‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 46 sur 202 · Voir ci-dessus, t. XI, p · texte numérisé non relu

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Le pouvoir exécutif appartenait au prince, irresponsable, assisté de ministres choisis par lui et responsables devant la Skoupchtina. Celle-ci, élue pour trois ans, partageait le pouvoir législatif avec le prince et votait le budget. Un conseil d'Etat, nommé par le prince, préparait les lois et contrôlait le budg-et. Une loi organique régla le mode d'élection des députés : tout contribuable était électeur et éligible à trente ans, s'il n'était ni fonctionnaire, ni avocat, ni professeur. Le prince nommait <lirectement un tiers des députés.

On ne demanda pas la sanction du sultan. La constitution fut « une œuvre essentiellement nationale » destinée à « fermer le cliemin pour toujours à l'immixtion de l'étranger dans les affaires intérieures de la principauté' ». Cette ferme attitude amena le sultan à reconnaître la loi successorale et l'hérédité dans la famille des Obrenovitch. Grâce à la disposition qui assurait au prince la nomination du tiers des députés, grâce à l'exclusion légale des hommes éclairés, les régents furent maîtres de l'assemblée, réduite au rôle de commission d'enregistrement, et l'application du régime parlementaire ne suscita aucune difficulté. Des mesures utiles furent prises pour développer l'enseignement primaire et secondaire. Pour aider au développement économique, on adopta le système décimal français, on créa des institutions de crédit populaire, une banque nationale, des caisses d'épargne; on établit quelques écoles d'agriculture. On codifia les lois et les ordonnances. En matière militaire, on proclama l'obligation du service pour tous et on transforma en partie l'armement de l'infanterie. Sur ce point cependant l'œuvre de la Régence fut assez imparfaite : la Serbie en devait acipiérir la [ireuve douloureuse en 1876.

Les partis. — En remettant le pouvoir à Milan, majeur le 22 août 1872, les régents se félicitaient de laisser « l'exemple d'une concorde qui n'avait pas cessé un instant de régner enlrc tous les cléments politiques et entre ceux-ci et la nation ». En fait, pendant la régence, la Serbie avait été gouvernée par le farli libéral, seul organisé à la mort de

1. Si'iialioii de la Serbie exposée par la régence princicre à S. A. S. le prince de Serbie, à l'occasion de la proclamation de sa majorité (Belgrade, 1872).

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Michel. Mais dès la pi'oiiiuli^alion de la conslitulioii il s'était formé un parti d'opposition composé des hommes instruits, écartés des affaires par la loi.

Parmi ces hommes on pouvait disting-ncr deux tendances. Les uns, sortant la plupart des écoles françaises, redoutaient l'esprit particulariste du paysan; ils savaient que la notion de l'Etat lui faisait défaut, et qu'il ne voyait guère au delà des étroits intérêts de son village. Ils jugeaient tout progrès impossible et l'existence même de la nation en péril, si l'on ne resserrait ses éléments sans cohérence dans les cadres d'une administration très complète, dirigée par un pouvoir central très puissant. Ils étaient autoritaires et partisans d'une centralisation à la française. Les autres, généralement sortis des universités suisses, entendaient au contraire restreindre l'action du pouvoir central et le soumettre au contrôle le plus étroit; véritables conservateurs, ils voulaient que l'on respectât le plus possible la tradition serbe et que l'on laissât par conséquent une large autonomie aux communes : on les a par la suite appelés les radicaux. Les premiers étaient disposés à engager de fortes dépenses pour amener la Serbie au même degré de civilisation que les vieux États européens, pour la pousser en avant, « Na-pred » : de là plus tard leur nom de Xaprednjak, traduit par progressistes. Les seconds estimaient aussi que des transformations étaient indispensables, mais ils entendaient les restreindre au strict nécessaire. Tous étaient d'accord pour combattre la constitution et tous marchèrent, groupés en un seul parti, à l'assaut du pouvoir, avec ce vague programme : la re vision.

Le règne de Milan. Constitution de 1888-1889. — Il n'y avait pas là de quoi passionner le paysan; aussi, jusqu'en 1880, l'opposition demeura-t-elle un état-major sans soldats. Le pouvoir resta aux constitutionnels, c'est-à-dire aux libéraux et à Ristitch. Milan le maintenait aux affaires parce qu'il était autoritaire, et le pays lui faisait crédit parce qu'il pratiquait une politique extérieure nettement russophile, parce qu'il poussait à la guerre sainte contre le Turc et qu'il était sur ces deux points en parfaite communion d'idées avec le peuple.

D'autre part, les g-uerres malheureuses de 1876 et de 1877, la nécessité de résister à deux invasions, détournèrent l'attention des questions de politique pure. L'acquisition de Xich au traité de Berlin, la reconnaissance par l'Europe de la complète indépendance de la Serbie, la proclamation de l'indépendance de l'Eg-lise nationale (octobre 1879) valurent à Ristitch une large popularité.

Un incident de politique extérieure vint changer du tout au tout la situation. On négociait avec l'Autriche un traité de commerce. Rislilch se refusait à subir la loi du plus fort et rappela de Vienne les négociateurs serbes (août 1880j. L'Autriche menaça la Serbie d'un blocus économique. Milan, jugeant que la Serbie succomberait fatalement, demanda sa démission à Ristitch. Brouillé dès lors avec les libéraux, il dut appeler au pouvoir l'opposition. L'un de ses chefs, Pirotchanals, forma le nouveau cabinet. LaSkoupchtina fut dissoute et les élections de décembre 1880 rendirent l'opposition maîtresse de la Chambre.

La scission entre les éléments progressistes et radicaux qui composaient l'opposition se produisit presque aussitôt. Pirotchanals avait été choisi par Milan parce qu'il était progressiste, partisan d'un pouvoir central très fort, des grandes entreprises et des grandes dépenses : pareil programme allait parfaitement aux instincts autoritaires et aux appétits d'argent du prince. Le budget passa de moins de 20 millions à plus de 40. En sept ans la dette monta de 7 millions à 312. Si l'on construisit 500 kilomètres de chemins de fer, si la principauté fut érigée en royaume (6 mars 1882), en revanche on engagea aux banques étrangères toutes les sources de revenus de la Serbie, et les charges des contribuables furent plus que quadruplées.

A cette déplorable politique financière s'ajoutait une politique extérieure contraire au sentiment national. Milan imposait à ses ministres l'entente cordiale avec l'Autriche, mortellement haie depuis qu'elle occupait la Bosnie et l'Herzégovine, Alsace- Lorraine serbes. Le mécontentement profita au parti radical, constitué en janvier 1881, puissamment organisé sur le modèle du parti socialiste allemand. Le parti réclamait une stricte économie et une large autonomie pour les communes. En 1883

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