‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 19 sur 202 · Voir ci-dessus, t. XI, chap. xiii · texte numérisé non relu

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renies délies hoiiizroiscs, qui devail doler le pays d'un mode de crédil plus siir, plus digne de lui, cl plus avantageux. Tisza, à l'intérieur, dirigea les élections de juillet 1875, qui envoyèrent à la chamhre ooO ministériels contre une centaine d'opposants de toute couleur, el à la snile des(iuelles il [iril officiellement la présidence du conseil. 11 réalisa, malgré la résistance de l'extrême droite el de l'extrême g-auche, une réforme partielle de l'administration des comitals. En Croatie, sous le régime modéré du ban Mazuranic,les passions surexcitées s'apaisaient; le compromis, revisé dans certains détails, était observé sans difficultés; les députés de la Diète d'Agram figuraient à Pest dans la majorité ministérielle. La fusion se justifiait par ses succès; le roi, qui n'avait pas sans répugnance consenti à appeler Tisza au ministère, se réconciliait visiblement avec un cabinet dont l'impuissance du ministère cisleithan achevait de faire ressortir les mérites.

Le dualisme de 1871 à 1878. Le premier renouvellement du compromis. L'occupation de la Bosnie- Herzégovine. — Par le triomphe d'xVndrâssy sur Ilohenwart, le dualisme politique avait remporté une victoire définitive. Les luttes de la période suivante furent surtout d'ordre économique. L'arrangement dualiste impliquait nombre de questions matérielles, bien plus délicates à régler que les questions politiques. Pourtant, en 186", elles avaient été fort négligées. La couronne, seule représentée par les ministres autrichiens, ne songeait qu'à la diplomatie et à l'armée ; les Hongrois n'offraient naturellement pas plus qu'on ne leur demandait, et considéraient le maintien d'une indépendance économique aussi complète que possible comme un contrepoids utile, au cas où le dualisme ne serait pas loyalement appliqué par la cour. Aussi les conventions économiques ne furent-elles conclues que pour dix ans, et la question de la Banque, malgré son importance capitale, « oubliée ». 11 parut bientôt que, par l'échéance décennale des accords économiques, la perpétuité proclamée de l'entenle politique était rendue illusoire.

La question de la Banque se posa la première. L'Autriche et la Hongrie étaient, depuis de longues années, au régime d'une

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circulalion liduciairc dépréciée. L'Autriche était le grand banquier, le grand client pour les produits agricoles, le grand fournisseur de produits industriels de la Hongrie; le compromis, par l'union douanière et commerciale, avait maintenu ces rapports anciens : il y avait ajouté ceux qui résultaient entre les deux Etats du service des dépenses communes et de la dette. Sous peine d'effroyables perturbations économiques, l'unité monétaire et de crédit était donc une nécessité, jusqu'à la reprise des paiements en espèces. Elle était assurée par la Banque nationale autrichienne, privilégiée en 1862 jusqu'en 1877; mais la Hongrie, qui déniait toute force obligatoire pour elle aux actes du Reiclisrath de Schmerling, tolérait seulement la Banque. Elle ne pouvait sérieusement songer à s'en passer; mais elle pouvait profiter de cette irrégularité juridique |)Our obtenir des concessions matérielles. Lônvay entra en négociations avec la direction : il obtint, en novembre 1872, l'augmentation des placements de la Banque en Hongrie, et l'ouverture de négociations entre les deux Etats et avec la direction, en vue d'arriver, sur la base du dualisme et du maintien de l'unité monétaire, à une revision du statut de la Banque.

La législation des douanes et des impôts indirects, commune d'après le compromis, donna lieu à de nouvelles difficultés. Les deux gouvernements, également à la poursuite de ressources nouvelles, comptaient les trouver là; mais leurs exigences étaient opposées, l'Autriche étant industrielle, la Hongrie agricole. Celle-ci se défendit mieux que l'Autriche, subit moins l'influence de la cour, eut une vue plus claire de son but et des moyens à employer; aussi triompha-t-elle. Le compromis, après deux provisoires et une double crise ministérielle, fut renouvelé en 1878. Au point de vue économique, l'arrangement nouveau avantagea léeèrement la Honarie : la Banque reçut une

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organisation dualiste, mais non entièrement paritaire, certaines questions douanières furent tranchées en faveur de la Hongrie. Politiquement, la victoire des Hongrois fut plus marquée : seuls ils obtinrent des concessions positives; et ils les obtinrent par leurs seules forces, par leur tactique, par l'accord constamment maintenu entre le ministère et la majorité. La Hongrie

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apparaissait une, l'Autriche divisée. Au môme moment, elles donnaient, dans les affaires d'Orient, le même spectacle. ,• ■ ■.

Dirigée par un Hongrois, la politique extérieure de la monarcliie no pouvait être qu'exclusivement orientale. Toute raltenlion J'Andrâssy, dès qu'il eut succédé à lieust, se tourna vers rOrient. Sa politique en Occident, amitié avec la Prusse et « alliance des trois empereurs », rapprochement avec rilalie, était inspirée uniquement par le dessein de se garantir contre des surprises par derrière. Dans les Balkans, il continua le système inauguré par Beust, s'appliquant à disputer à la Russie les sympathies des États vassaux de la Turquie. Leurs souverains furent reçus à l'exposition de 1873 avec des honneurs qui blessèrent le sultan suzerain; il protesta inutilement contre la conclusion directe de conventions commerciales entre la monarchie et ses vassaux. Dans le régime dualiste, le partage de l'autorité entre plusieurs pouvoirs qui sont coordonnés et non subordonnés les uns aux autres — Parlement autrichien, Parlement hongrois et Délégations, ministère autrichien, ministère hongrois et ministère commun — implique des lenteurs, affaiblit les responsabilités, profite au seul pouvoir qui soit simple, un, partout le même, et partout fort : le pouvoir du souverain. En jouant des Délégations contre les Parlements, de lintluence de Tisza sur la Chambre hongroise, du désir de l'empereur sur les pairs autrichiens, Audràssy put accomplir sans coup d'Etat, contre la volonté des Allemands et des Magyars, l'occupation de la Bosnie et de l'Herzégovine. Au lieu d' « un bataillon », elle exigea une armée; au lieu d'être pacifique, elle fut sanglante. Cent millions de florins, et plus, furent dépensés pour aboutir à occuper les provinces au nom et comme par la grâce de la Turquie. Cette disproportion entre les promesses et les résultats de sa politique contribua à la retraite d'Andràssy (août 1879). l\ avait exercé sur les destinées de la monarchie une action doublement décisive : par l'occupation, qui détermina pour longtemps sa politique orientale, en l'opposant à la Russie; par l'alliance austro-allemande, signée en octobre 1879 par Haymerle, mais qui est l'œuvre d'Andràssy,

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et qui a été pendant vingt ans le point fixe de la politique austrohongroise.

Deux Hongrois, Andrassy et Tisza, avaient rendu roccupation possible; l'un, en dirigeant la diplomatie de la monarchie; l'autre, en mettant toute son iniluence au service de la politique de la couronne, en risquant toute sa popularité pour la faire réussir. Le Parlement hongrois, si opposé qu'il fût à cette politique, accepta le fait accompli, l'occupation réalisée, ne songeant plus qu'aux conséquences, et fidèle, malgré tout, au gouvernement qui avait aidé à le tromper. En Autriche, le Parlement s'était divisé, avait voté, alors que les troupes impériales se battaient en Bosnie, une adresse qui semblait les désavouer. « Les Allemands considérèrent leur position vis-à-vis du ministère, que leur premier intérêt élait pourtant de fortifier, comme s'ils étaient engagés avec lui dans un procès civil. Le point de vue politique disparut pour eux derrière le point de vue légal, et il leur parut plus important d'avoir raison que de faire durer le ministère. » De là le changement de système de 1879, par où la prépondérance de la Hongrie dans le dualisme se trouva tout naturellement renforcée.

//. — Le régime Taaffe (i8yg-i8g5).

Le système Taaffe. — Le succès de la politique orientale — son œuvre [)ropre — rendit l'empereur plus accessible aux influences anti-parlementaires, aux avis des courtisans, des militaires, des cléricaux. Il était décidé à ne point se laisser détourner de sa voie par des discours et des adresses. Mais, pourvu qu'il gardât toute sa liberté d'action dans les questions extérieures et militaires, il eût volontiers laissé à l'intérieur le pouvoir à l'ancienne majorité. Pendant que le ministère Auersperg s'émieltait par des démissions successives, Depretis, le ministre des finances, et, après son échec, un homme de confiance de l'empereur, le comte TaatTe, gouverneur du Tirol, furent chargés de constituer un cabinet, d'accord avec elle : on lui demandait seulement de reconnaître l'occupation comme un

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fait accompli, cl d'en acceplor les coiisé(|ueiices. xMais elle ne voulut pas capituler. L'empereur prit patience jusqu'aux élections, qui étaient proches. Le cabinet fut replâtré : Stremayc en prit la présidence, Taafl'e devint ministre de l'intérieur, pour faire les élections. Il espérait en faire sortir un tiers parti, formé des éléments aristocratiques et modérés de tous les autres, qui eût été gouvernemental par délinilion. 11 réussit seulement à transformer en minorité l'ancienne majorité libérale, grâce surtout au vote de la grande propriété bohème : dans ce collège, où les constitutionnels dominaient, un compromis négocié par le gouvernement et favorisé par l'empereur avait abandonné aux féodaux dix sièges sur vingt-trois. L'ère du gouvernement parlementaire des Allemands était close.

