AFItinll'; lir XIIIU
est simplement assise' (runc r())n)/)/ss/on consultative, convoquée deux fois par an, et (jui comprend les délégués des municipalités, des chambres de commerce, des associations agricoles, etc.
//. — Le Sénégal et le Soudan.
Faidherbe : le plan d'expansion. — Faidherbe, gouverneur du Sénégal, avait donné la formule de l'expansion vers l'Est, c'est-à-dire au delà des hauteurs séparant le bassin du Sénégal de celui du Niger. Il dut laisser à d'autres le soin de poursuivre l'exécution de ses plans; mais jamais il ne cessa d'aider de ses conseils et de sa haute influence les hommes qui assumèrent après lui la tâche commencée.
Premières luttes contre Ahmadou et Samory . — Après iMédine, fondée et défendue par Faidherbe contre le conquérant toucoulenri El-Hadj-Omar, d'autres jalons furent posés sur la route qui menait du haut Sénégal au Niger supérieur. En 1871), au continent du Bafing et du Bakhoï fut construit le fort de Bafoulabé. Dans la région supérieure du Niger subsistait, de l'empire fondé par El-Hadj-Omar, un puissant Etat sur lequel régnait son fils, le sultan Ahmadou, dont la capitale était Ségou-Sikoro. Sur la rive droite du Niger commençait à s'ébaucher, avec Bissandougou (dans lOuassoulou) pour capitale, l'empire de Yalmamy Samory, qui alimentait par la chasse à l'homme et la traite des noirs son trésor et son armée.
On essaya de s'entendre d'abord avec Ahmadou. A la fin de 1870, on lui adressa une mission, dirigée par le capitaine Gallieni, en vue d'obtenir de lui un traité où il reconnaîtrait le protectorat de la France. La mission, attaquée en chemin et pillée par les Bambaras de Daba et villages voisins, ne put
1. Les Toucouleurs, sur l'énergie desciiiels avait reposé Tempirc fondé par El-Hadj-Omar, sont un amalgame de Peulhs ihommes rouges, peut-être originaires de la Haute -Egypte) et de peuplades noires (Bambara, Malinké, Soninké, etc.). Voir le "chapitre rédigé par le colonel (aujourd'hui général) Archinard dans notre France colonial'. Voir aussi Une Mission nu Scné<inl (ethnographie, etc.), luon.
Histoire générai e. XII. "*
722 L EMPIRE CdLdNIAL FRANÇAIS
arriver à Séerou-Sikoro et fut internée à iXanao. par ordre d'Ahniadou. A la fin, effrayé par l'approche d'une colonne française, il aurait consenti à reconnaître que « le Niger est placé sous le protectorat français depuis ses sources jusqu'à Tombouctou dans la partie qui baigne les possessions du sultan » (10 mars 1881). C'était au moins dans le texte français; on s'aperçut ensuite que le texte arabe en différait beaucoup.
La même année, le docteur Bayol faisait signer aux aJmamijs du Fouta-Djalon le premier traité de protectorat.
Borgnis-Desbordes et G-allieni : les Français sur le Niger. — Un grand pas en avant fut accompli }>ar les trois campagnes (1880-1883) de Borg-nis-Desbordes, alors lieutenantcolonel de l'artillerie de la marine.
En 1880, sur le plateau ferrugineux qui sépare le haut Sénégal du haut Nig'er, il élevait le fort de Kila. En février 1881, il en déblayait les abords par la destruction d'un tata (village fortifié^, Goubanko, véritable colonie de pillards. Enlre Bafoulabé et Kita, il créait le fort de Badoumbé. Il fut appelé dans la vallée du Niger par la nijuvelle que Samory y assiégeait Kéniéra. S'il ne put sauver ce village, il infligea une sévère leçon aux Ijandes de l'almaniv. Le 22 décembre 1882, il expulsait de Mourgoula les chefs toucouleurs. Il enlevai! d'assaut le tala de Daba. Le r"" février 1883. il atteignait les bords du Niger à Bammako, où il construisit un fort, le premier que les Français aient élevé dans le vaste Soudan. Samory essaya de nous en disputer la possession. Ses bandes de sofas furent battues à Oueyako et Bankoumana (avril 1883).
