LA SERBIE
il essaya de s'emparer du pouvoir par un soulôvcmcnl (soulèvement de Zaïlchar) impiloyablcment réprime, et suivi du désarmement complet du pays. Mais de nouvelles fautes de Milan, notamment en 1885 une guerre impie et malheureuse contre les Bulgares, permirent au parti de se reconstituer. Les scandales de la vie privée de Milan achevèrent de le perdre. Il avait épousé en 1875 une Russe, Nathalie Kechko. La reine avait su se mériter le respect et l'affection de tous. Sans motif avouable, Milan voulut divorcer. Les progressistes, dirigés par Garaschanine, l'abandonnèrent en 1887. Milan ne trouva plus pour le servir que des ambitieux comme Ristitch ou des hommes de main comme Nicolas Crislitch. En violation de toutes les lois de l'Eglise orthodoxe, le 24 octobre 1888, il prononça lui-même son divorce. Le mouvement d'opinion fut si violent que deux jours plus tard, pour faire diversion. Milan annonçait la prochaine réunion d'une constituante et la convocation immédiate d'une commission composée de représentants des trois partis, chargée de préparer une nouvelle constitution.
Les élections pour la constituante donnèrent 500 sièg-es aux radicaux, 79 aux libéraux, un siège aux progressistes. L'assemblée vota (21 décembre 1888/2 janvier 1889) une constitution qui laissait au roi, assisté d'un ministère responsable devant la Skoupchlina, le pouvoir exécutif, et donnait le pouvoir législatif et le vote du budget à une Chambre unique, élue directement par tous les contribuables, ce qui équivalait à peu près au suiîrage universel. La constitution garantissait la liberté individuelle, assurait la liberté de la presse, de réunion et d'association. Le roi ratifia la constitution, mais n'essaya pas de l'appliquer.
Abdication de Milan. Alexandre I". Coups d'État d'août 1892 et avril 1893. — Le 6 mars 1889, Milan abdiqua en faveur de son lils Alexandre P"", âgé de douze ans, et confia la régence à Ristitch et aux généraux Protitch et Belimarkovitch. Le 12 février 1892, Milan, devenu le comte de Takovo, complétait son abdication en renonçant, moyennant deux millions, à ses droits de membre de la famille royale et même à sa qualité de citoyen serbe.
Les régents, se conformant à l'esprit de la constitution, appelèrent au ministère l'un des chefs du parti radical, le général Grouitch. Les radicaux s'efforcèrent de rétablir l'ordre dans les finances et de revenir à la politique traditionnelle d'alliance avec la Russie. Le pays eut à peu près trois années de repos. Mais l'un des régents, Protitch, mourut en 1892. La Skoupchtina, en raison de sa composition, devait lui donner pour successeur un radical. Ristitch, chef des libéraux, craignant de voir ainsi sa prépondérance compromise, poussé en outre par Milan, à qui les radicaux ne voulaient plus donner d'argent, procéda au mois d'août 1892 à un coup d'Etat. 11 renvoya sans motif avoué le ministère radical où M. Pachitch avait remplacé le général Grouitch, et constitua un cabinet libéral Avakoumovitch-Ribarats. Ija Skoupchtina fut dissoute, et par la terreur les libéraux essayèrent de s'imposer au pays et de lui faire nommer une Chambre à leur dévotion. A Goralchilch on fusillait à bout portant, sans sommation, sans prétexte quelconque, des citoyens paisiblement et légalement assemblés. Les élections furent malgré tout favorables aux radicaux. Le ministère les annula en partie. On était à la veille d'une insurrection quand, le 1"/13 avril 1893, le roi, alors âgé de seize ans, para au danger en faisant arrêter au milieu d'un dîner réçrents et ministres, et en constituant, avec son ancien précepteur Dokitch, un ministère de coalition radical-progressiste. Ce coup d'Etat fut accueilli avec enthousiasme |»ar le pays.