Il avait perdu ses raisons d'être. Les Allemands étaient encore la nationalité la plus cultivée et la [)lus riche : mais ils n'étaient plus la seule cultivée et riche : la bourgeoisie tchèque, lentement formée à leur contact, leur faisait une redoutable concurrence. Leur part dans la population de l'Autriche avait diminué, de sorte que leur privilège politique paraissait doublement odieux. Les considérations extérieures, auquelles ils avaient dû autrefois le pouvoir, s'étaient retournées contre eux : l'alliance austro-allemande, tournant la monarchie vers l'Orient, l'invitait à la comjuète morale des [)OpLilalions slaves, l'obligeait donc à se réconcilier d'abord avec ses propres Slaves. Le système appliqué depuis 1871 était devenu impossible; les libéraux mêmes le sentaient si bien qu'ils recherchèrent avant les élections une alliance avec les Tchèques : mais ceux-ci, dirigés par leurs alliés féodaux, préférèrent s'entendre avec le gouvernement. Ils parurent enlîn au nouveau Reichsrath; le ministère, qui avait besoin de leurs voix pour la politique orientale, leur promit des concessions. Taaffe appela dans le cabinet reconstitué par lui après les élections un Tchèque de Moravie à coté de libéraux, de cléricaux, de Polonais. Ce ministère de coalition déclara vouloir gouverner au-dessus des partis, dans l'intérêt supérieur de l'Etat. Mais les libéraux, ayant eu seuls le pouvoir, se refusèrent à le partager : ils voulaient se venger du comte TaatTe. Ils essayèrent de le

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renverser sur la question de la loi militaire nouvelle, qui, fixant le contingent pour dix ans, ne pouvait être adoptée qu'à une majorité des deux tiers : mais, au troisième vote, l'aile droite de l'opposition, par peur d'une crise et par crainte de l'empereur, vota pour le cabinet. Celui-ci, tiré d'alTaire pour dix ans, n'avait plus désormais aucune raison de ménager des adversaires à la fois irréconciliables et impuissants; débarrassé de ses derniers membres libéraux, il ne compta plus que des cléricaux et des Slaves.

Trois groupes formaient le noyau de sa majorité : les ïcbèques, les Polonais, et le centre clérical, chacun comptant environ oo membres. Entre eux, point de programme politique, point d'intérêts généraux communs : seule, la peur d'un retour ofîensif du libéralisme, possible si la cour s'y décidait, les maintenait unis. Sur cette peur et leurs divisions, le comte TaafTe fonda son système. A cette majorité autonomiste et fédéraliste, il déclara dès l'abord qu'il ne consentirait à aucune modification essentielle de la Constitution. En revanche il promit de l'appliquer dans un esprit non plus de parti, mais de conciliation. Il lui laissa ce qu'elle avait de centraliste, et lui ota ce qu'elle avait d'allemand; il détruisit le monopole de fait dont la langue allemande jouissait dans l'administration, il ouvrit largement les emplois publics aux Slaves. Il ne leur demanda pas de renier leur nationalité, mais il les contraignit de se plier strictement à l'unité de principes et de direction qu'il voulait maintenir dans la bureaucratie ; il était lui-même avant tout un type de haut fonctionnaire autrichien. Pour maintenir sa majorité fragile et désunie, des concessions de détail, des avantages personnels étaient nécessaires : de là de perpétuels marchandages entre le gouvernement et les groupes. Beust et Auersperg, dans des occasions graves, n'avaient pas agi autrement. Ce ne fut pas le gouvernement qui sortit diminué de ces négociations, mais le Parlement. La représentation nationale se transforma en une Bourse, les ministres apparurent comme les dispensateurs des grâces. Ils habituèrent tous les partis à espérer moins en leurs propres forces qu'en la bienveillance du souverain, à chercher à la mériter par leur sou-

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plcsse. Tj'innuciice ilo rein[)oreur et l;i jtuissaiice do l'adiniiiis- Iralioii grandirent. Ainsi le niinislère Taalîe fut le ministère au-dessus des partis, le ministère de la couronne; il rétablit sous des formes constitutionnelles strictement observées resi)rit absolutiste.

A la longue, ce système s'usa. Les électeurs se lassèrent d'être bernés sans cesse de concessions insig-nifiantes; les députés perdirent tout prestige et tout crédit, furent accusés de traliir leur mandat, de se laisser corromj)rc par le g'ouvernement. Une nouvelle génération parut dans la vie politique, qui prétendit conquérir par une opposition violente plus que lancienne n'avait obtenu par la douceur. Un mouvement populaire balaya les Vieux-Tchèques : avec eux s'écroula la majorité du comte Taaffe. Son long' ministère a eu des résultats décisifs pour la vie politique de l'Autriche. Il a rendu désormais impossible un retour au centralisme germanisateur. Il a peuplé l'administration de Slaves qui, restant Slaves, ont mis au service de la propagande nationale l'influence officielle. En combattant le parti libéral, il a restauré l'autorité de la cour, de l'aristocratie, de l'Eg-lise, il a facilité le retour offensif du cléricalisme, qui domine aujourd'hui en Autriche. Il a à la fois excité et corrompu les nationalités et les partis : il les a habitués à élever sans cesse leurs prétentions, et à se fier pour les satisfaire moins à leurs propres forces et à leur propre travail qu'à l'intrigue. La démoralisation publique, attestée aujourd'hui si clairement par la crise autrichienne, est proprement le résultat du système Taaffe.

L'Autriche de 1879 à 1890. — Les Allemands, qui prétendent au monopole du vrai patriotisme autrichien, ne cessèrent d'accuser le comte Taaffe d'affaiblir et de ruiner l'Etat. Les résultats matériels au moins de sa longue administration ne justifient pas ce reproche. Le ministre des finances, M. Dunajcwski, un Polonais, représentant par excellence dans le cabinet des doctrines autonomistes, fit disparaître le déficit chronique du budget. Il éleva le taux de tous les impôts existants, directs et indirects, créa de nouvelles taxes, A ce prix, l'exercice 1889, le premier depuis de longues années, se solda en excédent. Ce résultat permit d'entreprendre une autre

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réforme, plus nécessaire encore à la sécurité économique et financière du pays : la reprise des payements en espèces. Les négociations entamées sous Dunajewski avec le gouvernement hongrois aboutirent sous son successeur Sleinbach, en 1892 : un ensemble de lois furent votées, qui établirent en principe un nouveau système monétaire, à étalon d'or, dont l'unité fut la couronne au lieu du florin ^ ; mais la réforme n'est pas encore entièrement réalisée. Un réseau d'Etat autrichien fut reconstitué par des saisies et des rachats, d'abord dans l'Ouest de l'Empire, entre Vienne et la frontière bavaroise : l'ouverture, en 1884, du tunnel de l'Arlberg lui procura un débouché nouveau extrèmementimportant vers l'Europe occidentale. De lourds crédits militaires, à diverses reprises, chargèrent le budget : en particulier une loi de 4883 réorganisa la landwehr cisleithane sur le modèle des honvéd, et la mit, aux dépens des droits du Parlement, dans une dépendance plus étroite du souverain, moins économe que les Chambres.

Le ministère Taafîe, conservateur avant tout, inaugura en Autriche la politique sociale conservatrice : envers les ouvriers, selon la formule bismarckiennc, d'une part par linstitulion d'un système d'assurances ouvrières imité de l'allemand, de l'autre, par des lois répressives, dont une série d'attentats pseudoanarchistes fournit le prétexte; — envers les agriculteurs, en limitant la faculté de diviser et d'hypothéquer les petites propriétés rurales; — envers les artisans, par le rétablissement des corporations et de la maîtrise. Dans l'ensemble, ces mesures étaient dirigées contre l'influence économique de la bourgeoisie capitaliste et libérale. Contre son influence politique, le gouvernement appuya l'amendement de 1882 à la loi électorale, qui abaissa à 5 florins d'impôts directs le cens dans les curies des villes et des campagnes : la réforme profita surtout aux artisans, dociles aux conseils politiques de l'Eglise. Sous l'influence de ces réformes, des partis économiques et sociaux commencèrent à apparaître à côté des partis nationaux. Devant la persécution, les socialistes s'unirent et tinrent à Hainfeld

1. Le florin or valait 2 fr. "iO. Il ne circulait que des florins de papier à un cours oscillant autour de 2 fr. 10. \ACoùronne en valut la moitié, 1 fr. 03.

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(1888) leur premier congrès général. Ils y réclamèrenl la laïcisation de FEtal, robligation et la gratuité de l'instruction, le sulTrage universel pur et simple, et se constituèrent en parti international, le premier en Autriche. Sous la diicclioii du clergé et des grands propriétaires terriens s'organisèrent un parti ag-rarien, qui manifesta dans des congrès de pavsans ses exigences réactionnaires, et un groupement des artisans et des petits commerçants, hostile à l'extension croissante du capitalisme. Ce dernier mouvement, peu à peu, prit une t(;ndance nettement antisémite. Le parti antisémite-clérical ou chrétiensocial conquit sur l'ancien parti démocratique les faubourgs de Vienne. Dans l'avocat Luegcr, transfuge de la démocratie, il trouva un agitateur incomparable, qui le mena par étapes à la mairie de Vienne.