En 188i, les partisans d'Alimadou furent chassés de Nyamina. Le commandant Combes conclut un traité de protectorat avec le Bouré, une des régions aurifères du Soudan. Les postes fortifiés de Koundou et Niagassola furent construits. De 1885 à 188G, Samory essaya de s'opposer au ravitaillement de ces forts : à Sitacoto, au marigot de Fatako-Djingo, il fut battu |»ar le colonel Frey (1886). Il consentit à signer avec le capitaine indigène Mahmadou-Racine un traité de paix et de protectorat et livra en otage un de ses fils, Karamoko.
Nos progrès furent arrêtés par un soulèvement provoqué,
LE SÉNÉGAL KT Ll- SiHll.W "23
dans la région m^'aïc du Séncg^al, par le prophclo Mahmadou Lamine. Il en coula deux canipag-nes (188G-1888) à Gallieni (promu colonel). 11 profila de son succès pour élendre noire dominalion sur loules les tribus au suil du Sénéi:al, jus(ju'à la Gambie anglaise : ce qui lui permit de rejoindre nos possessions du Soudan à celles de la Cazamance et du Saloum, sur l'Atlantique. Il imposa au sultan Ahmadou le traité de Gouri (12 mai 188") qui établissait formellement le protectorat français sur « les Etats présents et à veiiii' » du sultan. A Samory il dépêcliait l'énergique capitaine Péroz, qui le rejoignit à Bissandougou et lui dicta les termes d'un traité de protectorat (]ue l'almamy n'osa refuser de souscrire (25 mars 188") : il nous cédait la rive gauche du ?siger jusqu'au confluent de ce fleuve avec le ïinksso. On y construisit le fort de Siguiri. Gallieni imposa aux almamys du Fouta-Djalon un nouveau traité, plus précis que celui de 1881 (à Fougoumba, 30 mars 1888). Il imposa notre protectorat à Aguibou, frère d'Alimadou et roi du Dinguiray, à Tiéba, roi du Kénédougou (capitale Sikasso), aux Bambara de Sokolo (à 120 kilomètres S.-O. de Tombouctou), aux Maures Embarek (au nord des Etats d'Alimadou).
Le t" juillet 1887, le commandant Caron. sur la canonnière le Niger, descendait le fleuve, passait sous les murs de Ségou- Sikoro, reconnaissait les rives du Macina, royaume appartenant à Tidiani, un cousin d'Ahmadou, et, le 16 août 1887, mouillait à Korioumé, tout près de Tombouclou.
Lies trois premières campagnes Archinard (1888- 1891.) — Sous le commandant xVrchinard, successeur de Gallieni, Koundian, qui appartenait au sultan Ahmadou, fui pris et transformé en une forteresse française. Samory dut signer un troisième traité, par lequel il nous cédait de nouveaux territoires sur la rive eauche du Niger, au sud du Tinkisso : on y construisit le fort de Kouroussa. Les canonnières le Niger elle Mage, sous le commandant Jayme, firent de nouveau flotter nos couleurs dans les eaux de Tombouclou.
Le commandant Archinard se proposa très nettement deux objectifs : la destruction de l'empire d'Ahmadou et celle de rem[>ire de Samory, les traités d'alliance ou de protectorat,
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avec des chefs aussi retors, ne présenlaiil aucune garanlie. Ce fut par Ahmadou qu'il résolut de commencer.
Avec "12 combattants, dont 403 Européens, et un millier d'irréguliers noirs, en suivant la rive iiauche du iXiger, il arriva, le G avril 18U0, en vue de Ségou-Sikoro, capitale d'Ahmadou, située sur la rive droite. Elle était défendue par Madani, fils du sultan. La petite armée française franchit le fleuve dans des barques. Madani s'enfuit sans attendre l'assaut. A Ségou-Sikoro, le commandant établit comme roi vassal de la France un descenJant de la vieille dynastie bambara. Ce fut un des procédés constants de la politique française en Afri(|ue : partout où Ion ne juge pas utile de faire administrer [)ar un de nos officiers le pays conquis, on restaure, sous notre protectorat, les anciennes dynasties'.