Retour de Milan. Coup d'État de 1894. Mariage d'Alexandre I '. — Malheureusement, la néfaste inlluence de Milan ne tarda pas à se faire sentir de nouveau. Le ministère Avakoumovilcli-Ribarats avait été mis en accusation. Ribarats menaçait de verser aux débats une correspondance qui prouverait que tout avait été fait à linstigation de Milan. D'autre part les radicaux se refusaient à voter un apanage à l'ex-roi. Malgré la loi qui lui interdisait la Serbie, Milan rentra à Belgrade le 21 janvier 1894. Le ministère radical se retira. La presse entama contre Milan une campagne terrible. Le roi rétablit d'abord son père dans ses droits et prérogatives. Puis, le 21 mai 1894, par un second coup d'État, il supprimait la
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constitution de 1888-89, abolissait la liberté (1(^ la |tresse, les garanties de la liberté individuelle et remettait en vigueur la constitution de 18G1). La faiblesse des cbel's radicaux, l'absence de grand centre où la résistance pût être organisée assurèrent le succès de Milan. En 1895, on put espérer (jue la ci'ise loucbait à sa fin. Milan avait quitté la Serbie. La reine iXatlialie était revenue à Belgrade. Au mois de juillet 1895, le ministère fut confié à l'un des chefs progressistes, M. Novakovitch, unanimement et justement respecté. Des négociations furent ouvertes avec les radicaux '; un projet de constitution fut élaboré avec soin. Une intrigue de Milan, qui trompa les radicaux, fit tout échouer. M. Novakovitch se relira (octobre 1897). Milan revint et se fixa à Belgrade. Nommé généralissime, il gouverna sous le nom de son fils, avec un ministère composé de ses créatures et présidé par Vladan Georgevitch. On fit voter à la Skoupchtina, à la session de 1898, des lois draconiennes sur la presse, les associations, le régime électoral. Le droit de vote fut retiré à tout ce qui pense en Serbie, journalistes, médecins, avocats, professeurs, fonctionnaires. En juillet 1899, l'attentat du Bosniaque Knejevitz servit de prétexte à Milan pour frapper les chefs radicaux, en les impliquant dans un complot forgé par sa police et en les faisant condamner, innocents, par des juges à ses gages. La Serbie était soumise au régime du bon plaisir pour l'unique profit d'un homme, lorsque brusquement le jeune roi se ressaisit et rompit avec son père à propos de son mariage. Malgré Milan, il épousa, le 5 août 1900, une Serbe, M™" Draga Machin, ancienne dame d'honneur de la reine Nathalie. Le ministère fut renvoyé et remplacé par un ministère de coalition radical-progressiste. Tous les prisonniers politiques ont été remis en liberté, et les exilés ont pu rentrer.
Par suite de ces crises, le développement de la Serbie n'a pas été dans ces trente dernières années ce qu'il aurait dû être. Le fait est singulièrement frappant si l'on rapproche la dette bulgare et la dette serbe et si l'on compare les travaux accomplis. La dette serbe monte à plus de 409 millions et les intérêts absor-
1. Sur l'histoire des partis et notamment du parti radical, voir : Albert Malet, Le roi Milan {Revue de Paris, V novembre 1899).
bent par an près de 21 millions, presque un tiers d'un budget de 69 millions. Le service de la dette bulg-are ne nécessite pas 20 millions et le budget dépasse 84 millions. Cependant la Bulgarie a donné à ses troupes l'armement le plus moderne, tandis que, si la Serbie a acheté environ 300 pièces françaises (de Bange), son infanterie attend encore ses fusils à tir rapide. La Bulgarie a construit 993 kilomètres de chemins de fer quand la Serbie en construisait 570 kilomètres. Les lignes établies par une société française furent occupées de force en 1889 par l'Etat serbe, lequel remboursa les constructeurs après de laborieuses négociations. En dehors des chemins de fer, les créations importantes ont été, en matière administrative, l'organisation des communes en 1880; en matière d'instruction publique, la remarquable loi de 1882 (loi Novakovitch) organisant l'enseignement primaire graluit et obligatoire ; l'ensemble des lois sanitaires et d'hygiène publique, promulguées en 1881 ; enfin les lois de 1886 et de 1896 sur l'armée, qui rendent le service obligatoire pour tous les Serbes, de 21 ans à 51 ans, et permettent théoriquement de passer d'un effectif de 22 000 hommes à un effectif de 353 000 (?) hommes dont 160 000 de première lia-ne '.
