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abaissanl ses tarifs sur certains articles pour obtenir en échange des abaissements sur les articles qu'il tenait le plus à exporter. On pouvait ainsi graduellement se rapprocher du libre-échange. Mais en 1871 Bismarck, pour empêcher la France de rompre ses relations de commerce avec l'Allemagne, avait imposé une clause par laquelle les deux nations s'engageaient à s'appliquer réciproquement les tarifs accordés à la nation la plus favorisée. Les industriels français se plaignirent de la concurrence allemande, appelant le traité de Francfort « un Sedan industriel ». Les grands industriels cotonniers et drapiers des Vosges, du Nord et de la Seine-Inférieure tirent dans la presse une campagne protectionniste et, entraînant la masse des députés des régions agricoles qui demandaient la protection pour les blés et le bétail, décidèrent la Chambre à rétablir le régime protecteur.
Les traités de commerce qui liaient la France expiraient vers 1890. La Chambre, refusant de les renouveler, adopta le régime du « tarif autonome », qui laisse chaque Etat maître d'élever ou d'abaisser à volonté les tarifs sur chaque article, et maintient les importateurs dans une incertitude permanente sur les droits de douane qu'ils auront à payer. La loi de 1892, dont Méline fut rapporteur, établissait deux tarifs : le ttirif maximum applicable à tous les articles pour lesquels le pays producteur n a pas fait une convention spéciale avec la France, le tarif minimum accordé à certains articles par convention spéciale avec le pays producteur. Le résultat fut une guerre de tarifs avec plusieurs Etats étrangers, qui obligea à accorder le tarif minimum à la plupart des grands pays.
Formation de nouveaux partis (1892-93). — Le parti conservateur ayant renoncé à la lutte ouverte, la fraction exclusivement catholique du parti changea de tactique. Elle se rallia ofliciellement à la République pour entrer dans le gouvernement cl lui faire adopter une politique favorable au clergé. Cette évolution fut soutenue par Léon XIII, qui formula ainsi sa politique (dans une entrevue privée) : « Accepter la Constitution pour modifier la législation », — ce qui voulait dire abroger les lois scolaires et la loi militaire.
Les royalistes catholiques protestèrent contre cette inter-
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venlion du l*a[)e dans une (jucstiuii do jMdili(iiii' iiitéricuro. Léon XIll |H'it ouvertement parti contre eux. L'encyclique du IG février au clergé et à tous les catlioli(iues de France leur ordonna de reconnaître la République. Elle fut confirmée par une lettre aux cardinaux français (6 mai), blâmant les conservateurs (]ui sacriliaicnt à leurs idées personnelles ou à des motifs de parti politique l'unité nécessaire de tous les caliioliqucs — et enfin par un ordre formel de se soumettre (14 juin). Suivant l'ordre de Léon XIII un groupe catholique, se détachant de la Droite, forma le parti constitutionnel, appelé aussi parti des ralliés (3 mars 181)2).
En même temps une transformation s'opérait dans les partis socialistes. Le retour des amnistiés de la Commune en 1880 avait rendu aux socialistes un personnel de direction; la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté des syndicats (depuis 188t) leur avaient donné les moyens de se recruter par la propagande.