Ahmadou se voyait réduit à la province du Kaarla; il l'avait enlevée à son frère Montaga, qui s'était fait sauter dans Nioro^ capitale de ce royaume. Le sultan s'y trouvait enserré entre nos forteresses de Koundou, Badoumbé et Koniakary, assiégé par le soulèvement des tribus bambara, inquiété par les incursions des Maures sahariens. Nioro devint dès lors l'objectif d'Archinard. Le !"■ janvier 1891, il y fit son entrée sans coup férir. Ahmadou continuait à fuir devant nous, chaudement poursuivi par nos spahis noirs. Il ne s'arrêta que dans le Macina, où son frère Mounirou venait de succéder à Tidiani.
En cette même année 1891, Archinard entama la lulte contre Samory. Celui-ci régnait encore sur 300 000 kilomètres carrés, cruellement dépeuplés par son trafic de chair humaine. Le 1 avril, Archinard, avec 736 combattants, dont 03 Européens, entrait dans Kankan, chef-lieu de la plus riche province de l'alniamy: le 9, dans Bissandougou, la capitale.
Campagnes Humbert et Combes 1891-1893). — Obligé de partir pour la France, il laissa au colonel ilumbert la direction de la campagne 1891-1892. Celui-ci occupa les fald de
I . Un lies épisoiles de la cainiiagne l'ut la prise du tata d'Oiiossébougou,. défendu avec lant d'énergie par les partisans d'Ahmadou, qu'il fallut un assaut de deux jours pour en venir à bout (25 et 20 avril). D'autres bandes de Touconleurs furent disi)ersées là Talari, au gué de Kalé, à Fatalagui. aux bords du Krikou. Le Hi juin fut prise la forteresse de Ivoniakary.
Sanankoi'o et Kérouané, enleva d'assaut, le 14 février 1892, la forteresse de Toukouro. Peu s'en fallut (|ue Sanuiry ne fùl capturé par un hardi ('(lU]» de main dirieé [tar le e;i|iitain(' Wintenberizer, non loin de Kahiadianiliara.
L'année suivante, ce fut le colonel Comhcs qui, avec 103 Européens, relança l'almamy dans son rédnit de Guéléha, manqua encore cet éternel fuyard, mais lui prit son arsenal, son trésoiet son harem, le rejela au loin dans le sud-esl, sur la frontièi-c de la colonie hrilannique de Sierra-Lcone.
Conquête du Macina (1893). — Pendant ce temps, le colonel Archinard, apprenant qu'Almiadon avait fait périr Mounirou et pris sa place comme sultan du Macina. s'était diripé sur ce pavs, emmenant avec lui Aguihou, roi du DiuLiiiiray. Le 13 avril, il prit Dienné, la ville la plus commerçante du Macina. Le 29, il entrait dans Bandiagara, la capitale, y installait Aguibou comme sultan, puis dirigeait sur Ahm;u!ou fugilil" une chasse à fond, (|ui le rejetait dans les profondeurs de l'csl.
Les missions. — Pendant toutes ces campagnes, le Soudan français et les régions voisines étaient sillonnés [)ar de hardis explorateurs qui étudiaient les routes, les ressources du pays, faisaient signer des traités de protectorat : mission du capitaine Binger qui, tout seul, parcourut, en un itinéraire de 4 000 kilomètres, le Ouagadougou, où il fut reçu par un « roi des rois », le Mossi, le Yalenga, le Gourounsi, le Mampoursi, le (iondja, le Bondoukou, les États du pays du Kong, auquel il fit acce[)ler notre protectorat (10 janvier 1889); mission du docteur Crozat auprès du roi Tiéha et dans le Mossi (189t)): mission Monteil dans la boucle du Niger jusqu'à Say (1891), puis du Niger au Tchad et à Tripoli; missions Quiquandon auprès des rois Tiéba et Babemba; mission Beeckmann dans le Foula-Djalnn ; mission du capitaine Ménard, qui fut tué près de Séguéla, une forteresse de Samory (4 fév. 1892); les deux missions Mizon (1890-1893), parties du bas Niger pour explorer le Mouri, le Sokoto et l'Adamaoua; mission Hourst sur le Niger (1897); mission, dans le Sokoto, du capitaine Gazemajou, assassiné en trahison à Zinder (5 mai 1898); mission lloslains et d'0llone(1898)... On ne peut les énumérer toutes. Pour étendre la domination de la France ou
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faire progresser la science, jamais les dévouements ne manquèrent : officiers et civils, missionnaires du iiouvernement ou du « Comité de l'Afrique française » rivalisèrent d'intrépidité. Explorations pacifiques ou campagnes militaires conlribiièrent à former notre merveilleuse épopée africaine.