Dans les faveurs du gouvernement, chaque groupe de la majorité choisit sa part. Les Polonais, en possession d'une autonomie politique presque complète, exigèrent des avantages économiques : sous couleur d'intérêt stratégique, l'État leur construisit de coûteux chemins de fer; des remises d'impôts considérables leur furent accordées ("o millions de florins en une seule fois). Les Tchèques avaient besoin, avant tout, de concessions nationales : une réforme électorale leur assura la majorité dans la Diète de Prague et dans la députation bohème à Vienne; ils obtinrent une Université, par le partage en deux de l'ancienne Université allemande de Prague (1882), et de nombreuses subventions pour leurs écoles secondaires. Les ordonnances de 1880 et 1886 rapprochèrent la condition du tchèque et celle de l'allemand (jusque-là seule langue ofticielle) dans la vie publique en Bohème et en Moravie. L'effort des cléricaux allemands se porta tout entier sur l'école : une loi de 1883 réduisit de huit à six ans la durée de l'obligation scolaire, et rétablit, par un détour, le principe de l'école confessionnelle. En 1888, ils jugèrent possible de le rétablir directement : leur chef, le prince Aloïs Liechtenstein, déposa une proposition en ce sens. Mais cette fois l'opinion publique résista énergiquement; l'empereur en personne conseilla le retrait de la proposition. Le coup avait manqué : mais le

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ministère en fut ébranlé, et ce fut la cause directe de sa chute.

La gauche allemande après s'être divisée, puis réunie, se constitua détînitivement, après que les élections de I880 eurent encore renforcé la majorité slave, en deux clubs : la gauche allemande unie, avec 112 membres, et les Allemands nationaux, qui n'étaient que 16. Le programme de ces derniers comportait la défense avant tout des intérêts nationaux des Allemands, les intérêts de l'Etat autrichien ne devant venir qu'en seconde ligne. Le petit groupe extrême de M. de Schunerer se prononçait ouvertement pour la réunion à l'Allemagne de toute l'Autriche allemande. Même les anciens libéraux, à combattre dans l'opposition, devenaient plus radicaux et plus nationaux. Aux premières ordonnances [lour la Bohême (1880), ils répondirent par la motion Wurmlirand, (jui voulait faire proclamer l'allemand langue d'Etat en Cisleillmnie et fut rejetée en 1884; à celles de 1886, par un exode de la Diète de Bohème, oîi ils ne rentrèrent qu'en 1890; à la proposition Liechtenstein, par la menace de sortir tous duReichsrath, de le réduire ainsi à moins des deux tiers de ses membres : ils étaient résolus à ne point laisser toucher à la loi scolaire, leur œuvre, leur seul moyen de défense et leur seul espoir de revanche contre le cléricalisme. Leur résistance fut appuyée d'ailleurs : la Bohême, devant celte menace de réaction cléricale, retrouva l'esprit hussite. Les Jeunes-Tchèques menèrent contre les Vieux, inféodés à la noblesse et à l'Eglise, une furieuse campagne, et leur enlevèrent, aux élections provinciales de 1889, presque toute la curie rurale. La cour et le gouvernement furent effrayés de ce résultat : démocrates, radicaux, adversaires des féodaux et de l'alliance allemande, les Jeunes-Tchèques étaient très mal notés à Vienne. « Une singulière compagnie qui prend maintenant le dessus! » dit publiquement l'empereur. « Il faudra énergiquement réagir là contre. » Pour réagir, le gouvernement essava de ménager un compromis entre les Allemands et les Vieux- Tchèques, de coaliser tous les éléments « patriotiques et modérés » contre le danger radical. Le ministère et les grands propriétaires jouèrent les médiateurs : aucun Jeune-Tchèque

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ne fut iiivilc à assister aux conférences. A celte jtrovocatlon, l'opinion tchèque répondit comme il convenait : devant ses manifestations, la plupart des députés vieux-lchcques reprirent leur parole, et passèrent aux Jeunes. Le compromis, dont l'empereur avait fait son affaire }MM'sonnelle, échoua [titousemcnt; etlesélections de 1891 pourle Reichsrath balayèrent en Dohème les Vieux-Tchèques jusqu'au dernier.

La coalition des éléments patriotiques et modérés devint alors le mot d'ordre au Reichsrath. C'était un non-sens : il fut impossible, faute de majorité, de voter une adresse en réponse au discours du trône d'avril 1891 ; le Parlement dut se contenter d'affirmer son loyalisme. Le gouvernement présenta un programme purement économique. Les ministres slaves, Dunajewski et Prazak, donnèrent leur démission; un ministre allemand entra dans le cabinet. A la première question à demi politique qui fut soulevée, il démissionna, et la gauche revint à l'opposition. Ne pouvant plus trouver de majorité dans ce Parlement, le comte Taaffe essaya d'en faire un autre, et il présenta brusquement, par surprise, un projet de réforme électorale qui, sans toucher au privilège des grands propriétaires, ouvrait les curies des villes et des campagnes à un suffrage presque universel. Tous les partis « patriotiques et modérés » s'émurent; les Polonais, les cléricaux, la gauche, également menacés dans leurs positions, s'entendirent pour en finir avec le comte Taaffe. Il prit les devants, et donna sa démission le 28 octobre 1893.

Le ministère Tisza (1879-1890). — En Hongrie, la crise de l'occupation n'entraîna qu un changement de personne : Széll donna sa démission pour ne point prêter la main à la ruine des finances qu'il avait reslaurées; il fut remplacé par le comte Szapary, etcelui-ci, quelques années après, par Tisza lui-même, sous le nom duquel l'habile secrétaire d'Etat Wekerle géra le ministère. L'équilibre budgétaire fat rétabli à la même date qu'en Autriche. La nationalisation des chemins de fer fut poursuivie avec ampleur et énergie : l'Etat hongrois se rendit maître surtout des grandes lignes qui devaient servir d'amorce aux chemins de fer orientaux, et commanda ainsi la voie commer-

ciale par terre entre l'Ouest et l'Est du continent. Par u« coup de génie, le ministre des travaux publics, Bàross, dota le réseau d'Etat hongrois du célèbre tarif par zones : le prix des voyag'es fut diminué, pour certains trajets jusqu'à 80 p. 100, et dès la première année le nombre des voyageurs tripla. L'exploitation du réseau devint enfin productive; la circulation plus intense profita à l'industrie, que le gouvernement cherchait par des encouragements de toute sorte à faire naître et prospérer; les facilités otTertes à la population rurale pour se rendre dans les villes et dans la capitale, qui sont des centres de magyarisation, servirent la politique nationale du ministère.

Les Slovaques et les Roumains persistèrent dans l'attitude passive qu'ils avaient adoptée depuis le compromis, et que leur imposait la loi électorale. Les Saxons de Transylvanie menèrent à diverses reprises de rudes campagnes contre le gouvernement. Les plus grandes difficultés furent suscitées par les Croates. En 187"-~9. ils s'étaient trouvés, comme les Tchèques, parmi les plus chauds partisans de l'occupation, demandant même l'annexion : car les Bosniaques étaient, en grande partie, leurs frères de langue et de religion, et l'annexion les rapprochait de leur rêve, la Grande Croatie et le Irialisme. Contre ces ambitions bien connues, et contre les prétentions qu'ils élevèrent à propos du renouvellement du compromis hongrois-croate, le gouvernement de Pest afficha d'abord des intentions énergiques; le ban Mazuranic, nationaliste modéré, fut remplacé par le comte Pejacevic, magnat d'opinions très hongroises. Le compromis fut conclu après de longues négociations. La Croatie renonça à ses exigences, au prix de l'incorporation dans son territoire civil des anciens Confins croates, qui augmentèrent sa population de "00 000 habitants. En 1883, l'afTaire des écussons d'Agram fit éclater de nouveau les rancunes et les haines. Un fonctionnaire trop zélé ayant essayé de remplacer les écussons à inscriptions croates des bâtiments officiels d'Agram par des écussons à inscriptions bilingues, magyares-croates, le peuple se souleva, les arracha; même la majorité gouvernementale delà diète protesta: le ban, « magyaron » déclaré pourtant, démissionna plutôt que de faire replacer les nouveaux écussons; des

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insurrections éclatèrent dans les campagnes, la Constitution dut être suspendue quelques mois. Les Croates gardèrent le dernier mot : les écussons bilingues disparurent, les nouveaux ne portèrent plus aucune inscription. A la suite de ces incidents, les élections de 1884 renforcèrent considérablement la minorité de la diète, opposée à toute entente avec la Hongrie. Des scènes de violence marquèrent la session de 1884, des pugilats se produisirent en séance, le ban lui-même fut frappé. Il s'ensuivit des procès politiques, l'état de siège à Agram, la suspension du jury en Croatie. Le roi prit parti ouvertement pour le ministère hongrois. Un nouveau compromis financier fut conclu en 1889 : mais les relations des deux royaumes alliés restèrent fort troublées, et la question croate constitue toujours le grand danger pour la Hongrie.

Une campagne de réformes politiques fut engagée à la suite d'un incident qui n'avait rien de politique. Le célèbre procès de Tisza-Eszlar (188o), qui occupa toute l'Europe, révéla, avec la corruption de la justice hongroise, la force des préjugés antisémitiques en Hongrie. L'ancienne aristocratie foncière perdait journellement de son influence, de son prestige, de sa fortune : elle accusait de sa ruine les Juifs, qui fournissaient au pays sa classe industrielle et commerçante. Mais la nation magyare est trop peu nombreuse, trop isolée pour pouvoir repousser aucun concours sincère; et les Juifs, depuis 1848, comptaient parmi les néo-Magyars les plus convaincus. Il fallait réconcilier la nation avec eux, pour cela les amener par étapes à l'égalité complète de droits avec les citoyens d'autres cultes. Tisza proposa une loi pour autoriser les mariages entre juifs et chrétiens. Adoptée par les députés, elle échoua dans la chambre des magnats, devant la coalition des réactionnaires cléricaux et des aristocrates ruinés. Alors la réforme de la chambre haute parut nécessaire. Tous les magnats qui ne payaient pas 3000 florins d'impôt foncier perdirent leurs sièges : ils purent élire, une seule fois, cinquante d'entre eux pour les représenter; et la couronne de son côté reçut le droit de nommer des magnats à vie, jusqu'au nombre de cinquante. La chambre haute gagna ainsi en prestige et en qualité ; par compen-

salion, le mandat des députés fut prolongé de trois à cinq ans.

