LA COLONISATION RUSSE : LES RUSSES EN ASIE
croire à la veille d'une grande guerre; mais, en réalité, personne ne la désirait. Un accord fut conclu, en 188G, aux termes duquel la plus grande partie du territoire contesté, autour de Pendjdekh, resta aux Russes. Par compensation, ils abandonnèrent à l'Afghanistan le territoire que leur protégé, le khan de Boukhara, possédait ou était censé posséder au sud de rOxus. L'année suivante, de nouvelles difficultés, à propos de Kodcha-Salé, sur l'Oxus, aboutirent à un nouvel agrandissement des possessions russes.
Enlîn, à partir de 1891, il y eut une question du Pamir. Russes, Afghans, Chinois, Anglais, se rencontraient sur le « toit du monde ». IMalffré l'accord intervenu en 1895, la frontière y reste mal déterminée, et pourra donner encore lieu à des conilits.
L'administration et la colonisation. — L'Asie centrale est aujourd'hui partagée en deux gouvernements généraux : celui des steppes, qui comprend la région du Nord, depuis longtemps rattachée aux possessions russes, et celui du Turkcslan, formé, en totalité, de territoires récemment conquis. Sa capitale est Tachkent, qui est en même temps le chef-lieu de la subdivision du Syr-Daria. Deux autres subdivisions complètent le gouvernement général, celle de Ferganah, dont la capitale est Novi-Marghelan, et celle de Serafchan, capitale Samarkande. Il faut y ajouter enfin l'annexe de l'Amou-Daria, autour de Petro-Alexandrovsk, et la « province transcaspienne », formée de toutes les oasis turcomanes, avec Askhabad pour chef-lieu. Les autorités sont uniquement militaires; les chefs de province, de districts, etc., sont toujours des officiers. Le gouverneur général était, récemment encore, le général Kouropatkine, aujourd'hui ministre de la guerre.
La russification, par établissement dans le pays de colons russes, n'a guère donné de résultat, jusqu'à présent, que dans la région du Nord. Dans le district de Yiernoié, jusqu'au Syr- Daria, les villages russes sont nombreux et assez prospères, surtout ceux fondés par les memnonites venus du Caucase. Il n'en est pas de même dans le Turkestan proprement dit. Là, les moujiks se trouvent en présence d'indigènes (Sartes) plus
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iiil('lli;j;(Mils, [»lus Iravailleurs, jiliis soltit-s (jii ils lic le sdiit riixnièmes ; la coiiciirreiicr sorail impossible à soiilriiir. De iiièine, dans les villes, il y a peu de |)la(r [tour le eoininereaiil ou I artisan russe.
Eu souime, iiialjiré les déstu'dres cl les vexations insépaïables d'une coïKjuôte, surtout à ses débuts, ce sont les indigènes (jui ont bénéficié et bénéficieront le plus, à l'avenii', de la domination russe. Elle les a débarrassés de leurs tyranneaux turcomans ; là même où il existe encore des klians, à Kbiva, à lioukhara, leur pouvoir est restreint; les supplices barbares d'autrefois ont disparu; le fameux trou aux punaises, dans lequel les khans de Boukhara faisaient jeter les victimes de leur justice sommaire, n'est plus qu'une curiosité archéologique. Finies aussi les guerres de khan à khan, les révoltes, les razzias des Turkmènes pillards dans les villages sarles ou persans, la chasse aux esclaves.
A ce premier bienfait de la « paix russe » les conquérants en ont joint d'autres. Le chemin de fer transcaspien, leuvre du général Annenkof, prolongé maintenant jusqu'à Tachkent au nord, Novi-Marghelan à lest, et Kouchk au sud, a réuni les oasis les unes aux autres et leur a jtermis d'exporter leurs productions en Russie. La plus importante jus(}u'à présent est le coton; l'exportation en a décuplé, en <|uelques années, grâce au chemin de fer, à l'introduction dans le pays, par les Russes,, des machines américaines à décortiquer, et de nouvelles et plus productives variétés de graines. D'autres cultures se sont développées, celles de la vigne, du tabac. L'étendue du terrain cultivable a augmenté, grâce à la consti'uction de barrages, à la réfection des arijks (canaux d'irrigation). D'autres grands travaux sont projetés : irrigation du désert de Mirsa-Rabat, près de Tachkent, avec les eaux du Syr-Daria, mise en valeur des rives de l'Oxus, creusement d'un canal de l'Oxus à Boukhara, ag'randissement des cultures de la vallée du Serafchan, construction de digues à Merv, etc. On peut croire que ces travaux rendront au pays la richesse dont il a joui, au moyen âge, avant les invasions turques, et l'attacheront au pouvoir qui lui a restitué paix et sécurité. . . . ,