habile général, il avait, sous le règ-ne précédent, lutté victorieusement contre Oursel de Bailleul qui, à la tête de chevaliers francs et normands, s'était détaché (hi service de l'Empire. Par son courag-e, son intelligence, il semblait destiné à rendre à l'Etat la sécurité et l'ordre. Sans doute, s'il avait été libre, il aurait tourné ses efforts contre les Turcs; mais, du coté de l'Occident, s'élevait contre lui un redoutable ennemi. Uobert Guiscard, maître de l'Italie méridionale, songeait à s'étendre aux dépens de l'Empire, peut-être même à s'emparer de la dignité impériale. Sous le règne de Michel VII, il avait traité avec l'empereur, (b)ii[ ]o fils, Constantin, devait épouser sa fille Hélène. Il prétendit se poser en vengeur de son allié et opposa à Alexis Comnène un imposteur qu'il faisait passer pour Micliel VIL Exploitant
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les ressentiments de la papauté contre les Grecs, il se fit accorder par Grégoire YII l'investiture de ses futures conquêtes. Avec 30 000 hommes, il aborde sur la côte orientale de l'Adriatique, assiège Durazzo. Alexis, obligé de faire face à ce danger, traite avec les Turcs, et, d'autre part, cherche des alliés en Occident; il excite contre Robert Guiscard son neveu Humphroi. Le Normand étant l'allié du pape, Alexis veut être celui de l'empereur d'Allemagne, et envoie à Henri IV 144 000 sous d'or, 400 pièces de soie. Il lui promet un fort subside s'il tente dans l'Italie du sud une expédition qui rappelle Robert Guiscard à la défense de ses Etats. Les Vénitiens, fidèles à leur politique traditionnelle, envoient contre les Normands occupés au siège de Durazzo une flotte commandée par le doge Domenico Selvo. En retour, ils obtiennent de nouveaux [)rivilèg-es commerciaux à Constantinople, l'exemption de toute redevance sur leurs marchandises, la possession d'un quartier autonome à Péra. Alexis, qui a réuni 70 000 hommes, ne parvient pas à débloquer Durazzo; il est battu, la ville est prise (1082) et les Normands assiègent les places de l'Epire et de la Thessalie. L'empereur fait alors appel à tous les moyens : il ordonne, malgré les protestations du clergé, de fondre des objets d'or et d'argent appartenant aux églises; il a recours à des auxiliaires turcs que lui envoie Soliman. En 1083, les Normands assiégés dans Gastoria, tandis que Robert Guiscard a dû retourner en Italie au secours du pape, sont obligés de se rendre. Robert Guiscard tenta une nouvelle expédition en 1084. Elle fut interrompue par sa mort (1085), et l'empereur rentra même en possession de Durazzo.
Délivré do ce côté, xUexis voit recommencer bientôt les entreprises des Petchénègues. Dès 1085, ils ravagent la Thrace. Battus, ils reviennent l'année suivante. En 1088, il conduit lui-même contre eux une expédition, mais il est complètement vaincu à Drister. Il ne se débarrasse d'eux, par la victoire de Lebunion (1091), qu'à l'aide d'autres Barbares, les Koumans. Bientôt ceux-ci l'attaquent à leur tour, mais sont battus à Taurokomon (1094).
Alors seulement, Alexis peut songer à reprendre la lutte contre
les Turcs. Depuis la mort de Romain Diogène, ils n'avaient point cessé d'étendre leurs conquêtes sur l'Asie bvzantine. Malek-Shah (1072-1092), successeur d'Alp-Arslan. avait confié à un de ses cousins. Soliman, la direction de la guerre contre les Grecs, et lui avait permis de se constituer en Asie un véritable Etat, rattaché seulement par une sorte de vassalité à l'empire seldjoukide. En 1074, Michel VII, par un traité déshonorant, avait abandonné à Soliman toutes les provinces dont celui-ci était alors maître en Asie. Depuis, Soliman était intervenu dans les compétitions qui agitaient l'Empire. Il s'était enfin emparé de Cyzique et de Xicée (1081), dont il avait fait sa capitale. Les Turcs étaient désormais établis en face même de Constantinople. Si, dans la suite, Alexis avait pu reconquérir quelques villes, notamment Sinope, bientôt étaient survenus de nouveaux revers. Lémir Tzachas, beau-père de Kilidsch-Arslan, qui avait succédé en 1092 à Soliman, devenait maître de Clazomène, Phocée, Chios, Lesbos. Samos, Rhodes, Smvrne.
