‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 144 sur 202 · LES REGLEMENTS TERRITOIUAUX EN 1898 ET · texte numérisé non relu

LES REGLEMENTS TERRITOIUAUX EN 1898 ET

La guerre hispano-américaine a fait perdre à l'Espagne les dernières de ses colonies aux Antilles et dans la Malaisie; l'expansion concurrente de la France et de l'Angleterre en Afrique a abouti à la convention franco-anglaise du 14 juin 1898 et à la déclaration additionnelle du 21 mars 1899, actes qui ont réglé la situation respective des deux puissances dans l'ouest et le centre du continent noir.

/. — Les conséquences de la guerre [no-américaine.

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Abandon par l'Espagne de ses possessions en Amérique. — L'abandon par l'Espagne de tous ses droits de souveraineté et de propriété sur Cuba a été consacré dans l'article I" du traité signé à Paris par les plénipotentiaires espagnols et américains le 10 décembre 1898. Par l'article II du même traité, l'Espagne a cédé aux Etats-Unis en toute souveraineté et propriété l'île de Puerto-Rico, et les autres îles qui se trouvaient à ce moment sous sa souveraineté dans les Indes occidentales.

De ces deux articles il résulte donc que l'Espagne a perdu tout ce qui lui restait encore de ses possessions dans le monde nouveau découvert il y a trois siècles par ses marins. La bannière qui flottait à la poupe des caravelles de Colomb, qui fut promenée par ses successeurs dans la moitié de l'Amérique du Nord et l'ensemble de l'Amérique du Sud, ne se dresse plus sur un seul point de cette terre où pendant si longtemps elle se déploya presque uniquement.

C'est là un fait capital au point de vue de l'équilibre des forces dans le monde.

La Méditerranée américaine. — La vaste échancrure que forme en elTet le continent américain entre l'exli-émité sud de la Floride et le cap Paria, situé presque aux bouches de l'Orénoque, échancrure que ferment vers l'est les Lucayes et les Antilles, renferme entre ses côtes des espaces maritimes répartis

CÛNSKQURNCKS DE LA (irHIIIîK lUSI'AXd-AMKmCAIXI' 897

en deux grandes divisions, le golfe du Me.\i(|uo et la nier des Antilles, qui sont d'une cnoi-me ini|iortance.

Au point de vue géologi(|uc et géographique, ils iont [)arlic de cette dépression maritime caractéristique, à laquelle ai)partienl la mer fréquentée entre toutes, autour de laquelle, sur les cotes de l'Europe et de l'Afrique, fleurit la civilisation antique, et qu'on peut appeler « la dépression méditerranéenne, non seulement parce que la Méditerranée actuelle se trouve sur son passage, mais parce qu'elle partage en deux les niasses continentales ' ».

Le r(jle politique et économique de la Méditerranée américaine répond, comme celui de sa similaire du vieux continent, à son heureuse disposition géographique. Celui qui en est maître commande une immense étendue de côtes pourvues d'abris pour la navigation, derrière lesquelles s'étendent des territoires abondants en richesses naturelles et où se développa avant la conquête européenne une civilisation indigène qui a laissé des traces saisissantes. Des Antilles on surveille à la fois l'embouchure du Mississipi et celle de l'Orénoque; on surveille surtout cet isthme qui unit les deux Amériques et par où passera sûrement un jour, iju'il soit percé entre Panama et Colon ou qu'on profite, pour le franchir, de la dépression naturelle qu'occupe le lac de Nicaragua, une des plus grandes routes du monde.

Cession de Puerto-Rico. — Or, à l'heure actuelle, par Puerto-Rico qui leur a été cédé avec ses îles adjacentes, les Etats-Unis sont à portée de toute la cote nord de l'Amérique Méridionale en môme temps qu'ils se trouvent sur le chemin le plus direct de l'Europe à l'isthme de Panama.

Cuba. — Nul ne sait encore quel régime sera appliqué à Cuba, l'Espagne s'étant bornée à renoncer purement et simplement à tous ses droits sur cette île. Mais soit que Cuba reste pleinement indépendante, soit qu'elle jouisse d'un régime d'autonomie sous le protectorat ou le contrôle de la grande Répuplique américaine, soit qu'elle soit annexée au même litre que

1. A. de Lapparent, Leçons de r^-'ographin pfvjsique, -2' éJit. (Paris, G. Masson, 1898, i vol, in-S), p. ^i.

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Puerto-Rico ou qu'elle constitue un nouvel Etat de la Confédération, l'influence des Etats-Unis n'y sera pas moins prépondérante. Par elle, ils n'auront pas seulement mis la main sur un pays qui est le plus grand producteur de sucre et de tabac du monde entier; ils pourront fermer à leur g-ré l'entrée du g-olfe du Mexique, surveiller le golfe de Gampêche, les côtes du Yucatan et de l'Amérique Centrale.

