GUERRES ET CONQUÊTES DE CHARLEMAGNE
refusa d'aider son oncle Adakise, lils de Didier, qui mourut alors, peut-être en le combattant. La légende a gardé le souvenir de la valeur de ce champion de l'indépendance lombarde.
Bientôt Grimoald cessa d'obéir; en 801, les Francs opèrent contre lui; (Jlharlemagne médita même une grande expédition pour conquérir non seulement l'Italie méridionale, mais la Sicile. C'est le moment où l'élévation de Charlemagne à l'empire rendait plus difficiles les relations avec les Grecs. Nicéphore, qui avait détrôné Irène (802), désirait la paix. En 803, il semble avoir abandonné à Charlemagne, outre l'Italie centrale, ristrie et une partie de la Dalmatie, anciennes dépendances de l'Empire romain d'Occident. En 806. les ducs de Venise et de Zara font hommage à (Charlemagne. Mais la Dalmatie est bientôt l'objet d'un contlit. Maîtres de la mer, les Grecs la conquièrent facilement. Les Vénitiens refusent de reconnaître Pépin, se déclarant sujets de l'empereur des Romains (d'Orient). Le roi Pépin vint les attaquer dans leurs lagunes. Les principales îles, Grado, Malamocco. (Jhioggia furent prises; mais les Vénitiens se retirèrent de Malamocco à Rialto, oîi les lourds vaisseaux lombards ne purent les atteindre (809). Venise resta donc indépendante sous la suzeraineté nominale de Byzance, et la Dalmatie ne put être réoccupée malgré une nouvelle tentative (810). Une entente eut lieu entre Charlemagne et Michel P% consacrant celte situation : Venise restait à l'empereur d'Orient, mais celui-ci reconnaissait à Charlemagne le titre d'empereur. Il acceptait si bien le fait accompli qu'il reprit les relations avec le pape (812).
Guerres contre les Saxons. — Les Saxons avaient gardé la vieille constitution germani<[U(' : la hiérarchie sociale comprenant les nobles, les libres, les Utes (demi-libres), les non libres; les libres communautés sans roi ni clergé. Ils adoraient leurs di»'ux dans les bois, près de sources ou d'arbres sacrés. Ils brûlaient les morts. Pour la guerre, ils se réunissaient sous des ducs choisis dans les familles nobles. Ils formaient quatre tribus qui, en général, étaient divisées : Westphaliens, Ostphaliens, Angriens, rsordalbingiens. Il est aussi question d'une assemblée générale qui avait lieu à Marklo, sur le Weser.
316 LEMPIRE DE CHARLEMAGNE
Les Saxons étaient en état de guerre presque permanent avec les Francs, depuis l'époque mérovingienne. Le prosélytisme chrétien des Carolingiens avait encore aggravé la situation. La guerre fut autant religieuse que politique : de là la passion désespérée avec laquelle combattirent les Saxons. Leur défaite n'était pas douteuse, mais la lutte fut acharnée et longue. Comme on l'a fait remarquer, l'histoire des Saxons prouve, qu'abandonnés à eux-mêmes les Germains étaient peu capables de progrès. Il fallut, pour qu'une Allemagne fût possible, achever d'implanter par le fer et le feu la discipline et la civilisation que les Francs avaient reçues de la Rome ancienne et du christianisme. Cette œuvre, Charlemagne l'entreprit dès le début de son règne et la poursuivit pendant plus de trente années avec une incomparable énergie.
En 172, il partit d'Héristal et se dirigea vers les sources de la Lippe, dans ces forêts marécageuses où Arminius avait égorgé les légions de Yarus. La forteresse d'Ehresburg fut enlevée d'assaut. Non loin s'élevait le sanctuaire national des Saxons, Irminsul. On passa trois jours à le raser. Les Saxons plièrent : leurs chefs prêtèrent serment de fidélité, promirent de ne pas entraver la propagande chrétienne. Charlemagne emmena des otages et laissa des garnisons.
Pendant qu'il combattait les Lombards, le vaillant duc westphalien Widukind, qui fut l'âme de la résistance, reprit les armes. Les garnisons franques furent chassées, Ehresburg repris, le pays ravagé jusqu'au Rhin; le sac du monastère hessois de Frilzlar vengea la destruction d'Irminsul (774). En 77o, Charlemagne reparut chez les Wesl])haliens, les défit plusieurs fois et obtint les serments de fidélité dos ducs des Angriens et des Ostphaliens; les garnisons franques furent réinstallées, notamment à Ehresburg et Sigiburg (sur la Ruhr). L'année suivante, le roi ayant été rappelé en Italie, Widukind reprend la lutte, chasse ou assiège les Francs (776). Charlemagne redouble ses efforts, fonde une nouvelle forteresse sur la Lippe. Pour convaincre les Saxons de sa suj)ériorité, c'est chez eux, à Paderborn, au cœur du pays, qu'il convoque l'assemblée générale de son peuple, déployant toute sa puissance. De