IV. — Les royaumes de Cermanie et d'Italie depuis
Louis le Germanique et son royaume. — Louis le Germanique était, en apparence, le moins favorisé des trois copartageants de 843.
Son royaume était le plus pauvre. Celte Germanie, nag-uère barbare, n'avait presque pas de villes, sauf sur le Rhin et le Danube, seulement quelques grandes abbayes, comme Saint- Gall, Lorsch, Fulda, Gorvei (la nouvelle Corbie), qui devaient conserver et propager la culture. Enfln il n'y avait pas plus de sentiment d'unité nationale entre Saxons et Bavarois qu'entre Provençaux et Frisons, Neustriens et Aquitains. Au fond, Louis le Germanique était le moins faible des trois successeurs de Louis le Débonnaire : c'est lui qui régnait sur le territoire le plus compact, le mieux préparé à servir de cadre à une nation ; sauf la Rhétie, il ne renfermait que des pays de langue allemande. Plus récemment civilisés, les Bavarois, les Saxons, étaient moins usés que les Francs de Neustrie, les Lombards ou les Gallo- Romains. Il restait plus de propriétaires, d'hommes libres, habitués à combattre sous le roi. La base de l'organisation politique et sociale continua d'être formée par ce grand nombre de propriétaires libres; le développement de la féodalité se fît en Allemagne comme en France, mais beaucoup moins vite; la royauté continua de s'appuyer sur le peuple. Si l'unité nationale n'était pas achevée, l'organisation établie par les conquérants carolingiens était plus forte, moins contrariée par la multiplicité des petits groupes déjà constitués sur le sol. La nécessité de l'alliance entre l'Eglise et la royauté était plus manifeste, dans ce pays récemment conquis, et même d'anciens adversaires, comme les archevêques de Mayence, Otgar et Raban Maur, servirent les intérêts de Louis. Cette alliance fut très favorable à l'Église et au pouvoir royal. Le clergé put poursuivre l'instruction des Germains; les évêques, peu nombreux, régnant sur de vastes diocèses, ne se trouvèrent pas, contre les grands laïques, en conflit aussi marqué que dans le royaume des Francs occidentaux. Il y eut presque une église nationale. Les actes des trois conciles de Mayence sont significatifs. Dans le premier (octobre 84"), on s'entend pour instruire le peuple dans la religion chrétienne, en lui parlant sa langue; pour protéger les hommes libres et éviter que les grands laïques ou ecclésiastiques les dépouillent de leur liberté. Le second (octobre 848) condamne l'hérétique Gottschalk. Le troisième a tout à fait le caractère de