Le Soudan à la fin de 1893. — Au moment où avaient commencé les campagnes d'Archinard, le Soudan français ne comprenait encore qu'une partie des cercles actuels de Kayes, Bafoulabé, Kita, Bammako. Ces campagnes y ajoutèrent les cercles ou provinces de Nioro ou Kaarla. Sokolo, Dienné, Macina, au nord; de Parana, Siguiri, Kankan, Kérouané, au sud; de Ségou, Minianka, Kénédougou, à Test. Le Soudan français, par la ruine des empires d'Ahmadou et de Samory, avait à peu près quadruplé d'étendue. Avant même que la convention anglo-française l'eût prolongé jusqu'au moyen Xiger, son étendue surpassait d'un bon quart la superficie de la France métropolitaine. Les officiers qui lavaient conquis déployèrent de remarquables talents d'organisateurs, s'efforcant de ramener et de fixer les populations sur le sol d'où les avaient chassés les guerres d'esclavage, créant une justice expédilive et simple, bâtissant des villes, ouvrant des marchés et des écoles, protégeant les industries, encourageant les améliorations agricoles, préparant l'abolilion définitive de l'esclavage, prenant pour mot d'ordre ce texte des instructions d'Archinard : « Notre action au Soudan n'est pas une action purement militaire ». Rappel d'Archinard; essai de gouvernement civil. — Delcassé, ministre des colonies, docile à certaines impressions de la Chamlu'e, résolut d'arrêter toute expansion nouvelle en Afrique. Il supprima la fonction de « commandant supérieur du Soudan », rappela le colonel Archinard. subordonna les officiers à un gouverneur civil. Pour remplir ce poste, il choisit M. Grodet, gouverneur de la Martinique, qui ne connaissait rien de l'Afrique. L'idée même de régime civil appliqué à une contrée aussi vaste, aussi barbare, aussi dépeuplée par les guerres d'esclavage, était au moins [»rématurée.
Conquête de Tombouctou (1894). — Des préparatifs avaient été faits pour la conquête de Tombouctou; le nouveau
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gouverneur civil les ap[tril trop lard. Il envoya des ordres inupporluns ou conlradictoires qui amenèrent, après un éclatant succès, une sorte de désastre.
Le mouvement de sympathie populaire qui nous avait rendus si aisément les maîtres du Macina avait gagné la région de Tombouctou. La population de cette ville et celles des localités voisines, San, Baramandougou, etc., multipliaient les démarches auprès des autorités françaises du Macina pour les décider à l'action. Le lieutenant-colonel Bonnier, commandant militaire, avait repris uu plan d'Archinard et projeté de marcher sur Tombouctou en deux colonnes, l'une par la rive nord du Niger, l'autre par le fleuve, portée sur des pirogues et des chalands, sous la protection des canonnières. Le lieutenant de vaisseau Boiteux, sans attendre aucun ordre, se dirigea sur Tombouctou avec ses canonnières. A cette nouvelle, Bonnier, prit la même direction, donnant à la colonne JoITre rendez-vous dans Tombouctou vers le 15 janvier. Entré le 10 janvier dans cette ville, il y trouva Boiteux installé depuis le 15 décembre, mais affaibli par la perle de l'enseigne de vaisseau i^ube et de 19 hommes, surpris dans une reconnaissance, le 25 décembre, et massacrés par les Touareg. Liquiet sur le sort de la colonne JofTre, Bonnier résolut de se porter au-devant d'elle, avec une compagnie et demie de tirailleurs. Il atteignit Goundam, à trois jours de marche de Tombouctou. Son escorte, composée de tirailleurs de nouvelle formation, sans aucune expérience de la guerre, se laissa surprendre la nuit par les Touareg. Bonnier, plusieurs de ses officiers, la plupart des soldats furent massacrés (février 1894). En France la nouvelle causa une vive émotion. Le président du conseil, Casimir-Perier, dans la séance du 10 février à la Chambre, annonça que des renforts allaient être envoyés, ajoutant : « La France ne recule pas devant un échec, si douloureux qu'il soit ». Tombouctou nous resta.