IL — La Bulgarie.
La création de l'État bulgare a diminué l'importance de la Serbie dans les Balkans. Le congrès de Berlin, sur la néfaste proposition de lord Salisbury et de son chef Disraeli, lit trois morceaux de la Grande Bulgarie constituée au traité de San Stefano. La Macédoine fut replacée sous l'autorité directe du sultan; de la région comprise entre le Despoto Dagh au sud et le Balkan au nord, on forma une province autonome, la Roumélie Orientale; le pays entre le Balkan et le Danube constitua la principauté vassale de Bulgarie. La Roumélie devait avoir un
1. Pour le Monténégro, dont la vie politique se résume dans son rôle pendant la guerre de 1876-1878, voir le chapitre suivant.
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g-ouverneur chrétien, nommé pour cinq ans par la Porte avec l'assentiment de l'Europe. La Hultiarie aurait un [»rince élu [»ar la population et confirme par la Porte et les puissances. Jusqu'à l'achèvement du règlement organique, un commissaire russe administrerait la Bulgarie; mais ce régime provisoire ne pouvait durer plus de neuf mois. Pendant le même délai les Husses occuperaient la Roumélie Orientale.
Constitution de 1879. Alexandre de Battenberg. — Le général Dondoukof-Korsakof, commissaire administrateur de la Bulgarie, réunit à Tirnovo une assemhlée q-ui prépara la constitution : le texte fut volé le 16 avril d8"9. La dignité princière était héréditaire de mâle en mâle par ordre de primogéniture. Le pouvoir exécutif appartenait au prince, irresponsable, assisté de ministres responsables devant la représentation nationale, le Sohranié. Le Sobranié faisait les lois, votait le budget et contrôlait les dépenses. Les députés, âgés d'au moins trente ans, sachant lire et écrire, étaient élus pour trois ans, au suffrage universel et direct, tout Bulgare âgé de vingt et un ans étant électeur. Quand il s'agit de nommer le prince, le général Dondoukof annonça que le candidat du tsar était le prince Alexandre de Battenberg, un jeune homme de vingt-deux ans, officier prussien, neveu de la tsarine. On déféra au désir du tsar libérateur, et, le 27 août 1879, Battenberg fut élu prince à l'unanimité.
La tutelle russe. Les partis. — Les premières années de l'existence de la principauté ont été fort troublées. La faute en fut surtout aux Russes. Avant émancipé la Bulgarie, ils prétendaient la tenir en tutelle, la régenter comme un État mineur, en faire au point de vue polili(|ue une sorte de fief, au point de vue économique une colonie. Les Bulgares devaient payer en soumission le sang des soldats du tsar. La soumission, pensait-on à Pétersbourg, leur serait facile : on les jugeait en effet demi-barbares, incapables de se conduire eux-mêmes. En réalité, parmi ces barbares, beaucoup étaient assez instruits : on avait pu s'en convaincre à la constituante de Tirnovo, où Ton ne pensait trouver que des paysans mal dégrossis, et où les deux tiers des députés parlaient le français, une moitié le fran-
çais et l'allemand. En oulre, sous la domination turque, les Bulgares avaient joui, comme les Serbes, d'une assez large indépendance communale, en sorte que dans une certaine mesure ils se trouvaient préparés à la vie politique. Enfin beaucoup avaient étudié en Roumanie, en Russie, en Allemagne, en France; ils avaient même acquis des grades universitaires supérieurs. Ils entendaient jouer un rôle actif dans leur patrie rendue à la liberté, et ne pouvaient longtemps consentir à n'être que les instruments d'une volonté étrangère.