Tisza, qui avait autrefois tant attaqué la faiblesse des deâkistes vis-à-vis de l'Autriche, une fois au pouvoir trouva à son tour des détracteurs plus radicaux que lui. Ils lui reprochèrent de sacrifier les droits et le prestige de la Hongrie. Pourtant, dans le seul conflit sérieux qui s'éleva — l'alîaire du général Janszky, qui avait fait couronner les tombeaux des défenseurs autrichiens de Buda contre Gôrgey — le ministre hongrois eut raison des influences militaires si puissantes à Vienne : un gouvernement autrichien n'eût même pas osé soulever la question. Mais Tisza avait lui-même, autrefois, donné l'exemple des attaques bruyantes et injustes. Ses allures de plus en plus cassantes blessaient parfois jusqu'à son propre parti; son système, qui avait eu un idéal, dégénérait en coalition d'intérêts; d'une intégrité personnelle absolue, il excusait et favorisait la corruption parlementaire pour maintenir sa majorité. La nation était fatiguée de lui, et la cour ne pouvait plus se fier à son autorité. En 1889, le vote de la loi militaire donna lieu à des scènes tumultueuses. Elles se renouvelèrent en 1890, sur la question de la nationalité de Kossuth. Tisza, harcelé de tous les côtés, isolé dans le conseil, donna sa démission (mars 1890).

La campagne politico-ecclésiastique. — Le comte Szapary reconstitua le cabinet presque sans changement de personnes. La question des lois politico-ecclésiastiques s'imposa aussitôt à lui. La Hongrie nouvelle avait eu jusque-là le bonheur de ne pas connaître les luttes religieuses. Le clergé était respecté pour s'être montré patriote lorsque la patrie était accablée; les protestants, nombreux et influents, vivaient en bonne intelligence avec les catholiques. L'accord commença d'être troublé vers 1890 par la question des mariages mixtes. Une loi de 1868 ordonnait que les enfants issus de ces mariages suivraient la religion, les fils du père, les filles de la mère. Mais les prêtres catholiques s'étaient mis à baptiser tous ces enfants et à les inscrire tous comme catholiques à l'état civil, qui était tenu par les ecclésiastiques. En vain le ministre des cultes leur rappela la loi : des instructions contraires venaient de Rome.

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Le gouvernement (lut agir pour sauvegarder son autorité, comme pour assurer la tenue régulière et exacte des registres. Le coin le Szapary [)ro[)osa la laïcisation de l'étal civil, rétablissement de la liberté des religions, la reconnaissance par l'Etat de la religion juive. Mais il fut débordé aussitôt par son propre parti (jui exigeait une réforme compb'te; le mariage civil, di^puis longtemps réclamé en Hongrie, et refusé par le roi, qui craignait le contre-coup de celte concession sur l'Autricbc, devait couronner l'œuvre. Szapary, par crainte du roi et scrupule religieux, se retira. Le ministre des finances, Wekerle, devenu président du conseil, obtint le consentement du roi au principe du mariage civil, sous réserve des détails. La chambre des députés adopta les cinq projets du gouvernement : mais les magnats rejetèrent le projet sur le mariage civil. Des démonstrations tumultueuses eurent lieu; la cour fut accusée publiquement d'avoir favorisé la résistance. De hauts dignitaires avaient voté contre; certains, qu'on ne voyait jamais à Pest, étaient venus de Vienne exprès. Les ministres présentèrent à nouveau le projet à la chambre des députés, en appelant des législateurs-nés aux représentants du peuple; et la chambre, à une énorme majorité, l'adopta de nouveau. Mais le roi refusa au ministère l'arme qu'il sollicitait contre les magnats : la promesse d'une fournée do pairs; les magnats réactionnaires mirent en jeu toute leur influence à la cour : on représenta à l'empereur les risques du conflit entre les deux chambres, les allures dictatoriales, l'extraordinaire popularité du ministère, le danger qu'elles faisaient courir au principe monarchique; on exploita les manifestations de deuil national auxquelles avait donné lieu la mort de Kossuth, en mars 1894. Le cabinet démissionna. Mais le comte Khuen-Hedervàry, ban de Croatie et homme de confiance de l'empereur, chargé de former un cabinet, échoua devant la résistance du parti libéral. Le ministère Wekerle rentra en fonctions, sacrifiant le ministre des cultes, mais conservant, contre la volonté du roi, le ministre de la justice Szilàgyi. Le nouveau cabinet fut autorisé à déclarer aux chambres que la couronne tenait pour nécessaire l'achèvement de la législation politico-ecclésiastique. Aussi le projet sur le mariage

civil fat-il voté par la chambre haute à une faible majorité. Le 21 décembre, le ministère donna sa démission, qui fut acceptée le 23. La législation politico-religieuse avait été imposée au roi, malgré les résistances de sa conscience de catholique et les révoltes de son orgueil de souverain, par la force de l'opinion publique. Il avait subi, jusqu'au bout, la politique de ses ministres : mais ils lui étaient devenus odieux. Le président du conseil démissionnaire expliqua à la majorité que le cabinet se retirait parce qu'il avait perdu la confiance du roi; et la majorité, en même temps qu'elle faisait une ovation aux ministres démissionnaires, eut la sagesse de se contenter de la victoire au fond, sans compromettre par trop de raideur sa position. L'harmonie nécessaire doit être rétablie entre les deux facteurs constitutionnels delà législation, tel fut le mot d'ordre adopté, — mais sans aucun sacrifice politique, et la Chambre élut président le ministre le plus haï du roi, M. de Szilàgyi. Le comte Khuen fledervâry, appelé de nouveau à former le cabinet, échoua de nouveau : la confiance du roi le rendait suspect à la majorilé : on craignait en lui un Taaffe hongrois. La campagne politico-ecclésiastique avait amené des modifications dans les partis : les radicaux s'étaient divisés en laïques et cléricaux; le parti national du comte Apponyi, séparé du parti libéral plus par des questions personnelles que par des points de programme, partisan de la législation politico-ecclésiastique tant que le ministère avait hésité, la combattait depuis qu'elle avait été entreprise sérieusement; parmi les libéraux, une vingtaine de membres avaient suivi le comte Szapary dans sa sécession. Enfin, sous la direction des comtes Ferdinand Zichy et Nicolas-Maurice Eszterhâzy, un parti « populaire » s'était formé, le premier parti vraiment clérical et ultramontain en Hongrie. Mais le roi était lié au parti libéral par l'intérêt du dualisme. Après l'échec du comte Khuen, le baron Bdnffy, président de la chambre, fut, à l'élonnement général, chargé de former un cabinet. Par une politique adroite, faite d'autorité et de souplesse, il se maintint en place, fit adopter, grâce à une fournée de pairs enfin consentie par la couronne, les dernières lois religieuses, et procura à l'amour-propre hongrois une flat-

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teuse revanche des iutriiiues qui avaient fait loniljer Wekcrle. Le nonce apostolique à Vienne, M" Ayliardi, étant venu en Hongrie soutenir une campag-ne contre les lois politico-ecclésiastiques, le gouvernement hongrois sollicita l'intervention du ministère des Affaires étrangères et sembla vouloir lui forcer la main. Le conflit qui s'ensuivit se termina, à la grande joie des Hongrois, par la démission forcée du comte KahK'd^y.

Les lois politico-ecclésiastiques étaient d'ins[»irali()ii non pas seulement libérale, mais encore nationale. Désormais, le Serbe ou le Roumain, astreint à aller faire inscrire ses enfants ou demander la consécration civile de son mariage au fonctionnaire royal, et non plus au prêtre de sa nationalité, est contraint de songer avant tout, dans les moments les plus importants de son existence, à sa qualité de citoyen. De là, en grande partie, la résistance des nationalités à la nouvelle politique religieuse; de là leur rapprochement avec le parti populaire et la fraction cléricale du parti de l'indépendance. Le gouvernement, de son côté, continua énergiquement contre les nationalités la politique de Tisza. Dans le célèbre procès du mémorandum, les chefs des Roumains de Transylvanie, pour avoir présenté une adresse de doléances à l'empereur à Vienne — et non au roi à Pest, — furent poursuivis pour excitations contre l'autorité publique devant un jury magyar, et condamnés sans défense (ils refusèrent de répondre en magyar, la cour de les interroger dans leur langue) à des peines variant de huit mois à cinq ans de prison. Des troubles en Croatie, à Agrani sous les yeux du roi, et en Slavonie attestèrent que le feu couvait toujours sous la cendre; et les Magyars furent presque seuls à célébrer, en 1896, le millénaire de la fondation de l'Etat hongrois.

