‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 58 sur 202 · A son père, 2 avril · texte numérisé non relu

A son père, 2 avril

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l'efforl principal oui lieu lo 27 juin à Zimnitsa, devant Sislova, que le général Dragomirof enlevait après quatorze heures de combat, La campagne sembla dès lors devoir être foudroyante. Les Turcs, qui avaient 100 000 hommesen Bosnie et en Herzégovine, n'en avaient que 18G000 en Bulgarie : encore étaientils disséminés de Viddin à Silistrie, avec leurs réserves à Ghoumla et à Varna, sans un corps de quelque importance sur leur centre, en face du point de passage de l'armée russe.

Le 6 juillet, les Russes occupaient Biela à gauche surla Janlra; le 14, à droite, ils faisaient capituler Nicopolis: ils avaient ainsi coupé en deux tronçons l'armée turque et tenaient à l'est la ligne du Lom, à l'ouest celle de l'Osma. Dès le 1 ils étaient à Tirnovo, au pied des Balkans, la seconde ligne de défense et la plus sérieuse de l'empire ottoman. Par une pointe audacieuse Gourko, le 13 juillet, passait l'obstacle au col de Hankïoï, prenait à revers les Turcs établis à la passe de Schipka, la plus importante de la montagne, et le 17 juillet se trouvait maître des deux routes principales qui descendent en Roumélie vers Philippopoli et la vallée de la Marilza. Il y avait trois semaines que la campagne était commencée. La rapidité de ces succès stupéfiait l'Europe et causait les plus vives alarmes à l'Angleterre.

Osman-Pacha à Plevna; échecs des Russes. — Mais parmi les généraux turcs il s'en trouva un, Osman-Pacha, qui était un véritable homme de guerre. Il commandait les forces réunies autour de Yiddin. Laissant dans la place une garnison suffisante pour résister avec quelques chances de succès à une tentative de passage de l'armée roumaine, il descendit vivement le long du Danube et, le 16 juillet, il s'établissait à Plevna, en avant du Yid, à 40 kilomètres de Nicopolis, menaçant le flanc droit de l'armée russe allongée du Danube au Balkan entre l'Osma et la Jantra. La position de l'envahisseur changeait ainsi soudainement. Mehemet-Ali, avec les troupes concentrées dans le quadrilatère en arrière du Lom, le pressait à son tour sur la gauche, et par delà les Balkans accourait Suleiman- Pacha, amenant d'importants renforts tirés de Bosnie et d'Herzégovine.

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11 importait de se dégager rapidement. Le grand-duc Nicolas prescrivit l'attaque immédiate de Plevna. La tentative, faite avec des forces insuffisantes, échoua le 20 juillet. Le 30, les Russes revenaient à la charge avec des troupes plus nombreuses. Après toute une journée de furieux combats et d'efforts héroïques, ils durent se retirer, laissant 7 000 hommes sur le champ de bataille.

Les Russes ne pouvaient plus songer à avancer. Le tsar ordonna de mobiliser la Garde et quatre nouveaux corps. En même temps il pressait l'arrivée des Roumains qu'il avait jusqu'alors obstinément voulu maintenir sur la rive gauche du Danube. A la fin d'août il espérait avoir 550 000 hommes. Mais jusque-là il fallait se borner à défendre les positions acquises. Les Turcs attaquaient partout. Suleiman repoussait Gourko sur la passe de Schipka et l'y assaillait pendant cinq jours, sans interruption (21-26 août). Mehemet-Ali à gauche reprenait au tsarewitch la ligne du Lom. Adroite, Osman-Pacha sortait de Plevna et, le 31 août, à Skalevitzé, ne reculait qu'après huit attaques.

