‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 153 sur 192 · Ou Bosoris · texte numérisé non relu

Ou Bosoris

motifs des raisons politiques, comme plus tard celles d'Etienne de Hongrie et de Vladimir de Russie. Mais la religion nouvelle fit peu de progrès dans le pays tant qu'elle ne fut prêchée que que par des Italiens ou des Grecs, et l'église de Bulgarie date en réalité de l'arrivée des disciples de Méthode, chassés de Moravie. Ils se répandirent dans toute la péninsule des Balkans, et les peuples qu'avait à peine entamés la propagande grecque accueillirent avec joie le christianisme, dès qu'on le leur présenta sous la forme slave. Les Russes restèrent païens encore un siècle, quoiqu'il y eût à la cour de Yladimir des missionnaires grecs et latins; mais chez eux aussi ce qui triompha, ce fut l'église nationale, telle (jue l'avaient constituée Méthode et Cyrille. Ils méritent Lien ainsi le nom iï Apôtres des Slaves, aussi justement par exemple que saint Boniface a reçu le titre à' Apôtre de la Germanie, bien qu'il ait eu. lui aussi, des précurseurs.

Le programme de la race germanique était alors le même que de nos jours : c'était le Dranfj nach Osten, la conquête de l'Orient. Aujourd'hui elle écrit sur son drapeau : culture. Elle écriA'ait alors : christianisme. En convertissant les Slaves, Cyrille et Méthode enlevaient à leurs adversaires tout prétexte d'intervention, en même temps qu'ils ouvraient la voie à tous les progrès. Si l'on songe au sort des tril)us qui ont persisté dans le paganisme, on reconnaîtra qu'il n'y a aucune exagération à prétendre qu'ils ont sauvé la race slave de l'oppression et peut-être de l'anéantissement.

Catholiques et orthodoxes se disputent la gloire de Cyrille et de Méthode. En réalité, il n'y avait encore alors qu'une seule église chrétienne, dont quelques différences de rites ne compromettaient point l'unité; les difficultés qui s'élevèrent entre Rome et Byzance, sous le patriarcat de Photius, ne se rapportaient (|u'à des questions de hiérarchie d'une importance secondaire, et elles cessèrent après la déposition de Photius (886); les Apôtres slaves n'appartiennent exclusivement ni à l'église latine ni à l'église grecque, mais à l'église chrétienne tout entière.

Le slavon d'église : alphabets cyrillique et glagoli-

tique. — Cyrille est le véritable créateur de la langue et de la littérature slaves : il traduisit en slave les Saintes Écritures*, et il se servit d'un alphabet particulier dont les signes rendaient avec beaucoup de précision tous les sons particuliers aux langues slaves.

Quel était l'alphabet qu'employait Cyrille? Celui d'où dérive directement l'alphabet russe actuel et que l'on désigne sous le nom de cyriKique? — ou bien l'alphabet, beaucoup plus compliqué, que l'on appelle glagolitique'l De plus, cet alphabet, l'inventa-t-il de toutes pièces, ou ne fit-il que le perfectionner? En l'absence de documents précis, on en sera probablement toujours réduit aux hypothèses. La majorité des historiens slaves est disposée, aujourd'hui, à admettre que l'alphabet g'iagolitique (de glagol, son. mot), que l'on a fait longtemps remonter jusqu'à saint Jérôme, était celui dont se servait Cyrille ; il serait sorti de l'écriture cursive grecque, telle qu'elle était usitée au ix'' siècle. Un disciple de Méthode, saint Clément, le simplifia, et la forme nouvelle reçut à tort le nom de cyrillique. Le glagolite ne se conserva que chez les Dalmates, et on s'en sert encore pour les livres d'église dans quelques paroisses serbo-croates de la Dalmatie. Les glagoliticiens furent les seuls catholiques qui gardèrent le service divin slave, d'ailleurs profondément modifié: partout ailleurs les Slaves catholiques ont accepté l'alphabet et le service religieux latins; l'alphabet cyrillique et la liturgie slave sont la marque extérieure de l'orthodoxie.

Il est probable que Cyrille et Méthode employèrent pour leur traduction la langue qu'ils avaient parlée dans leur jeunesse, c'est-à-dire le paléo-bulgare. Les Slovènes de Carinthie se rattachaient d'ailleurs au même groupe linguistique que les Slaves de la péninsule, et ainsi s'explique que quelques philologues slaves, et non des moins illustres, voient dans le slavon d'église le paléo-slovène. Le slavon d'église s'est maintenu, très altéré, dans le service religieux orthodoxe; c'est le plus ancien dialecte

1. Il fut aillé dans son travail par .Méthode et ses disciples. Nous ne connaissons pas la liste exacte des livres qui furent traduits par eux et nous ne possédons rien de la traduction primitive.

littéraire slave, mais non pas, comme on l'a cru longtemps, la langue mère dont seraient sortis les autres idiomes. Au début, en efTet, la langue liturgique fut naturellement aussi la langue littéraire ; les formes du slavon d'église dominèrent longtemps dans les œuvres bulgares, serbes et russes, et cette influence est encore sensible aujourd'hui dans la littérature religieuse.

Séparation définitive des Slaves : Latins et Byzantins. — Jusqu'au commencement du x'' siècle, les Slaves, déjà séparés en groupes divers et souvent ennemis, ne formaient encore cependant qu'un seul et même peuple. L'empire de Moravie, au cœur de leurs possessions, aurait pu devenir le centre auquel ils se seraient tous rattachés peu à peu. Ils auraient sans doute constitué des Etats indépendants; mais la communauté de foi, de civilisation et de langue aurait maintenu entre eux une certaine unité; les luttes intestines qui remplissent l'histoire des Slaves et qui, aujourd'hui encore, rendent obscures leurs destinées n'auraient pas pris le même caractère de violence irréconciliable. Ces espérances furent brutalement anéanties par l'invasion magyare.

Depuis lors, la scission qui avait depuis longtemps commencé entre les groupes de l'Ouest et de l'Est se marque toujours plus profondément, sous l'action de causes politiques et géographiques . Les Slaves de l'Ouest , Bohèmes , Polonais , Polabes, sont entraînés dans le grand courant de l'histoire de l'Europe au moyen âge; ils acceptent la doctrine, la hiérarchie et la langue de l'église romaine, et, sous la double action du catholicisme et de l'Allemagne, les institutions féodales, plus ou moins modifiées, pénètrent parmi eux. L'influence de Byzance n'est guère moins profonde sur les Slaves de l'Est et du Sud que celle de Rome sur ceux de l'Ouest. Non seulement ils reçoivent de Byzance leur foi et leur organisation ecclésiastique, mais ils subissent très profondément son influence littéraire, politique et morale.

Sous cette action divergente, les difîérences primitives s'accentuent rapidement.

La prédication de Cyrille et Méthode est le dernier épisode de

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