Helinhold, Chronicon Slavoruin (Pertz, I, cap. r
séparaient des Polonais. Leur territoire, qui comprenait une grande partie du royaume de Prusse actuel (1200 milles carrés), était partagé en nombreuses tribus, dont nous indiquerons les groupes principaux. Au sud-ouest, les Sorahes ou Serbes de l'Elbe occupaient tout le pays au nord de la Bohème, de la Saale à l'Elbe, c'est-à-dire la Haute-Lusace et la partie ouest du royaume actuel de Saxe. Il faut leur rattacher les Mil- Ichanes, à l'est de l'Elbe, autour de Boudichin (Bautzen), et les Luzilchmies, dans la Basse-Lusace. Tous ces Serbes portaient aussi, surtout dans la partie ouest de leur territoire, le nom de Vendes, que leur donnaient les Allemands. Il ne faut pas les confondre avec les Vendes qui occupèrent le cours moyen et inférieur de l'Oder, ainsi que son affluent la Sprée. Les destinées parallèles et les malheurs communs de ces deux groupes de Slaves expliquent la confusion que l'histoire a établie entre eux, malgré les différences d'origine et de langue. Venaient ensuite, au nord-ouest, dans le Holslcin et le Mecklembourg, les Obotrites ou Bodritses; à l'est et au sud de ceux-ci, les Loiitistes ou VUtzes ou Vélètes; sur les rivages de la Baltique, au delà de l'Oder, les Pomomnes (Poméraniens). Ces diverses tribus ne sont plus représentées de nos jours que par 150 000 Vendes Lusaciens (100 000 en Prusse, 50 000 en Saxe) et quelque cent mille Kachoiibes, dans la Prusse occidentale. Le rameau tchèque, qui comprend les Tchèques de Bohême, les Moraves et les Slovaques, a perdu aussi beaucoup de terrain. Non seulement toutes ses colonies occidentales de la Thuringe, de la Franconie et de la Bavière, ont disparu, mais les montagnes qui entourent son pays et d'importantes fractions de son territoire, à l'ouest et au nord, ont été occupées par les Allemands. Les Slovaques ont été refoulés des plaines du Danube par les Magyars et se sont retirés dans les vallées des Karpathes. Les Tchèques et les Moraves — au nombre d'environ 5 millions — parlent aujourd'hui la même langue, le tchèque. Les Slovaques ont un dialecte particulier, que l'on désigne quelquefois sous le nom de hongro-slovène, mais qui est très voisin du tchèque; ils sont 2 500 000, particulièrement nombreux dans les comitats du nord-ouest de la Hongrie.
Les Lèches, dans le bassin de la Yistule et du Narew, avaient pour i)rincipales tribus les Polianes, dont le nom a fini par devenir celui du peuple tout entier {Polonais), les Mazoviens, les Kujaviens, les Slézanes ou Silésiens, etc. Au moven âge, les Allemands ont coupé les Slaves de la Baltique par la destruction des Pomoranes, en même temps qu'ils prenaient possession des montag-nes du sud et g'ermanisaient la Silésie. Pressés aujourd'hui des deux côtés, les Polonais reculent, mais avec beaucoup de lenteur, devant l'immigration germanique dans le duché de Posen. Ils sont au nombre de 9 500 000, dont plus de 4 500 000 sont soumis à la Russie, un peu moins de 2 500 000 à la Prusse et à peu près autant à l'Autriche.
Au moment de l'invasion, les Slaves de l'Est et du Sud formaient deux groupes principaux : les Russes et les Slovènes ou Iougo-Slaves (Slaves du Sud). C'est à ces Slovènes que se rattachent les Slaves du Danube bulg-arisés {Bulgares), les Serbes, les Croates et les Slovènes proprement dits.