Parmi eux, comme parmi les Serbes, il existait deux tendances très différentes. Les uns, anciens étudiants de France et d'Allemagne, estimaient qu'à un peuple émancipé de la veille, rusé, enclin aux conspirations, peu soucieux de la légalité et respectueux de la force seule, il fallait pour ainsi dire doser la liberté, et qu'il convenait de le soumettre à un pouvoir central puissamment armé et qui ne pût être gêné dans l'œuvre d'organisation générale par l'instabilité du régime parlementaire. A ces autoritaires, que l'on appela les conservateurs, la constitution paraissait trop libérale. Sur ce point les conservateurs se trouvèrent au début d'accord avec le gouvernement russe et les nombreux officiers et fonctionnaires que le tsar avait cbargés de façonner la Bulgarie nouvelle. Mais l'entente fut de courte durée. L'ingérence russe déplut rapidement aux conservateurs, qui, s'ils voulaient donner des maîtres aux Bulgares, entendaient être ces maîtres. Dès 1879 ils auraient pu prendre pour devise le mot que Stamboulof prononça plus tard : « La Bulgarie aux Bulgares ». Les hommes les plus remarquables du parti étaient MM. Natchevitch, Grecof et Stoilof, venus des universités de Paris, d'Aix et de Heidelberg.
Quand les Russes découvrirent les intentions des conservateurs et comprirent qu'ils poussaient Alexandre à être un prince bulgare et non point un simple lieutenant du tsar, ils combattirent leurs alliés de la veille et cherchèrent un appui dans le parti libéral. Ce parti se composait de ceux qui avaient été en Russie, et de ceux qui au temps des Turcs avaient vécu réfugiés dans les divers Etats des Balkans. Partisans du régime parlementaire , ils réclamaient la stricte application de la
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conslilulioM. Ils jugetiiciil en outre très légitime qu'une part d'inllucnce appartînt à la Russie dans la vie poliliiiue de la principauté. Leurs chefs furent à l'origine MM. Zankof et Karavelof. Dans la suite le parti se désagréga, précisément à propos de la question de l'inlluence russe, en 1882, après la révolution de Philippopoli et la chute d'Alexandre. Beaucoup ne voulant plus alors « ni du miel, ni de l'aiguillon delà Russie' », formèrent avec Stamboulof le parti libéral national, dans lequel, en raison de la communauté de haine, A'int se fondre le parti conservateur. Le reste du parti libéral, russophile avant tout, se morcela par suite de rivalités entre MAL Zankof et Karavelof ; mais ces divisions sont sans importance politique.
Coup d'État de mai 1881. — Le prince constitua son premier cabinet avec les chefs des conservateurs, MM. Grecof et ?S^alchevitch, et le général russe Parenzof. Mais les élections donnèrent la majorité aux libéraux, qui manifestèrent immédiatement leur hostilité au ministère. Six jours après sa réunion, le Sobranié fut dissous (novembre 1879). Aux nouvelles élections 138 libéraux furent élus contre .32 conservateurs. Le prince céda et confia le pouvoir à MM. Zankof et Karavelof. Les conservateurs restaient néanmoins ses conseillers dans la coulisse. Sous leur influence le prince demanda et obtint du tsar l'autorisation de procéder à un coup d'Etat. Le 9 mai 1881, il renvoyait le cabinet Zankof-Karavelof et formait un ministère dirigé par le général russe Ernroth. La constitution était suspendue; une constituante était convoquée, et le prince annonçait qu'il lui demanderait des pouvoirs extraordinaires pour sept ans. Pour préparer les élections, il parcourut les provinces, accompagné de l'agent russe Hitrovo. Grâce à ce voyage et ii la pression administrative, on eut une Chambre en majorité conservatrice. Les chefs du parti libéral furent bien élus, mais crurent prudent de s'exiler. Seul M. Zankof osa venir siéger : il fut arrêté. L'assemblée donna au prince les pouvoirs qu'il demandait.
