‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 165 sur 192 · Voir ci-dessus, chapitre xiir · texte numérisé non relu

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dentale, resta le centre Je leur église. Les maîtres nouveaux ne réussirent jamais à faire accepter leur joug aux vaincus; des révoltes partielles menacèrent leur autorité. Apres un siècle et demi de servitude, en 1186, l'empire bulgare se relèvera.

La Russie : origines; les Varégues. — Les Slaves du Dnieper étaient arrivés de honne heure à une civilisation assez avancée. Parmi ion gorodichtché, c'est-à-dire les oppidums qui servaient de centre aux divers clans (volost, jjagost), quelques-uns, tels que Polotsk, Smolensk, Novgorod surtout et Kiev, avaient pris une réelle impoi-tance. Les fouilles ont démontré que leurs habitants avaient une certaine industrie et <|u'ils entretenaient un commerce assez actif. Ils souffraient daillcurs des mêmes vices que les autres Slaves; leurs divisions les laissaient à la merci de leurs ennemis : les Khazars en [)articulier, vers le sud, et les Lithuaniens au nord. Comme les Slaves de Mésie, ils durent leur organisation politique à une race étrangère.

D'où venaient les Varégues et dans quelles conditions se sontils établis en Russie? Peu de problèmes historiques ont donné lieu à des controverses plus animées. Quelques historiens veulent voir en eux des Slaves venus de la rive méridionale de la Baltique, des Novgorodiens exilés, ou des bandes d'aventuriers qui auraient renfermé une forte proportion de Slaves. Peut-être des considérations patriotiques jouent-<}lles un rôle un peu excessif dans ces conclusions. On admet en général que les Varégues venaient des environs du lac Mœlar, vers la côte orientale de la Suède. Ils seraient ainsi les proches parents de ces « rois de mer » qui, vers la même époque, pillaient l'Europe occidentale. Depuis les temps les plus reculés, une roule commerciale très fréquentée conduisait de la Baltique à Constantinople par rilmen, la Volchov et le Dnieper; elle était bien connue des coureurs d'aventures de la Scandinavie, et leurs expéditions, pacifujucs ou militaires, les mirent souvent en relations avec les peuples de ces régions. Ils se nommaient eux-mêmes Varinges, c'est-à-dire liés à un chef par un serment de lidélité; les Grecs appelaient Varangues les Xormands (jui servaient dans leurs armées cl, plus lard, tous les soldats auxiliaires; de là le nom de Variagues, Varégues, que donnèrent les Slaves aux nouveaux

venus. Les Finnois les appelaient Rouss, et Rous, en finnois, signifie encore anjonrd'hui la Suède. Le nom du plus grand peuple slave est ainsi probablement un nom finnois, qui désignait à l'origine des pirates Scandinaves.

Nestor nous raconte que les Tchoudes, les Slaves de Novgorod et divers autres peuples dirent à des chefs varègues : « Notre pays est grand et tout y est en abondance; mais l'ordre et la justice y manquent : venez en prendre possession et nous gouverner. » Les travaux récents confirment en général le récit du chroniqueur. Il n'y eut pas à proprement parler de conquête, au moins dans la région septentrionale, ou, dans tous les cas, la résistance fut si faible qu'elle ne laissa aucune rancune durable. Les nouveaux venus étaient peu nombreux; leur influence ethnographique a été à peu près nulle ; l'ancienne population conserva ses terres, ses lois, ses mœurs; les assemblées communales persistèrent. Les chefs varègues défendirent le pays contre les envahisseurs étrangers, rendirent la justice et levèrent le tribut. Leur protection parut quelquefois lourde et, pendant près d'un siècle, ces chefs normands, menacés çà et là par des insurrections, s'appuyèrent surtout sur leurs compagnons, leur truste [droujina), qui se recrutait parmi les Scandinaves attirés par le bruit de leurs succès. Mais il est probable que, de très bonne heure, ces bandes se mêlèrent d'éléments indigènes; les princes apprirent le slave, adoptèrent la religion des Slaves, plus ou moins mêlée de superstitions Scandinaves. Un siècle et demi plus tard, la fusion était complète.

