‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 31 sur 202 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De 1870 à nos jours.

/. — Espagne.

Amédée de Savoie. — Lorsque le 2 janvier 1871 Amédéc <le Savoie, l'élu de 191 députés, entra comme roi en Espagne, il n'était pas besoin d'être grand prophète pour prédire que son règ'ne serait de courte durée. Amédée avait contre lui les républicains et les carlistes; les anciens conservateurs étaient alphonsistes, les unionistes désiraient Montpensier, quelques progressistes auraient voulu Espartero. Amédée était plein de bon vouloir, jeune et courageux, mais il ne connaissait ni l'histoire, ni la langue, ni les institutions, ni les mœurs, ni les partis, ni les hommes de l'Espagne; il n'avait qu'une intelligence moyenne et eut l'imprudence de dire dès le premier jour qu'il ne s'imposerait pas par la force. Il chercha à gagner la nation par sa vaillance et sa simplicité; l'aristocralie qui détestait en lui le fils de Yiclor-Emmanuel, le méprisa pour ses façons bourgeoises; la classe movenne fut plus étonnée que conquise et la masse du peuple ne comprit rien à cette royauté sans tapage et sans ostentation.

Amédée donna le pouvoir à Serrano et convoqua les Cortès pour le 3 août. En attendant, il décréta quelques réformes administratives, mais ne se résigna pas à toucher à la liste

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civile; il chercha à s'assurer de l'armée et de la marine et plusieurs officiers refusèrent de lui prêter serment.

Les républicains réussirent à donner aux élections le caractère d'un plébiscite; le gouvernement effrayé recourut à une pression électorale telle qu'elle parut inouïe, même en Espagne, et malgré tous les efforts de l'autorité, une forte minorité antidynastique arriva aux Gortès. L'assemblée perdit quarante jours à discuter les élections, dix-sept jours à discuter une proposition révisionniste, vingt-quatre jours à discuter l'adresse. On se hàla de mettre le budget en équilibre par un emprunt de 37o millions, et au moment même où le gouvernement allait avoir des ressources, une crise ministérielle vint détruire l'accord qui avait jusqu'alors existé entre les difTérenles fractions du parti libéral. Le roi aurait désiré garder Serrano et dut accepter un cabinet progressiste, présidé par Zorrilla (25 juillet).

Battu en brèche par toutes les oppositions, le cabinet succomba dès le mois d'octobre, à la rentrée des Gortès, et fut remplacé par un ministère d'alTaires, présidé par Malcampo. Le 21 décembre, Malcampo tombait à son tour pour faire place à Sagasta. Le parti progressiste était irrémédiablement divisé en deux camps. Sagasta osa déclarer inévitable la scission qui s'était produite dans le parti et demanda la stricte observation de la constitution de 18G9. Les amis de Zorrilla, dont il avait blâmé la polili<jue linancière, lui répondirent par des attaques furieuses. Dans une de ces magnifiques séances oratoires qui sont le triomphe de l'éloquence et la mort de la saine politique, Zorrilla jela le cri d'alarme : « Que Dieu sauve le pays! que Dieu sauve la dynastie! » Rivero et Martos prédirent à Sagasta (ju'il tuerait la liberté espagnole. Les républicains clamèrent que la dynastie jetait le gant au pays. Les carlistes proposèrent le refus de l'impôt. Sagasta prononça la dissolution des Gortès (24 janvier 1872).

Aux nouvelles élections, Sagasta obtint une apparente majorité, mais il la dut à la pression administrative, et aux craintes suscitées par un soulèvement presque général des provinces basques en faveur de D. Carlos. Le roi crut devoir se montrer

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«Miergique. Il répéla (juil ne s(^ iiiaiiilitMidrail [>as au pouvoir |)ar la force, mais il ajouta (ju'il ne se laisserait pas abattre par la Yiolcnco, malgré la volonté du }»cuple; il annonça qu'une guerre active serait faite aux carlistes et si les lois existantes ne suffisaient i)as à garantir l'ordre public, il demanderait (ju'elies fussent réformées.

Amédée avait raison, mais les Cortès ne se souciaient pas d'accorder à Sagasta les pouvoirs extraordinaires qu'il réclamait. Il fut prouvé qu'il avait pris 500 000 piécettes dans la caisse des colonies et les avait appliquées à couvrir les frais de la campagne électorale. Il tomba le 28 mai et fut remplacé par Serrano, alors commandant en chef de l'armée du Nord. Juste à ce moment, Serrano venait de conclure avec les carlistes la convention d'Amorevieta qui parut à tous les libéraux une trahison. A peine formé, le cabinet Serrano dut donner sa démission, et Zorrilla ne pouvant gouverner avec des Cortès conservatrices, prononça la dissolution du Parlement (28 juin).

