‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 52 sur 202 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

L'Europe en 1871. — La guerre de 1870 et la défaite de la France ont bouleversé l'équilibre européen. Dans l'Europe centrale s'est achevée l'unité de l'Allemagne au profit de la Prusse. Il s'est ainsi créé une puissance militaire telle que l'Europe n'en avait pas connue depuis Napoléon I" et la France impériale. Elle pèse directement sur la France et sur l'xVulriche. Indirectement l'Angleterre est atteinte : au cas oii l'empire turc serait mis en péril, elle ne peut plus compter sur le concours de la France afTaiblie et tout entière appliquée à panser ses blessures. Dans l'Europe orientale la Russie a profité des conjonctures pour dénoncer les clauses du traité de Paris , qui interdisaient la mer Noire à ses flottes de guerre, et pour ressaisir toute sa liberté d'action.

Mais l'unité allemande s'est faite par la violence. Elle est le résultat de deux guerres, la conséquence de la défaite de deux Etats, l'Autriche et la France. La conduite du vainqueur a été fort différente en 1866 et en 1870, au traité de Prague et à celui de Francfort. A Francfort, la France humiliée sur les champs de bataille a été presque mortellement blessée par la paix. En lui enlevant les lignes du Rliin et des Vosges, en reportant la frontière au delà de la Moselle, au pied des côtes

de Meuse, jusqu'au seuil de la vallée de la Seine, les Allemands ont ruiné ses défenses les meilleures, mis en péril constant sa capitale. En lui prenant une partie de ses enfants, en lui arrachant contre leur volonté, malgré leurs protestations, les Alsaciens et les Lorrains, les Allemands ont violé le droit sacré, rimprescriplible droit des peuples à régler seuls leurs destinées, à disposer seuls d'eux-mêmes. Parce que le droit est violé, parce que sa sécurité est compromise, la France, pùl-elle étoufîer le cri de son amour-propre et se résigner à la défaite, ne peut en accepter les conséquences. Si elle ne se bat pas pour la revanche, elle doit combattre pour la frontière. A Francfort on a signé une trêve, mais point la paix. Bismarck n'a jamais cessé de le penser.

A Prague il avait agi d'autre façon. Le roi Guillaume voulait, après Sadowa, outre l'exclusion de l'Autriche de la Confédération germanique, la Silésie autrichienne et une bande de territoire à la frontière de Bohème. Mais alors son ministre était pénétré de cette idée que « la politique commande non pas de se demander après une victoire ce que l'on pourrait bien arracher à l'adversaire, mais de poursuivre uniquement les résultats imposés par les besoins politiques ». Il ne voulait pas que l'on fît naître chez le vaincu « une haine irréconciliable, nique les blessures qu'on lui infligerait, à lui, et à son amourpropre fassent incurables ». Il voulait au contraire « se réserver la possibilité de renouer avec l'ennemi » et tenait qu'il fallait « considérer la reprise des bons rapports avec lui comme une manœuvre qui devrait toujours être possible* ». Vainqueur de son souverain et de ses convoitises, le ministre avait obtenu que l'on ne prît pas à l'Autriche un pouce de son territoire. L'Autriche n'avait rien perdu d'essentiel à n'être plus la directrice nominale de la Confédération germanique, et l'exclusion ne froissait guère qu'un homme, le souverain. Lamourpropre du peuple n'était pas blessé : ce peuple, en énorme majorité, n'était même pas allemand; on n'avait mis ni son existence ni même ses intérêts en péril. On pouvait donc

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