‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 162 sur 192 · Ou Gnesen · texte numérisé non relu

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encore , catholicisme cl nationalité y sont demeurés svnonymcs.

Destinées de la Pologne. — Les Alleniands avaient fini par s'inquiéter des progrès de Boleslav. Il brava toutes leurs attaques et lorsque, dans les dernières années de sa vie, il prit le titre de roi. il ne fit que traduire par un signe visible ce qui aAait été le but de sa vie entière : la fondation d'une monarchie indépendante, assez forte pour braver l'invasion germanique et pour grouper autour d'elle les provinces slaves voisines, que leur isolement condamnait à la servitude. « L'histoire, dit un historien allemand contemporain, a donné à Boleslav le nom de Vaillant; c'est celui de Grand qu'il mériterait; avant lui, rien ne prouvait que les Slaves de la Vistule et de l'Oder ne fussent pas réservés au même sort que les Slaves de l'Elbe : lui seul les a préservés de la destruction, et, de nos jours encore, il arrête les Allemands dans leurs progrès vers l'Est. »

Les renseignements que nous avons sur les institutions politiques de la Pologne à l'époque de Boleslav sont à peu près nuls. Il est permis de dire cependant qu'en mettant nettement en opposition la Pologne et l'Allemagne, il a déterminé tout le développement constitutionnel futur du pays. Ce serait une erreur, en effet, de voir dans le rapide développement de la noblesse polonaise une preuve de l'influence des institutions germaniques ; en réalité, le système féodal ne pénétra en Pologne que fort tard et n'y obtint pas grand succès. La noblesse fut nationale et allodiale, et ses progrès aboutirent au développement des assemldées, à l'organisation d'un régime parlementaire antérieur même à celui de l'Angleterre et qui n'a d'analogue en Europe que le régime hongrois.

Les neuf ans de règne du successeur de Boleslav, Miéchko ou Mieczislav II (1025-10.34) furent désastreux. Après une période de troubles, Boleslav le Hardi (1058-1080) et ses successeurs relevèrent la monarchie; mais ni leurs succès ni leur habileté ne rendirent à la Pologne sa puissance perdue : elle avait laissé échapper l'occasion de s'étai>lir sfdidomcnl sur la Baltique: elle ue la retrouva plus.

Formation du royaume de Bohême. — Plus voisine de

l'Allemag-ne que la Pologne, la Bohême subit plus complètement l'influence g-ermanique, jusqu'au moment où la proximité (lu péril réveilla chez elle le sentiment slave. Nulle part les deux races ennemies ne se sont disputé le terrain avec plus de passion et de persévérance. Rattachée d'abord à l'empire de Moravie, elle avait reçu le christianisme de Méthode; mais, après l'invasion hongroise, toutes les relations furent rompues avec Byzance, et le rite slave fut assez vite remplacé par le rite latin.

Les diverses tribus qui. d'après la légende, avaient été conduites par Tchekh dans le bassin de l'Elbe supérieur, n'avaient formé longtemps qu'une confédération assez lâche ; la tribu des Tchèques, que favorisa la position géographique de son territoire, réussit peu à peu à établir sur les autres clans une sorte d'hégémonie. Ses chefs eurent longtemps à lutter contre des princes rivaux, et leur pouvoir fut souvent afTaibli par les querelles que provoquait l'absence d'une loi précise de succession. Ils étaient en même temps engagés contre leurs voisins dans des guerres incessantes, tantôt vainqueurs, comme Boleslav II (967-999) qui étendit son royaume fort au delà des frontières de la Bohème, tantôt malheureux et obligés de payer tribut aux empereurs allemands, dont cependant la suzeraineté ne fut jamais nettement établie sur le pays. La haine contre l'Allemagne explique les résistances qui arrêtèrent longtemps les progr,ès du christianisme ; il ne triompha réellement que sous Venceslav P'" (92o-934) qui a été canonisé et qui est resté le patron du pays. Yratislav II i)rit le premier le titre de roi (1086). Moins prévoyant que Boleslav de Pologne, il avait demandé la couronne à l'empereur Henri IV. Trop souvent, dans la suite, ses successeurs compromirent l'avenir de leurs peuples par des complaisances imprudentes pour les Allemands.

Slaves du Sud et de l'Est. — Dans le rameau sud-oriental, comme dans le rameau occidental, un groupe disparaît, ce sont les Slovènes ou Vendes de Pannonie; comme les Tchèques, les Serbes et les Croates sont encore dans la période de formation, et leur histoire n'offre qu'un intérêt secondaire; les plus éloignés de l'Europe occidentale, les Bulgares et les

LES ETATS SLAVES DU X*^ AU Xr SIÈCLE 729

Russes, forment de puissants empires, aussi peu durables que le royaume de Boleslav de Pnloi^ne.

Les Slovènes de Pannonie. — Les Slovènes avaient été déjà trop affaiblis pour que le désastre des Bavarois, en 907, leur inspirât même la pensée de reprendre leur indépendance. La défense de l'Empire fut réorganisée de ce côté, après la victoire de 9oo, par Otto l" et Otto IL La Marche orientale (Oaimark, ])i'ovi)icia orientalis) ou dAutriche (Œsterreich.^j/a^a austmlis) devint l'avant-poste de la Germanie, et les Babenberg^ y préparèrent la voie aux Habsbourg. Dès le règne d'Etienne L' de Hongrie, ils s'avançaient jusqu'à la Leitha et à la March. La Marche de Carinthie avait été aussi relevée, et la Stvrie et la Carniole, qui en furent détachées plus tard, devinrent autant de foyers de germanisation '. Depuis Charlemagne, il n'v a plus, à proprement parler, d'histoire ni de peuple slovènes. 11 avait été converti, au vnf siècle, par les envoyés de l'évèque de Salzbourg-, Virgile, qui a conservé le titre d'apôtre des Khorutanes ^ bien que d'ailleurs il ne soit jamais venu dans le pavs. La littérature paléo-slovène compte parmi ses plus anciennes reliques trois fragments qui remontent peut-être au x« siècle, et que l'on connaît sous le nom de Fragments de F?'isi?ïski.

Le long sommeil littéraire des Slaves de Pannonie, un moment troublé par la Réforme, a continué jusqu'au commencement de ce siècle; réveillé par l'occupation française, le patriotisme slovène a rendu quelque vie à cette nation depuis longtemps oubliée, et la période contemporaine témoigne d'une activité très remarquable pour une population aussi peu nombreuse; ils ont fourni, entre autres, un des créateurs de la philologie slave, Kopitar.

Les Serbes et les Croates. — La fortune fut moins cruelle aux Serbes et aux Croates, dont cependant Ihistoire est encore fort incertaine et troublée. Les Serbes, établis dans la Serbie propre (Rascie), la Tcherna Gora, l'Herzégovine et sur le littoral de l'Adriatique, étaient soumis à divers princes sur les-

1. Les Slovènes forment encore une importante partie de la population de la Carinthie (90 000 hab.), de la Carniole C+OO 000) et de la Stvrie (380 000).

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