Le dualisme de 1879 à 1895. — Le dualisme avait été fondé sur la prépondérance associée des Magyars et des Allemands. Aussi les libéraux allemands espérèrent-ils un certain temps en l'aide des Hongrois contre le comte Taaffe. Les Slaves n'étaient-ils pas l'ennemi commun? Le triomphe des Tchèques n'était-il pas d'un exemple dangereux pour les Slovaques et les Croates? Le précédent de 1871 n'était-il pas là? Mais les

•188 L ALTUICHE-HÛ.MIKIK DEPUIS l.STl

Mag-vai's ne craignaient plus, en Transleilhanie, un revirement désormais impossible. Ils se méfiaient autant des inslincls centralistes et dominateurs des Allemands que des excitations nationales des Slaves. Ils adoptèrent dorénavant dans les alTaires d'Autriche une attitude nouvelle, celle d'une indifîérence dédaigneuse. Pourvu que l'Autriche remplisse sa part des obligations du dualisme, et que ni la sûreté extérieure et intérieure, ni le prestige et les intérêts de la monarchie ou de la Hongrie ne soient menacés par sa faute, peu importe au gouvernement hongrois à quel ministère il a affaire à Vienne. Même il gagne à trouver en face de lui un ministère de la couronne : car celui-ci subit en première ligne l'influence du souverain : or la couronne veut avant tout, quelque prix qu'il en coûte aux sujets, le maintien du dualisme, de la diplomatie et de l'armée communes. Si le ministère hongrois, appuyé par une majorité parlementaire compacte et résolue, fait des difficultés, c'est aux Autrichiens à les aplanir par leurs concessions. Ainsi la Hongrie ne pouvait que gagner au nouveau système autrichien. Le dualisme fonctionna sans difficultés depuis 1879. Le compromis fut renouvelé, après de longues négociations, mais sans embarras sérieux, en 1887. De plus en plus, le Parlement et le ministère hongrois prétendirent et exercèrent un contrôle effectif sur l'administration des affaires communes. L'influence croissante de la Hongrie se montra môme dans de simples questions de titres et d'étiquette; l'armée quitta son titre historique d'armée impériale pour devenir (1889) impériale et royale; le ministère de la maison impériale suivit cet exemple (1895); même l'organisation intérieure de la cour fut modifiée pour être rapprochée du principe dualiste. Toutes ces concessions de forme prouvaient que la dynastie, convertie au dualisme, s'habituait de plus en plus à A^oir dans la Hongrie le plus solide appui de la monarchie.

Sous la direction de Haymerle, puis, après sa mort prématurée, du comte Kalnôky, la politique étrangère se maintint dans les voies où Andràssy l'avait engagée. L'alliance allemande en fut le pivot. L'Italie, quand elle fut admise à compléter la Triple-Alliance, ne jouit ni du même prestige ni des

LH UKlil.MK TAAFFK il879-lS9;>) 180

mêmes sympalhies. Entre la cour de Itome et celle de Vienne, il y avait la (jnestion romaine : François-Jose[)li doit encore à son allié une visite (jue celui-ci ne veut recevoir (juà Uome. Le système d'apparence slavophile suivi à Vienne ne refroidit pas les rapports des deux grands alliés. M. de Bismarck, dans les vastes combinaisons oîi il faisait entrer la monarchie, considérait les Allemands d'Autriche comme quantité négligeable; c'était avant tout avec et sur la Hongrie que comptait la diplomatie allemande. La politique un peu timide, un peu hésitante du comte Kalnôky fut strictement anti-russe; elle s'appliqua surtout à développer l'inlluence austro-hong-roise en Serbie et en Bulgarie, ne reculant pas à certains moments devant la menace d'une guerre. Elle eut des succès : l'adhésion de la Roumanie à la Triple-Alliance, l'établissement en Bulgarie du prince Ferdinand, la conclusion des traités de commerce de 1892 avec rx\llemagne et l'Italie.

A la retraite d'Andrassy, remplacé par un Autrichien, il avait été convenu qu'un poste de ministre commun serait donné à un Hongrois. Aussi Szlâvy reçut-il bientôt le portefeuille des tînances communes. Le rôle du ministre des finances, jusqu'alors simple caissier, avait pris une importance nouvelle après l'annexion : car l'administration des deux provinces occupées lui fut conliée, sous le contrôle des deux gouvernements. Sous Szldvy, mal préparé à sa lâche, mal au courant, comme ses fonctionnaires, des mœurs et de l'état des provinces occupées, des révoltes éclatèrent, et la situation redevint bientôt presque aussi grave qu'en 1879. La nomination de M. de Kâllav (juin 4882) marqua l'inauguration d'un système diflérent. Le nouveau ministre connaissait l'Orient slave et turc, et en parlait les langues. Il rompit avec l'erreur fondamentale de l'administration antérieure, qui, par une inspiration vraiment autrichienne, s'était avisée de s'appuyer pour gouverner sur la minorité catholique romaine (200 000 contre 700 000 orthodoxes et oOO 000 musulmans). La nomination d'un vice-gouverneur civil, le baron Nikolic, Hongrois de race serbe et de religion orthodoxe, rassura d'abord la majorité de la population. Après avoir pris contact avec le pays, M. de Kallay promulgua (août 1882}

100 L AUTR1CHE-H(L\(;R1K DEPLIS 1871

un règlement qui réorganisa toute l'administration, sur le modèle de l'ancienne administration turque, en concentrant la direction et le commandement au lieu d'éparpiller entre les divers services l'autorité et le prestig-e. Le nouveau régime rendit aux provinces occupées la tranquillité et favorisa leurs rapides progrès matériels. La monarchie ne faisait point mine de vouloir jamais renoncer à l'occupation : elle s'installait chaque année plus ouvertement en maîtresse définitive. Dès 1882, le service militaire fut introduit en Bosnie et en Herzégovine, en dépit de la souveraineté de la Turquie, et les recrues, soidisant sujets turcs, durent prêter serment à l'empereur et roi.

La coalition. — Le comte Hohenwart — le grand inspirateur du ministère Taafîe — et la gauche libérale se combattaient sans relâche, à découvert et en secret, depuis quatorze ans. En deux jours, la colère et la peur communes les réconcilièrent. Le club polonais, toujours prêt à ces services, compléta une majorité: et le ministère de coalition, ministère parlementaire, fut formé. Si l'empereur avait voulu ridiculiser le régime parlementaire, pour revenir d'autant plus vite au gouvernement au-dessus des partis, il n'aurait pu s'y prendre autrement. Faute de pouvoir s'entendre sur un programme positif, les coalisés en adoptèrent un négatif : ils convinrent de ne soulever aucune question oii ils fussent divisés d'avis : mais il n'y en avait point où ils fussent d'accord. Ils n'avaient en commun que la peur : la j)eur de toute nouveauté, de tout mouvement populaire, la peur des Jeunes-Tchèques, la peur de la réforme électorale.

Cette réforme était l'héritage dangereux laissé par le comte Taafîe à ses successeurs. Bon gré mal gré, ils avaient dû promettre, en tôle de leur programme : « une large réforme, qui, tout en maintenant la représentation des intérêts inscrite dans la Constitution actuelle, et en prenant en sérieuse considération les conditions particulières des divers royaumes et pays, comporterait une imporlante extension du droit de suffrage, en y appelant les classes qui en étaient jusqu'ici exclues, spécialement les ouvriers, tout en conservant aux classes bourgeoise et rurale l'influence qu'elles avaient jusqu'ici dans la vie poli-

LH liKCIMK TAAFFK iU7'J-l89a) 191

tique ». Cet incompréh<'ii.sil)lo jargon, ces promesses vag-ues et contradictoires, clénolaicnl l'emljarras du gouvernement. Le système de Schmerling- ne méritail jtoinl d'ôtre amendé ; il eût fallu le jeter résolument à bas. Dès sa naissance, exclusif, injuste, étroit, mesquin, il était devenu intolérable à la lonj^ue, à mesure que l'évolution sociale et jiolitique de rAulriclic en avait plus fait ressortir les défauts. Comme tous les systèmes censitaires, il aboutissait naturellement à transformer en monopole le privilège électoral, g-ràce à l'écrasement progressif des classes moyennes : de 1883 à 1891, la proportion des électeurs à la population avait décru, dans les villes de "0 à 61, dans les campagnes de 77 à 75 j). 1000. A chaque revision des listes électorales, de nouveaux uîéconlents s'ajoutaient ainsi aux anciens : parmi ceux-ci, les plus redoutables étaient les ouvriers, absolument exclus du corps électoral. L'agitation pour le suffrag'e universel avait g:randi : les partis populaires. Allemands nationaux, démocrates de Vienne, en dernier lieu les Jeunes-Tchèques, s'y étaient associés, l'avaient introduite au Parlement; le projet du comte ïaafFe lui avait donné une consécration officielle. Mais les coalisés n'en voulaient point entendre parler. La gauche libérale considérait ses mandats comme sa propriété, repoussait toute réforme qui eût diminué son influence dans le Parlement. Pour les Polonais, l'important était de ne point laisser faire brèche dans l'unité de la députation polonaise, entrer au Parlement des députés galiciens indépendants, libres de porter à la tribune les doléances des paysans et des ouvriers galiciens, de révéler à l'Autriche occidentale les dessous de la politique et de l'administration polonaises. Les cléricaux ne voulaient de réforme qu'en faveur des classes « moyennes », artisans et petits commerçants. Dans cet embarras, gouvernement et Parlement se rejetaient l'initiative et la responsabilité : de commission en sous-comité, on aboutit à un projet qui créait une cinquième curie avec 47 sièges, 34 pour les contribuables jusqu'alors exclus par le cens, 13 pour les ouvriers d'industrie. Avant qu'il vînt en discussion, la coalition était morte. Les Slovènes réclamaient la création de cours dans leur langue au gymnase allemand de la ville de Gilli,

192 L'AUTIUCHE-HONGRIE DEPUIS 1871

en Styrie. Le comte Ilohenwart appuyait cette demande pour ne point perdre les sept Slovènes de son club. La gauche s'y opposait. Le ministre de l'instruction publique fit adopter le crédit demandé, la gauche sortit de la coalition, le cabinet se retira. Après un provisoire de trois mois et demi, rempli par des directeurs généraux délégués aux fonctions de ministres, l'empereur revint au système des ministères de la couronne en appelant à la présidence du conseil le gouverneur de la Galicie, le comte Badcni (octobre 189o).