Zorrilla avait longtemps hésité à prendre le pouvoir. Il l'accepta avec la ferme résolution de tout faire pour rendre à l'Espagne un gouvernement. Il ne demanda aucune mesure (l'exception et se proposa de régler la question linancière et la question de l'esclavage aux colonies. Mais Zorrilla ne pouvait gouverner qu'avec le concours des républicains, et déjà les républicains ne voulaient plus d'Amédée. Le 18 juillet le roi et la reine faillirent être assassinés en plein Madrid. Le roi entreprit un voyage dans les provinces du Nord. Il fut assez bien reçu et l'aurait été mieux encore, s'il n'avait pas choqué la gravité nationale par certaines excentricités « peu convenables chez celui (|ui est à la tète d'une nation comme la nation espagnole » (Fi y Margall). Il eut surtout le tort de promettre celte chose impossible, l'abolition de la conscription.

Les élections donnèrent 200 voix aux zorrillistes et seulement 80 aux oppositions coalisées, mais le gouvernement perdit bientôt tout le terrain gagné en demandant l'appel de 40 000 conscrits et en présentant un projet de traité onéreux avec la Banque de Paris, considérée à Madrid comme peu favorable aux intérêts espagnols.

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Une émeute à Madrid, un soulèvement militaire au Ferrol, l'enquête sur les virements reprochés à Sagasta augmentèrent encore les embarras du ministère. Zorrilla voulut cependant poursuivre les réformes. Il rejela le clergé vers les carlistes en proposant de mettre les dépenses du culte à la charge des communes, il acheva de s'aliéner les conservateurs en demandant l'abolition de l'esclavage aux Antilles. A la suite d'un grand discours de Castelar, les Cortès votèrent l'émancipation des esclaves àPorto-Rico; ils devaient être affranchis dans le délai de quatre mois et les ju'opriélaires devaient être indemnisés. Cette promesse ne suffit pas à les rassurer.

Tandis que le ministère accomplissait cette grave réforme, un incident, d'abord insignifiant, amenait un conflit entre le pouvoir civil et l'armée et précipilait la chute d'Amédée.

Le corps royal de l'artillerie jouit en Espagne de privilèges exorbitants qui obligent tout gouvernement à compter avec lui. Le général Hidalgo avait participé à l'émeute militaire du 22 juin 1866 à Madrid et avait été mis à l'index par les officiers d'artillerie. Nommé capitaine-général des provinces basques. Hidalgo s'arrêta quelques jours à Vitoria et reçut la visite des autorités civiles et militaires; les artilleurs s'abstinrent de paraître à la réception. Hidalgo demanda au ministre la mise aux arrêts des officiers récalcitrants. Le ministre n'osa lui donner satisfaction sur ce point, mais le nomma peu après capitaine-général d'Andalousie. Les officiers d'artillerie démissionnèrent en masse et le ministre se trouva placé en face d'une situation inextricalde. Zorrilla voulait accepter les démissions et réformer le corps, le roi était favorable aux officiers et était décidé à changer de ministres, s'il le fallait. Le président de la Chambre, Hivero, voyait dans le renvoi de Zorrilla le commencement du règne personnel d'Amédée, et résolut de s'y opposer de toutes ses forces. Quand la question Hidalgo fut portée aux Cortès (7 février 1873), Zorrilla démontra que refuser la démission des officiers c'était proclamer que l'Espagne serait gouvernée désormais par le corps royal de rarlillerie. Les Cortès décidèrent que le corps serait reconstitué et que ses privilèges seraient supprimés.

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Le roi se senlit porsoiiiicllrniont visé par le vole des Corlès. signa le décrel. mais abdiqua presque aussitôt (il février). 11 laissait l'Espagne eu pleine guerre civile.

La République. — Auiédôc avait été renversé par une coalition où les républicains étaient en minorité; à délaut du nombre, ils eurent l'audace, la Républiijue fut proclamée. Ce n'était qu'un mot vide de sens pour 1 inimtiise majorité de la nation ; presque tout le Nord s'agitait en faveur de 1). Carlos, Barcelone était autonomiste, l'Andalousie, hostile à l'armée et au clergé, était travaillée par le socialisme; la Castille était trop ignorante et trop pauvre pour imposer la République au reste de l'Espag-ne.

