Voir ci-dessiis, l. XI, p
indemnités de rachat', ils sont aussi misérables que par le passé; délivrés du joug des seigneurs, ils sont toujours sous celui du mir, de la commune, et leur liberté a peu gagné. Les nobles, de leur coté, après les quelques années d'opulence que leur a valu la liquidation hâtive des indemnités de rachat, commencent à sentir durement les conséquences économiques de la suppression du servage. La main-d'œuvre, jadis gratuite, se fait rare et coûteuse; les domaines seigneuriaux, réduits, donnent moins de revenu; le nombre des propriétés hypothéquées augmente rapidement; et la crise agricole, chaque année plus aiguë, prépare la crise générale qui battra son plein vers 1880.
De même, la réforme administrative n'a pas donné tous les résultats espérés. D'abord, elle est restée incomplète, et depuis 1866, date de l'attentat de Karakozof, nombre de mesures d'exception, soi-disant temporaires, sont venues restreindre la portée des nouvelles institutions. Là même où elles ont fonctionné sans entraves, on peut déjà s'apercevoir que toute réforme administrative non accompagnée d'un progrès des mœurs, n'est qu'un trompe-l'œil; à peine créée, l'administration Aq^ zemsli^a (conseils provinciaux) souffre des vices de l'administration qui l'avait précédée; elle a déjà ses affaires de concussion et de péculat.
Développement de l'esprit révolutionnaire. — Toutes ces désillusions ne pouvaient produire, dans Y inteUi<jence, c'està-dire dans les classes cultivées, jadis si enthousiastes des réformes, qu'une profonde méflance du gouvernement et des movens qu'il avait employés pour aboutir à de si piteux résultats. A cette méfiance vint s'ajouter, après les premiers essais de réaction, une violente irritation. Yers 1870, l'opinion s'établit qu'il n'y a plus rien à attendre de l'initiative gouvernementale; que le tsar et ses fonctionnaires ne pourront ni ne voudront se réformer eux-mêmes; qu'il faut chercher, audessous d'eux et, au besoin, contre eux, des agents de progrès [tlus énergiques. Lesquels?