Voir ci-dessous, fin du chapitre v
On a vu les drluils de Ghilpéric; il est resté tel qu'il s'est montré le premier jour. En 562, pendant que Si^ebert est occupé avec les Avars, il envahit son royaume ; quand Sigehert en a fini avec ces Barbares, il a vite fait d'enlever à son frère Soissons, sa capitale, qu'il lui rend généreusement. Il y eut alors quelques années de paix, et les deux frères cherchèrent femme dans la même famille. Grégoire dit que Sigebert avait honte des indignes alliances de ses frères, qui épousaient des filles de leurs serviteurs et les remplaçaient sans scrupule dès qu'ils en étaient las. Sig-ebert voulut épouser une fille de roi et demanda au roi des Wisigoths Alhanagild sa fille Brunehaut. C'était une charmeuse qui arrivait du Midi et qui devait susciter des dévouements et des haines passionnés. Le mariage fut célébré en grande pompe. Ghilpéric se piqua d'amour-propre et demanda Galswinthe, la sœur de Brunehaut. Mais il ne tarda pas à la sacrifier à une de ses concubines, Frédégonde, qui la fit étrangler. Brunehaut entreprit de venger sa sœur; la lutte commence entre l'esclave franque et la fille du roi des Wisigoths, lutte dramatique qui a laissé un souvenir profond. Nous ne savons rien sur la première guerre (o6~). La série des grandes discordes civiles commence en 573. Clovis, fils de Ghilpéric, attaque Tours et Poitiers qui étaient à Sigebert: Mummolus, général de Gontran, allié de Sigebert, l'en chasse. Il est question de la résistance des gens de Poitiers : tout le monde en Gaule était armé. En 576, un autre fils de Ghilpéric, Théodbert, recommence l'attaque et fait d'atroces ravages. Sigebert alors met en mouvement les tribus transrhénanes; la terreur se répand dans la Gaule. Gontran passe du côté de Ghilpéric, puis revient à Sigebert et change encore deux ou trois fois de parti. Ghilpéric demande la paix, l'obtient, et, de suite, la viole. Sigebert ramène ses Barbares qui dévastent tout. Il est partout vainqueur et se promène à travers la Neusirie. II songe à y établir ses Germains. Les Francs de Ghilpéric, qui éhiit bbxjué dans Tournai, offrent à Sigebert de le reconnaître pour roi; il accepte. A A ilry (entre Douai et Cambrai) on l'élève sur le pavois. A cet instant, deux émissaires de Frédégonde \r poignardent.
Frédégonde avait sauvé son mari. Brunehaut était à Paris
avec son fils âgé de cinq ans. Le royaume d'Austrasie semblait acquis à Chilpéric; mais déjà les royaumes ne s'acquéraient plus si aisément. Il y avait, en Austrasie au moins, une aristocratie qui entendait se iiouvcrner elle-même. A la nouvelle de la mort de Sigebert, Gondovald, un chef austrasien, enleva de Paris Childebert, fils de Sigebert, et le fît proclamer roi par les sujets do son père.
Bruneliaut avait été reléguée à Rouen. C'est là que vint la trouver Mérovée, un des fils de Chilpéric que celui-ci avait envoyé à Poitiers avec une armée. Mérovée épousa Brunehaut, pour son plus grand malheur et celui de Févèque de Rouen, Prétextât, qui avait béni celte union. Les nouveaux époux se réfugièrent dans la basilique de îSaint-Martin à Tours. Chilpéric n'osa violer l'asile; il les en fit sortir, après avoir juré de respecter leur union, et se contenta de les séparer. Frédégonde, ayant perdu ses premiers-nés, fit tuer les autres tils de Chilpéric, Mérovée et Clovis. Elle fit tuer aussi lévèque Prétextât. Deux guerres successives eurent lieu entre Chilpéric et Contran (o82 et 583). La seconde fois, Chilpéric eut le dessous; mais les chefs de l'aristocratie ecclésiastique et laïque intervinrent et on s'en remit à leur décision. Chilpéric venait de rentrer à Paris quand il apprit que Contran et Childebert s'alliaient contre lui. Un fils venait de lui naître; il ordonna de l'élever secrètement. Il se mettait en défense contre son frère et son neveu quand il fut assassiné (584).
Vers cette époque survint un singulier épisode. Gondovald, un aventurier qui était probablement un tils naturel de Clotaire non reconnu par lui, avait séjourné en Italie et à Constantinople. Il fut poussé par Goniran Boson, un des plus grands leudes de lAustrasie, et par Mummolus, le grand i)alrice de Biirg^ondie, à venir en Gaule revendiquer un royaume. Après avoir échoué une première fois (582), Gondovald parut sur le point de réussir après la mort de Chilpéric. Il fut très bien accueilli dans la Gaule méridionale, fait roi à Brive-la-Gaillarde. et les cités aquitaines ne lui furent pas défavorables jusqu'au jour où, sérieusement poursuivi par une armée de Contran, il fut abandonné de tous et périt (585).