Les Slaves de Carinthie, que les anciens chroniqueurs désignent toujours sous le nom de ]'e7ides, et que l'on est habitué maintenant à appeler les Slovènes, perdirent de très bonne heure leur indépendance (vni'^ siècle), et une vaste partie du territoire qu'ils avaient occupé fut repris par les Allemands. Ils sont aujourd'hui 1200 000 environ, répartis dans la Styrie (380 000), la Carinthie (85 000). la Carniole (environ 400 000) et le littoral illvrien (250 000). Leur lang^ue est assez voisine du serbocroate.
On appelait aussi 5/ouèw(?s les Slaves qui, de la Dacie, s'étaient avancés dans la Hongrie méridionale et dans la prescpi'ile du Balkan. Ils étaient particulièrement nombreux dans le pays qui s'étend sur la rive gauche du Danube, de Pesth à la Drave, et sur la rive droite du lleuve, de la mer Noire à la Morava. Après quils furent conquis et organisés par les Bulfjares. peuple finnois dont le gros est resté sur le moyen Volga, ils ont reçu le nom de Bulgares (aujourd'hui ils sont environ 5 500 000).
Divisés par le christianisme, qui leur est venu ici de Rome et là de Bvzance, les Croates et les Serbes du groupe méridional ne formaient à l'origine qu'un seul et même peuple; aujourd'hui
ils parlent la même langue, mais les Croates se servent de l'alphabet latin et les Serbes de l'alphabet cyrillique. Ils sont au nombre d'environ 7 millions, dont la moitié est en Autriche et l'autre est répartie entre le royaume de Serbie, la Tcherna- Gora (Monténégro, la Montagne Noire), et la Turquie (Bosnie, Croatie turque, Herzégovine, etc.).
11 est à noter que les Serbes et les Croates paraissent être venus du pavs au nord des Karpathes, où les auteurs du x*" siècle sisrnalent encore une Serbie Blanche et une Croatie Blanche. A celte époque, «le même que nous avons vu déjà trois Serbies, il y avait, outre ces deux Croalies du Nord et du Sud, des Croates établis en Bohème, Moravie, Carinthie, etc.
Les Russes actuels se divisent en Russes-Blancs (400 000), qui ont pour centre les gouvernements de Yitepsk, Mohilev et Minsk, d'où ils se sont répandus dans les provinces jadis lithuaniennes de Kovno, Grodno et Yilna; — en Petits-Russes (lougo- Russes, Ruthènes, en tout 12 millions), dans les gouvernements de Kiev, Tchernigov, Poltava, Yolhynie, Podolie, Russie Rouge ou Galicie orientale; — et Grands-Russes (plus de 40 millions). Vers le vni'^ siècle, les diverses tribus d'où s'est formé le peuple russe occupaient le territoire compris entre le 50^ et le GO*^ degré de latitude nord. Leur frontière orientale était formée par une ligne qui partait de l'embouchure du Yolkov, dans le Ladoga, coupait rOka un peu au-dessous de l'endroit où s'élève aujourd'hui Hiazan, et de là rejoignait le Dnieper Aers l'embouchure de rUgol. Leur frontière occidentale formait une série d'échelons, suivant le lac Péïpous. })uis le Niémen, le Boug et les Karpathes. Ainsi les Slaves russes n'occupaient guère, à cette époque, que la cinquième partie de la Russie actuelle; presque tout le territoire peuplé aujourd'hui par les Grands-Russes appartenait alors à des tribus finnoises ou turques. Non seulement la Russie septentrionale, la Russie orientale, la Nouvelle-Russie, mais la Grande-Russie presque entière, qui s'est formée autour de l'ancienne Moscovie, doivent leur origine aux migrations de colons russes et, dans une proportion sans doute plus faible, à la russiflcation de peuplades allogènes.