L'ancien parti de Blanqui se reconstitua, surtout à Paris et dans le Centre, en un parti socialisle révolutionnaire, qui se proposait défaire la révolution parle prolétariat. — Il se constitua dans les grandes villes et les régions industrielles et minières du Nord et du Centre un parti socialiste formé presque uniquement d'ouvriers, qui, adoptant le programme et l'organisation du parti allemand, prit le nom de Parti ouvrier socialiste français. En 1882, après un conflit sur la tactique compliqué de rivalités personnelles, il se scinda en deux groupes ennemis. L'un, dirigé par Guesde, conserva le nom ancien , le programme collectiviste allemand, la direction centralisée dans un conseil de cinq membres et la lactique d'abstention parlementaire. — L'autre, dirigé par Brousse, la Fédération des travailleurs socialistes de France, déclarait vouloir « fractionner son but jusqu'à le rendre possible »; il admettait l'action commune avec les partis politiques pour obtenir des réformes sociales, et se constituait en fédération laissant à chaque groupe régional son autonomie. Ses adversaires le surnommèrent possibiliste. Dans la crise boulangiste le parti possibiliste seul combattit du côté des républicains, pendant que les autres se tenaient à l'écart. — En 1890 il se coupa en deux sur une question d'organisation; le
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oTos du parli resté avec Brousse {bi^oussiste) conserva le nom et la politique de la Fédération. 11 s'en détacha, avec AUemane, un parti ouvrier socialiste révolutionnaire qui, repoussant l'action commune avec les partis bourgeois, réclamait la direction par l'organe central du parti; son moyen d'action préféré était la grève générale. — Ces quatre partis fragmentés, hostiles les uns aux autres, n'avaient guère d'action que sur les élections municipales de Paris.
En 1892 la grève de Garmaux, soutenue par l'élu des ouvriers socialistes du pays, Jaurès, bientôt fameux comme orateur, donna l'occasion aux fractions socialistes de se rapprocher. En 1893 toutes les fractions socialistes, s'unissant en vue des élections, formèrent une « Ligue révolutionnaire pour l'avènement de la Hépublique sociale ».
La crise du Panama et les élections de 1893. — Après la rentrée d'octobre 1892 éclata le scandale du Panama, préparé par le parti conservateur pour aider la campagne électorale de 1893. Après la banqueroute du canal de Panama, survenue en 1888, une enquête judiciaire très lentement conduite avait révélé que la direction avait gaspillé les fonds et acheté les journaux qui menaçaient d'informer le public du mauvais état de l'entreprise. Quelques députés se trouvaient compromis, ou pour avoir participé aux bénéfices des émissions, ou pour avoir aidé la compagnie à obtenir de la Chambre en 1888 l'autorisation d'émettre des valeurs à lots (toute loterie étant interdite en France par le droit commun).
Un des organisateurs de la publicité, le baron de Reinach, mourut subitement sur le point d'être arrêté (21 nov.). L'opposition réclama une enquête. La Chambre élut une commission qui demanda la saisie des papiers de Reinach et l'autopsie du cadavre. Le ministère répondit que la commission outrepassait ses pouvoirs; l'ordre du jour pur et simple fut rejeté (par 304 voix contre 219) par une coalition de la Droite et des radicaux. Le ministère démissionna et se reconstitua, sauf deux membres, sous la présidence de Ribot, républicain modéré (6 déc). Mais les journaux conservateurs et radicaux continuaient la campagne de révélations: le ministre des finances Rouvier,
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accusé de relalioiis av(^c HciiKicli, donna sa dôniission ( I .'{ déc).
Le ministère (il ari-rlcr dali.nd dcnx adininislratcnrs du Panama, un ancien dépulé accusé de s'être laissé aclieler en 1888 pour faire un rapport favorable à rémission des valeurs à lots, |)uis fit poursuivre jdusieursdéputés et sénateurs (déc. 18'J2j. Tous les accusés furent acquittés par le jury, excepté l'ancien ministre, Baïhaut, qui avoua avoir rctMi •"iGO 000 francs.
Le scandale avait d'abord atteint les notables du parti républicain modéré; mais on y impliqua Freycinet, ministre de la Guerre, pour ses relations avec Cornélius Herz, et le ministère démissionna pour se reconstituer avec le même président (13 janv. 1893). Puis on dénonça les chefs du parti radical, Clemenceau pour ses relations avec Cornélius Ilerz, Flocjuet pour avoir en 1888 demandé aux administrateurs du Panama de comprendre les journaux radicaux dans leurs distributions à la presse.
