‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 27 sur 202 · BELGIQUE, PAYS-BAS, LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

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mesures contre les radicaux-socialistes, ou en faveur de la clientèle catholique. Telle est la loi de 1893 sur le vote communal. Pour être électeur dans une commune, il faut désormais avoir trente ans (au lieu de 21) et trois années de résidence (au lieu d'une); des votes supplémentaires sont accordés suivant un cens beaucoup plus faible dans les campagnes que dans les villes. Un seul électeur peut cumuler quatre votes. C'était « la loi des quatre infamies », a déclaré un député socialiste. Le parti ouvrier essaya de recommencer la grève générale pour empêcher le vote de cette loi, puis il y renonça devant les préparatifs de répression militaire faits par le gouvernement. Dans la même année 1895 une loi scolaire rétablit l'obligation de l'enseignement religieux dans les écoles publiques comme en 1842, et interdit aux communes d'accorder la gratuité aux parents qui peuvent payer une rétribution, de manière que les écoles publiques ne fissent pas concurrence aux écoles confessionnelles. Des subventions ont été accordées aux écoles libres qui ne se conforment pas au programme officiel.

Une nouvelle loi sur les associations a accordé la personnalité civile aux syndicats, mais leur a refusé le droit de se transformer sans formalités en coopératives de production (1896-97). Le flamand est devenu officiel dans tout le royaume. Les lois sont publiées dans les deux langues (1897).

Parmi les questions pendantes il faut signaler :

1° Les propositions de tarifs protecteurs, demandés par les députés des campagnes, rejelés par les représentants des villes industrielles et commerciales. Sauf quelques droits sur la margarine, le beurre, la farine, la Belgique est jusqu'ici demeurée libre-échangiste pour les mêmes raisons que l'Angleterre, parce qu'elle a besoin de vendre librement à l'étranger les produits de son industrie si considérable.

2° L'établissement du service militaire personnel, désiré sous la forme allemande par le roi et le parti militaire, combattu par la plus grande partie des catholiques, accepté par les progressistes et les socialistes sous la forme suisse.

3° La question du Congo. Le roi a accepté la présidence de l'État libre, avec l'assentiment des Chambres, sous la condition

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que l'union serait personnelle cl que la Belgique ne conln huerait pas aux dépenses du Congo; mais la majorité a consenti des emprunts à l'État libre. Un parti demande que la Belgique accepte comme remboursement l'b^lat libre lui-même, qu'on présente comme un excellent débouché pour l'industrie belge.

La majorité se divise sur ces questions, mais forme un bloc 011 sont compris môme les démocrates chrétiens quand il s'agit de faire opposition à la coalition radicale-socialiste. Le Parlement belge est coupé en deux partis extrêmes depuis la disparition des doctrinaires. Aussi les discussions y prennent-elles beaucoup d'àpreté et parfois une forme violente. La vie politique belge s'est complètement transformée depuis 1830; il n'y a presque plus de catholiques libéraux, plus guère de libéraux doctrinaires. Les partis en présence n'ont plus pour la constitution le même respect que les fondateurs de l'indépendance. La constitution de 1831 n'existe plus, à force de modifications et de remaniements. L'opposition réclame avant tout une revision, qui serait sans doute dirigée contre la monarchie et l'Eglise. L'ancienne Belgique était le paradis du libéralisme. La nouvelle est le champ de bataille du cléricalisme et du socialisme.

//. — Le 7'oyauîne des Pays-Bas,

Depuis 1870, la majorité dans les Chambres (sauf en 11 1891) et le ministère ont appartenu presque toujours au parti libéral qui tient encore le pouvoir aujourd'hui après la réforme électorale de 1887-1896 et après les élections de 1897 '.

Les partis politiques. — Les libéraux sont les députés de villes commerciales; ils se divisent en modérés et en progressistes. Un parti radical s'est formé en Frise, mais il n'est presque pas représenté dans le Parlement, élu au suffrage cen-

1. Le roi Giiillamiie III, qui régnait depuis 1849, étant mort en 1S90. après tous ses fils, a eu pour successeur sa fille Wiliichnina, née en 1880, qui a atteint lage légal et a été couronnée solennellement en 1898.

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sitaire. Les adversaires de la coalition libérale forment deux partis : 1° les conservateurs protestants, qui ont pris le nom général à^ anti-révolutionnaires ; 2° les catholiques. Les anti-révolutionnaires accusent le libéralisme d'être « un régime païen qui détourne les esprits du christianisme et infiltre des principes révolutionnaires dans les lois ». Ils s'appuient sur les paysans calvinistes. Les uns sont des aristocrates très conservateurs (fraction de Savornin-Lohman), les autres acceptent un élargissement du suffrage (fraction du D'Kuyper). Le parti catholique, appuyé sur le Brabant et le Limhourg, est le seul qui soit organisé fortement et qui ait conservé son unité. Encore a-t-il depuis quelque temps une gauche assez semblable à la démocratie chrétienne de Belgique, sous la conduite du D"" Schaepman. Les catholiques ont été autrefois les alliés des libéraux; mais ils ont suivi les instructions de l'Encyclique et du Syllabus, ils ont commencé une lutte ouverte contre la société civile, et ils ont formé avec les anti-révolutionnaires une coalition dirigée surtout contre l'école laïque. Quelques pasteurs ont protesté récemment contre l'accord des calvinistes et des papistes. Ils ont essayé de refaire un mouvement anti-romain analogue à celui de 1853 et de ressuciter l'ancien parti chrétien historique, hostile à la fois au libéralisme et au catholicisme. Le centre des nouveaux chrétiens historiques est Ltrecht. Avec des partis aussi divers et aussi divisés, les ministères sont très peu stables. De 1871 à 1888 les libéraux ont la majorité et les ministères sont formés par leurs chefs ou partagés entre eux et les conservateurs. De 1888 à 1891, la coalition anti-révolutionnaire catholique a la majorité et le pouvoir (ministère du baron Mackay). La grande question est alors la réforme électorale. La coalition cléricale ne la fait pas. Elle est renversée aux élections de 1891 par les libéraux, et l'un des membres du nouveau cabinet Tak van Poortvliet propose un mode de suffrage presque universel qui divise tous les partis sans exception et amène la formation de deux coalitions opposées, les « takkiens » et les « antitakkiens ». Les « takkiens » sont battus aux élections de 1894, qui donnent la majorité aux modérés. Après les élections de 1897, le pouvoir a été pris par un cabinet recruté dans toutes