///. — Le dernier renouvelleînent du compromis (i8g5-i8gg).

Le ministère Badeni. La réforme électorale de 1896. Le conflit tchèque-allemand. — Les anciens partis se disloquaienl; même entre les Tchèrjues et les Allemands s'esquissaient des tentatives encore timides de rapprochement; pour la première fois, l'opinion publique se présentait comme une force politique. Jamais moment plus favorable ne s'était rencontré pour briser les vieux cadres usés, pour inaugurer un système nouveau et plus heureux. Mais il eût fallu pour cette tâche un véritable homme d'État, aux idées larges et modernes, audacieux et réfléchi, apte à comprendre les peuples avec leurs besoins et leurs sentiments, doué du tact nécessaire pour les manier : et ce fut un gendarme àla poigne brutale qui prit le pouvoir. Matériellement et moralement, la Galicie est avec la Dalmatie et la Bukovine au dernier rang des provinces autrichiennes. Une coterie aristocratique toute-puissante y domine exclusivement, par la corruption et la violence : le service dans une pareille province est une mauvaise école pour un futur ministre autrichien. Le comte Badeni, Polonais de naissance, n'était jamais sorti de Galicie. Sous-préfet, vice-gouverneur, gouverneur, il avait appliqué avec constance la méthode locale, « sucre et cravache ». Ses partisans lui faisaient gloire du compromis conclu sous ses auspices entre les Polonais et les Ruthènes : mais son mérite en

LE DKRXIKIt llK.XmVKLlJ'.MENT Df COMI'HO.MIS I S'.):;- I 899 ! 193

l'airairo avait consislc à achclci- iiiic |iarlie des députés rulhèncs, et à terroriser les électeurs. La cuui' lui savaiti^ré siii'tout d'avoir, en ISy^J et 1894, organisé les déinonstralious hruvamuient loyalistes de la noblesse polonaise. Depuis ce joui-, il était premier ministre désigné, et sa volonté seule avait relardé son avènement. Il se lit précéder à Vienne d'une savante réclame : les oflicieux vantèrent son énergie et sa douceur, son tempérament conservateur et ses idées libérales, son respect des droits des nationalités et son dévoûment al)Solu à l'Etal; ils ajoutèrent que l'empereur, en 1898, devait célébrer le cinquantenaire de son avènement; qu'il faisait, avec le nouveau ministère, la dei-nière expérience de la Constitution : si elle échouait, la raison d'Elat reprenait ses droils, rAulriche redevenait absolutiste. Toujours le sucre et la cravache. Le système sembla d'abord réussir à Vienne aussi bien qu'à Lemberg. Aucun parti sans doute n'accueillit le ministère avec une franche confiance, mais presque tous lui montrèrent un parti pris de bienveillance et de concessions. En vrai ministère de la couronne, il comprenait des membres d'origines très diverses, Polonais, Allemands cléricaux, Allemands libéraux, et un féodal de Bohème, allié des Tchèques; aucun député. La déclaration fit connaître que le cabinet, placé au-dessus des partis, entendait guider le I*arlement, et non se laisser guider par lui; assura du même respect, dans une conciliation difficile, l'égalité de droits des nationalités et la primauté historique de la culture allemande. Pour se laisser prendre à ces phrases ron liantes, vides et embrouillées, il fallait vouloir avoir confiance à tout prix.

Rétablir la paix intérieure pour conclure avec la Hongrie le nouveau compromis décennal qui devait entrer en vigueur le 1" janvier 1898, préparer ainsi al'empereur une année de jubilé paisible et triomphale : le comte Badeni, appelé à gouverner l'Autriche au moment le plus critique de son histoire contemporaine, ne songeait pas qu'il put avoir autre chose à faire. 11 lui fallait avant tout li(juider l'irritante réforme électorale. Comme un ultimatum intangible, il déposa le 18 février 1896 son projet, que tous les partis acceptèrent à contre-cœur. Au lieu d'une réforme, c'était un replâtrage. Aux quatre curies existantes,

HlSTOIRB niixÉRALE. XH. 13

194 L Al"TRICHP>HUNGRIE DEPUIS 1871

s'en ajoute une nouvelle : tous les Autrichiens majeurs de 24 ans, y compris ceux qui sont déjà électeurs privilégiés, y ont droit de sufTrage. Elle compte ainsi cinq millions et demi d'électeurs, pour lesquels on crée 72 sièges nouveaux, soit 17 0/0 du chifTre total des mandats; les anciennes curies avec leurs 1 700 000 électeurs conservent leurs 3o3 représentants — 83 0/0; — les 5000 grands propriétaires en particulier leurs 83 élus, 20 0/0. Cette prétendue réforme est jugée par ces chiffres. Le comte Taaffe avait voulu faire au sulTrage universel une place digne de lui, et la première au Parlement : le comte Badeni parquait ses représentants dans un coin étroit parmi les élus du privilège : peut-être croyait-il avoir ainsi résolu la question. Le comte TaafTe avait eu une idée politique, le comte Badeni recourait à un expédient : il n"a jamais su faire autre chose. Dès avant les nouvelles élections, la gauche allemande unie, le parti jusqu'alors le plus noinljreux à la Chambre, avait disparu : les députés des villes et des campagnes, poussés par leurs électeurs à une opposition énergique contre le gouvernement « polonais », s'étaient séparés des grands propriétaires et des grands industriels complaisants par nature envers tout cabinet. Ces derniers revinrent 28, et les autres, baptisés « progressistes allemands », 49 : en tout 77 au lieu des 110 de l'ancienne chambre, et malgré la création des 72 sièges nouveaux. Les Allemands nationaux, désormais appelés populistes, les chrétiens sociaux (antisémites cléricaux) et les Allemands cléricaux se partagèrent les dépouilles de la gauche allemande, et conquirent plus du tiers des nouveaux mandats. Les Jeunes-Tchèques, sortis 47, revinrent 60. La fraction socialiste fît son entrée au Parlement avec 14 députés. Allemands, Tchèques et Polonais, (jui formèrent le premier club international dans la chambre autrichienne. Cette chambre, malgré sa division en vingt-quatre groupes, olîraitune majorité sûre, slavo-cléricale : mais celle-ci ne disposait pas des deux tiers des voix nécessaires dans les (juestions constitutionnelles; puis elle entendait vendre son appui, et non le donner; elle se méfiait du comte Badeni, comme il se méfiait d'elle et de ses exigences. Surtout il craignait, en se liant définitivement à l'un ou Tautre parti, de

LK DKRXIMIi liK.N'orVHLLK.MENT DU COMPROMIS fl80o-180()i 19:5

susciter à son projet de coni[)romis une opposition acharnée, (|ui eût amené sa chute. Par une feinte démission, il recourut à rintervention de l'empereur, qui l'assura à nouveau puhlicjuemeut de sa conliance. Les i;rands prijpriétaii'es allemands, toujours dociles à ce mot d'ordre, [>romirent alors « dans l'intérêt de l'Etat » leurs voix au minislère. Sûr ainsi de trente voix allemandes, ayant désarmé les Tchèques par les ordonnances du G avril 189", le comte Baileni se crut sauvé. Mais les ordonnances, qui devaient empêcher rohslruclion des Tchèques, suscitèrent l'ohstruction des Allemands, qui dure encore.

Les ordonnances devaient assurer l'égalité des langues tchèque et allemande en Bohême et en Moravie, en exigeant que tous les fonctionnaires de ces provinces les connussent toutes deux. La population tchèque étant en majorité dans les deux provinces, il est fort juste que l'allemand cesse d'v être privilég'ié. Mais les Allemands objectent, pour la forme, que cette question est du ressort des lois, et non des ordonnances; une grande nation ne saurait se plier aux fantaisies ou aux expédients d'un gouvernement mal informé ou partial; — pour le fond, que l'existence môme de leur nationalité est ea jeu : car l'étude de l'allemand est pour les Tchèques facile et fructueuse; l'étude du tchèque, hérissé de difficultés, privé de littérature, parlé seulement par quelques millions d'hommes, est pour les Allemands pénible et inutile; donc, les Tchèques envahiront plus encore que par le passé les fonctions publiques, et l'administration, plus encore que par le passé, deviendra l'instrument de leur propagande nationale. On ne prétend plus — exception faite de quel([ues teutomanes irresponsables — pour l'allemand à un monopole devenu insoutenable; mais on demande qu'au lieu de théories et de phrases abstraites, l'Etat s'inspire des besoins pratiques et de la réalité. Il y a en Bohême un territoire tout allemand, un territoire tout tchèque et un territoire mixte; il n'y a qu'à conformer à cette réalité géographique la législation des langues. Mais pour les Tchèques la Bohème est un royaume un et indivisible; dans chaque village du « royaume », tout Bohême doit trouver en sa langue maternelle audience et justice. Le comte Badeni a cru pouvoir Iran-

cher la question par un coup de force. Gomme les ordonnances de 1880 et 1886 n'avaient soulevé qu'une résistance oratoire, académique, il comptait que celles de 189" passeraient de même : le coup porté et reçu, les Tchèques, mis en possession de l'enjeu du combat, achèteraient facilement au prix de quelques concessions de détail ce compromis bohème oîi avaient échoué les Allemands libéraux et l'aristocratie. Il oubliait que le système TaafTe a radicalisé les masses, que le Parlement de 1897, avec ses députés du suffrage universel, est autre que l'ancien. En 1880, en 1886, les députés ont accepté sans résistance sérieuse les ordonnances; en 1897, les électeurs ont voulu, ont imposé l'obstruction.