La ditïerence entre les Grands et les Petits-Russes s'est mar-
quée (le très bonne heure. Dès le déijut de Ihistoire politique russe, les Polianes et leur capitale, Kiev, prennent une position prépondérante^ au milieu des tribus voisines et conservent une sorte d'hégémonie jusqu'au milieu du xif siècle. Le nom de Russie sert alors à désigner la confédération de principautés qui a pour centre principal Kiev et qui comprend la Yolhynie et la Galicie, mais non le Nord, non la Hussie-Blanche et Novogorod. La séparation des deux groupes, du Nord et du Sud. déjà sensible dès lors, sera rendue définitive, au point de vue ethnographique comme au point de vue politiijue, par la conquête tatare dans la Russie orientale et septentrionale, et par la longue domination lithuanienne et polonaise dans la Russie occidentale et méridionale. La langue petile-russienne est bien certainement un groupe linguistique indépendant. Grands et Petits-Russes ne forment malgré tout, cependant, <ju"un seul et même peuple, ou plus exactement se ratl.ubent à des ancêtres communs. Les influences (b* climat, de s<d. de milieu, suffisent à exj)li(juer les divergences acinelb's. Les Russes de l'un et l'autre groupe, soumis à des destinées diflel'entes, se sont développés dans un sens op[>osé, mais l'unité primitive a été voilée, et non complètement oubliée. Kiev reste le point central aucjuel se rattachent les (bMix peuples, même après leur séparation radicale; c'est à l\'w\ (jue la Grande-Russie doit sa rrljgjon et son église, son organisation politique, sa cullurc lilt(''raire. ses traditions populaires.
Civilisation des anciens Slaves. — Les contrast(?s si fra|)pants (jui séparent aujourd liiii b'S Slaves de l'Est (Slaves russes) de ceux de l'Ouest (Slaves [>olonais) s'expli<jii(>nt surtout l>ar les conditions historiques de leur développement et par l'influence qu'ont exercée sur les premiers Byzance et la culture orientale, sur les seconds Rome et la civilisation occidentale. Au moment de la grande invasion, les diverses tribus slaves étaient encore très semldables entre elles.
Grands et forts, plutôt blonds, avec (b's cbevcux aux reflets fauves, les Slaves étaient courageux, eiilreprenanls. iiospitaliers et prompts à la colère. Il s'était développé de bonne heure chez eux une certaine industrie, mais ils étaient et sont encore
aujourd'hui, avant tout, un peuple agricole. « La terre est mienne, disait le droit slave, partout où ont passé ma bêche, ma faux et ma charrue. » Doués d'un sens très vif pour toutes les poésies de la nature, durs à la souffrance et à la peine, établis sur un des sols les plus fertiles de l'Europe, ils étaient dès lors ces admirables colons que n'arrêtent ni les catastrophes ni les invasions, et qui ont fini par peupler les immenses plaines de la Russie orientale.
Leurs institutions étaient toutes démocratiques. « Ces peuples, nous dit Procope, un des plus anciens écrivains qui nous ait donné quelques renseignements sur leurs coutumes, ne sont pas soumis à un seul homme, mais depuis les temps les plus anciens vivent en démocratie. » — « Les Serbes et les Slaves, dit Maurice, sont des peuples libres, et ils ne supportent ni l'esclavage ni l'autorité royale. » — Toute leur organisation sociale était fondée sur les communautés familiales, dont les « zadrougy » des lougo-Slaves et le mir (commune) des Russes nous donnent quelque idée.
Les Slaves aimaient à se construire, à quelque distance les unes des autres, des cabanes en bois qu'ils cachaient dans les forêts ou au milieu des marais. Ils n'avaient cependant ni propriété personnelle ni exploitation indépendante, mais restaient les simples membres d'une association dans laquelle ils étaient entrés par la naissance et dont ils ne pouvaient sortir qu'en renonçant à tout droit de possession sur le domaine commun. Il est probable que la direction générale de l'association avait d'abord ajtpartenu au père; mais plus tard, le chef (staroste, ancien) était désigné par l'élection, ou au moins accepté par ses compagnons. Son pouvoir, fort étendu, s'exerçait ainsi en vertu d'une délégation, et, dans toutes les circonstances graves, la famille tout entière devait être consultée. La terre que cultivait la famille n'appartenait ni au staroste, qui n'en était que l'administrateur, ni même à l'ensemble des laboureurs qui l'exploitaient à un moment donné, mais à la famille même, à ses rejetons futurs comme à ses membres vivants. Une pareille conception de la propriété a pour conséquence naturelle l'égalité absolue de tous les travailleurs; le mot de pauvre
n'existe pas dans les anciens dialectes slaves : l'association nourrit ses vieillards, ses malades, et ne rejette que ceux qui refusent leur collaboration. Les femmes sont les ésales des hommes et ont leur part d'influence comme leur part de labeur.