Dernières campagnes contre Samory : sa capture (1898). — Samory, acculé à la frontière de Sierra-Leone, venait d'enlever les postes qu'avait établis, à Bougouni et Tenetou, le colonel Combes, afin de couper les communications
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de l'almamy avec la colonie Lrilannique. Une fois de plus, Samory manqua d'être pris au combat de Koloni. L'afTaire de Goundam inclina le gouvernement français à interdire toute opération contre notre vieil ennemi, au moment où celui-ci était réduit aux dernières extrémités. On lui laissa le temps, grâce à son trafic d'esclaves, de reconstituer son trésor et son armée. Au début de 1894, il se jeta sur le riche pays de Kong, qui avait accepté notre protectorat. Il prit d'assaut la ville et V fît un arand massacre dliabitanls et même de marabouts. De 1894 à 1896, il resta le maître et le fléau du pays que nous nous étions engagés à protéger. Le 20 juillet 189G, il fit ou laissa massacrer, aux portes de Bouna, la mission du capitaine Braulot, charaé de suivre une négociation avec lui. En mars 189", il entra en conflit avec les Anglais. En janvier 1898, on fit reprendre Kong par les lieutenants Demars et Mécliet, avec un faible détachement. Samory vint assiéger la place : les défenseurs étaient à toute extrémité lorsqu'ils furent dégagés par la petite colonne du commandant Caudrelier (27 février).
Avant que du Soudan on put agir énergiquement contre Samory, il fallait en finir avec son allié Babemba, successeur de Tiéba. Le 15 avril, la colonne du lieutenant-colonel Audéoud, forte de 1400 hommes, arrivait devant Sikasso, défendu par loOOO guerriers; après quatorze combats, le 1" mai, elle enlevait d'assaut la place; le roi Babemba se trouva parmi les morts. Dès le surlendemain, Audéoud formait, sous les ordres du commandant Pineau, une colonne qui, le 8 juin, entrait à Kong et y ravitaillait la garnison. Puis, renforcée de (|uelques centaines d'hommes, sous les lieutenants WœlfTel et Jacquin, sous les capitaines Gouraud et Gaden, elle tombait, le 8 septembre, auprès de Tiaféso, sur un vaste cam[), où elle faisait 20 000 prisonniers, dont 1800 sofas. Le 29, Jacquin et le sergent Bratières surprirent un autre camp, le traversèrent en courant avec une poignée d'hommes. Ils aperçurent Samory sur le seuil de sa case, lisant le Koran. Il voulut fuir, mais Bratières le saisit, le remit à Jacquin. Le sort de l'almamy était désormais fixé. Il fut dirigé sur Saint-Louis, embarqué et transporté à JN'Djoli, sur rOgôoué, dans la colonie du Gabon. Tel fut l'épi-
LE SÉXÉCAL ET LE SOl'IKW 729
logue (le notre liiUe de dix-huit années contre ralmainy. Nous n'avions })lus (rennenii sérieux dans le Soudau. Nouvelle organisation des possessions françaises.
— Les vastes territoires, d'une sujierlicie d'enviiou SdOOOO kilomètres carrés, que les conquêtes ou les traités avaient mis entre nos mains, subirent de nombreux remaniements administratifs. Le décret du 2" août 1892 dota le Soudan frauçais d'une véritable aulonomie, séparaul du biultict et do l'armée du Sénégal l'armée (tirailleurs et spaliis soudanais) et le budget du Soudan. Certains territoires de l'ouest, comme la majeure parlie du cercle de Bakel, étaient rattachés au Sénégal. Le môme décret instituait un « commandant supérieur du Soudan » ayant sous ses ordres un « commandant des troupes en campagne ». En 1893, nous avons vu substituer au « commandant supérieur » un gouverneur civil « résidant à Kayes et auquel était subordonné un commandant militaire ». Les décrets de 1893 et 1896 groupèrent toutes nos possessions de l'ouest et du sud sous une autorité unique, de caractère cicil.
Enlin le décret du 17 octobre 1899 disloqua la colonie du Soudan; la majeure partie de ses territoires fut ratlachée à celles du Sénégal, de la Guinée française, de la Côte d"I voire, du Dahomey ^ Il ne subsista que deux territoires militaires-, formant comme les marches guerrières de nos colonies de régime civil. Toutes ces possessions ont pour chef suprême un a gouverneur général de l'Afrique occidentale » résidant à Saint-Louis et chargé de la « haute direction politique et militaire ». Les premiers titulaires furent M. Chaudié, puis M. Ballay. Ils eurent sous leurs ordres un « commandant supérieur » militaire.