Siège et prise de Plevna. — Mais alors les Russes renforcés le suivirent sous Plevna. Ils vinrent pour la troisième fois se briser sur les nombreux ouvrages en terre dont Osman en quelques semaines avait couvert la ville. Du 7 au 13 septembre, dans une bataille de six jours, ils ne purent enlever que la redoute de Grivitza, inutile succès payé de près de 16 000 hommes. Ce nouvel échec faillit entraîner l'évacuation de la rive droite du Danube et la retraite en Roumanie pour l'hivernage. Ce fut l'avis que de Berlin l'on transmit au tsar. Mais celui-ci ne voulut pas perdre ainsi les fruits du début de la campagne. Il fut décidé que l'on entreprendrait s'il le fallait une campagne d'hiver et, puisque l'on ne pouvait enlever Plevna de vive force, on ferait un siège régulier. La direction en fut confiée au héros de Sébastopol, Tottleben. Tandis qu'il enserrait la place dans des lignes de redoutes et de tranchées et qu'après une série de travaux d'approche Skobelef enlevait (9-11 novembre) les Montagnes Vertes, l'un des nœuds du système de la défense, Gourko complétait l'investissement à grande distance, en coupant dans une série de combats acharnés et

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quotidiens, du II octobre au 2i novembre, toutes les communications entre IMcvna el Sofia, oiiMidiemet-Ali concentrait une armée de secours. Suleiman-Pacha, mis à la tète de l'armée du quadrilatère, tenta vainement une diversion dans la direction de Tirnovo : il fut arrêté le 5 el le G décembre à Yakovitsa. Osman-Pacha, dont les vivres étaient épuisés, n'ayant plus rien à attendre de l'extérieur, tenta, le 10, de s'échapper par une sortie désespérée. D'abord vainqueur, puis blessé et rejeté sur les bords du Vid, tandis que derrière lui les Russes étaient entrés dans Plevna, il fut contraint de mettre bas les armes, après l'une des plus belles défenses que puisse mentionner l'histoire.

Fin de la guerre. — Les Russes, malgré l'hiver qui commençait particulièrement rude, résolurent de poursuivre leurs avantages et de proflter du désarroi causé chez l'adversaire par la chute de Plevna.

On se mit en devoir de franchir les Balkans. Le mouvement commença sur la droite. Par un froid de 25 degrés, à travers des défilés encombrés de neige et de glace, oii l'on devait traîner à bras les canons et porter un à un les projectiles, Gourko, passant au col d'Etropol, descendit sur Sofia, écrasa l'armée turque (3 janvier 1878), et débloqua de la sorte la passe de Schipka assiégée depuis le mois d'août : 32 000 Turcs, bloqués à leur tour devant le défilé, mettaient bas les armes le 9 janvier. Le 16, Gourko entrait à Philippopoli. Les Russes débordaient de toute part par-dessus les Balkans, descendaient par tous les cols, et convergeaient vers Andrinople, où Suleiman-Pacha essayait d'organiser un nouveau camp retranché. Coupé de la place, il était rejeté dans le massif du Rhodope. Le 20 janvier, toutes les forces russes opéraient leur concentration à Andrinople. Le 31, les tètes de colonnes arrivaient à Rodosto, sur la mer de Marmara. Et partout c'était la défaite pour les Turcs; les Serbes, qui avaient repris les armes le 14 décembre, plus heureux que dans la précédente campagne, avaient enlevé Pirot et Nisch. Les Monténégrins occupaient Antivari et Dulcigno (10-19 janvier) et marchaient sur Scutari. En Arménie, Loris Melikof, arrêté en juillet 1877 à Zewin, dans sa marche sur Erzeroum, rejeté même un moment en territoire russe, avait, en novembre.

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enlevé Kars d'assaut. Il ne reslait à la Turquie qu'à subir la loi du vainqueur.