Si la propriété devenait trop étroite, un groupe se détachait et allait fonder une nouvelle famille qui s'organisait d'après les mêmes principes, et, tout en jouissant d'une autonomie complète, conservait avec la famille jjrimitive les liens les plus étroits. Ces essaims — quel(|uefois aussi le groupement fortuit de plusieurs familles diverses — donnèrent naissance aux tribus ijjlémia, rod, joupa). Les tribus étaient administrées par un staroste suprême {kniez, joupan), choisi ordinairement dans la famille la plus puissante ; ce jmnce ne pouvait prendre aucune résolution importante sans le conseil des chefs de famille, auquel seul appartenait la décision suprême. Ces assemblées se réunissaient au fort (lirad, grod), construit quelquefois au milieu des marais, le plus souvent sur une pointe de terre, au confluent de deux rivières ou de deux vallées. Autour de quelques-uns de ces oppidums ou châteaux se formèrent plus tard des villes; mais alors ils n'avaient pas, le plus souvent, de population permanente et servaient simplement de centres de réunion et de défense.
Les Slaves combattaient en général à pied, sans autre vêtement qu'un pantalon. Ils avaient pour armes défensives de petits boucliers, lourds et solides; pour armes olTensives des marteaux, des haches, des massues, des flèches, que parfois ils trempaient dans un poison violent. Ils évitaient les batailles rangées, mais étaient fort habiles à préparer les embuscades, se dissimulaient dans les forêts ou se couchaient au fond des rivières, d'où ils respiraient doucement à l'aide de longs roseaux.
Religion. — Les Slaves n'avaient pas, comme les Celtes et beaucoup des Germains, de caste sacerdotale. Il s'en forma une, plus tard, chez les Polabes, les seuls qui aient résisté à la propagande chrétienne, et chez lesquels le paganisme national atteignit un réel développement. Dans les autres j)euples, le chef de la famille et de la tribu était le représentant de l'association devant
les dieux comme devant les associations voisines. Le culte, à l'oriirine au moins, était des plus simples, se célébrait en plein air, sur les montasmes ou dans les forêts. Les Slaves se représentaient la nature comme srouvernée par des êtres supérieurs, hostiles ou favoral)les aux mortels, et qu'ils remerciaient ou apaisaient par des hommag-es et des sacrifices : audessus d'eux, un dieu suprême, Svarog, personnification du ciel, de la lumière et de l'air; il avait pour fils Sluntsé (le soleil) et Ohen (le feu). Péroun, le dieu du tonnerre, Vèlès ou Voloss. le dieu des troupeaux, Stribor/. le dieu des vents et des tempêtes, qui plus tard prirent tant d'importance chez les Russes; Svatovit et Radegast, qui en eurent tant chez les Slaves de l'Elbe, ne paraissent pas avoir été adorés par les Slaves du Sud, et leur oripiine slave n'est même pas absolument certaine. Le principe féminin était représenté par une déesse qui s'appelle Did-Lada dans les chansons russes, et DodoJa dans les chansons serbes. Les Slaves de l'Ouest semblent avoir admis une sorte de dualisme, adorant un dieu bon et un dieu mauvais, plus exactement un dieu blanc et un dieu noir : Biéli-Bor/ et Tcherni- Bof). Les forêts, les bois, les montas^nes, les sources sont, dans la croyance slave, peuplés de nymphes et de fées {roussalky, vUij, samodivy, etc.), qui reviennent sans cesse dans les chansons et les contes populaires. Il y a le vodiamj, génie des eaux, le liéchii, génie des bois. Il y a aussi une sorte de dieu ou de roi de la mer. Chaque famille a ses dieux protecteurs; de là sortira plus tard le culte des saintes images (icônes).