Les républicains étaient divisés. Pi y Margall voulait une République fédérale, à la manière des Etats-Unis, Gastelar rêvait une République unitaire et radicale, Salmeronet Serrano une république conservatrice, Pavia, une république militaire. Incompris de la foule et mal compris de ses chefs, le nouveau régime avait dans le clergé un irréconciliable ennemi, et ne pouvait le combattre sans s'exposer à une guerre civile immédiate.

On essaya d'abord d'un ministère de concentration ; l'Espagne accepta le nouveau régime; une émeute intransigeante à Madrid fut rapidement réprimée par Pavia. Au bout de quelques semaines le cabinet de concentration avait fait place à un ministère fédéraliste, les Corlès étaient suspendues et bientôt dissoutes.

Les nouvelles Cortès furent nommées par un tiers seulement des électeurs inscrits; le président du Conseil, Figueras, se sentit débordé et [)assa à l'étranger sans même avertir ses collèo'ues. Avec Pi v Maraall les fédéralistes s'installèrent au pouvoir. Mais si quelques provinces d'Espagne sont réellement capables de se gouverner elles-mêmes, la plupart ne savent qu'obéir mollement aux ordres de ^ladrid, ou, pour mieux dire, la vie provinciale n'existe pas, la vie cantonale seule a quelque réalité. Sous le régime fédéraliste l'Espagne sémietta. Au mois de juillet Malaga, Séville, Cadix, Grenade s'érigent en petites républiques presque autonomes, les cantons. A Carlha-

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ii'ène, le député Galvez soulève la population, le général Contreras prend le commandement des forces insurgées, l'escadre cuirassée se joint aux cantonalistes et cherche à soulever Alicante, Elche, Valence. Elle n'est arrêtée que par les escadres des puissances européennes.

Placé le 7 septemhre à la tète du gouvernement, Castelar apporta à la Répuhliijue sa large intelligence, ses talents et son immense popularité. Il se proposa de rétablir les armées, de terminer la guerre civile, de réorganiser le pays, « de constituer enfin la République, quand l'expérience aurait rallié la majorité des Espagnols sur le terrain qui les divisait le moins ». Il rappela au service les officiers d'artillerie démissionnaires, donna à l'actif Pavia la capitainerie générale de Madrid, envoya ^loriones en Navarre, Martinez Campos en Catalogne, Lopez Dominguez devant Carthagène. A l'intérieur, il s'efforça de rendre à l'administration sa marche régulière. Au dehors, il réussit à terminer l'afTaire du Vùr/inius qui pouvait mettre l'Espagne aux prises avec les Etats-Unis.

Celte sage politique ne pouvait ])laire aux fédéralistes qui se promirent de renverser Castelar dès la rentrée du Parlement. Pavia essaya de décider Castelar à un cou]) d'Etat; il lui dit que sa chute « serait la mèche qui ferait partir la mine de l'anarchie ». Castelar resta résolu à obéir au vote des Cortès. Alors Pavia, « placé dans runi(|uc position en Espagne oîi il pouvait se lancer instantanément sur l'anarchie et l'étoulTer à sa naissance, sans écouter daulres voix que celle de sa conscience, et sans être mù par un autre mobile que son aftection pour sa patrie, se décida à exécuter l'acte violent du 3 janvier 1874 ».

Les Cortès s'étaient réunies le 2 janvier à deux heures de l'après-midi. Dans la nuit elles renversaient Castelar, et le 3, au matin, Pavia, qui avait fait occuper militairement Madrid, envoyait deux aides de camp prier très courtoisement les députés d'avoir à se disperser. Personne ne protesta, et après avoir songé un instant à prendre la dictature, Pavia donna le pouvoir à Serrano qui essaya de gouverner « avec la droite de la révolution ».

La situation de l'Espagne devenait de plus en plus critique.

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Le uouvornonicnt avait 8"> 000 hommes à Culja, 200 000 hommes dans la l'éninside, ill'aUait 'lO millions par mois pour empêcher les armées de mourir de faini. Le luiiiaiidag'e reparaissait. Personne ne semblait croire à l'avenir de la ié[)uhli(|ue ; tons les partis se préparaient ouvertement à l'attaquer.

