Voir ci-dessus, chapitre xm
vinces romaines, beaucoup plus tôt qu'on ne le suppose oivlinairement, et probablement dès le m*^ siècle. Ils y pénètrent d'abord comme colons, auxiliaires ou esclaves, avant d'y entrer comme conquérants. Dès le commencement du \° siècle, nous trouvons des noms slaves parmi les plus hauts fonctionnaires do l'Empire byzantin. Un certain nombre d'historiens contestent, contre l'opinion commune et sans raison bien probante, l'origine slave de Justin et de Justinien ; mais il n'est pas douteux, du moins, que beaucoup des généraux de Justinien étaient Slaves '.
La conquête proprement dite commença vers la fin du v*" siècle, après le départ des Ostrogoths pour l'Italie. Depuis lors, pendant deux siècles, les Slaves continuèrent leurs incursions dans l'Empire. A plusieurs reprises, ils ravag-èrent la péninsule presque entière, de l'Istric et des bouches du Danube jusqu'à l'extrémité méridionale du Péloponèse. Le point de départ de leurs invasions était alors l'ancienne Dacie, c'està-dire la Transylvanie, la Moldavie et la Valachie actuelles. Depuis l'abandon de la province de Dacie par Aurélien, les colons romains avaient en g-rande partie disparu dans ces régions, et les plaines étaient tout entières entre les mains des Slaves. Vers le milieu du vn" siècle, presque toute la péninsule des Balkans était couverte de leurs colonies. Ils occupaient alors de nombreuses provinces où leur lang'ue a aujourd'hui complètement disparu. Ils s'y maintinrent long-temps. Non seulement la Thrace, la Macédoine, la Thessalie et l'Epire étaient en g-rande partie slaves; mais ils étaient fort nombreux dans la Grèce })roprement dite. Dans la Béotie et l'Attique, beaucoup de noms g-éog-raphiques rappellent encore leur séjour. Au x" siècle, l'empereur Constantin Porphyrog-énète se plaig-nait que toute la Morée fût devenue slave et barbare. Les Slaves du Péloponèse y conserA^èrent une indépendance complète, de 587 à 815. On parlait encore slave sur le Taygète, au milieu du xv" siècle. Les croisés francs et les Vénitiens eurent souvent affaire aux Esclavons. Les Maïnotes sont d'origine slave -.
d. Voir ci-dessus, chapitres iv et xiii.
2. Les historiens allemands, pour des raisons qui ne sont pas toujours d'ordre
A plusieurs reprises, les nouveaux conquérants menacèrent Salonique et Constantinople. Montés sur leurs pirocrues, analogues à celles qu'équipèrent plus tard les Cosaques de la mer Noire, ils parcouraient la mer Egée et la mer Ionienne, rava geaient lesCyclades, pillaient les cotes de l'Asie Mineure. Leurs courses les rendirent célèbres dans tout l'Orient, et un des })lus anciens écrivains arabes parle « des Slaves aux cbeveux fauves » comme d'un peuple bien connu de ses lecteurs.
Les Slaves dans le bassin moyen du Danube — Les Slaves, établis sur le grand chemin des invasions asiatiques, en subirent tous les contre-coups. C'est ainsi que, fuyant devant les Avars, qui s'étaient établis en Pannonie vers la fin du vi"" siècle, ou combattant dans leurs rangs, ils s'avancèrent sur la rive droite du Danube. Après le départ des Lombards pour l'Italie, en 5G8, ils occupèrent le Norique intérieur, c'est-àdire les régions qui forment aujourd'hui la Styric, la Carinthie et la Garniole. Le bassin de la Drave supérieure, épouvantablement ravagé, fut changé en désert : il garde encore aujourd'hui le nom de PusterthaJ. Ils remontèrent la Mur jusqu'à ses sources, et couvrirent de leurs colonies les contrées montagneuses qui s'étendent entre le Wiener- Wald et l'Enns. Un grand nombre de noms géographiques, celui de Semmering (monts des pins) entre autres, prouvent encore leur séjour dans ces régions. Leurs progrès vers l'ouest furent arrêtés, au commencement du vn'^ siècle, par la tribu des Bavarois. Vers la fin du VI® siècle, d'autres tribus slaves avaient pénétré dans le Tyrol et occupé le Frioul et l'Istric.