D'après la chronologie officielle, c'est en 862 que Rourik et ses frères furent appelés par les Slaves, et l'on a fêté en 1862 le millième anniversaire de la fondation de l'État russe; mais, dans toute cette première période, les dates sont fort incertaines. Le domaine de Rourik s'étendait, à l'est, jusqu'au haut Volga, et au sud, jusqu'au dos de terrain qui sépare la Diïna et le Dnieper. Il avait pour centre Novgorod. Vers le même temps, d'autres chefs varègues occupaient Kiev, qui avait été soumise par les Khazars. Le successeur de Rourik (-|-879), Oleg, (|ui, bien plus que lui, fut le véritable fondateur de l'empire russe, s'empara de Smolensk et de Kiev, et réunit sous son autorité |)resque toutes

les tribus slaves de ces régions et une j)artie des tribus finnoises.

Les Varègues et les Grecs. — Les Yarèirues étaient d'intrépides marins et des néiiociaiils fort avisés. La conquête des villes du Dnieper n'avait été pour eux qu'une étape vers Constantinople. Dès 907, Oleg paraissait devant le port de Byzance avec une flottille de 2000 barques, et. depuis lors, les expéditions continuent presque sans interruption. Le courage presque fabuleux des Varègues se brisa devant les murailles de Constantinople et la science supérieure des ingénieurs grecs. Cependant les Byzantins payèrent rançon et accordèrent aux envahisseurs des traités de commerce fort avantageux. Le danger augmenta pour les Grecs quand Sviatoslav (964-9"2), maître de la Bulgarie occidentale, songea à transporter sa capitale à Preslav. Dès la première heure, la géographie imposait aux ciiefs russes la politique que les plus graves revers n'ont jamais arrêtée qu'un moment : le Dnieper les attirait vers la mer ^Voire. et de là vers la Médilerranée. Gomme les Polonais sous Boleslav le Vaillant, les Russes, dans le premier emportement de leur juvénile ambition, semblaient près de saisir le but qui depuis a toujours reculé devant eux, et de réunir sous leurs lois tous les Slaves orientaux, de la Balliijue à rAdriatique et à la mer Egée. Les Grecs étaient gouvernés alors par un empereur remarquable, Jean Zimiscès: il comprit le péril et concentra toutes ses forces dans un su{)rême elTort. Sviatoslav fut vaincu, la Bulgarie soumise aux Byzantins, et les Russes éloignés pour longtemps du Danube. Les Grecs prirent une autre revanche en imposant aux Russes leur civilisation et leur foi.

Conversion des Russes : Vladimir. — Les relations militaires et commerciales avec Byzance avaient préparé le terrain : dès le milieu du x'^ siècle, il y avait une église chrétienne à Kiev; la veuve d'Oleg. Olga, (|ui gouverna pendant la minorité de son fils Sviatoslav, reçut le baptême vers 957. Elle ne put décider Sviatoslav à suivre son exemple; mais son petit-fils Vladimir (972-1015) fut le Clovis de la Russie.

Les premières années de son règne furent difficiles, troublées par des guerres dans lesquelles il semble permis de voir

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comme une révolte de l'élément slave contre les étrangers. Novgorod et Kiev cependant lui restèrent fidèles et, grâce à leur dévouement, il triompha des tribus insurgées qui, même à ce moment, ne surent pas unir leurs colères dans un effort commun. Cruel, violent, débauché, — il avait, à côté de ses cinq femmes légitimes, huit cents concubines, — Vladimir était un politique perspicace et avisé.