Dès la chute de Plevna,, la Turquie avait essayé de négocier et elle avait sollicité la médiation de l'Angleterre. Mais la Russie déclina cette médiation. La Turquie avait alors demandé une suspension d'armes au moment même où les Russes achevaient le passage du Balkan (9 janvier). Mais la Russie, suffisamment instruite de la duplicité turque et ne voulant pas permettre au sultan de gagner du temps, avait répondu qu'elle n'accorderait un armistice que si la Turquie souscrivait d'abord aux conditions préliminaires de paix. Et comme les négociateurs turcs, arrivés au quartier général le 19 janvier, ne se décidaient pas à signer, on les entraîna dans la marche en avant jusqu'à Andiinople. Là, le 27, il leur fut déclaré que si leur parti n'était pas pris le 31, l'armée russe marcherait immédiatement sur Constantinople. Le 31, les préliminaires étaient signés et la suspension d'armes suivait aussitôt. Un mois après, le 3 mars 1878, aux portes de Constantinople, était signée la paix de San Stéfano.

Traité de San Stéfano (3 mars 1878). — Le traité de San Stéfano stipulait l'entière indépendance du Monténégro, de la Serbie, de la Roumanie. Les deux premiers Etats recevaient des accroissements de territoire. La Roumanie, qui rétrocédaità la Russie la Bessarabie, recevait en échange la Dobroutcha. Un nouvel Etat chrétien était créé : la Bulgarie; elle formerait une principauté autonome, tributaire du sultan et comprendrait la Bulgarie propre, la Roumélie Orientale, une grande partie de la Macédoine, soit 16 000 kilomètres carrés avec 4 millions d'habitants. Le nouvel Etat s'étendait ainsi de la mer de l'Archipel à la mer Noire, coupant en deux tronçons les parties de l'empire qui demeuraient directement soumises au sultan, soit moins de la moitié de la Turquie d'Europe avant 1876. Encore dans tous les pays où les chrétiens dominaient, une série de réformes devraient-elles être appliquées, qui limiteraient l'autorité ottomane. La Bosnie et l'Herzégovine auraient un gouvernement autonome. Le règlement organique de 1868 serait scrupuleusement appliijué en Crète et son application serait

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étendue à l'Epire et à la Thessalie. Dos réformes seraient éfialement opérées en Arménie. L'indemnité de guerre était fixée à GiO millions. En payement de 440 millions le tsar acceptait les îles du Delta du Danube, plus, en Asie, Ardahan, Kars, Batoum, Bavasid, soit 35 650 hilomctres carrés de territoire arménien.

Attitude des puissances. — Le traité de San Stéfano devait réunir contre lui : l'Aniileterre, qui ne voulait pas du démembrement de la Turquie; l'Autriche, qui voulait sa [lart des dépouilles; ces deux puissances parce qu'elles ne voulaient pas d'une Grande Bulg^arie, qu'elles imaginaient devoir être une cliente fidèle, presque une vassale de la Russie. Elles se rapprochèrent donc dès qu'elles connurent par la Turquie le texte des préliminaires, et elles essayèrent d'intimider la Russie. L'Autriche mobilisa en Dalmatie et le long de la Save et du Danube. Andrassy, par une circulaire, annonça que son gouvernement « réservait sa part d'influence sur le règlement définitif des conditions de paix future ». Il demanda la réunion d'une conférence européenne à Vienne. L'Angleterre avait osé davantage : le 14 février, sa llotle avait mouillé aux îles des Princes, en vue de Gonstantinople. Mais en apprenant que le tsar ripostait par l'ordre d'occuper la ville, le gouvernement anglais, qui ne voulait pas aller jusqu'au conflit, rappela l'escadre. Il n'en était pas moins certain que la Russie allait se trouver en face d'une coalition austro-anglaise et que les puissances avaient toutes accueilli favorablement l'idée d'une conférence où seraient examinées et tranchées celles des questions qui étaient d'un intérêt général et ne concernaient pas directement les belligérants. La Russie aurait peut-être eu des velléités de résister à ces prétentions, cependant légitimes, si elle avait pensé pouvoir compter sur le concours de l'Allemagne. Mais, le 28 février, Bismarck, interpellé au Reichstag, s'était prononcé nettement pour la réunion de la conférence. Toutefois il déclara que le gouvernement n'entendait jouer « ni le rôle d'arbitre, ni celui de pédagogue en Europe », qu'il offrirait seulement ses bons services, qu'il serait F « honnête courtier », l'intermédiaire conciliant entre l'acheteur et le vendeur, travaillant à faire vivre en bonne

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intelligence Vienne et Pétersbourg. Toutefois, dans sa déclaration de neutralité, il semblait montrer encore une bienveillance particulière pour la Russie.