Serrano essaya d'en finir avec la guerre civile, pensant (|ue le pays lui saurait gré d'avoir rétabli l'ordre. 11 réussit à débloquer Bilbao (l''"-2 mai), mais au lieu de pousser ses avantages, il revint à Madrid et accentua la politique réactionnaire à laquelle la plupart des généraux étaient attachés. Le clergé, les alphonsistes profitèrent de ces dispositions pour faire une active propagande. La mort de Goncha ('27 juin), l'abandon où le gouvernement laissait les armées indisposèrent les chefs militaires contre Serrano. En novembre, le maréchal songea à reprendre la campagne contre les carlistes, mais l'hiver était rigoureux; Serrano dut se cantonner à Logrono, et avant qu'il eût commencé les opérations, le pronunciamiento de Sagunto avait rendu la couronne au fils d'Isabelle II (28 décembre 187i).

Lia guerre civile. — La république avait eu à combattre les carlistes et les cantonalisles. Elle ne put triompher des premiers; elle vint à bout des seconds.

Dès la fin de juillet 1873 Pavia partit de Madrid avec un millier d'hommes, arriva le 23 juillet devant Gordoue, dispersa la garde nationale et occupa la ville. Le 2G, il se mit en marche sur Séville avec 3 000 hommes et 16 pièces de canon; il s'en empara le 31 après quatre jours de combat. Le 4 août, il était à Cadix, le 12 à Grenade, mais il se trouva arrêté par les hésitations de Salmeron qui n'osait pousser les choses à bout contre les cantonalisles. Pavia ne reprit sa marche surMalaga qu'après l'arrivée de Gastelar à la présidence du conseil. Le 19 sept., il était maître de la ville ; le cantonalisme était vaincu en Andalousie.

La révolte de Garthagène fut beaucoup plus difficile à dompter. Valence, tombée un moment au pouvoir des rebelles, fut reprise le 4 août. Le 18, Gontreras subit un échec au pont de Ghinchilla; les escadres anglaises s'emparèrent de deux frégates insurgées et les conduisirent à Gibraltar. Cependant rien de sérieux ne fut tenté contre Carlhaçrène avant le mois d'octobre;

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Marlinez Campos n'avait que 2 000 hommes, 7 morliers et 2 canons et ne pouvait rien entreprendre contre la place qui passait pour la plus forte de l'Espagne. Les travaux d'approche ne commencèrent qu'en novembre, les batteries n'ouvrirent le feu que le 26 novembre. Le 12 décembre, Lopez Dominguez vint prendre le commandement et imprima aux opérations un redoublement d'activité. L'incendie du vaisseau le Tetuan, l'explosion du parc d'artillerie, la capitulation du fort des Atalayas amenèrent enfin la reddition de la place, qui ouvrit ses portes le 13 janvier 1874, après avoir tiré 6 234 coups de canon et reçu 17 579 projectiles. Les insurgés les plus compromis étaient montés à bord des frégates Xuinancia et Meiulez Nuhez et s'étaient réfugiés à Oran.

Au nord, la lutte fut encore plus longue et plus acharnée, sans pouvoir être décisive. La guerre carliste fut une réédition de la « guerre des sept ans », mais s'il y eut plus d'hommes engagés, si les armes étaient plus perfectionnées, les partis semblèrent avoir perdu beaucoup de leur antique foi. Moins longue, et probablement moins sanglante, la guerre ne fut qu'un conflit d'intérêts privés et le peuple paraît avoir compris vaguement que la monarchie de D. Carlos ne différerait pas essentiellement de celle de D. Alphonse.

Au mois d'avril 1872 commença le soulèvement des Vascongades. En peu de jours 14 000 hommes furent sur pied. Le 2 mai, D. Carlos arrivait à Vera. Le 4 mai, Serrano le battait à Oroquieta et l'obligeait à repasser en France. A la fin de mai, la convention d'Amorevieta pacifiait la Biscaye. En septembre, l'armée du Nord était licenciée.

La proclamation de la république réveilla l'insurrection. Le 17 février 1873, un ancien officier de l'armée régulière, Dorrégaray, prit le commandement des forces carlistes. Le 18 mars, il s'empara de la fabrique d'armes d'Orbaiceta; au milieu d'avril, il occupa Onate et, au mois de juillet, D. Carlos reparaissait en Navarre. L'armée libérale se bornait à garder Pampelune et la ligne de l'Ebre, le général Sanchez Bregua restait cantonné à Victoria et déclarait ne pas pouvoir mobiliser plus de 6 500 hommes.

