‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 55 sur 192 · Voir ci-dessus, chapitre i · texte numérisé non relu

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guerres, aux dépenses énormes qu'absorbaient les fortifications, les constructions (l'é2:lises, etc., au luxe inouï de la cour, aux dilapidations des fonctionnaires, aux tributs que l'Empire devait paver aux Perses .et aux Barbares. Ravag-ées par les invasions, les provinces étaient souvent frappées de contributions de guerre i)ar l'ennemi; quand les troupes impériales y revenaient, il fallait les loger et les nourrir. Le trésor impérial était parfois à sec, et on devait recourir aux pires moyens pour se procurer de l'argent, Justinien lui-même, paraît-il, vendait les charges, bien qu'une Novelle de 535 ordonnât aux fonctionnaires de jurer qu'ils n'avaient rien payé pour les obtenir.

Alors disparut le consulat, qui n'avait plus qu'un caractère honorifique; Justinien le condamna par une Novelle de juin 536, et, à partir de 542, il cessa de nommer des consuls. Le sénat subsista, bien qu'il eût pris part à la sédition Nika. Justinien l'associa même au consistorium, })our former le tribunal des appels présentés à l'empereur. 11 y introduisit des membres nouveaux (537).

Dans l'organisation des provinces, Justinien commença une réforme qui devait être généralisée dans la suite. Contrairement à ce qui avait été fait au vi'' siècle, il crut utile de réunir, au moins pour certaines circonscriptions difficiles à gouverner, les pouvoirs civil et militaire dans les mêmes mains. C'est ce qu'il fit pour la Pisidie, la Lycaonie, la Thrace, l'Hélénopont, la Paphlagonie, la Cappadoce.

Politique religieuse. — Pour Justinien, l'orthodoxie est un devoir d'Etat : de là des persécutions contre les païens, les hérétiques, les juifs. En 529, il ferme les écoles d'Athènes, et les philosophes qui y enseignaient vont demander un asile à Khosroès. En 530, une loi exclut les païens et les hérétiques du droit de témoigner en justice et de tous les autres actes juridiques; une autre loi les chasse de toutes les dignités civiles et militaires. Un édit, qu'on a attribué à l'année 531, menace de mort ceux qui, après avoir été baptisés, retomberaient dans l'erreur, et ceux qui seraient convaincus d'avoir accompli des cérémonies païennes. Les condamnations furent nombreuses, et de hauts fonctionnaires furent atteints. En 546, un évèque

chargé de rechercher les païens à Constantinople, en trouva beaucoup; investi d'une mission semblable en Asie, il se vanta d'en avoir converti 70 000. En 561, on en découvrit encore à Constantinople: on les promena mutilés à travers les rues; on brûla leurs livres et leurs idoles. Ces faits suffisent pour montrer que l'ancien culte avait la vie tenace.

Certaines persécutions amenèrent de terribles révoltes. Les Samaritains de Palestine, exaspérés, élurent un roi et massacrèrent les chrétiens. On dut envoyer une armée contre eux (530); s'il faut en croire Procope, 100 000 hommes périrent et le pays resta désert. En 536, les Juifs se soulevèrent à Césarée; en Phrygie, les montanistes s'enfermèrent dans leurs églises et V mirent le feu '.

L'Église à son tour fut troublée par l'intervention de Juslinien. Comme ses prédécesseurs, il était convaincu que son autorité s'étendait aux choses de la foi. Il passait de longues veilles à étudier avec les évêques les livres saints; il écrivait des ouvrages sur l'Incarnation et d'autres questions théologiques; il composait des instructions contre les hérétiques. Les monophvsites, nombreux malgré la condamnation du concile de Chalcédoine, avaient gagné Théodora; par elle, ils exercèrent leur influence sur l'empereur. A Alexandrie, à Constantinople, il nomma patriarches des monophysites déguisés. Au pape Agapet, alors à Constantinople (o3o-536), qui combattait un de ces intrus, Anthime, patriarche de Constantinople, il disait : « Approuve ou je t'exile ». Agapet eut gain de cause; mais son successeur Silvère, qui avait ouvert Rome à Bélisaire, fut déposé et mourut en exil (537) pour avoir refusé à Théodora le rétablissement d'Anthime. Plus tard, en 544, Justinien, sans attaquer directement l'autorité du concile de Chalcédoine, et sous prétexte de réconcilier les partis adverses, voulut donner satisfaction aux monophysites. Le concile n'avait point cou-

i. Le Montanisme, une des plus célèbres hérésies du premier âge chrétien, avait pris naissance en Phrygie au ii*^ siècle et y avait conservé des adhérents jusqu'au vr siècle. Son nom lui venait du fondateur de la doctrine, Montanus, ne au ii° siècle à Ardabau (Mysie). C'était un rigoriste, une manière de puritain : il condamnait les secondes noces, refusait l'absolution aux pécheurs endurcis, établissait de nouveaux jeûnes et trois carêmes.

damné trois Pères dont certains écrits étaient favorables aux opinions nestoriennes : Théodore de Mopsueste, Ibbas d'Edesse, Théodoret de Cyrrhus, que les monophysites considéraient comme hérétiques. Justinien proposa de les anathématiser (oi4) : ce fut la querelle des Trois Chapitres ou des Trois Pères. Sous la pression de l'empereur, les évêques d'Orient adhérèrent à l'édit, mais l'Eîrlise d'Occident prolesta. Le pape Vigile fut mandé à Gonstanlinople et emprisonné'. Un grand concile convoqué à Gonstantinople (mai oo3) déclara rester fidèle aux décisions des conciles de Nicée, de Gonstantinople, d'Ephèse et de Ghalcédoine, mais condamna les doctrines de Théodore de Mopsueste. Le pape Vigile, qui refusait d'adhérer à cet acte, fut condamné, mais on ajouta qu'on n'entendait point rompre par là avec le siège de Rome. L'Occident ne céda pas. Le nouveau pape, Pelage, qui se soumettait aux volontés de Justinien, fut mal accueilli à Rome. Dans toute l'Italie du nord on refusait d'admettre les décisions du concile de Gonstantinople. Ainsi se préparait la scission de l'Eglise latine et de l'Eglise grecque.

Commerce, industrie. — En dépit des guerres et des invasions, les relations commerciales de l'Empire byzantin avec l'Orient et l'Occident furent très développées. A l'époque antérieure, le commerce entre Rome et l'Extrême-Orient avait lieu par la mer Rouge d'une part, la Syrie de l'autre, et encore par l'Oxus, la mer Gaspienne et la mer Noire. Après la fondation de Gonstanlinople, la capitale nouvelle en devint le centre. Parmi les produits qu'on empruntait à l'Orient, les soies de la Ghine, les épices et les aromates de l'Inde étaient surtout recherchés. Gependant, au v° siècle , les Romains avaient dû accepter les Persans comme intermédiaires, surtout pour la soie. L'île de Taprobane (Geylan) servait d'entrepôt; les Ghinois y apportaient leurs soies que les Persans transportaient ensuite vers le nord-ouesl. En 410, un rescril de Théodose indique trois villes, Nisibe, Gallinique et Artaxala, oii devait se faire le commerce avec la Perse; les marchands romains ne })ouvaient pas s'aventurer plus loin.

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