‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 122 sur 202 · LA COLOMSATION RUSSE : LES RUSSES EN ASIE · texte numérisé non relu

LA COLOMSATION RUSSE : LES RUSSES EN ASIE

Enfin les Russes ont trouvé dans les populations chrétiennes ou semi-chrétiennes du Caucase de précieux points dappui. Svanes, Ossèles, Géorgiens même, s'assimileront par l'école, l'église ou le régiment, à la race dominante. Pour les Arméniens, celte assimilation sera sans doute plus difficile et plus lente. Eux-mêmes nouveaux venus au Caucase (sauf dans la province d'Erivan), actifs, intelligents, maîtres des capitaux et de la vie économique des villes, attachés profondément à leurs rites et à leurs souvenirs nationaux, ils offrent à la russification une résistance que plusieurs oukazes, sous Alexandre III, n'ont pas réussi à briser. Leurs écoles ont été russifiées ; le gouvernement s'est arrogé le droit de choisir leur patriarche, le catholicos ; enfin, la plupart des fonctionnaires arméniens, qui pullulaient au Caucase, ont été transférés dans l'intérieur de l'Empire. Il est difficile de dire, quant à présent, quelle a été l'efficacité réelle de ces diverses mesures.

Enfin la russification s'opère par l'immigration directe de colons russes. Comme dans notre Algérie, celte immigration a été quelquefois l'œuvre des autorités; c'est ainsi que dans l'Abkhazie, vide de ses habitants, l'autorité militaire a établi des colonies cosaques. D'une façon générale, cette colonisation officielle a donné de maigres résultats, à cause soit de l'incurie des autorités, qui ont parfois établi les colons dans des localités malsaines, soit du manque d'initiative et de ressources des colons eux-mêmes. Les colonies libres ont mieux réussi : beaucoup de villages de sectaires, memnonites de race allemande, molo/thanes ou donhhohores de race russe, ont atteint une remarquable prospérité malheureusement compromise, dans ces dernières années, par les vexations des autorités.

Transformation économique. — Le principal agent de russification du pavs, c'est, beaucoup plus que les efTorts du gouvernement, la transformation économique qui s'est opérée depuis une vingtaine d'années. En 1870, Bakou ne donnait encore de pétrole que pour quelques milliers de roubles; aujourd'hui le pétrole russe inonde l'Europe, l'Asie; des usines colossales se sont fondées à Bakou, une nombreuse population d'ingénieurs et d'ouvriers européens a immigré ; l'isthme cauca-

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sien a été traversé, dans loule sa longueur, par un chemin de fer (Baivou-Balouni) (ju'un emhrancliemenl terminé récemment a mis en communicalion avec le réseau russe du nord du Caucase (Bakou-Petrovsk). Tout le long des voies ferrées, au nord comme au sud du Caucase, des industries se sont créées, des mines ont été mises en exploitation. En môme temps les cultures, notamment celle de la vigne, ont pris un nouvel essor. Qu'un remède soit trouvé à la malitria qui depuis quelques années a beaucoup étendu ses ravages, même parmi les populations indigènes; que les communications soient améliorées par le percement du tunnel du Caucase et le prolongement des voies ferrées jusqu'en Perse et en Turquie, et les provinces caucasiennes, si péniblement conquises, deviendront le plus beau fleuron de la couronne de Russie.

///. — La conquête et la colonisation russes en Asie centrale.

La conquête. — On a déjà vu qu'en i8~0, après les campagnes de Tchernaief, de Romanowski et de Kaufmann, une province russe de l'Asie centrale était déjà constituée, avec Tachkent pour capitale. Les khans de Boukhara et de Khokand étaient réduits en vasselage. Le khan de Khiva seul restait libre, avec les populations turcomanes des confins persans et afghans.

En 1873, le gouvernement russe, arguant des vieux griefs qu'il avait contre le khan, violation du traité de 1842, secours donnés, en 1868, aux Kirghiz révoltés, etc., résolut d'en finir avec ce gênant voisin. Trois colonnes furent organisées : la première, sous le général Verevkine, à Orenbourg ; la seconde, à Tachkent, sous Kaufmann; la troisième, à Krasnovodzk, sur les bords de la Caspienne, sous le colonel Markozof; elles devaient se réunir sous les murs de Khiva. Verevkin arriva le premier au rendez-vous, battit les Khiviens, mais laissa à

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Kaufmanii. arrivé le dernier, rhonneur d'imposer au khan le traité par lequel il dut céder la partie du Khanat placée au nord de l'Oxus, payer une contribution de 2 220 000 roubles, reconnaître aux Russes le privilège exclusif de la navigation de rOxus. et senaasrer à srouverner suivant les conseils d'un résident russe. En fait, c'était l'annexion de Ivhiva.

