VII. — L'expansion coloniale
Cédant à la fois à des raisons politiques et à des raisons économiques, la France a travaillé depuis une vingtaine d'années à reconstruire son empire colonial. Elle espérait y trouver un emploi pour ses capitaux, et des débouchés pour les produits de son industrie. L'œuvre accomplie a été merveilleuse. Nos territoires du Sénégal ont été reliés au Niger, et nous avons occupé la plus grande partie du Soudan, en même temps que
nous avons créé la colonie du Congo français. En 1881, le protectorat de la Tunisie venait compléter notre grande possession algérienne; deux ans après, l'Annam et le Tonkin s'ajoutaient en Indo-Chine à notre colonie cochinchinoise; enfin, en 1895, nous annexions Madagascar dans l'océan Indien.
Notre domaine colonial, si peu important encore en 1870, a aujourd'hui une étendue de 4 millions 12 de kilomètres carrés, et contient plus de 50 millions d'habitants. L'œuvre de conquête est maintenant achevée; nous abordons celle, plus difficile, de la mise en valeur. Après bien des tâtonnements, il semble qu'on soit enfin arrivé à trouver une méthode : on se propose de s'attacher d'abord au développement agricole de ces possessions coloniales, afin d'enrichir ainsi à la fois les colons européens qui vont s'y établir et les indigènes. Ce sera le moyen de créer pour nos industries une clientèle dont les besoins augmenteront avec le bien-être; plus tard, on s'occupera de développer les ressources industrielles des colonies. Cependant, par une contradiction étrange, après avoir conquis des colonies, il semble que nous craignions de les voir prospérer : agriculteurs et industriels redoutent la concurrence que certains produits coloniaux pourraient venir faire aux leurs sur le marché métropolitain qu'ils entendent se réserver, et, par leur volonté de fermer les marchés des colonies à leurs concurrents étrangers, ils entravent, d'autre part, les relations des colonies avec leurs marchés naturels. Il faut espérer que cet esprit étroit se modifiera avec le temps : les seuls véritables avantages qu'une métropole peut ambitionner de tirer de ses colonies, ne doivent être que des résultats indirects de leur prompt et com[det développement.