Il n'en parut pas moins nécessaire au tsar de hâter la conclusion du traité, de façon à mettre l'Europe en face du fait accompli. Pour essayer de détacher l'Autriche de l'Angleterre, on avait inséré dans le traité qu'elle serait appelée à régler de concert avec la Russie les différends qui pourraient s'élever entre la Porte et le Monténégro, et à étudier les modifications futures à l'organisation de la Bosnie et de l'Herzégovine. Mais ce n'était pas là de quoi satisfaire les vastes ambitions de François-Joseph, qui, chassé de l'Italie, chassé de l'Allemagne, rêvait d'une Autriche-Hongrie devenant puissance balkanique, tournant son activité vers l'Est, tendant vers Salonique et la Méditerranée. Le 12 mars, les Délégations votaient un crédit de 60 millions de florins pour compléter les armements, et Andrassy parlait de l'occupation nécessaire de la Bosnie et de l'Herzégovine. Le même jour les Anglais déclaraient qu'ils ne participeraient pas au congrès si le traité tout entier n'était soumis à son examen. Le Parlement était convoqué pour le 1" avril et le message de la reine faisait prévoir le prochain appel des réserves. La Roumanie, de son côté, protestait désespérément contre la rétrocession de la Bessarabie et préparait ses forces. La Turquie essayait de réorganiser en partie les siennes. On avait l'impression qu'une quadruple alliance se formait contre la Russie et qu'on était à la veille d'une nouvelle et gigantesque guerre. Les Russes massaient des troupes aux frontières de Serbie et de Transylvanie et se préparaient à la guerre de course en achetant aux Etats-Unis de nombreux vaisseaux. Mais la campagne de Bulgarie leur avait déjà coûté plus de 4 milliai'ds et leur crédit était presque épuisé. Aussi le tsar se décida-t-il très sagement à négocier directement avec l'Angleterre, et à la désarmer par des concessions : elles furent enregistrées par le mémorandum signé le 30 mai 1878, à Londres. La Russie sacrifiait la Grande Bulgarie et renonçait à une partie de ses conquêtes asiatiques; l'Angleterre, qui prétendait agir au nom de l'intérêt général et que guidait seulement l'intérêt personnel et le souci de sauvegarder

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la roulo de riiule, acceptait le reste du traité. Le 4 juin elle siiiiiait secrètement avec la Porte un traite par lequel elle s'engageait à défendre l'Asie turque contre toute atla(|uc de la Russie : en paiement de ses services futurs, elle se faisait donner le droit d'occuper l'île de Chypre. Ainsi nantie, elle était prête à se rendre au congrès, certaine qu'elle était d'autre part d'hêtre soutenue par l'Autriche-Hongrie, à qui elle avait promis la Bosnie et l'Herzégovine.

