CHAPITRE IV
/. — Causes de la durée de l Empire d'Orient.
Séparation des deux Empires. — La mort de Tliéodose (17 janvier 395) marque d'une façon iiénérale la fin de l'ancien monde romain. D une pari, le christianisme a vaincu : il est, de fait, religion d'Etat, tandis que l'ancien culte, dépouillé de son caractère officiel et politique, tombe au rang de religion proscrite. D'autre part, la division des deux Empires, plusieurs fois déjà pratiquée, devient définitive. Théoriquement ils ne forment encore qu'un seul tout (commune im-perium divisis tantum sedibus); mais, en dépit de vaines formules, en dépit des efforts que tentera plus tard Justinien, l'unité matérielle de l'Empire est rompue et bientôt quelques-unes de ses plus riches provinces, occupées par des rois barbares, ne s'y rattacheront plus que par un lien fictif. Les deux Empires, dont la séparation s'achève à la fin du iv^ siècle, ont dès l'abord une plivsionomie, des destinées fort diverses.
Pourquoi l'Empire d'Orient a survécu '. — Tandis que
1. On a discuté sur la date initiale qu'il convenait d'assigner à l'Empire byzantin : voir Krumbacher, Gesch. der byzant. Litteralur. p. 1 et suiv. 11 sudll
Histoire générale. I. M
4 62 l'empire romain D'ORIENT
l'Empire d'Occident, affaibli à l'intérieur, privé à la fois de chefs énergiques et d'un centre d'action réel, ne peut plus résister aux forces extérieures qui le menacent, et se démembre rapidement en royaumes germaniques, celui d'Orient, à travers bien des alternatives de grandeur et de décadence, se maintiendra jusqu'à la fin du moyen âge. Il luttera courageusement pour son existence, se développera par l'industrie et le commerce, et sera le théâtre d'une civilisation brillante dont l'influence se fera sentir au loin, jusque sur l'Europe latine. Ainsi se pose, dès le début de son histoire, une grave question : quelles causes ont assuré sa durée? Car c'est se payer de mots que répéter, avec quelques historiens superficiels, qu'atteint dès l'oriirine d'une décrépitude sénile, il n'a survécu que par une longue suite de hasards heureux.
On a souvent insisté, non sans raison, sur la situation géographique de l'Empire d'Orient. Il ne faudrait pas croire cependant que ni des fleuves, ni des chaînes de montagnes suffisent à garantir un État de la ruine. Dès le v" siècle, les barrières qu'opposaient aux envahisseurs le Danube et les Balkans ont été plus d'une fois forcées, et, dans la suite, elles n'ont pas arrêté la marche des tribus slaves et finnoises. L'Empire d'Orient eût disparu rapidement s'il n'avait eu d'autre protection que ses frontières naturelles. Ces considérations géographiques ne sont tout à fait justes que quand elles s'appliquent à la capitale même. La ville à laquelle Constantin donna son nom. et dont il voulut faire la nouvelle Rome chrétienne, est en effet admirablement placée pour servir de centre à un grand Etat. Bâtie aux confins de deux mondes où s'étendent les possessions de l'Empire, l'Europe et l'Asie, elle les unit et en tire les éléments de sa force et de sa richesse; éloignée des frontières, elle n'est point sans cesse exposée aux attaques par terre; abritée au fond d'une mer fermée, elle offre peu de prise aux attaques navales. De vastes et solides remparts fortifièrent ces avantages; aussi, plusieurs fois assiégée, n'a-t-elle été prise que quand la situation générale rendait d'avance toute résistance inutile. Au
ici de remarquer que l'Empire romain tl'Orienl s'est de plus en plus byzanli- -nisé du v* au ix' siècle..