‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 3 sur 202 · Kil \ KIINKMKNT lU 1>.\I!TI ItKIM lil. K.AIN · texte numérisé non relu

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majorités ilans les déjiarleincnls conservalcurs ou liésiUuils. l^i campagne était menée avec les procédés de la publicité commerciale, des afiiclies en masse, des distributions de portraits et de biographies du général Boulanger, des manifestations faites par des agents embauchés. On sut plus lard (jue l'argent était fourni surtout par les royalistes, la duchesse dUzès et le comte de Paris.

Une vacance s'étant produite dans le déparlement de la Seine, Boulanger se présenta. Il eut pour lui tous les conservateurs et la plupart des électeurs radicaux, toujours prêts à voter contre le gouvernement; il fut élu par 242 000 voix, contre 165 000 au candidat de la coalition de tous les républicains (2" janv. 1889).

On crut qu'il allait le soir même marcher sur l'Elysée et renverser par la force le gouvernement : les troupes de police (gardiens de la paix, gardes républicaines) ne cachaient pas leur sympathie pour le futur dictateur. Mais Boulanger ne fit aucune tentative de coup d'État; il comptait sur les élections générales. Or son succès n'était possible qu'au scrutin de liste, oîi son nom seul pouvait faire voter pour une même liste les électeurs radicaux et les électeurs conservateurs. En montrant sa puissance il avait averti du danger ses adversaires.

Les républicains elTrayés se décidèrent à sacrifier le scrutin de liste, et le ministère présenta un projet de loi pour rétablir le scrutin uninominal. Mais il avait dès la rentrée déposé aussi un projet de revision. Lequel des deux serait discuté le premier? De cette question de priorité dépendait l'issue de la crise, car si on commençait par la revision, le désaccord entre les républicains rendrait l'entente impossible. La priorité pour la loi électorale passa à quelques voix de majorité seulement; puis la loi fut votée malgré la Droite, les révisionnistes et quelques radicaux, par 268 voix contre 222 (12 février). Elle fut complétée en juin par la loi qui interdisait les candidatures multiples.

Puis vint le débat sur la revision. Dès le début, sur une question d'ajournement, le ministère Floquet fut mis en minorité par la réunion des Droites, des révisionnistes et des républicains modérés, et se retira (15 février). Tirard forma un ministère de concentration oii dominaient les républicains modérés.

Ce ministère se débarrassa de Boulang-er en lui faisant faire

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un procès pour complot contre la sûreté de l'Etat devant le Sénat constitué en Haute Cour. Boulanger s'enfuit de France.

La loi militaire, votée dès 1884 par la Chambre, passa enfin au Sénat avec de fortes modifications que la Chambre accepta (juillet). Elle abolissait le système mixte de 1872, le volontariat, l'exemption des membres du clergé et de l'enseignement, la division du contingent en deux portions; elle établissait le service de trois ans pour tous, avec dispense de deux années pour les jeunes gens pourvus de diplômes supérieurs.

L'Exposition universelle de 1889, ouverte le o mai en commémoration de 1789, détourna l'attention de la politique; elle fut très brillante et fortifia le gouvernement. Les monarchistes et les révisionnistes essayèrent d'utiliser les élections au conseil général pour faire plébisciter sur le nom de Boulanger; on le présenta dans 80 cantons choisis exprès, il ne fut élu que dans 16.

Aux élections générales (22 sept.) la lutte s'engagea entre la coalition des républicains, soutenus secrètement par l'administration, et la coalilion des ennemis de la république parlementaire, monarchistes, catholiques, révisionnistes, soutenus ouvertement par le clergé. Le comité national révisionniste avait dressé une liste de candidats, composée en partie de monarchistes, qualifiés de « républicains ralliés » ; il demandait une « république nationale ». Le clergé attaquait les lois scolaires et la loi mililaire el. en beaucoup d'endroits, la République elle-même.

La masse des électeurs vola pour le parti qui représentait le maintien des institutions établies. La Chambre nouvelle comprit 36G républicains, 172 conservateurs, 38 révisionnistes; il y avait 282 députés nouveaux. Les révisionnistes n'avaient passé que dans la Seine et dans quelques circonscriptions éparses sur toute la France. La coalition entre monarchistes et révisionnistes se rompit. Ce fut la fin de la crise boulangisle.

Il n'en restait qu'un petit groupe de députés qui, après l'échec <les révisionnistes aux élections municipales de Paris en avril 4890 (un seul fut élu sur 80), et le suicide du général Boulanger (sept. 1891), se fondit dans les partis radicaux et socialistes.

Les ministères de concentration (1890-93). — Après les élections de 1889, la concentration républicaine resta la

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politi(jue ofliciellc de tous les luinislères. Mais le parti radical était réduit à une minorité sans force; il conservait son programme, revision, inipùl sur le revenu, séparation de rÉglise et de l'Etat, sans espoir d'en faire passer aucune partie. Le parti républicain modéré, fortifié par sa victoire sur Boulanger, avait à la Clianibre environ 250 membres et une majorité énorme au Sénat (en 1893 le Sénat élut [>résident J. Ferry, (jui mourut presque aussitôt après); il formait seul le ministère et dirigeait le gouvernement. Ayant épuisé son programme de réformes, il suivait une politique défensive : maintenir les lois scolaires et la loi militaire contre le parti catholique et laisser reposer le pays fatigué par la crise boulangiste.

La Chambre n'essaya même pas d'annuler les élections faites sous la pression du clergé, elle n'invalida que des élections de boulangistes, — qui d'ailleurs furent réélus. Ce fut l'occasion de quelques scènes violentes; puis la vie politique se réduisit à des conflits de personnes et à des incidents sans portée, condamnation du duc d'Orléans, manifestation du 1"" mai, manifeste du comte de Paris (1890), affaire de Fourmies, affaire de l'archevêque d'Aix (1891). -

Le ministère Tirard se retira à propos d'un traité de commerce avec la Turquie (mars 1890). — Le ministère Freycinet, qui déclarait s'appuyer sur toutes les fractions du parti républicain, démissionna à propos dune inlerjiellalion relative à la loi sur les associations (20 février 1892). — Mais il se reconstitua avec les mêmes membres, excepté Coustaus, sous la présidence de Loubct (21 février 1892). Cette crise fut attribuée à l'action personnelle du président Carnot, mécontent de l'influence de Constans sur le gouvernement. Le ministère Loubet, mis en minorité à propos de l'expédition au Dahomev, donna sa démission (11 juillet), mais la reprit en se bornant à remplacer le ministre de la marine Cavaignac, seul visé par le vote de la Chambre.

Le seul acte important de la Chambre élue en 1889 fut le vote des tarifs douaniers de 1892. Le système des traités de commerce, adopté par Napoléon III depuis 1860, avait établi entre la France et les principales nations des droits de douanes fixés pour une période déterminée par les traités, chaque Etat

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