Le Congrès de Berlin (juin-juillet 1878). — Le congrès s'ouvrit à Berlin le 13 juin 1878. Ses séances durèrent exactement un mois : l'acte final fut signé le 13 juillet. La présidence avait été déférée à Bismarck. Les représentants du tsar, Gortchakof et Schouvalof, eurent l'amère surprise de ne plus trouver chez lui les bonnes dispositions qu'ils lui supposaient à l'égard de la Russie : rien qu'une froide et rigide impartialité, et jamais aucun appui, si ce n'est dans les questions qui intéressaient la Turquie seule, comme la question de l'indemnité de guerre. Les Turcs se déclaraient hors d'état de payer et de prendre aucun engagement financier; l'Angleterre les soutenait. Bismarck coupa court à la discussion : « La Turquie n'a pas d'engagement à prendre, dit-il; l'engagement a été pris à San Stéfano ». Mais il ne soutint pas Gortchakof, même lorsqu'à la fin des séances celui-ci demanda très sagement que le congrès déterminât les mesures à prendre pour assurer le cas échéant l'exécution de ses décisions. La proposition fut repoussée. On devait voir bientôt quelle faute avait été commise lorsqu'il s'agit de régler la question monténégrine et grecque. Tandis que les ministres anglais Disraeli et Salisbury se montraient âpres et agressifs envers la Russie, les plénipotentiaires russes firent presque constamment preuve de modération et d'un esprit conciliant. Sur un seul point on les trouva intransigeants : quand les délégués de la Roumanie, appuyés par les Anglais, vinrent protester contre la rétrocession de la Bessarabie, Gortchakof déclara que « la Russie ne saurait reculer devant cette question ». En revanche, à la surprise générale, il se rallia à la motion des Anglais lorsque ceux-ci proposèrent l'occupation de la Bosnie et de l'Herzégovine par l'Autriche-Hongrie.

Stipulations du traité de Berlin. — Les principales dispositions du traité de Berlin furent les suivantes :

La Grande Bulgarie du traité de San Stéfano fut partagée en trois tronçons. La partie macédonienne retomba simplement sous la tyrannie turque. Au sud des Balkans on constitua une Roumélie Orientale, province autonome, relevant du sultan, mais administrée par un gouverneur chrétien nommé par la Porte avec l'assentiment des puissances. Au nord des Balkans, la Bulgarie proprement dite formait une principauté vassale et tributaire du Sultan, dont le prince, élu par les Bulgares, ne pourrait appartenir à aucune des familles régnantes.

La Bosnie et l'Herzégovine demeurent partie intégrante de l'empire turc. Mais elles sont occupées et administrées par l'Autriche-Hongrie, qui peut en outre établir des garnisons et créer des roules stratégiques et commerciales dans le sandjak de Novi-Bazar. Cette dernière clause a uniquement pour objet de couper toute communication entre les deux Etats serbes, entre Belgrade et Gettigné. Le Monténégro, la Serbie, la Roumanie étaient reconnues indépendantes, sous la réserve que Fégalité religieuse, civile et politique y serait établie. Le Monténégro recevait Antivari et son littoral : sa superflcie était doublée; mais la police du port et des côtes appartenait à l'i^-utriche, et le Monténégro ne pouvait construire ni roule ni chemin de fera travers son nouveau territoire sans s'être préalablement entendu avec l'Autriche.

La Serbie recevait le district de Nisch et Pirot. — La Roumanie rétrocédait à la Russie la Bessarabie et la rive gauche du Delta du Danube. A titre de compensation et d'agrandissement, elle recevait les îles du Delta, antérieurement attribuées à la Russie, et la Dobroutcha.

Quant à la Russie, elle rentrait en possession de la Bessarabie; mais ses acquisitions en Asie se réduisaient à Kars, Ardahan, Batoum, ce dernier port devant être déclaré port franc et uni(|uement consacré au commerce.

La Grèce, en faveur de laquelle étaient intervenus les plénipotentiaires français, russes et anglais, eut la promesse d'une rectification de frontières en Thessalie et en Épire. Mais on lui

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laissait le soin Je néf^ocicr directe nient avec la Porte, les |)nissances se bornant à [)roniettre leur médiation [)our faciliter l'entente. En ce qui concernait la Crète et les provinces chrétiennes, le sultan renouvelait les eng'ag-enients pris à San Stéfano. La liberté relii;ieuse, l'égalité civile et politique étaient de nouveau promises à ses sujets par le sultan, llien n'était modilié en ce qui concernait la question des Détroits, dont le passage était toujours interdit aux vaisseaux de guerre. Le Danube était neutralisé, et la Commission européenne était maintenue. Enfin un article réservait expressément les droits acquis à la France et stipulait le maintien du stalu quo aux Lieux Saints.