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Une brillante campagne en Biscaye amena li" jirélendanl sons les murs de IJilbao. Il ne put s'en emparer, mais celte déconvenue fut en partie réparée par la jtrise d'Estella dont il fil sa ca[)itale. A la fin de septembre, D. Carlos disposait de 22 000 bommes; Morioncs lui livra rinulile bataille de Montejurra, réussit à débloquer Tolosa et fut ramené en arrière par ordre des ministres, qui songeaient avant tout à fermer à D. Carlos la route de Madrid.

Le grand fait d'armes do l'année 1874 fut le siège de Bilbao. D. Carlos, maître d'un port, eût reçu par mer armes et renforts, et se flattait de se faire reconnaître par plusieurs puissances européennes. Dorregaray s'empara de Porlugalele, couvrit de batteries le Somorrostro et menaça Bilbao. Moriones essaya de le tourner par Miranda et Venta de Bafios; il échoua le 26 février à Fattaque du Somorrostro. Le 3 mars, Serrano prit le commandement , livra deux assauts (25-27 mars) , perdit 2 000 hommes et ne put briser les lignes carlistes. Il appela à lui le maréchal Concha, qui, le 28 avril, tourna les positions de l'ennemi. Le 1"'' mai les carlistes levèrent le siège de Bilbao, oîi Serrano et Concha entrèrent le jour suivant.

Il eût fallu poursuivre l'ennemi. Serrano rentra à Madrid, et Concha, laissé en Navarre avec des forces insufilsantes, vint se faire tuer sous les murs d'Estella (27 juin). La guerre languit pendant les derniers mois de l'année. Moriones réussit seulement à ravitailler Pampelune, et La Serna débloqua Irun. Serrano allait commencer une campagne énergique quand l'avènement d'Alphonse XII l'obligea à repasser en France.

La guerre fut encore plus décousue en Catalogne et en Valence. Là point d'armée, mais de simples bandes d'une mobilité merveilleuse, qui, tournant autour des massifs, défient la poursuite des chefs libéraux, descendent en plaine quand on les cherche dans la montagne et regagnent les hauteurs quand les généraux reparaissent dans la plaine.

En Catalogne, Savalls, Castets, Tristany organisent les bandes catalanes. Le 18 juillet 1873, Savalls s'empare d'Igualada et fait fusiller quinze prisonniers en présence de D. Alphonse de Bourbon, frère du prétendant. Au mois de février 1874,

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Trislany tombe sur Vich et la prend; au mois de mars, Olot est pris à son tour et presque toute la province de Girone est aux mains des carlistes. Au mois de juillet ils peuvent réunir 14 000 hommes. En août ils s'emparent d'Urgel.

En Valence l'insurrection commença par une série d'émeutes contre le service militaire. Le mouvement cantonaliste de l'été 1873 divisa les forces des libéraux et permit aux carlistes d'organiser les leurs. Le Maestrazgo leur servait de citadelle. De là ils s'élancèrent vers la Huerta de Valence, ou dans la plaine de Gastellon, ou sur Teruel, rançonnant les g-ros bourgs et ramenant leur butin dans la montaane.

En 1874, D. Carlos chercha à organiser son parti en Valence. Il nomma son frère D. Alphonse généralissime. Les forces carlistes montaient à 12 000 hommes et 1000 chevaux, mais aucun des chefs ne voulut enrégimenter ses soldats. Pendant six mois Santos, Vallès, Marco, Gucala tinrent en échec les forces libérales; puis, le 14 juin, U. Alphonse fut battu à Alcora par le général Monténégro et rejeté en Aragon. Il allait s'emparer de Teruel quand Pavia le força à la retraite. Perdant tout espoir d'organiser l'armée carliste en Valence, D. Alphonse se retira en Gatalogne.

Au moment où Alphonse XII fut proclamé roi, les carlistes avaient peut-être 80 000 hommes en armes de Valence à Bilbao, et les troupes nationales étaient partout réduites à la défensive.

La Restauration. — A la chute d'Amédée, les députés alphonsistes n'avaient pas pris part au vole qui établissait république. Un député républicain ajouta malignement : « La solution de ces messieurs fait ses études au collège de Sandhurst ».

Vers la fin de 1874, D. Alphonse, roi titulaire d'Espagne depuis l'abdication d'Isabelle II (25 juin 1869), adressa aux Espagnols un manifeste rédigé par Ganovas, oii il se proclamait « bon Espagnol, bon catholique et libéral ». Ce manifeste ne fit point grande sensation. C'était le moment où Serrano partait pour l'armée du Nord. Les généraux alphonsistes furent même sur le point de renoncer à toute tentative, et Ganovas, agent de D. Alphonse à Madrid, déclarait à qui voulait l'en-

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