1. Les cercles de Kayes, Bafoulabé, Kila, Sanladoiigoii, lîammako, Ségou-Sikoro, Dienné, Nioro.Goumbou, Sokolo, Bougoiini furent raUachés au Sénégal; les cercles de Dinguiray, Siguiri, Kuuroussa, Kankan, Kissidougou, Beyla, à la " Guinée française »; les cercles ou résidences d'Odjenné, Kong, Bouna, à la - Côte d'Ivoire ■• : le pays de Kouala et le territoire de Say, au Dahomey.
•2. lis comprennent les régions dites du \ord et du Xonl-Esl i;Tomljouclou, Sumpi, Goundam, Bandiagara, Dori, Oualiigouya) et la ■■ région de la Voila » (San, Ouagadougou, Léo, Koury, Sikasso, Bobo-Dioulassou, Djébougou).
Un arrêté du gouverneur général Chaudié créa, le 23 juillet l'JOO, un troisième territoire militaire, dont le siège fut établi à Zinder et qui comprend la région située sur la rive gauche du Niger, de Say au lac Tchad et dont la propriété nous avait été reconnue par la convention anglo-française du Ujuin 1898.
///. — Les Guinées, le Dahomey.
Les Guinées : acquisition de l'iiinterland. — Au lendemain de la guerre franco-allemande, nos élablissemenls sur la côle de Guinée ne comprenaient que des comptoirs, confinés au rivage, ou de petites enclaves sans lien entre elles : à la Côte des Graines, Ajacouty (Trade-ïown); à la Côte d'Ivoire, la rivière Garroway, le pays de Krou, les deux Béréby, le grand Caslia, les deux rivières Lahou, les rivières Rio Fresco et San- Pedro; à la Côte de l'Or, Grand-Bassam, Assinie, Dabou; à la Côte des Esclaves, Ouidah (Whydah), Grand-Popo (Petit-Popo a été cédé à l'AUemag'ne en 1884), le port de Kotonou, le protectorat sur le petit royaume de Porto-Novo. Encore ne prenait-on aucun souci d'assurer nos droits sur tous ces lambeaux de territoire. En 1871 les postes militaires de Grand-Bassam, Assinie et Dabou furent retirés : la maison Yerdier, de Marseille, dut pourvoir seule à la sécurité de ses comptoirs.
Nous avons assisté au réveil de la France dans ces régions. L'hinterland de tous ces comptoirs fut acquis par les traités que passèrent (Juiquandon, Treich-Laplène, Quiquerez, Segonzac, etc., en arrière de nos établissements de la Côle des Graines; Bing'er, Quiquandon et d'autres hardis explorateurs entre la Côte d'Ivoire ou la Côte de l'Or et les montagnes de Kong. Divers traités avec l'Allemagne, le Portugal, l'Angleterre ont, sur toutes ces côtes, par des échanges de territoires ou des rectifications de frontière, régularisé les possessions, autrefois très enchevêtrées, des quatre puissances.
De remaniements administratifs, opérés à diverses époques, ont été formées les colonies : 1" de la « Guinée française et dépendances », y compris la Côte des Graines, les Rivières du Sud et le protectorat sur le Fouta-Djalon ; 2" de la « Côte d'Ivoire », y compris nos possessions sur la Côte de l'Or, avec le protectorat sur le Kong; 3" du « Dahomey et dépendances ».
Les litiges avec le Dahomey. — A la Côte des Esclaves, nous avions, en 1876, obtenu du Dahomey la cession du port
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do OiiiJah, et, le 19 avril I8'8. par le traité de Ouidali avec le Dahomey, fait confirmer notre droit sur Kotonou, qu'il nous avait déjà cédé en 18()i. Le traité de protectorat (18G3) sur le Porto-Xovo. oii règne le roi 'rolTa, fut renouvelé en 1883.