En 1876, ce fut le tour des Khokandiens. Révoltés contre leur Khan Koudaïar, ils le forcèrent à se réfugier à Tachkent, près de Kaufmann. Les Russes intervinrent. En une courte campagne ils conquirent le Khanat, mais au lieu de le rendre à Koudaïar, ils en firent une nouvelle province, sous le nom historique de Ferganah. Le khan dépossédé devint le pensionnaire du g-ouvernement russe.

Restait à conquérir les oasis des Turkmènes (ouTurkomans). La soumission de ces belliqueux écumeurs de frontières devait offrir de bien autres difficultés que celle des Khanats. En 1879 une première expédition fut tentée par le colonel Lomakine. Parti de Tchikisliar, sur les bords de la Caspienne, avec 0000 hommes et un immense convoi, il atteignit, sans avoir rencontré d'obstacles sérieux, la forteresse de Denghil-Tépé. Il aurait pu en obtenir la soumission sans combat. Il préféra atlaquer sans négocier, donna l'assaut, fut repoussé avec de grosses pertes, et ne regagna la Caspienne qu'après une jténible retraite.

Une nouvelle expédition fut organisée, en 1880, sous les ordres du héros de Plevna, Skobelef. Assuré sur ses derrières et ravitaillé par le chemin de fer que construisait le général Annenkof, il atteignit Geok-Tépé, la principale forteresse des Turkmènes, l'assiégea suivant les règles, et, la brèche ouverte, donna l'assaut. La forteresse fut emportée; plusieurs milliers de Turkmènes périrent; les survivants firent leur soumission quelques jours plus tard. Les unes après les autres, les oasis firent leur soumission.

Plus à Test, dans les bassins de l'Heriroud et du Mourghab, se trouvaient d'autres oasis; la principale était Merv. En 1883, le colonel Alikhanof s'y rendit, déguisé, avec une mission commerciale; des négociations furent entamées avec les

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ancioiio ùes Iriluis, el leur résultai lui, eu IS(Si, roccu|tatioii de Merv, sans cou[) férir, par un(> colonne russe. La conquête du Turkestan était aclicvéc; il ne restait plus qu'à en déterminer les limites exactes du côté de la Perse, de l'Afghanistan et de la Chine.

Délimitation des frontières. — Du côté de la Perse, complètement soumise à l'inlluence russe, cette délimitation ne devait guère présenter de difficultés. Les Persans cédèrent sans protester les quelques postes, Lulfahad, Askhahad, quils possédaient sur le trajet du chemin de fer transcaspien.

Avec la Chine, les nég'ociations furent longues et lahorieuses. A la suite de la révolte du Turkestan chinois, les Russes avaient occu}té, en 48~0, la province de Kouldcha, voisine de leur province de Viernoié, et importante par la route qu'elle ouvre vers la Chine. Redevenus maîtres de leur Turkestan, les Chinois réclamèrent Kouldcha. Un accord survint par lequel les Russes rendirent la ville, mais conservèrent la partie ouest de la [irovince.

Avec les Afg-hans les nég-ociations furent encore plus longues. C'est qu'en effet, de ce côté, les difficultés locales se doublaient d'une question de politique g-énérale, la rivalité des Russes et des Anglais, protecteurs des Afghans.

Le conflit commença le jour où les Russes voulurent déterminer les possessions de leurs nouveaux sujets les Turkomans voisins de Merv. Il leur vint des soumissions, plus ou moins volontaires, contre lesquelles les Afghans protestèrent. De pari et d'aulre, on se contestait la possession de Pendjdekh, point stratégique fort important sur la roule du Hérat. Les Anglais, intervenant, demandèrent que la frontière russe ne dépassât point Pouli-Khatoum, au nord de Pendjdekh. On décida, entre Londres et Pétersbourg-, qu'une commission mixte se rendrait sur les lieux, mais les commissaires russes se firent attendre au rendez-vous, et, pendant qu'on les attendait, sous les yeux des commissaires anglais, et peut-être à leur instigation, un conflit éclata entre les Afghans et le détachement du général Komarof; le 30 mars 1883, les Afghans furent complètement battus. Quand la nouvelle en arriva en Europe, on put se

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