Le système cosmogonique des Slaves est des plus simples. Dieu a soulevé le sable de la mer et l'a entassé sur la surface des eaux pour en former notre terre; le continent flotte au milieu des eaux. L'homme est, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, sous la domination de divinités <|ui }>résident à ses destinées; l'àme est distincte du corps; elle a son siège dans la poitrine et prouve son existence par la respiration. Elle est immortelle. Les mots de ciel et pai-adis sont les mêmes dans toutes les langues slaves, ce qui suppose que ces idées se sont développées chez eux avant l'époque de leur séparation; le mot A' enfer, au contraire, n'apparaît que beaucoup plus tard. Pour
faciliter la séparation «le lame et du corps, les Slaves brûlaient souvent les cadavres. Quelquefois une des femmes du mort était brûlée en même temps que le corps de son mari.
Causes de la longue impuissance des Slaves. — Les Slaves avaient dû en jiartic leurs succès à la manière dont était constituée chez eux la famille. Là où auraient échoué des colons isolés, des communautés nombreuses et ddnt tous les membres étaient directement intéressés à la richesse du groupe, étaient admirablement armées pour le travail. Mais cette multitude de petites monades, dans lesquelles, suivant l'expression d'un historien contemporain, la race s'était cristallisée, ne constituait pas une nation. Le réeime familial n'était pas moins exclusif de toute organisation politique que de toute liberté individuelle. Sans doute, il arrivait qu'en face d'un péril imminent diverses tribus se réunissaient sous un même chef; mais ces confédérations momentanées étaient toujours lâches et instables. La constitution des Slaves, excellente pour la prise de possession de terres abandonnées, était ainsi absolument insuffisante dès qu'il s'ag-issait de faire face à des attaques suivies. Ils ne le comprirent pas à temps; aucune race n'a eu autant de peine à s'élever à l'idée de nation; ils n'y sont arrivés le plus souvent que sous des influences étrangères ' ; souvent même le péril extérieur n'a pas réussi à triompher des résistances particularistes. « Les Slaves, dit un historien arabe, sont un peuple si puissant et si terrible que, s'ils n'étaient pas divisés en une multitude de tribus et de familles, personne au monde ne pourrait leur résister. » Leur esprit de division, leur tendance à l'émiettemeiil. leur impuissance à se soumettre à une direction commune ex[di(|uent en partie que pendant longrtemps ils n'aient joué dans le monde qu'un rôle secondaire et subordonné. L'extension prodigieuse de leur race au vu*" siècle permettait de supposer (juils exerceraient sur les événements une influence décisive; au contraire, ils eurent g^rand'jteine à maintenir leur indépendance et perdirent rapidement une partie du terrain conquis.
1. Par exemple, les Slaves russes grâce aux Varègues (Scandinaves\ les Slaves du Danube grâce aux Bulgares (Finnois), les Slaves de TElbe grâce peut-être au Franc Samo.