Telle était la situation, au moment où Alexis était enfin libre du côté de l'Occident. Si grave qu'elle fût. certaines circonstances paraissaient cependant favorables à une politique offensive. Après la mort de Malek-Shah (1092), l'empire seldjoukide était divisé par des luttes intestines. Pour en profiter, Alexis voulut s'assurer l'alliance de l'Europe latine. Il se mit en relations avec Urbain II. En 1088. le pape, dans une entrevue avec Roger à Troina, en Sicile, avait joué le rôle de médiateur entre le prince normand et l'empereur. En 1093, au concile convoqué à Plaisance par Urbain II. une ambassade byzantine vint demander au pape l'appui de la chrétienté latine contre les Turcs : l'auteur contemporain le mieux informé de ce qui se passa à cette assemblée, Bernold de Constance, l'affirme. Bientôt après, au concile de Clermont, Urbain II prêchait la croisade.
S'il fallait en croire un autre document, Alexis se serait abaissé à d'humiliantes démarches. Longtemps, en effet, on a considéré comme authentique une lettre de lui à Robert, comte de Flandre, dans laquelle, pour attirer les chevaliers francs à son secours, il n'aurait pas hésité à leur vanter les
richesses de l'Empire et la beauté des femmes iirecqiies. Quelle que soit l'origine de cette pièce, tout le monde est aujoui'd'hui d'accord pour n'y voir qu'une grossière invention. Alexis n'en était pas réduit à ces misérables sollicitations; il songeait, non ^point à ouvrir l'Empire à des hordes de pillards, mais à le reconstituer en prolitant des circonstances.
Du reste, s'il est avéré qu'en 109i il a cherché des alliés en Occident, par l'intermédiaire du pape, d'importants témoignages semblent prouver qu'il se repentit bientôt de cette démarche. Sa fille Anne, dans son Alexiade, le montre inquiet do l'arrivée des croisés; il connaît leur violence, leur inconstance, leur facilité à rompre les traités. Aussi rassemble-t-il des troupes, atin d'être prêt à les combattre. Ces craintes n'étaient point superflues. Les premières rencontres des Grecs et des croisés [»rouvèront malheureusement qu'entre les deux parties du monde chrétien le divorce était définitif : tout les séparait, et, des deux côtés, les chroniqueurs attestent qu'entre Grecs et Latins il n'y avait place pour d'autre sentiment que la défiance et le mépris. Les croisades, à ce point de vue, n'eurent d'autre conséquence que d'introduire en Orient de nouveaux ennemis de l'Empire grec, de diviser et d'affaiblir les forces qu'il aurait dû consacrer à la lutte contre les Turcs, de précipiter sa décadence et sa ruine.
BIBLIOGRAPHIE
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Pour TEirlise et les rapports avec la papauté : — Hefele, Histoire des conciles^ trad. Delarc; — Pichler, Gcsch. der kirchlichen Trennung zwischen Orient iind Occident, 186M ; — Le Quien, Oriens Christianus, ITiO. — Pour les rapports avec l'Italie : Armingaud. Venise et le Bas-Empire, Archives des missions scient., 2*^ série, t. IV; — Amari, Storia dei inusulmani in Sicilia, t. I, II, 18o4; — Fr. Lenormant. La Grande Grèce, 1881; A travers l'Apnlie et la Lucanie, 1883; — Delarc, Les Normands en Italie, 1883. — Pour la littérature : Krumbacher. Gesch. der byzantinischen Litteralur, 1891. — Sur P<ellos, voir un article de Rambaud, Revue klstoriqur, 1877. — Pour le droit : Mortreuil. Histoire du droit byzantin, 1843; — Heimbach, hyzantinische Recht, dans l'Encyclopédie d'Ersch et Griiber; — Zachariae von Lingenthal. Gesch. des (jriechisch rOmischcn Rechts, 1877. — Pour le commerce : Heyd, Histoire du commerce du Levant au moyen âge, 188o, trad. fr. — Pour la géographie, Kirause, Géographie des Grie^henlands ivahrend des Mittelalters, dans rEncycIopédie d'Ersch et Griiber: — Kiepert. Carte de la Grèce au X'^ s., 1883. — Sur la topographie et les monuments de Constantinople : Ducange, Constantinopolis Christiana, 1680; — Banduri. Imperium orirntcde sive antiquitates Constantinopolitana:, 1711; — Byzantios. Kwvo-ravTtvo-JTio).'.;. 1869; — Paspati, B..:;xvt:vxi ^iià-^x:. 1878; — Labarte, Le Palais impérial de Constantinople, 1861. — Sur les lettres et les arts, voir les ouvrages cités au chapitre iv. — Rappelons que Krumbacher publie à ^lùnich une Revue byzantine. — Les ouvrages relatifs aux rapports de Byzance avec les Slaves, les Bulgares, les Russes sont cités au chapitre suivant (chap. xiv).