Par Puerto-Rico et Cuba, les Etats-Unis tiennent donc en main les clefs de la Méditerranée américaine.

Cession des Philippines aux États-Unis. — Grâce aux articles II et III du même traité de Paris, articles qui leur ont assuré l'île de Guam aux Mariannes et larchipel entier des Philippines, on peut dire qu'ils tiennent également en mains une de celles de la Méditerranée asiatique.

L'article III a fî.vé avec précision les limites de la cession consentie par l'Espagne aux Etats-Unis dans celte partie du monde. En voici le texte : « L'Espagne cède aux Etats-Unis l'archipel connu sous le nom d'îles Philippines, qui comprend les îles situées à l'intérieur des lignes suivantes :

« Une ligne courant de l'ouest à l'est, vers le 20*^ parallèle de latitude nord en passant par le milieu du détroit navigable de Bachi, depuis le 118'' jusqu'au 127'* degré de longitude est de Greenwich ; de ce point, le long du 127° degré méridien de longitude est de Greenwich, au parallèle de 4°4o' de latitude nord; de là, en suivant le parallèle de i^io' de latitude nord, jusqu'à l'intersection (de ce parallèle) avec le méridien de longitude de 119°3o' est de Greenwich; de là, en suivant le méridien de longitude de llO^So' est de Greenwich, au parallèle de latitude de 7°40' nord; de là, en suivant le parallèle de latitude de 7°40' nord, jusqu'à son intersection avec le 116'^ degré méridien de longitude est de Greenwich; de là, par une ligne droite, jusqu'à l'intersection du 10" degré parallèle de latitude nord avec le 118" degré méridien de longitude est de Greenwich, et, de là, en suivant le 118' degré méridien de longitude est de Greenwicli au point oîi commence cette démarcation ».

C'est donc l'archipel entier des Phili[)pines, en y comprenant certaines régions, comme une partie de Mindanao, de

CONSÉQUENCES DR LA (lIKHItK I! ISI> AMl-AMMIUCAINK S'I'J

Palaouan et de l'archipel des Souloii, sur lesquelles rEs{)aj,Mie n'avait jamais eu même une autorité nominale, que le traité de Paris a donné aux Elats-l'uis.

La Méditerranée asiatique. — Cet archipel a dans cette partie du monde une importance presque é^ale à celle des Antilles en Amérique. Comme elles il est baigné [tar ces mers profondes qui constituent autour du globe terrestre, au nord de l'Equateur, cette « dépression méditerranéenne » dont nous avons parlé plus haut. Il clôt vers l'orient la Méditerranée asiatique comme elles closent du même côté la Méditerranée américaine. Par lui on commande également des côtes derrière lesquelles s'étendent des pays riches et peuplés, et les vestiges de la civilisation khmer en Asie comme ceux de la civilisation aztèque au Mexique témoignent qu'il en fut ainsi dès une antiquité reculée.

Des Philippines on surveille à la fois le Japon et la Chine au nord, rindo-Chine à l'ouest, la Malaisie au sud et derrière elle cet immense territoire, déjà à demi émancipé politiquement et économiquement, qu'habite une population de même race et de même langue que les nouveaux possesseurs des Philippines, l'Australie. Il ne faut pas oublier enlin qu'à Sing-apour comme àPanamase trouve un de ces seuils par où ont toujours passé et passeront toujours les grandes routes du monde. Du large chenal fermé au sud par cet étroit passage, au nord par le détroit de Formose, chenal que doit forcément emprunter tout navire allant d'Europe en Chine où de Chine en Europe, les Etats-Unis occupent désormais un des côtés.

Une seule chose rend leur position dans la Méditerranée asiatique moins forte que dans la Méditerranée américaine, c'est l'éloig-nement. Ils y ont pourvu dans la mesure du possible.

Annexion aux États Unis de l'île de Guam. — Les lies "Wake et l'archipel Anson. — Les Samoa. — Annexion d'Ha^waï. — De par la convention de Berlin de iuin 1889, les États-Unis possèdent une station navale aux îles Samoa ou des Navigateurs et ces îles sont administrées par trois délégués de l'Angleterre, de l'Allemagne et des Etats- Unis. De plus, le 16 juin 489", un traité a annexé la Repu-

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