‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 43 sur 202 · NICOLAS · texte numérisé non relu

NICOLAS

verneur général, d'une part, en Ire le gouverneur général et le sénat finlandais, de l'autre, se fera en russe. Le comité spécial des affaires finlandaises institué à Pélersbourg- — et qui avait déjà été aboli de "1826 à 1857 — est supprimé. Les services postaux des deux pays sont unifiés; les Finlandais obtiennent, du reste, de conserver leurs timbres particuliers. Un ordre impérial rend obligatoire, en Finlande, l'acceptation du roublepapier et de ses fractions, au cours du jour.

Toutes ces mesures ne touchaient guère à la vie intérieure de la Finlande. Leur gravité consistait surtout en ceci, qu'elles posaient la question finlandaise. La mort prématurée d'Alexandre III à Livadia, en 1894, devait laisser au gouvernement de Nicolas II le soin de prendre des mesures plus décisives.

Nicolas II ( r" novembre i8g4).

Le nouveau souverain, né le 18 mai 1868, avait vingt-six ans. Il n'était encore connu, à son avènement, que par le voyage qu'il avait fait autour de l'Asie en 1890 et en 1891, et au cours duquel il avait failli être assassiné, le 11 mai 1891, par un Japonais fanatique. Très différent physiquement de son père, dont il n'a ni la taille ni la force colossale, il était cru disposé à une politique plus douce. En réalité, à peu de chose près, le régime resta le même. Dès le jour de son avènement, le nouvel Empereur annonça à ses sujets, par proclamation, qu'il ne s'écarterait pas des principes d'Alexandre III, et le personnel gouvernemental ne fut pas renouvelé. Les changements les plus importants qui y furent apportés ne concernent que le ministère des Affaires étrangères où M. de Giers fut remplacé, après sa mort, par le prince Lobanof, puis par le comte Mouravief, et enfin, en 1900, par M. de Lamsdorf. Pour les autres ministères, les rares changements survenus, par suite de décès ou de retraite, n'ont eu aucune signification politique.

Continuation de la politique d'Alexandre III. — Le gouvernement reste donc, comme i)ar le passé, opposé à toute réforme libérale. Le zemstvo de Tver qui, dans son adresse au

nouveau souverain, avait cru pouvoir faire allusion à une transformation constitutionnelle, fut sévèrement réprimandé. D'autre part, la politique de russification resta le même. A la vérité, on y apporta quelques adoucissements, en Pologne notamment, où le général Gourko, détesté des Polonais, fut remplacé [)ar le prince Imeretinski, et dans les provinces baltiques : en revanche, elle s'accentua en Finlande,

En 4898, le gouvernement y présenta à la Diète un projet de loi militaire, d'après lequel le pays fournirait un contingent supplémentaire de 7 000 hommes, qui pourrait être appelé à faire son service en Russie. La Diète rejeta le projet. La réponse du gouvernement fut un oukaze du 3-13 février 189o, par lequel l'Empereur Grand-Duc affirma son droit de légiférer seul sur les questions intéressant à la fois l'Empire et le Grand-Duché. Sur ces questions, la Diète n'aurait plus à donner qu'un avis purement facultatif; des sénateurs finlandais, désignés par l'Empereur, devraient assister à la discussion, au Conseil de l'Empire, des projets de lois relatifs à la Finlande.

Ce nétait là qu'une bien faible garantie. Aussi comprend-on l'émotion qui s'empara du pays après la publication de l'oukaze du 15 février. En quelques jours une pétition qui en demandait l'abrogation fut revêtue de 500 000 signatures. Mais l'Empereur refusa de recevoir les délégués des pétitionnaires; les mesures de rigueur se succédèrent contre les journaux finlandais, et de nouveaux oukazes sont venus tout récemment agrandir le rôle de la langue russe, notamment dans les délibérations du Sénat. Ils ont provoqué de nombreuses démissions de sénateurs et de fonctionnaires, de sorte qu'on peut dire que si légalement l'autonomie finlandaise existe encore, prali(|uement elle est fort compromise.

Il est trop tôt encore pour apprécier, dans leur ensemble, les résultats de la politique de russification. Légitime ou non, elle ne paraît pas avoir conquis beaucoup d'àmes à l'unité russe. Sur toutes les oukraïnes, de la Finlande au Caucase, où les Arméniens, eux aussi, ont été l'objet de mesures de compression, elle a créé ou augmenté la désaffection des allogènes.

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sans accroître sensiblement ni la force matérielle, ni l'autorité morale des Russes. 11 est permis d'ospérer qu'un jour un revironiciit d'en liant mettra fin à des vexations dont l'inutilité, dans la plupart des cas, sera devenue évidente.

S'il est, en eflet, une nationalité qui n'ait pas besoin d'une protection artificielle, c'est bien la nationalité russe. D'une cin- (juanlaine de millions dïimes vers le milieu du siècle, la po[)ulation de l'Empire s'est élevée, en 1896, à 120 millions; la race dominante, la race grand-russe, représente les quatre cinquièmes de ce chiffre. A mesure que la population s'est accrue, l'activité économique s'est développée. L'ensemble de la production agricole a doublé. Le progrès des industries textiles, métallurgiques, stimulé par un svstème douanier presque prohildlif et [uir la découverte de riches gisements de fer et de charbon, dans le sud, a été prodigieux. Des usines se sont fondées partout, grâce, il est vrai, surtout à des capitaux étrang-ers. Les voies ferrées qui n'atteignaient, en 1866, qu'une longueur de 3 000 verstes, en ont maintenant près de 40 000. La dette a été convertie, la circulation métallique rétablie. Cette transformation économique, qui ne fait que commencer, assure mieux l'avenir de la nationalité russe que la politique de russification dont nous A'enons de suivi-e le développement '.

1. Pour la l)ibliograpliie lie ce chapitre, voir ci-dessous le chapitre XXIV : ■■ Les Russes en Asie ».

Histoire oênlhale. Xll.

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