Le résultat de celte crise fut d'écarter presque tout l'ancien personnel directeur des deux partis républicains, qui fut remplacé par une nouvelle génération. Une coalition de toutes les oppositions mit le ministère en minorité sur une question de budget, par 247 voix contre 242; la majorité consistait en 117 conservateurs, 102 radicaux, 28 boulangistes (30 mars). Un homme nouveau, Dupuy, forma un ministère de concentration où les modérés dominaient (4 avril).
Les partis conservateurs et les ralliés comptaient [)rofiler, aux élections de 1893, du scandale fait par la presse autour des noms républicains les plus connus. Cette illusion gagna même les républicains; Du})uy sembla faire des avances aux ralliés. Sa politique se tournait contre les socialistes; profitant d'une manifestation d'étudiants que les agents de police transformèrent en « émeute du quartier latin », il fît venir des troupes à Paris et ferma la Bourse du travail, qui servait de centre aux syndicats ouvriers (6 juil.). La Chambre l'approuva par 343 voix contre 149.
Les élections, faites dans un grand calme (20 août, 3 sept.), renouvelèrent la moitié de la Chambre. La Droite tombait de 170 membres à 93, y compris une trentaine de ralliés. Le parti radical montait à environ ioO. La liaue socialiste, ralliant les
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électeurs de l'ancien parti révisionniste désorganisé, faisait ])asser plus de 50 socialistes. Pour la première fois il se formait un parti socialiste parlementaire. Dans l'ensemble, c'était un déplacement général vers la gauche.
La crise anarchiste (1893-94). — Le parti républicain modéré restait encore le groupe le plus nombreux et continuait à dirio-er la politique. Il faisait élire son chef, Casimir-Perier, président de la Chambre par 295 voix contre 195 à Brisson, candidat de la Gauche. Le ministère Dupuy, disloqué par la démission de ses deux membres radicaux, donnait sa démission (25 nov.) et était remplacé par un ministère Casimir-Perier, presque tout entier modéré (1^' déc), qui annonçait quelques réformes fiscales; Dupuy était élu président de la Chambre.
La vie politique fut brusquement bouleversée par les attentats anarchistes contre les pouvoirs publics. Les anarchistes ne formaient pas un parti politique; ils s'abstenaient par principe de toute action électorale, et n'avaient ni organisation ni proo-ramme. Mais transportant la tactique des terroristes russes dans un pays de liberté, ils se servirent des explosions pour forcer l'opinion publique à réfléchir sur les vices de l'organisation sociale; c'est ce qu'ils appelaient « la propagande par le fait ». Ce moyen, essayé en province dès 1882, fut employé méthodiquement à Paris en 1892. Mais les attentats de Ravachol, puis l'explosion du restaurant où Ravachol avait été arrêté, n'étaient que des faits-divers sans portée politique. L'anarchiste Vaillant s'attaqua à la Chambre, il jeta dans la salle des séances une bombe (9 déc). Les Chambres volèrent aussitôt des lois contre les journaux et les associations anarchistes. Vaillant fut condamné à mort et exécuté (janvier 189i).
Le ministère fut mis en minorité par 265 voix contre 225 pour avoir interdit aux employés des chemins de fer de l'Etat de prendre part à un congrès de syndicats; Dupuy reconstitua un ministère de même nuance (30 mai). Mais les anarchistes continuaient la guerre. Un anarchiste italien, Caserio, assassina le Président Carnot à Lyon (2i juin).
Le candidat du parti modéré, Casimir-Perier, fut élu Président de la République par 451 voix contre 195 à Brisson, candidat
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(les radicaux, et 07 à Dujuiy. f^e niinislric Ijupuv j)résL'iila des lois d'exfoplidii (|iii inetlaicut hors du droit commun tout individu réputé anarchiste. Les socialistes et les radicaux les comballirentet demandèrent que du moins la durée en fût limitée. Dupuy refusa et, en posant la (jueslion de contiance, força les Chambres à les voter pres([ue sans modification.
