BELGIQUE, PAYS-BAS, LUXEMBOLIU
discuta plusieurs mois sans aboutir à aucun résultat. Cependant l'ag-itation devenait de plus en plus vive. Les progressistes organisèrent à Bruxelles un plébiscite communal qui donna une forte majorité au principe du sufTrage universel (février 1893). Le parti ouvrier avait résolu depuis deux années de décréter la grève générale si la revision ne s'accomplissait pas. Il donna suite à sa menace quand la Chambre eut rejeté le suffrage universel (avril 1893). Beaucoup d'ouvriers cessèrent le travail, surtout dans les charbonnages du Hainaut. Les grévistes du Borinage essayèrent d'entrer à Mons et furent repoussés par la troupe, qui en tua plusieurs. La population de Bruxelles s'agitait, accueillait le roi par des cris hostiles; dans la capitale et dans plusieurs villes, la garde civique, composée de bourgeois, était en majorité révisionniste. Les gardes civiques de Bruxelles jetaient dans la voiture du roi des placards et des brochures en faveur du suffrage universel. La Chambre eut peur de l'émeute et elle se décida à adopter rapidement le système du vote plural. La revision était accomplie.
D'après la nouvelle loi, le suffrage universel est établi en principe à partir de vingt-cinq ans et après un an de domicile ; on accorde lui vole supplémentuire aux pères d'enfants légitimes, aux propriétaires d'un immeuble de 2000 francs, à ceux qui possèdent un revenu de 100 francs provenant de rentes sur l'Etat ou d'un dépôt à la Caisse d'épargne; deux votes sup'plémentaires aux diplômés de l'enseignement supérieur et à certains fonctionnaires. Nul ne peut cumuler plus de trois votes. Le vote est obligatoire. L'âge d'éligibilité à la Chambre est fixé à vingt-cinq ans. La Chambre est comme auparavant renouvelée par moitié tous les deux ans. Le Sénat se compose en partie de membres censitaires (1200 fr. d'impôt ou 12 000 fr. de revenus) élus directement par les mêmes électeurs que la Chambre, mais à partir de l'âge de trente ans; en partie de membres nommés par les conseils provinciaux sans condition de cens.
Les partis depuis rétablissement du suffrage universel. — Le nouveau régime décuplait le nombre des électeurs et établissait en moyenne trois suffrages })ar deux citoyens. Depuis son élablissement il sest fait une élection générale
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(1894) et deux renoiivcllniKMits par moitié (189G et 1898). Le résultat a été l'écrasement du parti libéral, réduit à 18 députés après 1894, à 12 en 1898; ces 12 sont à peu près tous des pi'Ofji'cs^isten; les doctrinaires ne sont plus représentés à la Chambre. La majorité catholique s'est aug-mentée de plus en plus; elle compte 112 députés sur 152 (1898). Dans ce nombre sont compris les représentants démocrates-chrétiens élus par les paysans des campagnes flamandes. Ces démocrates sont partisans comme les socialistes de l'intervention de l'Etat en faveur de la classe pauvre; ils s'appuient sur les syndicats de paysans, attaquent les grands propriétaires et les patrons, et sont en lutte avec les évoques et la haute bourg-eoisie catholique. Leur chef, l'abbé Daëns, avait été élu député d'Alost en 1894 contre la liste de Woeste. En 1898 son évèque lui a interdit de se représenter. Ses amis sont au nombre de 8 ou 9 à la Chambre. Le nombre de suffrages exprimés en leur faveur a passé de 23 000 (1894) à 58 000. L'augmentation eût été plus considérable si le renouvellement de 1898 n'avait pas été fait au moment où beaucoup de paysans flamands sont occupés comme ouvriers agricoles à l'étranger. La principale innovation amenée par le suffrag-e universel a été l'élection de députés socialistes. On n'en comptait pas un avant la revision; les élections de 1894 en envoyèrent d'un coup 29 (28 après 1898). Le leader du parti est un jeune avocat et publiciste de Bruxelles, M. Emile Vandervelde. Les députés socialistes sont presque tous élus par les ouvriers wallons, sans alliance dans le Hainaut, avec l'appui des progressistes à Namur et à Liège. A la Chambre, les socialistes et les progressistes sont d'accord pour réclamer une nouvelle revision abolissant le vote plural, la représentation des minorités, le service militaire court et sans remplacement. En somme c'est le parti socialiste qui mène l'opposition parlementaire. Le total des suffrages exprimés en sa faveur a passé de 334 000 en 1894 à 534 000. La majorité catholique ne se maintient que g-ràce au vote plural et, dans plusieurs grandes villes, grâce au concours de vieux libéraux hostiles à la coalition radicale-socialiste.
Les principales lois votées depuis 1894 ont le caractère de