Depuis les ordonnances, la Constitution autrichienne ne fonctionne plus. Les gouvernements tour à tour convoquent le Parlement pour essayer d'en obtenir le vote du compromis — car la cour s'y cramponne — et le renvoient, effrayés des tumultes et des scandales de chaque session. Le comte Badeni, surpris de son œuvre, voulut encore jouer le médiateur entre les Tchèques et les Allemands : on refusa de l'entendre. Sûr de la disg-ràce s'il ne faisait pas voter le compromis, il tenta alors, avec la complicité du bureau clérical et slave de la Chambre, un coup d'Etat parlementaire. La clôture, l'exclusion temporaire, le pouvoir pour le président de faire appel à la police furent introduits dans le règlement par surprise : le président Abrahamowicz, un Polonais, proclama le vote, rendu, dit-il, à l'unanimité; tous les députés étaient debout, en effet, mais pour s'invectiver. Alors les socialistes envahirent la tribune, en chassèrent le bureau; des batailles résTlées s'eneas'èrent entre députés, le président requit la police. Quand les agents eurent porté la main sur les députés, la rue s'en mêla. Vienne fut à deux pas d'une révolution. L'empereur, revenu en toute hâte de villégiature, s'empressa d'accepter la démission du comte Badeni (décembre 1897).

Le renouvellement du compromis. — Un fonctionnaire, le baron de Gautsch, fut chargé de remettre un peu d'ordre dans ce chaos, et de couvrir la retraite du gouvernement. Après quelques conférences avec les chefs des partis,

LE I)i:ilMi:iî r.K.XiirVKLLKMKNT Dr COMiMlilMIS '' 1 89;;- 1809 197

le Reichsnilh l'uL prorogé, le luulgel el le compromis provisoire promulg-ués au moyen Je l'arlicle 14. Larlide 14, qui a remplacé l'article 13 de la Patente de Février', autorise le gouvernement, en l'absence des Chambres, à agir par ordonnances dans les cas de nécessité, sauf ratification ultérieure du Parlement. Créer l'absence du Parlement pour pouvoir légiférer par ordonnances est une illégalité et un acte de mauvaise foi : les gouvernements autrichiens, depuis bientôt deux ans, ne font que cela. L'agitation nationale allemande augmentait : les étudiants des Universités allemandes en prenaient la tète; les souvenirs de 1848, le spectre de l'Aula hantaient la cour : le baron Gautsch, à contre-cœur, ferma ces Universités. Il n'était qu'un intérimaire, appelé à accomplir les besognes nécessaires el ingrates. 11 dut endosser encore la responsabilité des ordonnances de février 1898, qui rapportaient celles d'avril 1897, divisaient la Bohème en trois territoires linguistiques, et ne devaient subsister que jusqu'au règlement définitif de la question par une loi. Les Allemands se refusèrent à rien accepter sous forme d'ordonnance, même provisoire, et les Tchèques prolestèrent contre l'atteinte portée à l'unité du royaume de Bohème. Mais la cour crut avoir fait disparaître la vraie difficulté de la situation, et déblayé la voie pour le premier ministre depuis longtemps désigné, le comte François Thun Hohenstein (5 mars 1898).

Membre d'une des familles les plus illustres et les plus riches de l'aristocratie bohème, le comte Thun, comme gouverneur à Prague, s'était brouillé successivement avec les Allemands et les Tchèques ; il fut donc appelé, comme premier ministre, à les mettre d'accord. Il compléta son ministère de fonctionnaires par deux représentants des nationalités en guerre : M. Baernreither, grand propriétaire allemand, et M. Kaizl, Jeune-Tchèque : et on le soupçonna alors d'avoir une . idée sur la solution de la question bohème. Mais les partis gardèrent leurs positions, le ministère s'en tint à des déclarations vagues et incolores, l'obstruction reprit, et la vaine session de

1. Voir ci-dessus, t. XI, chap. xm. p. ioT. - '" " ; " • ' ' /;

mars-avril 1898 fut close, pour permettre le travail utile de Farticle 14.

En Hongrie, dans l'automne de 1897, le baron Bânffy, pour obtenir la prorogation pour un an du compromis, avait dû promettre que, faute d'entente avec l'Autricbe avant le 1" mai, il proposerait au Parlement une législation économique indépendante, et non plus contractuelle. Ce n'était pas encore sans doute la séparation des deux Etats, mais c'en pouvait être le prélude. Aussi, sur les instances de la cour, les projets de compromis furent-ils déposés le 20 avril à Pest et à Vienne. Pure formalité, en présence de l'obstruction en Autriche; et l'on se mit dès lors en quête d'une autre combinaisoîi. Sous la présidence de l'empereur et la médiation du ministre des affaires étrangères, les deux premiers ministres s'entendirent dans les conférences d'Ischl (août 1898) : un dernier essai devait être fait en Autriche avec le Parlement; s'il échouait, le compromis définitif serait décrété par ordonnance. La loi hongroise du compromis exclut formellement ce moyen, comme tout retour ofTensif de l'absolutisme en Autriche. Mais le baron Banfîy estimait cette précaution surannée. Au prix d'une légère violation de la Constitution, il s'assurait à nouveau la reconnaissance et la faveur du roi, il offrait au pays une satisfaction d'amour-propre — la législation économique autonome, si souvent réclamée — et des avantages matériels considérables : car les nouvelles lois hongroises devaient consacrer les concessions obtenues du ministère Badeni : le dualisme complet de la Banque, l'augmentation désirée des impôts indirects, une nouvelle comptabilité des recettes communes favorable à la Hongrie. La cour à ce nouvel arrangement trouvait aussi son avantage : les lois hongroises ne contiendraient plus la fatale échéance décennale; elles seraient valables jusqu'à modification dans les formes constitutionnelles : il dépendait donc de la couronne, parle refus de sanction à tout amendement, de rendre perpétuel le compromis sous sa forme nouvelle.

Aucun Parlement autrichien ne pouvait voter ce compromis; le comte Thun y comptait bien, et les ordonnances étaient déjà prêtes : il fallait seulement que l'obstruction fournît pré-

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texte à la clôture du Uciclisialli, et put èln; rendue resj)onsable des sacrifices nouveaux imposés au pays. Mais le mystère d'Ischl avait été percé, et quand le Parlcuietit fut ('onvo(pié (septembre 1898) l'opposition habilement renonça à l'obstruction « technique » pour inaugurer l'obstruction « tactique ». Les discours et les amendements rendirent le même service qu'auparavant le bruit et les pugilats. Celle discussion approfondie lit traîner les choses jusqu'en décemltre : et le ministère, acculé à à ce terme, dut clore la session pour ap[>liquer l'article 44, mais il n'eut plus de prétexte à invoquer, et porta seul la responsabilité de son coup d'Etat. En Hongrie, même lactique d'obstruction, et même embarras pour le gouvernement. Faute d'article 14, le baron BanfTy se décida à proroger simplement de fait l'état de choses existant; Koloman Tisza, le prolecteur du cabinet, proposa de l'en absoudre d'avance par une loi: et craignant les tempêtes de l'obstruction, il demanda ({u'elle fût, non point soumise au vote de la Chambre, mais simplement signée en séance du club libéral par les députés de la majorité. A cette double violation delà Constitution, les membres les plus distingués du parti, à leur tête le président de la Chambre Szilâgyi et les fils du comte Andrdssy, en tout une trentaine de députés, répondirent par une sécession. Le désir de conserver une arme pour la défense peut-être un jour nécessaire de la Constitution, le dégoût du régime violent et servile du baron Banfîy et de la dictature occulte de ïisza donnent les raisons de leur conduite. Ce fut pour le système Banffy le coup de mort : la couronne dut capituler devant la Constitution. Koloman de Széll, l'ancien ministre des Finances, héritier politique deDeak, fut chargé par le roi de négocier avec la majorité et l'opposition : celle-ci promit de laisser passer le compromis, le ministère se retira, Széll devint chef du cabinet. A la place de la convention d'Ischl, une nouvelle formule, la formule Széll, établie d'accord entre le ministère hongrois et l'opposition, donna la solution de la question du compromis. Les lois économiques seraient votées en Hongrie, pour être valables jusqu'en 1907; les traités de commerce, qui expirent en 1903, ne pourraient être prolongés que jusqu'à cette date; un nouveau tarif douanier

devrait être élaboré à la même époque. La Hongrie a en mains, grâce à celle triple échéance, un triple moyen de faire triompher ses revendications en 1907 ; elle ne perd aucun de ces avantages si, au cours des dix ans, un compromis légal vient à être conclu avec l'Autriche. La majorité libérale, fusionnée désormais avec le parti national du comte Apponyi, vota ces arrangements sans difticulté. En Autriche, ils furent successivement mis en vigueur par des ordonnances. Le ministère Thun tomba en octobre 1899, faute de pouvoir obtenir du Parlement l'élection de la Délégation. Le cabinet Clary, qui l'a remplacé, a franchi ce pas difficile : mais l'hostilité ouverte de la majorité du Parlement rend sa position extrêmement précaire, et les Jeunes- Tchèques viennent de reprendre l'obstruction abandonnée par les Allemands.