Le conflit sur les lois d'exception détruisit la concentration républicaine. Les modérés commençaient d'ailleurs à réclamer un « ministère homogène », c'est-à-dire le gouvernement par une seule des fractions républicaines, plus conforme, disait-on, à la doctrine parlementaire. Mais pour réunir une majorité absolue il fallait joindre au parti répuldicain modéré une fraction de la Droite, et, pour gagner cet appoint, revenir à la « politique d'apaisement ». Le ministre de l'Instruction publique, Spuller, avait indiqué ce rapprochement, le 3 mars 1894, en parlant de « l'esprit nouveau » qui animait le gouvernement envers l'Eglise. L'élection de Gasimir-Perier acheva la rupture entre modérés et radicaux. Mais entre les deux partis se forma une masse flottante d'une centaine de députés, toujours prêts à voler avec le ministère pour éviter une crise ministérielle, mais toujours sujets à voter des mesures démocratiques pour plaire à leurs électeurs. En même temps les socialistes attaquaient personnellement Casimir-Perier dont le nom et la fortune symbolisaient le gouvernement par la bourgeoisie. Brisson fut élu président de la Chambre par 241) voix contre 213 à Méline, candidat des modérés (décembre 1894). Puis, le ministère s'étant disloqué sur le rejet d'un ordre du jour dans une question de conventions de chemin de fer, Casimir-Perier donna brusquement sa démission pour des motifs qui ne sont pas encore éclaircis (io janv. 1895).
Dans le Congrès pour l'élection présidentielle, la majorité des députés vota pour Brisson, candidat des radicaux, qui eut au premier tour 3i4 voix contre 195 au candidat des modérés Waldeck-Rousseau, et 215 à Félix Faure, ministre de la Marine. Au deuxième tour Félix Faure, que la Droite soutenait ouvertement, fut élu par 435 voix contre 363.
Le ministère Ribot (2~ janvier 1895), formé de modérés, revint à la concentration, fit voter une amnistie pour les délits
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politiques, présenta une réforme fiscale et fit même voter par la Chambre le principe de l'impôt progressif sur les héritages.
Les ministères homogènes (1895-98). — Ce ministère s'étant retiré à propos d'une enquête votée par la Chambre (28 octobre), ce fut un radical, Léon Bourgeois, qui accepta de former un cabinet de concentration; mais les modérés ayant refusé d'v entrer, il finit par former un ministère homogène radical (1" novembre 1895). De l'ancien programme radical il ne conservait qu'un article, l'impôt progressif sur le revenu; il y joignait des réformes économiques démocratiques et l'établissement de la liberté d'association, et faisait arrêter Arlon, agent secret de la société du Panama, réfugié à Londres.
Le conflit commença bientôt entre le ministère Bourgeois et le Sénat, el aboutit à deux votes de défiance du Sénat (21 février, 3 avril 1896). Mais le ministère, soutenu par la Gauche, attira à lui la masse flottante des députés du Centre, désireux surtout d'éviter une crise ministérielle, et obtint à la Chambre des votes de confiance avec des majorités de j)lus de cent voix.
Dans ce conflit entre les deux Chambres, le parti républicain acheva de se diviser. A droite, les l'épublicains modérés unis aux conservateurs formèrent un parti de conservation sociale appuyé sur la bourgeoisie, le clergé, les hauts fonctionnaires; à gauche, les républicains radicaux unis aux socialistes devinrent un parti de réforme sociale qui fit appel à la masse des ouvriers, des paysans et des petits fonctionnaires. Le parti de droite dominait dans l'Ouest et le Sud-Ouest, le parti de gauche dans l'Est, le Sud-Est el les centres industriels. Le terrain de conflit fui rinipùt progressif sur le revenu, soutenu par les socialistes et combattu par les conservateurs comme le symbole et le commencement d'une réforme dans la répartition de la propriété. La commission du budget le rejeta; le ministère parvint à en faiie voler le principe par la Chambre à quelques voix de majoril('. Pour se délivrer de l'opposition du Sénat, la Gauche réclamait aussi la revision de la Constitution, de façon à changer le mode d'élection du Sénat et à diminuer son pouvoir législatif.