Le Dahomey était le plus puissant Etat indigène du littoral de Guinée. Une longue série de rois, dont les tombeaux sont dans la ville sainte de Cana, avaient, à force de razzias et de massacres, soumis les tribus des Bariba, Nago et Djédji. La religion, toute fétichiste, se confondait avec l'adoration de la royauté. La superstition et une raison d'Etat terroriste s'étaient liguées pour créer ou maintenir les « grandes coutumes », c'est-à-dire les massacres périodiques qui faisaient d'Abomey, la capitale, un charnier. Ce sauvage despotisme s'appuyait sur une organisation militaire permanente comprenant 3000 « amazones », 7 ou 8000 guerriers soldés, et que renforçaient à l'occasion une réserve et même une levée en masse.
En septembre 188'), pour se conformer à l'article 3a de l'acte de Berlin, exigeant que tout protectorat se manifestât par une occupation effective, la France installa de petites garnisons à Kotonou et à Porlo-Xovo. Glé-Glé, roi du Dahomey, nous signifia qu'il ne reconnaissait plus le traité de i8'8, et qu'il revendiquait comme lui appartenant Kotonou et Porto-Xovo. Il nous sommait de les évacuer sans délai. En mars 1889, il fit envahir le royaume de Porto-Xovo, oii des milliers de captifs furent enlevés. Deux croiseurs mirent à terre des compagnies de déljarquement qui rassurèrent les populations et les ramenèrent dans leurs villages.
Le docteur Bayol, alors lieutenant-gouverneur des Rivières du Sud, reçut l'ordre de se rendre à Abomey el de négocier avec Glé-Glé. Le 21 novembre, la mission était reçue dans la capitale. Après un mois de séjour *, elle dut quitter Abomey (28 décembre). Trois jours après on annonçait la mort du roi Glé-Glé
1. Rien ne fut négligé pour la frapper d'horreur et de crainte : elle fit son entrée dans le palais entre des tètes d'hommes fraîchement coupées et des mares de sang humain. Glé-Glé et le prince héritier Kondô se refusèrent à tout traité qui ne les reconnaîtrait pas souverains de Kotonou et Porto-Novo. Kondô osa dire que " la France était gouvernée par des jeunes gens, qu'elle devait abolir la République et rappeler ses anciens rois ».
732 l'empire CiiLOXIAL FRANÇAIS
et l'avènement, au milieu de vastes massacres rituels, du prince Kondô, sous le nom de Behanzin ou d'Hossu-Boouélé (roi requin).
Guerre et traité de 1889. — Du Sénégal et du Gabon étaient arrivés 400 tirailleurs, avec quatre canons de 4. Ils furent placés sous les ordres du commandant Terrillou, qui occupa fortement Kotonou. Il eut à le défendre contre ilj ou 20 000 soldats ou amazones. Il les battit en une douzaine de rencontres, notamment auprès d'Alchoupa, où ils perdirent 1 500 des leurs. A la fin de mai 1889 arriva le contre-amiral de Cuverville, mais avec des instructions qui réduisaient sa mission à « la clôture, par voie transactionnelle, de l'incident du Dahomey ». Il n'eut dès lors qu'à déléguer le chef de batlaillon Audéoud et le P. Dorsère, qui se rendirent à Abomev, et en revinrent avec un projet de traité. Behanzin reconnaissait nos droits sur le i)ort de Kotonou et le royaume de Porto-Xovo. En échange, la France s'engageait à lui verser annuellement une somme de 20 000 francs (3 octobre).
La guerre de 1892 : concxuête du Dahomey. — Aux yeux de Behanzin, ce versement annuel n'était qu'un tribut payé par la France. En outre, les 20 000 francs lui semblaient une insuffisante indemnité pour la perte du revenu que lui procuraient annuellement ses douanes maritimes.
Avec l'argent de la France, avec le produit de son trafic d'esclaves, il acheta des munitions et des fusils à tir ra[dde aux maisons allemandes de Ouidah, du Cameroun et de Hambourg. Dès janvier 1892, il enlevait des milliers de captifs en territoire français. En mars, il saccageait les villages du Porto- Novo. Ballot, lieutenant gouverneur, arriva sur la chaloupe canonnière la Topaze : attaqué par 400 Dahoméens, il eut quatre hommes blessés à son bord (27 mars). La France dut se résigner à une expédition décisive. Six croiseurs ou canonnières furent envoyés à la Côte des Esclaves, les garnisons de Ouidah et Kotonou renforcées, des bateaux construits tout exprès pour la navigation sur les lagunes maritimes, un wharf établi à Kotonou, un crédit de trois millions voté par les Chambres.