L'Autriche-Hongrie à la fin du XIX siècle. — Les luttes politiques, religieuses et sociales ne sont nulle part plus violentes qu'en Autriche-Hongrie, où le conflit des nationalités les complique et les envenime. L'Église est aujourd'hui vraiment maîtresse en Autriche. Elle soutient et dirige le mouvement antisémite, non seulement à Vienne, oîi il a conquis avec M. Lues-er l'hôtel de ville, mais en Bohême, où il cherche à s'organiser, en Pologne, où les émeutes de 1898 ont été sanglantes. Les cléricaux allemands s'allient aux Slaves : en revanche les pangermanistes de M. Schonerer ont inauguré une campagne de « détachement de Rome », de conversion au protestantisme. La petite bourgeoisie, organisée et menée par le clergé et l'aristocratie, luUc désespérément sous la bannière antisémite contre le prolétariat démocrale-socialiste pour maintenir son rang social, pour ne pas déchoir jusqu'à la « prolétarisation ». Les socialistes, en 189", ont échoué — grâce pour beaucoup à la partialité de tous les organes officiels — devant les antisémites dans les cinq circonscriptions de la cinquième curie à Vienne : mais leurs efforts en vue d'une revanche promettent de chaudes luttes pour l'avenir. Les classes moyennes, menacées de toute part, hésitent entre leurs traditions libérales et leur peur des nouveautés démocrati(]ues. Seuls la démocratie avancée et le socialisme combattent avec énergie et

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succès conlre la iioltlesse el le clergé, unis pour reconquérir la « (lireclion hérédilaire » des peuples. Les anciens partis sont usés et disparaissent : il n'y a [dus d(^ gauche allciuande; le sort (ju'ils ont infligé aux Vieux-Tchèques guelledéjà lesJeunes- Tclièques, devenus les alliés des féodaux, les prisonniers du cléricalisme. La lidéliLé dynastique, autrefois l'appui le plus sûr de l'Autriche, à la tin s'use et s'ébranle : les appels pathéticjues au loyalisme des sujets ne trouvent plus dans leurs cœurs qu'un écho alTaibli. Ce qui reste même de l'antique loyalisme, comment oublier que l'objet en est un souverain septuagénaire?

D'apparence, la Hongrie est plus forte, plus une, plus résolue. Mais, moins visibles, les dangers qui la menacent ne sont pas moins graves. Les grèves de l'Alftild en septembre 1897 ont fait éclater à tous les yeux la misère du prolétariat agricole. L'industrie, à mesure qu'elle se développe, fait naître un prolétariat urbain, socialiste par nature. L'Etat hongrois est encore dominé par la petite noblesse rurale: de profondes modifications seules pourront lui assurer une adaptation paisible à des conditions sociales nouvelles. L'Eglise, irréconciliable depuis les lois politico-ecclésiastiques, est à l'affût de toutes les difficultés qui peuvent assaillir l'Elat pour les exploiter. Le parti populaire catholique tend la main aux Slovaques, qui recommencent à s'agiter, aux Ca'oates, toujours lésés et toujours jaloux. Les Serbes ne sont point sûrs; l'agitation roumaine ne s'est calmée qu'à la surface. Une réforme électorale est le premier besoin, le premier vœu de la majorité du pays : toute réforme amènera au Parlement des députés nationaux et des députés révolutionnaires, mettra fin au tranquille « entre soi » de l'aristocratie mag-yare.

Le dualisme ne subsiste que de nom. Sans doute, d'autres combinaisons après lui sont possibles; la séparation peut être évitée ; et, si elle se produit, elle ne sera, espèrent les optimistes, qu'une étape vers une nouvelle union, plus digne, plus solide et plus durable. L'expérience, en tout cas, serait risquée : et rien ne garantit qu'elle ne se fera pas. L'Autriche et la Hongrie sont faites pour l'union : seule, l'union leur assure la puissance, la force, même l'existence. Séparées, ni l'une ni l'autre, ne

pourra longtemps résister à des voisins ambitieux et avides. Quiconque réfléchit, en Autriche-Hongrie et hors de l'Autriche- Hongrie, sait cela; et pourtant quiconque observe doit voir que cette séparation menaçante peut se produire d'un moment à l'autre. Une idée, A'oilà ce qui manque à la monarchie austrohongroise. L'empire des Habsbourg a trop longtemps méconnu et méprisé les forces morales et mis sa confiance dans les moyens matériels, fondé sa force sur le gendarme ecclésiastique et le gendarme laïque. Aujourd'hui, les idées se vengent. L'avenir le plus proche de la monarchie comme de l'Autriche et de la Hongrie est trouble et incertain : si les hommes d'Etat autrichiens et hongrois se montrent incapables de résoudre la question autrichienne, bientôt c'est devant les diplomates et les politiques européens qu'elle se posera.

BIBLIOGRAPHIE

La bibliographie d'une histoire contemporaine de l'Autriche-IIongrie se trouve surtout éparse, en dehors des documents officiels, dans des articles de journaux et de revues. Il n'y a point de travaux d'ensemble en dehors de Rogge, Œsterrelch seit dcr Kataslrophe Beust-Hohenwart, 2 vol., qui s'arrête en 1879, et a les mêmes défauts que les trois volumes précédents, surtout la confusion. On se bornera ici à citer les principaux recueils à consulter, et quelques ouvrages sur des questions importantes. C'est par les indications mêmes de ces recueils et de ces ouvrages que l'on pourra, dans chaque cas particulier, se faire une bibliographie.

Uoeuiiiieiit»^ oltieîels : les comptes rendus des Délégations, du Reichsrath, du Parlement hongrois, des Diètes autrichiennes (surtout Bohème, Galicie, Basse-Autriche, Styrie), de la Diète de Croatie. — Les statistiques officielles, autrichienne et hongroise; les enquêtes officielles des ministères du commerce, par exemple sur l'industrie en Autriche, 1898, sur le projet de tarif douanier autonome hongrois, 1898.

Journaux : JS^euc Freic P/rsse, allemand libéral; VatcrUind, clérical féodal; Deutsches Wolhsblatt. chrétien social; Ostdeutschc Rundschau, allemand national; Arbeitcr Zcilung, socialiste (tous de Vienne); — Ndrodni Listij, jeune-tchèque, Politik, vieux-tchèque, de Prague; Czaa, polonais conservateur, de Cracovie ; — Pester Lloyd, libéral, officieux ; Magyar Alldm, d.éricei\;Egyetertès, radical, de Pest. — Les journaux allemands, surtout la FranhfurterZcitung ella. Kolniscke Zeitung, contiennent des correspondances austro-hongroises souvent intéressantes.

Revues : Cas, ISase Doba, Oscèta, de Prague; Die Zcit, Die Wage, Deulsche Worte, de Vienne; Ungariscfie Revue, de Pest; Kroatischc Revue, d'Agram ; PreussiscJie Jahrbiicher, Die Nation, de Berlin; Die ]Seuc Zcit, de Stuttgart. Les grandes revues allemandes et anglaises contiennent toutes des articles sur les événements importants qui s'accomplissent en Autriche et en Hon-

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yric (on trouvera ces arlicles en se roporl.uil aux tables de tous ces pr'riodiques; nous nous abstenons d'en citer ici les titres). En français, la collection de la Ueviie d'cconomie iiolUujue renl'erme des articles polilicoécoiiomiques sur l'Aulriche et la Hongrie; la R''vue politique et parlementaire donne des chroniques politiques exactes et assez impartiales et quelques articles de tond. I.a lievite des Deux Mondes, 1897 et 18'J8, a publié des arlicles de M. Ch. Benoist sur La monarchie ausfrohonyroise et l'équilibre euro}n''cn; la Revue de Paris, 1891, de iM. Uorn sur Le mariage civil en. Hongrie; de M. (îaidoz sur Les Serbes de Hongrie; 1897, sur La crise austrohongroise; 1898, de M. Kranu'ir. L'arenir de l'Autriche ; de M. Craniaussel. En Transijlvanic.

Sur la question des nationalités, la plus importante de toutes, on consultera utilement : Hainisch, Die Zukunft der Dcutsch-Œstcrreicher, 1892. — Herkner, même titre, 1893. — T.-G. Masaryk, Ccskd otdzka et Nase nynêjsi krise, 1895. — Die Reichsrathsicahlcn i)i Ostgalizien i. J. 1891 , Vienne, 1898 (de source ruthène). — Madeyski, Die NalionalUdtenfrage, 1898; Die deutsche Staatssprache, 1883. — Les brochures d'Edouard Grégr sur la participation au Reichsrath, 1879. • — Kramâf , iJas bôhmische Staatsrecht. 1896. — Menger, Der bôhmische Ausgleich, 1891. — Sur la réforme électorale autrichienne : V. Adler, Drt.s allgtmcine, gleiche, direkfe Waldrecht, 1893.

Sur les mouvements économiques et sociaux : Waentig, GciverbUrlic Mittelstandspolitik, 1898. — Rauchberg, Die Bevôlkerung Œsterreichs aiif (rrund der Ergebnisse der VolhszdhUing vom 31. Dez. 1890, 1893; — les procès-verbaux des congrès socialistes annuels; — la série de brochures publiées à Vienne, chez Brandt, sous le litre Socialpolitische Flugsrhriftcn. — Un certain nombre d'ouvrages indiqués au tome précédent s'appliquent aussi à la période traitée ici : ainsi ceux d'Andrâssy, Auerbach, Beksics, Krones, Tezner, Ulbrich.

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