Le Sénat, soutenu secrètement par le Président de la République, itrotita de ce (jue le ministère avait négligé avant les
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vacances de Pâques de lui faire voler le crédit nécessaire aux tr(3U[)es de Madagascar; il reprit ses séances avant la rentrée de la Chambre, et refusa le crédit (21 avril). Le ministère Bourgeois n'essaya pas de soulever un conflit entre le Sénat et la Chambre, oiî d'ailleurs sa majorité était précaire, et profita de l'occasion pour se retirer.
Le ministère Méline (29 avril), ministère Jiomogène formé exclusivement de modérés, et soutenu par les conservateurs, rallia la plus grande partie du Centre flottant et parvint à se constituer à la Chambre une majorité de 50 à 80 voix. Sa politique fut le maintien du statu quo. Il écarta le projet d'imjxH progressif et global sur le revenu et proposa une réforme fiscale qui aurait établi l'impôt sur « les revenus », mais qui ne put pas aboutir. Il fil voter une loi sur les Universités, une loi sur les octrois, une loi sur le crédit agricole, et, en fin de législature (en 1898), la loi préparée depuis longtemps sur les accidents du travail. L'attention du public se tourna surtout sur l'alliance franco-russe, la visite du Tsar en France (1896), la visite du Président de la République en Russie (1891).
Le ministère ne fît aucune concession législative aux conservateurs catholiques et ne prit aucune mesure contre la Gauche, pas même contre les socialistes. Mais ses adversaires de gauche l'accusèrent de favoriser secrètement en province les conservateurs. Ce fut le plus long ministère que la France ait eu en république : il dura deux ans et deux mois.
Élections de 1898 et retour à la concentration. — La Chambre élue en 1893 pour quatre ans avait prolongé la durée de son mandat de six mois, pour qu'à l'avenir l'entrée en fonctions de la Chambre commençât avant les vacances d'été. Aux élections de mai 1898, le parti ministériel essaya d'obtenir une majorité de gouvernement formée de républicains modérés et de ralliés, de façon à pouvoir se passer de l'appoint de l'Extrême droite monarchiste; le parti catholique rallié fit un grand effort. Un parti « nationaliste » se forma avec les débris du parti boulangiste ; en Algérie et en quelques endroits de France se présentèrent des candidats antisémites. Les divers groupes socialistes en général agirent de concert, et au second
Histoire générale. XU. -t
tour s'entendirent d'ordinaire avec les radicaux. La campagne contre le ministère porta surtout sur l'alliance avec la Droite et l'impôt progressif et global sur le revenu, et en quelques endroits sur la réduction du service militaire. Elle fut très ardente, jamais la proportion des votants n'avait été si forte, elle dépassa en beaucoup d'endroits les neuf dixièmes des inscrits.
Le parti ministériel au lieu d'augmenter diminua, la Droite ne gagna presque pas de sièges. La nouvelle Chambre se composa d'environ ' 100 députés de la Droite (dont 40 ralliés), "200 radicaux ou radicaux-socialistes opérant ensemble, 50 socialistes, 4oO ministériels décidés. Le reste consistait en un Centre flottant de 50 et une vingtaine de nationalistes ou d'antisémites républicains. C'était, comme en 1893, dans l'ensemble un mouvement vers la gauche.
Il n'y avait pas de majorité homogène. On le vit dès l'élection du président. Le parti républicain modéré, qui prit dès lors le nom de progressiste , entraînant la majeure partie du Centre flottant et s'alliant à la Droite et aux antisémites, fit passer son candidat, Deschanel, par 282 voix contre 278 à Brisson, candidat des Gauches coalisées. — A la première interpellation sur la politique du ministère, les progressistes, le Centre flottant et la Droite votèrent par 295 voix contre 270 un ordre du jour de confiance. Mais les Gauches et le Centre flottant votèrent par 295 voix contre 246 une addition qui exigeait une « majorité exclusivement républicaine » (14 juin). Le ministère Méline se retira le lendemain.