Deux grands faits corollaires marquent son règne : il se sépara des Varègues pour s'appuyer de préférence sur les Slaves, et adopta le christianisme. Les liens qui avaient longtemps rattaché les conquérants Scandinaves à leur patrie d'origine, avaient fini par se relâcher et se rompre; la droujina princière ne recevait plus de Suède de nouvelles recrues; pour que la famille de Rourik conservât son pouvoir, il fallait désormais ({u'elle pût compter sur le dévouement des Slaves et pour cela qu'elle devînt clairement nationale. Vladimir s'appuya surtout sur les Polianes de Kiev; mais le christianisme avait fait parmi eux de nombreux prosélytes, tandis que Polotsk et les Varègues étaient restés païens. Pour créer entre lui et ses sujets un lien indissoluble, Vladimir chercha le baptême. Il était allé assiéger la ville de Cherson, raconte une chronique presque contemporaine et (jui a sensiblement modifié ce que l'on savait des circonstances de cette conversion, quand les empereurs grecs, Basile II et Constantin VIII, menacés par un soulèvement en Cappadoce. implorèrent son appui. Vainqueurs grâce aux troupes qu'il leur envoya, ils n'osèrent pas lui refuser la main de leur sœur Anne, mais ils exigèrent (ju'il abandonnât l'idolâtrie. Il fut baptisé en 989 ou 990 *.

laroslav le Grand (101S-105i). — L'œuvre commencée par Vladimir fut continuée par son fils. laroslav soutint quelques guerres heureuses; ses succès militaires n'ont pourtant qu'une importance secondaire, et. s'il mérite le surnom qu'on lui donne souvent de Charlemagne russe, ce n'est point par ses conquêtes. mais par ses lois, sa piété, son culte des lettres, son goût pour les constructions. Sous ce règne, le christianisme, qui n'était

\. Voir ci-dessus, chapitre xiii.

guère encore que nominal, commence à pénétrer dans le peuple et à le transformer : grand élément de civilisation et aussi d'unité. L'opposition des diverses tribus s'efface ; favorisée par l'appel des colons du nord dans les provinces méridionales, cimentée par les luttes héroïques et victorieuses soutenues contre le Petchénègue, qui ont laissé de si vivants souvenirs dans les épopées populaires et entouré d'une auréole de gloire la mémoire de Vladimir, l'unité russe trouve sa garantie et son symbole dans la nouvelle foi. La différence qui existait encore entre les Normands et les indigènes disparait; la période varegue est terminée : l'histoire de Russie commence.

Influences byzantines sur la Russie. — La Russie avait reçu le christianisme de Byzance; ce fut sous son influence qu'elle grandit et se développa. « Elle devint une sorte de colonie de Byzance ; ce fut ce qu'un de ses écrivains appelle le premier de ses servages intellectuels. Les métropolitains russes étaient Grecs; les grands-princes se plaisaient à épouser des princesses grecques et à visiter le Bosphore; les nombreuses écoles établies par Vladimir et laroslav furent fondées par des Grecs sur le modèle byzantin. Pendant plus de deux siècles, Constantinople et sa fille entretinrent des relations étroites par le commerce, la religion, les arts. Byzance imprima aux mœurs, au caractère, au goût des Russes une marque encore visible sous l'empreinte tatare qui la vint recouvrir K » Les avantages de ces relations avec Byzance sont évidents : l'église russe fut purement nationale ; la langue de la foi et du service divin était la langue populaire ; et par là s'explique en partie que la religion se soit mêlée si intimement à la vie sociale tout entière. Byzance était restée le dernier asile de la culture gréco-latine, et la Russie dut à ses relations étroites avec elle une sorte d'avance sur le reste de l'Europe. Elle emprunta aux Grecs leur littérature, leur musique, leur architecture; Kiev et Novgorod eurent leur Sainte-Sophie; enrichie par le commerce, la Russie fut « l'émule de la couronne de Constantinople ».

Ces avantages furent chèrement payés; la Russie se trouva

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