Telles étaient les dispositions principales du traité de Berlin : il en est peu dans l'histoire d'aussi étranges, d'aussi iniques. Deux puissances qui n'avaient pris aucune part à la guerre, et dont l'une, l'Angleterre, l'avait rendue inévitable par ses encouragements aux Turcs, en tiraient le plus clair bénéfice. L'Angleterre occupait Chypre et s'assurait ainsi un nouveau poste dans la Méditerranée; l'Autriche-Ilongrie gagnait la Bosnie et l'Herzégovine. Parla l'équilibre dans les Balkans s'est trouvé bouleversé. L'Autriche y domine à l'ouest, comme il semblait que la Russie dût dominer à l'est avec la Bulgarie. Mais l'iVutriche était désormais plus près de la Méditerranée, même de Constantinople, que la Russie. Le peuple serbe, qui avait espéré se reconstituer en un seul corps de nation, se trouvait, contre son vœu légitime et sa volonté nettement exprimée en juillet 1876, divisé en trois groupes, entre lesquels l'Autriche se chargeait d'empêcher les communications. On était allé de même contre la volonté d'un peuple en partageant la Bulgarie en trois tronçons. En replaçant la Macédoine sous la domination du sultan, l'Europe, poussée par l'Angleterre et l'Autriche, a commis un crime de lèse-humanité. A San Stéfano la Russie s'était préoccupée d'assurer l'émancipation de tous les chrétiens; à Berlin, on n'a pris souci ni de la justice, ni de la volonté des peuples, ni même du bon sens et de l'intérêt général. L'Acte final est un monument d'égoïsme, une œuvre de jalousies, de rancunes personnelles, immorale et misérable, parce que, loin

(l'assurer la paix, il a préparé de nombreux sujets de conflit et de guerres pour l'avenir. Question bulgare, question de Macédoine, question de Bosnie et d'Herzégovine, Alsace-Lorraine balkanique, voilà le bilan de la diplomatie européenne au congrès de Berlin.

Le traité de Berlin a eu son contre-coup dans la politique générale. La Russie, dupe de l'Allemagne, a songé dès lors à trouver ailleurs un appui : les déceptions de 1878 ont préparé le rapprocbement franco-russe. Par contre, l'Autriche, grassement payée, encouragée dans sa « marche vers l'Est », devait se lier plus étroitement à l'Allemagne, et de la guerre d'Orient devait sortir l'alliance des deux empires.

BIBLIOGRAPHIE

Pour la guerre d'Orietit, voir Catalogue de la Bibliothèque du Dépôt de la Guerre. Les ouvrages principaux sont : Rustow, Der Krieg in dcr Turkc'i. 1877. — Lecomte, La guerre d'Orient en 1 876-1877 , 2 vol., 1877-1878. — Amédée Le Faure, Histoire de la guerre d'Orient, 2 vol., 1878. — Maurice Weill, La guerre d'Orient, 1878. — État-major de l'armée serbe, Guerre de la Serbie contre la Turquie, traduction fr., Paris, 1879. — Anonyme, La guerre d'Orient, par un tacticien, Paris, 4 vol., 1879-1885. — Au point de vue pittoresque : Colonel Wonlarlarsky, Souvenirs d'un officier d'ordonnance, traduction fr., Paris, 1899. — Pour le Congrès de Berlin, B°° d'Avril, Négociations relatives au traité de Berlin.

On ne trouve que de rares renseignements dans Beust, Mémoires, trad. Kohn-Abrest, 2 vol., 1888, et Bismarck, Pensées et Souvenirs.

Pour la Bosnie et Herzégovine, consulter particulièrement Ch. Yriarte, Bosnie et Herzégovine, Paris, I87G. — Spalaikovitch, La Bosnie et l'Herzégovine, Paris, 1899.

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