La faute en fut sans doute en partie aux hommes, mais aussi aux événements, et, en particulier, aux conditions géog^raphiques particulières dans lesquelles ils se trouvaient placés. Situés à l'extrémité du monde aryen, les Slaves eurent pour rôle de défendre l'Europe contre de nouvelles invasions asiatiques, en même temps qu'ils étaient attaqués de front par leurs voisins de l'ouest. Ils furent exposés à ce double danger avant d'avoir pu profiter de la tradition romaine et de la civilisation occidentale, que l'Eglise, vers cette époque, communi(}uait aux Germains. Il y aurait, par conséquent, quelque injustice à voir dans leurs tâtonnements et leurs échecs la preuve dune infériorité native de la race. Il est permis de demander aux écrivains allemands, qui affectent une pitié dédaigneuse pour l'incapacité politique des Slaves, si l'Empire germanique est l'œuvre exclusive du génie tudesque. Qui peut dire ce qu'il serait advenu de l'Allemagne si elle n'avait pas été couverte par les Slaves contre les invasions orientales?
//. — Les premiers Etats slaves :
conversion au christianisme.
Les Slaves entre les Avars et les Francs. — Jusqu'à l'invasion des Magyars, c'est-à-dire jusijue vers la fin du ix° siècle, les Slaves ne sont pas encore constitués en Etats distincts, et le souvenir de l'unité d'origine est })lus fort que le sentiment national individuel des divers groupes; c'est ce qui explique les rapides progrès et l'étendue dc^s em[>ires formés par eux; mais la chute de ces Etats est d'ailleurs aussi prompte que les conquêtes sont faciles et, sans base solide, ils disparaissent sans laisser de traces.
Les Avars, établis dans le bassin du Danube, faisaient peser un joug cruel sur tous les peuples voisins. Les Slaves trouvèrent un protecteur et un chef dans Samo. D'origine franque, ou pout-ùtre issu d'une de ces tribus slaves qui s'étaient avancées fort avant dans l'Ouest et avaient subi de bonne heure l'influence
germanique, il fut accepté pour roi par les Tchèques ou Bohèmes et régna heureusement de 623 à 668. Victorieux de Dagobert, il étendit sa domination jusqu'aux Karpathes et aux Alpes styriennes : la plupart des tribus entre lElbe et l'Oder reconnurent son autorité. Sa puissance ne lui survécut pas *.
Charlemagne : soumission des Slovènes -. — La Germanie réorganisée prit bientôt l'ofTensivc, et, réduites à leurs seules forces, les tribus slaves de l'Ouest ne résistèrent pas longtemps. Les Vendes ou Slovènes de Carinthie avaient accepté la suzeraineté des Bavarois, pour obtenir leur protection contre les Avars (vers le milieu du vni" siècle). Lorsque la Bavière perdit elle-même son indépendance, en 788, les Vendes passèrent avec elle sous la domination de l'empire franc. Les chefs indigènes, qu'ils avaient conservés d'abord, furent bientôt remplacés par des comtes francs; le christianisme pénétra dans le pays, et, presque en même temps, les colons germains La population était clairsemée ; dans les coutumes de l'époque, les terres désertes ou, après une conquête, les domames dont le propriétaire n'était pas confirmé dans ses droits par le vainqueur, appartenaient au roi. Ils furent distribués aux seigneurs, aux évèques, aux corporations ecclésiastiques, qui y appelèrent des Allemands. Ceux-ci s'établirent, vers cette époque, dans la plaine de Klagenfurt et sur la rive du Danube, depuis TE uns et surtout l'Ips jusqu'au AViener-Wald ; puis, au delà du AViener- Wald, ils occupèrent les contreforts au nord-est du Semmering, et poussèrent jusqu'à l'Œdenbourg et au Raab. Beaucoup de Slaves devinrent les serfs des nouveaux propriétaires. Dès 828, le mot de Slave {scfavus) est em[)loyé comme synonyme de serf.
L'empire de Moravie : Mojmir, Rostislav et Svatopluk. — L'empire de Charlemagne ne s'arrêtait pas au Danube, et il est probable que les Slaves établis sur les bords de la Morava (March), les Moraves, lui avaient payé tribut; mais la domination franque était toujours restée fort incertaine sur ces contrées lointaines et, après la mort de Charlemagne, elles reprirent toute leur indépendance. Le chef d'une des tribus moraves,
i. Voir ci-dessus, chapitre m.