FréJégonde, devenue veuve, avait député vers Gontran pour linviler à venir protéger son neveu âgé de quatre mois. Gontran prit au sérieux son rôle de tuteur du petit Clotaire II, qu'il défendit contre Cliildebert et ses grands. Il refusa de leur livrer Frédégonde, que Brunehaut évidemment faisait réclamer. Il y eut même des hostilités entre la Burgondie et l'Austrasie, jusqu'à ce que, menacés tous deux par Gondovald, Cliildebert et Gontran se fussent reconciliés. Cette démarche fut suivie de quelques années de paix. Gontran n'élait que le tuteur nominal de Clotaire II; ce sont les grands qui sont les maîtres en Neustrie comme en Austrasie. Frédégonde n'est plus rien; elle est reléguée à Rueil, près de Rouen. Ces quelques années de paix furent remplies par les entreprises en Italie et des expéditions de Gontran contre les Wisigoths de Septimanie. Les Bretons et les Basques ou Gascons ravagent les territoires francs.
En x\ustrasie Brunehaut reparaît; à la mort de Wandelinus, qui avait été le tuteur de son fils, elle voulut reprendre cette tutelle. Brunehaut a l'instinct, peut-être même l'intelligence du o-ouvernement. Elle est la plus redoutable ennemie des grands. Contre elle se coalisent ceux de ?seustrie et d'Auslrasie. Ils complotent de tuer Childebert et de régner sous le nom de ses fils. Gontran avertit Childebert du complot. Tous deux eurent une entrevue sur leur frontière à Andelot, près de Chaumont (o81), pour régler leurs difîérends.
En 593 meurt le roi Gontran. Childebert, fils de Brunehaut, lui succède en Bourgogne; le voilà très puissant prince. En 596 il meurt. Ses fils mineurs, Théodbert II (596-612) et Thierry II (596-613), régnèrent le premier en Austrasie (capitale Metz), le second en Burgondie (capitale Orléans). Ils ont pour tutrice Brunehaut. La guerre civile recommence. Frédégonde et Clotaire II attaquent les deux mineurs; Clotaire II est vainqueur à Latofao (Lafaux, entre Laon et Soissons). L'année suivante, Frédégonde meurt (597). Brunehaut est puissante alors; elle commande en Austrasie et en Bourjïos'ne. Nous ne savons pas le détail de la lutte qu'elle a entreprise contre les grands. En 599, elle fit périr le duc Wintrio; l'année suivante, elle fut
chassée d'Austrasie et se réfugia en Bourgogne. Ses fils, probablement à son instigation, attaquent Clotaire II, qui, battu à Dormelles, dut céder à ses deux cousins la plus grande partie de son royaume. ïhéodbert II prend le pays entre Oise et Seine jusqu'à l'Océan; Thierry II, le pays entre Seine et Loire jusqu'à la frontière bretonne. En 602, on impose un duc aux Gascons. Brunehaut est maîtresse en Gaule et considérée comme telle à l'étranger; la correspondance du pape Grégoire le Grand est significative à cet égard '. Brunehaut continue sa lutte contre l'aristocratie, fait périr ses adversaires, s'attaque même à l'aristocratie ecclésiastique, déposant, faisant lapider un évêque. Elle maintient le fils de Frédégonde dans son humiliation (victoire d'Estampes, 604). Thierry, qui a donné asile à sa grand'mère,, est naturellement le préféré; Théodbert échappe plus à son influence. Elle décide Thierry à l'attaquer; mais les leudes de celui-ci exigent la paix et tuent le maire du palais Protadius, auxiliaire de Brunehaut. Elle le vengea; mais la haine contre elle croissait sans cesse. En 610, Théodbert attaque à son tour son frère Thierry et le force à lui céder l'Alsace. Thierrv s'allie alors à Clotaire II (611); il bat son frère à Toul, puis à Tolbiac, où se fait un effroyable carnage, le poursuit au delà du Rhin. On lui amène à Cologne Théodbert enchaîné. Le jeune fils du vaincu est broyé contre une pierre; le père est tondu, puis mis à mort (612). Brunehaut ne put achever sa victoire; une maladie emporta Thierry (613).
Brunehaut voulut faire roi son arrière-petit-fils Sigebert, filsaîné de Thierry II; mais une conspiration générale se forma contre elle. Arnulf et Pépin, leudes d'Austrasie, appellent Clotaire. Quand Sigebert et Clotaire se rencontrent sur l'Aisne, l'armée de Sigebert fait défection; trois fils de Thierrv sont pris; deux égorgés, dont Sigebert; Clotaire sauve le troisième qu'il a tenu sur les fonts baptismaux; un quatrième s'enfuit. Clotaire se fait amener Brunehaut sur les bords de la Yingeanne oîi il campait ; la vieille reine est attachée par les cheveux, un bras et un pied à la queue d'un cheval indompté, qui la met en pièces (613)^