Les territoires de la Drave niférieure et de la Save furent parcourus de bonne heure par des Slaves venus du Nord ou du Danube inférieur. Ils ne furent réellement occupés que sous le règne de l'empereur Héraclius (610-6il). A celte époque, les Croates et les Serbes s'établirent dans la Dalmatie et les contrées qui la bornent à l'ouest, sans que l'état actuel
purement scientifique, retardent l'arrivée des Slaves et diminuant l'imporlance de leurs élablissements. J'ai cru devoir suivre l'opinion de .MM. Drinov [Occupation de la péninsule des Balkans par les Slaves, en russe) et de M. Jirelchek (Uisloire de la Diclr/arie).
de la science permette d'établir leur ori2:ine et leur point de départ. Plus tard, les premiers occupèrent la Croatie depuis la Kalpa jusqu'au Yerbas, le sud-est de l'Istrie et la Dalmatie septentrionale; les Serbes se fixèrent au sud et à l'est jusque vers Belgrade, Novi-Bazar et Durazzo. Les Romains ne conservèrent que quelques villes de la cote et les îles. Les habitants d'Epidaure et de Salone, villes qui avaient été détruites par les Slaves, fondèrent celle de Raguse ou Doubrovnik. si célèbre au moyen âge.
Les Slaves dans le bassin de l'Elbe. — Les progrès des Slaves, au nord, avaient été plus rapides et leur colonisation plus pacifique. Dès le iv'' siècle, continuant leur marche vers l'ouest, ils avaient remplacé les Germains dans le bassin de roder. Dans la seconde moitié du v" siècle, ils poussaient leurs avant-postes jusqu'à la côte occidentale de la Baltique et à l'Elbe. Bientôt même, ils dépassaient le fleuve, occupaient les deux rives de la Saale, le Lunebourg, et quelques tribus s'aventuraient jusque dans la région du Rhin '.
Le bassin supérieur de l'Elbe avait été peuplé d'abord par des Celtes, des Boïes, qui lui ont laissé son nom de Bohème. Ils y furent remplacés, vers l'an 12 avant J.-C, par les Marcomans, de race germanique, qui s'y maintinrent plus de quatre siècles. Quelques colonies slaves y pénétrèrent, semble-t-il, dès le m'' siècle, mais les Slaves n'en prirent réellement possession que dans la seconde moitié du v" siècle, lorsque les Tchèques y remplacèrent les Marcomans. Derrière eux, les Moraves se fixèrent dans le bassin de la Morava (March), dans la Basse- Autriche et sur le versant méridional des Karpathes. A l'est des Moraves, les ancêtres des Ruthènes de Galicie franchissaient alors les monts Tatra, et s'étendaient jusqu'à l'extrémité orientale de la Hongrie montagneuse, taudis qu'à l'ouest d'autres Slaves arrivaient jusqu'en Saxe, en Thuringe, en Franconie, en Bavière et même en Suisse.
Territoire occupé par les Slaves. — Vers la fin du vn'= siècle, la grande migration des Slaves vers l'ouest peut être
1. Voir ci-dossus, au chapilre m, l'histoire du Franc Samo, roi des Slaves de Boliènic.
considérée comme terminée. Depuis lors ils n'ont guère fait que perdre du terrain de ce côté. Refoulés par les peuples germains, ils se sont retournés vers le nord et vers Test. La colonisation de la Russie orientale et septentrionale a dédommagé la race, et elle reste le fait le plus consiilérable de son histoire. Au vn^ siècle, ils étaient maîtres d'un immense (erriloiie qui s'étendait de la Baltique et de Fllmen à la mer Eg-ée et à la mer Noire; de l'Elbe, de la Saale et de l'Enns au Dnieper. Les contreforts des Alpes étaient peuplés de leurs colonies. Le bassin moyen et inférieur du Danube leur appartenait tout entier, sauf certains dktricts montag-neux du Balkan et les prairies de la Theiss et du Danube moyen . au milieu des- <]uelles erraient les Avars, destinés à une rapide disparition. L'Egée, l'Archipel, l'Adriatique, la mer Xoire. la Baltique étaient sillonnés par leurs barques. La langue slave s'est tellement étendue, dit un chroniqueur, qu'on peut à peine s'en faire une idée '.
Principaux groupes slaves; leur domaine actuel; statistique. — La dispersion des Slaves avait accentué les ditTérences qui avaient déjà auparavant commencé à se produire entre les Slaves de l'Ouest, d'un cùté. et ceux de l'Est et du Sud, de l'autre. De plus, chacun de ces deux grands groupes s'était subdivisé en un certain nombre de peuples et de tribus. D'une façon générale, la plupart de ces peuples ont conservé les territoires qu'ils occupaient alors, et la i)hysionomie du monde slave se trouve ainsi fixée dès cette époque dans ses grandes lignes.
A la branche occidentali: se rattachaient les Lèches ou Polonais, les Tchèques, les Polabes, les Moraves et les Slovaques de la Haute-IIong-rie.
C'est dans le bassin de l'Elbe (jue les Slaves ont sul)i les pertes les plus se?isibles. L'usage s'est introduit de désigner sous le nom de Polauks les tribus qui occu[)aient le pays compris entre la Baltique au nord. l'Elbe et la Saale à l'ouest, la Bohème au sud, la Bober (affluent de l'Oder) et l'Oder, qui, à l'est, les