LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG
Depuis 1815.
/. — Le royaume de Belgique.
L'histoire contemporaine de la Belgique est d'abord la suite de l'histoire de la période précédente '. Les libéraux luttent contre les cléricaux et sont définitivement vaincus en 1884. Une nouvelle époque commence après la revision de la constitution et l'établissement du suffrage universel (1893). C'est alors le parti socialiste qui devient le principal adversaire du régime catholique et monarchique au parlement et dans le pays.
Les catholiques au pouvoir (1870-78). — knx élections du 14 juin 1870 les catholiques curent une majorité de deux voix. Le ministère libéral céda la place à un ministère catholique, qui fit dissoudre les deux Chambres; les nouvelles élections (2 août) donnèrent au cabinet une majorité de 22 voix à la Chambre et de 6 au Sénat. Les catholiques conservèrent le pouvoir jusqu'en 1878. Leur gouvernement (ministère d'Anethan, puis ministère Malou) fut peu actif. A l'intérieur il ne prit que deux mesures importantes : 1° Il déclara que le flamand
1. Voir ci-dessus, t. XI, chap. xi. Le roi Léopold II, flls de Léopuld I", règne depuis 1865.
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serait langue officielle, el qu'il pourrait ("tic; employé dans les actes administratifs et dans les débats judiciaires en j^^'V^ flamand. C'était une concession aux habilauls des campagnes des Flandres, zélés catlioli(]ues; c'était un obstacle à la propagande libérale faite presque toujours en langue française par des habitants des villes. — 2° Le ministère fit adopter une loi qui abaissait le cens électoral à vingt francs pour les élections aux conseils provinciaux, à dix pour les élections aux conseils communaux; mais il refusa l'adjonction des « capacités » sans condition de cens, qui était réclamée par les progressistes ( 1 870). La réforme profitait donc surtout aux petits propriétaires fonciers et elle n'accordait pas le vote aux personnes exerçant des professions libérales. Son application fut très favorable aux catholiques. Le renouvellement des conseils provinciaux en 1872 donna, dans l'ensemble, 113 voix de majorité aux catholiques, au lieu de 10 aux libéraux. Le renouvellement des conseils communaux dans la même année fit perdre aux libéraux les municipalités des nombreuses petites villes flamandes, qui devinrent catholiques comme celles des campagnes environnantes.
La Belgique était alors la seule nation de l'Europe occidentale où le pouvoir fût aux mains des catholiques. Partout ailleurs ils se trouvaient en minorité ou ne pouvaient venir à bout de l'opposition qui leur était faite. En Italie, le roi venait de prendre L\ome et les débris des Etats pontificaux. En Allemagne, c'était la période du KuUurkampf; en France, le commencement de la lutte entre les républicains et les cléricaux alliés aux monarchistes.
L'ultramontanisme en Belgicxue. — La majorité des catholiques belges ne se contentait plus du catholicisme libéral et tolérant qui avait dominé dans les assemblées parlementaires de 1830 à 1847. En Belgique, les évoques — grâce aux catholiques libéraux — sont indépendants du gouvernement et relèvent directement du pape. Le clergé obéit donc aux directions de Rome et la grande masse des fidèles le suit. Or, Grégoire XVI avait condamné dès 1832 « cette maxime absurde et erronée, qu'il faut garantir à tous la liberté de conscience ».