La Bulgarie fut alors gouvernée par les conservateurs et
1. Le mol est de M. Zankof, qui est cependant resté un • russophile » déterminé.
les généraux russes Remlingen, Sobolef et Kaulbars. Ces derniers s'efforçaient d'établir partout l'influence russe : on tenait déjà l'armée par les officiers ; on réclamait l'adoption des codes russes, des programmes d'instruction russes, et la concession de grands travaux, notamment la construction des chemins de fer, à des spéculateurs russes. Les conservateurs inquiets poussèrent le prince à ne pas céder à ces exigences. Le tsar Alexandre III, qui n'aimait pas Baltenberg, ne lui pardonna pas cette résistance, et Sobolef et Kaulbars eurent mission de préparer le renversement des conservateurs et du prince, en se rapprochant des libéraux et en rétablissant la constitution. Le projet fut éventé par M. Grecof, qui proposa à Battenberg de prendre les devants et de former un cabinet de coalition oîi les libéraux siégeraient à côté des conservateurs. L'entente se fit entre les partis sur le dos de la Russie. Le 19 septembre 1883 le prince résigna ses pouvoirs extraordinaires et remit en vio^ueur la constitution. Les sénéraux russes se retirèrent. Les libéraux ne tardèrent pas à évincer leurs collègues conservateurs et restent maîtres du pouvoir, avec M. Karavelof. On eut deux années de tranquillité relative, pendant lesquelles les rancunes russes parurent assoupies.
La Roumélie. Révolution de Philippopoli. — Mais une révolution à Philippopoli fut le point de départ d'une nouvelle et longue période de crise. Conformément au traité de Berlin, les Russes étaient restés en Roumélie jusqu'en juillet 1879. Le gouverneur de la Bulgarie profila de l'occupation pour organiser la Roumélie sur le même plan que la Bulgarie, sans tenir compte de la commission européenne constituée à cet effet : (c Cette uniformité administrative, disait-il, me paraît de la plus haute importance pour l'avenir de la Roumélie ». On ne pouvait plus clairement indiquer que le gouvernement russe espérait voir un jour annuler le traité de Berlin, en ce qui concernait la séparation de la Bulgarie et de la Roumélie. On ne pouvait pas plus nettement engager les Rouméliotes à réclamer l'union et à la préparer. Le gouverneur nommé par le sultan (avril 1879), Aleko-Pacha, d'origine bulgare, n'eut garde de combattre les « unionistes », que les divers consuls russes
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encoiirageaicnl de leur côté. Ces derniers cej>endant chang-èrenl daltitude lorsque Datlenberg- eul cessé d'èlre agréable à Pélersbourg. Ils essayèrent alors de relarder une révolution qui lui profilerait, grandirait son prestige, rendrait son renversement plus difficile. Gavril-Pacba, (jui, à la demande de la Russie, avait remplacé en 1884 Aleko-Pacba, se fit l'agent de celle politique d'atermoiement qui mécontenta les Rouméliotes. Le consul d'Angleterre exploita la situation au profit de l'influence anglaise et poussa les Rouméliotes à l'action. Dans la nuit du 17 au 18 septembre 1885, Gavril-Pacba était enlevé et chassé de Philippopoli, et les Rouméliotes proclamaient l'Union. Datlenberg fut surpris par la soudaineté de l'événement, mais il accourut et prit le litre de « Prince des deux Bulgaries ».
Guerre avec la Serbie. — Le tsar, parce qu'il craignait d'être compromis aux yeux de l'Europe, et parce qu'il délestait Ballenberg, rappela les officiers délacbés en Bulgarie et déclara aux délégations, venues pour lui demander d'approuver le fait accompli, qu'il ne ferait rien pour la Bulgarie tant qu'Alexandre la gouvernerait. En môme temps, en Serbie, Milan mobilisait l'armée (22 septembre 1885). Les relations entre Sofia et Belgrade étaient assez tendues depuis le mois de mai 1884. Milan reprochait au gouvernement bulgare de ne pas exercer une surveillance assez étroite sur les radicaux réfugiés en Bulgarie à la suite du soulèvement de Zaïtchar. L'agent serbe avait même été rappelé (juin 1884). Il parut à Milan que l'union de la Bulgarie et de la Roumélie bouleversait « l'équilibre des forces des États des Balkans * » et que la Serbie « ne pouvait rester indifférente en présence de celle perturbation ». L'armée bulgare, désorganisée par le rappel des cadres russes, se trouvait en Roumélie en prévision dune invasion turque. Ballenberg, comptant sur l'amitié de Milan, ne se méfiait de rien. Milan profita de cette confiance pour entamer une campagne qui en deux jours, disait-il, le conduirait à Sofia : il attaqua brusquement (14 novembre). Tandis qu'un corps marchait sur Widdin, le gros des forces, dirigé par Milan, franchit le défilé