Les chefs du parti radical, appelés l'un après l'autre, parvinrent enfin à former le ministère Brisson (28 juin), composé presque uniquement de radicaux, qui déclara renoncer à l'impôt progressif et promit une politique de concentration républicaine; il obtint un vote de confiance par 316 voix contre 230.
Puis la vie politique fut bouleversée par l'afl'aire Dreyfus. L'agitation pour la revision du procès avait commencé en novembre 1897; mais le ministère Méline avait refusé d'exa-
1. 11 est impossible de donner des chiffres précis, beaucoup de députés ne sont inscrits dans aucun groupe et n'ont pas de couleur politique tranchée; le seul renseigneuicnl précis est foiii'iii jjar les scrutins du iijuin 1898.
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miner la question et la masse des électeurs y était demeurée iiidilTérente (sauf l'éleclion des antisémites en Algérie). Le ministre de la guerre Cavaignac, en voulant démontrer à la Chambre la culpabilité de Dreyfus par une pièce qui fut bientôt reconnue fausse, amena malgré lui le ministère à se prononcer pour la revision et à en saisir la Cour de cassation (septembre 4898). A la rentrée, le ministère Brisson, aliandonné en pleine séance de la Chambre par le général ministre de la Guerre, fut mis en minorité par un vote des progressistes, de la Droite et des nationalistes (25 octobre). Il fut remplacé par le ministère Dupuy, formé de progressistes et de quelques membres radicaux du précédent ministère, qui déclara s'appuyer sur l'union des républicains. L'élection à la présidence de la République (février 1899) du président du Sénat, Loubet, candidat des quatre groupes de Gauche de la Chambre et de la grande majorité des républicains du Sénat, par 483 voix (contre 279 données à Méline, qui n'avait pas posé sa canditure), parait avoir fortifié la politique de concentration républicaine.
BIBLIOGRAPHIE
Doetiincitts. — 1" Documents parlementaires, c'est-à-dire les Comptes rendus des débats des Chambres, et les Annexes {enqwHes, rapports, budgets, projets de loi), publiés par le Journal officiel et reproduits dans les Annales de l'Assemblée nationale (jusqu'en 1876), de la Chambre, du Sénat; — 2° journaux quotidiens et Rev^ues; on en trouvera la liste dans Schultz. Catal. méthod. des revues et journaux (1893). Pratiquement on peut souvent recourir aux annuaires, l'Année polit, de Daniel depuis 1870, l'Annual register, et le Schiilthcss' Europ. Geschichtskalender .
On a publié quelques recueils de souvenirs, surtout sur la période antérieure à 1880 : — J. Simon, Le gouvernement de M. Thiers, 1879. — H. Pessard, Mes petits papiers, 1887-1888. — Chesnelong, La campagne monarchique d'octobre ^S73, 1895. — E. Daudet, Trois mois d'hist. contempor., 1873. — Ils n'apportent guère que des détails secondaires.
Travaux. — Maxime Du Camp, Les convuhions de Paris, o vol., 1878- 1879, très conservateur et peu critique. — Lissagaray, Hist.de la Commune, édit. de 1896, partisan de la Commune. — Le travail le plus critique est Fiaux, Histoire de la guerre civile de 187 1 , 1879.
Mathieu-Bodet, Les finances françaises de IS70 à IS78, 2 vol.. 1881. — Amagat. Les finances françaises, 1889.
A. luehon, Dus Staatsrecht der franz. Republik, 1886 (coUect. Marquardsen;. — Block, Dictionn. de radmin. franc., 3'" édit. 1891.
Il n'y a en fait d'histoires d'ensemble que des œuvres de vulgarisation. La plus considérable est E. Zévort, Hist. de la 3^ République, trois séries, 1896-1898 (le t. IV, Présidence de Carnot, est annoncé:.