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les nuances de l'opinion libérale et présidé par M. Picrson. Les partis en 1898 sont représentés à la seconde; Cliani!)re de la manière suivante : il libéraux, en majorité progressistes; 5 radicaux; 1 chrétien historique; 22 anti-révolutionnaires; 22 catholiiiues. Ces deux derniers partis sont toujours alliés. Ils ont conquis la majorité dans trois provinces sur onze; il leur suffirait d'en gagner une nouvelle pour dominer la première Chambre, dont les membres sont élus par les conseils provinciaux. Le socialisme aux Pays-Bas. — La seconde Chambre hollandaise de 189" compte trois députés socialistes. Le parti socialiste hollandais date de V ïnternalionale des travaUleurs (1864-1872). Il s'est développé lentement et il a recruté ses principaux adhérents parmi les ouvriers des villes commerciales, surtout à Amsterdam, et parmi les paysans et journaliers agricoles de la Frise, qu'il dispute au radicalisme. Son principal org'anisateur a été Domela Nieuwenhuis, un pasteur qui avait abandonné son ancienne foi et son ministère pour se consacrer à la propagande socialiste (1879). Les socialistes profitèrent de la crise économique de 1886 pour créer une agitation parmi les ouvriers. Ils tinrent à Amsterdam un grand meeting de « sans-travail » qui fut chargé par la police et l'armée; quelques jours après, ils tentèrent de transformer en émeute une manifestation populaire dirigée contre l'interdiction d'une réjouissance; après trois sommations la troupe fit feu sur la foule, tua 35 personnes et en blessa 90. Les libéraux n'hésitèrent pas à restreindre le droit de réunion en plein air accordé après 1848. On se mit à appliquer la loi de lèse-majesté aux révolutionnaires. Le parti socialiste ne renonça pas aux tentatives de révolution violente, car le suffrage restreint lui enlevait tout espoir d'arriver par les moyens pacifiques. Domela Nieuwenhuis avait bien été envoyé à la Chambre par une circonscription frisonne pendant une législature (1888-1891), mais les libéraux et les radicaux unis l'avaient empêché d'être réélu. Son parti se mit à prêcher l'emploi de la force. Le congrès socialiste de Zwolle proclama la nécessité de supprimer la propriété privée par tous les moyens possibles (1892). La municipalité dénonça les organisateurs du congrès, mais les tribunaux déclarèrent

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que la loi ne leur donnait pas le moyen de les condamner. Alors le gouvernement prononça la dissolution du parti socialiste, qui se reforma sous le nom de sociaUsten Bond. Mais une fraction des socialistes adopta la conquête des pouvoirs publics par le sutTrag-e universel et s'organisa en parti ouvrier socialiste démocratique, sur le modèle et avec l'appui des marxistes allemands. Aux élections de 1897, cette fraction a fait élire ses deux chefs. Le Bond s'est disloqué. Domela Nieuwenhuis et ses fidèles sont toujours opposés à l'action parlementaire. D'autres veulent agir à la fois par les moyens légaux et par les moyens révolutionnaires; ils ont depuis 1892 un représentant à la deuxième Chambre. Les partis socialistes hollandais sont remarquables surtout par l'activité de leurs chefs. Ils n'ont pas encore d'importance politique. Néanmoins leur agitation a décidé la gauche libérale à rompre avec l'ancienne orthodoxie du « laissez faire ». Le gouvernement a fait voter depuis 1887 une série de lois pour protéger les femmes et les enfants employés dans l'industrie, pour faciliter l'organisation syndicale et en général pour améliorer la condition des ouvriers.

Les questions coloniales et le déficit. — On a vu dans le tome précédent' que l'abandon presque total du système des cultures et l'entreprise de travaux publics avaient fait disparaître l'excédent de revenu colonial dont la métropole avait absolument besoin pour équilibrer son budget. Le déficit avait donc été la principale conséquence des réformes aux Indes orientales. Il a été accru à la suite d'une tentative d'expansion malheureuse. En 1871-72, la Hollande a cédé ses possessions de la cote de Guinée à l'Angleterre, qui lui a reconnu en échange le droit d'occuper le nord de Sumatra. Là se trouvait un état musulman indépendant, celui du sultan d'Atjeh (Alchin). Les Hollandais lui font la guerre depuis 1873 sans pouvoir le réduire; ils ont dû augmenter leur armée coloniale; ils ont perdu beaucoup d'hommes, surtout par les fièvres et le choléra, et ils ont dépensé à Sumatra des sommes considérables. Le déficit colonial s'est ajouté au déficit métropolitain, et tous deux ensemble ont fini

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