Le corps expéditionnaire, composé de troupes blanches, de
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lirailleurs sénégalais, paLoiiais, luKJUSsas, an total I iOO lioiniiies, fut concentré à l'orto-Xovo, sous les ordres du coloutd Dodds. Tandis que les villes dahoméennes <le l'Océan on des Lagunes étaient bombardées, 300 de nos tirailleurs, sous le commandant Slelani, livraient un coml^at de dix heures à 3 000 guerriers, aujirès de Zoldio, el les mettaient en déroute (9 août 1892). Le 17 août, la colonne Dodds se mit en marche. Elle traversa le pays de Porto-Xovo, occupa ou enleva Krili, Takon, Katagon, Bekandji, nettoyant ainsi la région à l'est de l'Ouémé. Renforcée par 800 hommes de la légion étrangère, 200 spahis, une section du génie, elle remonta la rive gauche, dispersa, à Dogba, 4 000 Dahoméens et en mit 400 hors de combat. Puis elle franchit rOuémé à Gbéilé, el commença la marche sur x\bomey, se fravant à coups de hache un passage dans la brousse. En octobre elle forçait les lignes de Tohoué, Poguessa, Sabovi, les camps fortifiés d'Akpa et Kotopa , le passag'e de la rivière Koto. Les 2, 3, 4 novembre, on canonne, on prend d'assaut les villages fortifiés qui couvraient la ville sainte de (.ana. où la colonne fait son entrée le G. Des 12 000 guerriers ou guerrières que le « roi reijuin » avait pu mettre en ligne au début de la campagne, il lui en restait à peine 2 000. Il n'essaya pas de défendre Abomey. Le 17, Dodds y entra sans cou[t féi'ii': il v [u'oclama la déchéance de Behanzin et le [irotectorat français sur son rovaume. Behanzin, voyant les populations jusqu'alors maintenues par la terreur prendre à son égard une altitude menaçante, finit par se rendre à discrétion. Il fut interné au fort Tartanson, dans l'île de la Martinique. Dodds (promu général) rattacha à notre colonie la partie maritime du pays conquis. Le reste fut partagé entre deux rois vassaux : Ag-o-li-Agbo, au nord, dans le Dahomey proprement dit; Gi-Gla-nodon, au sud, dans Tancien royaume d'Allada. Le pays étant complètement pacifié, la population dahoméenne, qu'on eût été porté à croire aussi féroce que son gouvernement, s'est révélée douce, laborieuse, très entendue aux choses agricoles et ouverte à tous les progrès.
Nos voisins en G-iiinée ; le bas Niger. — Les possessions africaines de la France aboutissent sur deux points au
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golfe de Guinée; mais le rivage de ce golfe est découpé en nombreuses colonies étrangères qui resserrent nos établissements et alternent avec eux : ce sont l'Elat de Libéria, la Gôle de rOr anglaise (pays des Achanties), le Togo allemand, puis le bas Xigcr, qui est anglais, et auquel confine, à l'est, le Cameroun allemand. Les Anglais, qui avaient, depuis I806, évacué le bas Niger, y reparurent après 1870. Plusieurs compagnies britanniques s'y établirent : l'àpre concurrence qu'elles s'y faisaient les menaça d'une ruine commune ; elles se fondirent en une seule société (1879), VUnited african Compani/. Dès l'année suivante, la Société française de rAfrique équatoriale et la ('ompa;]nie du Sénégal lui firent une si vive concurrence, expédiant leurs agents sur le Niger et son affluent la Bénoué, opposant 32 comptoirs aux 34 des Anglais, qu'il eût suffi à la France d'ofîrir une indemnité de quelques millions pour que les Anglais désertassent la lutte. Le contraire se produisit : ce fut l'Angleterre qui soutint énergiquement ses nationaux, accordant en I880 à VL'nited une cbarte royale, et ce furent nos compagnies qui durent vendre leurs comptoirs à leurs concurrents britanniques (1884). La conséquence fut que, lorsque l'Acte de Berlin eut défini la tbéorie de Vhinterland, l'Angleterre proclama son protectorat sur les « territoires possédés par la Compagnie royale du Niger » (18 octobre 1887). Ils forment tout un empire, englobant les pays de Bénin, de Kalabar, le royaume de Sokoto et la plupart des Etals haoussas.