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tionnairos qui avaionl pu en avoir. « Je remercie Dieu, (jui, parmi tant de malheurs, a épargné à mon pays celui d'une Chambre des députés! » me disait, en 1871, un Jeune-Turc révolutionnaire, en sortant de l'Assemblée de Versailles. L'avortement du parlementarisme avait été précédé (187G) de la chute dcMidhat, qui incarnait le système des réformes par voie constitutionnelle. Dès ce moment, les révolutionnaires Jeunes-Turcs, encore excités par la crainte des panslavistes, se jetèrent à corps perdu dans le nationalisme et dans le panislamisme: il faut dire que, des deux hommes les plus admirés parmi eux, l'un, Kemal, était homme de lettres, et l'autre, Zia, n'avait jamais cessé d'être poète; on le reconnut bien aux articles des journaux du parti, et il a fallu beaucoup de bonne volonté aux personnes d'Europe qui ont pris au sérieux le « péril pan islamique » sur des fragments tronqués de la littérature romantique musulmane. Mais si cette phraséologie n'a pas soulevé le monde de l'Islam, comme l'ont cru, naïvement, quelques journalistes de là-bas et d'ici, elle a créé le parti nationaliste osmanli et désagrégé la Jeune-Turquie en nationalistes autoritaires et en libéraux. Quoi que puissent dire les personnes qui affirment qu'il n'y a pas de patriotisme en Turquie, que le patriotisme s'y confond avec la religion — ce qui est d'ailleurs un truisme, puisque seuls les musulmans, et encore pas tous, se considèrent comme Osmanlis, — il existe parfaitement, en Turquie, un patriotisme turc, chauvin, militaire, que plusieurs correspondants de journaux ont remarqué pendant la dernière guerre de Thessalie. Ce patriotisme ne se manifeste pas seulement par des démonstrations militaires; il a produit une renaissance, ou plutôt il a créé un genre d'études nouvelles dans l'empire ottoman, celles des origines nationales. Plusieurs Osmanlis sont maintenant turquisants, comme on est celtisant en France; la librairie de Vlkdam, « du Progrès », publie sous le titre à'Elser i Eslafdin, « Vestiges des ancêtres », des réimpressions ou des éditions de vieux textes turcs; le commandant Nedjib Acem, un des meilleurs écrivains et un des hommes les plus érudits de Turquie, a fait paraître une grammaire comparée des langues ouralo-altaïehnes, et la traduction, excellente d'ailleurs, du livre
d'Hérodote qui touche le sentiment national turc, du chapitre des Scythes.
En somme, bien qu'il se soit beaucoup agité dans ces derniers temps, le parti Jeune-Turc libéral n'a pas de racines profondes dans le pays.
Le tableau qu'en donne le journal séparatiste Albania est exact dans ses grandes lignes :
« Le parti Jeune-Turc se compose, comme races : 1° de Turcs conslantinopolitains; 2° de Circassiens et de Syriens, c'est-àdire d'individus appartenant à des nationalités tellement ruinées, que leurs destinées sont communes avec celles des Turcs et que leur seule chance de vie est la fusion totale avec ces derniers. — Comme intelleclualité : 1° d'un grand nombre de jeunes dandys efféminés, répandus un peu partout en Europe, surtout à Paris, portant monocle et chapeau haut de forme, redingote à la dernière mode, assez ignorants, dont l'idéal ne va pas plus haut que la création de chemins de fer et une certaine liberté de la presse, mais qui sont surtout animés de l'esprit de parade et meurent d'envie de jouer un jour, eux aussi, la grande comédie parlementaire; 2° de quelques hommes sérieux, convaincus, presque instruits, mais totalement ignorants en ce qui regarde l'histoire passée, l'état actuel, le mouvement et la force des diverses nationalités de l'empire ottoman, nationalités dont ils sentent seulement, sans songer à l'analyser, la formidable poussée.
« Quelle est la force du parti Jeune-Turc? Vous la saurez nulle, quand je vous aurai dit que le mouvement est circonscrit à Constantinople; hors de Gonstantinople, ce parti n'est représenté que par de rares individualités. Et à Constantinople même? Il est formé d'environ trois mille individus, dont une centaine seulement de militants.
« Quel est le programme du parti Jeune-Turc? Pour le moment, monarchie constitutionnelle, avec un régime modérément parlementaire; au fond, mais plus tard, le régime républicain.
« Quel est l'avenir du parti Jeune-Turc ? Le parti est un parti (ïeffendis^ il n'a pas seulement un soupçon de racine dans
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le peuple, et ce n'est pas le monocle ni la reding-ote, mais les peuples qui sont les ouvriers des révolutions ' ».
D'aulres ont accusé les libéraux turcs de compromissions anglaises franc-maçonniques; je les cite, pour la curiosité.
Ce que les nationalistes turcs appellent républicanisme, c'est la vieille doctrine plébiscitaire et théocratique pour laquelle tous les sectaires musulmans combattirent sous les Ommyades; le vieux docteur du droit politique dans l'Islam, Mawerdi, l'a mise en théorie au xn' siècle : la souveraineté réside dans VIdjmac, « consensus populi » ; c'est une hérésie de soutenir que ridjmac peut se tromper; le peuple est souverain et infaillible; il élit le khalife absolu, et si le khalife ne marche pas dans les voies du peuple et de Dieu, le peuple souverain le dépose et en nomme un autre, également absolu, également responsable devant le peuple souverain et ég'alement révocable par lui. C'est la doctrine qui a donné aux pays musulmans un mode de gouvernement qu'on a très justement appelé un despotisme tempéré par l'anarchie.
Réduit à des conspirations ayant pour but des coups de main, ou des soulèvements de province, tel était le parti des Jeunes- Turcs en 1870. La guerre néfaste et la désorganisation de la France lui ôtèrent tout espoir d'un appui venant des forces révolutionnaires françaises, sur lesquelles les plus hardis du parti, et notamment Mehemet Bey, s'étaient illusionnés un moment. La mort successive d'Ali-Pacha et de Fuad-Pacha, représentant de la politique gouvernementale et diplomatique de la Turquie, de l'entente à tout prix avec l'Europe, firent évoluer le parti; les réfugiés en France obtinrent une amnistie et rentrèrent en Turquie (1871). Le parti se scinda dès lors en deux : l'une des fractions forma le noyau d'un parti réformiste constitutionnel et gouvernemental qui se groupa autour de Midhat-Pacha, et dont les efforts aboutirent à l'essai et à l'avortement d'un régime parlementaire ; l'autre devint le parti national du panislamisme et du khalifat, de « la Turquie aux Turcs »; c'est par les ordres religieux Bektachis et Mevlevis
1. Albania, 25 avril 1897. — L'article est écrit par un musulman.
dont les Jeunes-Turcs les plus avancés, panthéistes ou libres penseurs, tels que Mehemet Bey*, s'étaient rapprochés dès 1868, que ce parti a des racines dans le peuple musulman. Pleine d'admiration pour les sciences et les méthodes occidentales, une fraction du parti nationaliste est persuadée qu'elle peut se les assimiler toute seule, et les développer d'une manière originale, sans recourir à des intermédiaires. Elle fait son drapeau de l'osmanlisme et de l'islamisme, auquel elle ne croit pas, mais à la tradition duquel elle est attachée par amour-propre patriotique, et dont elle veut se servir comme d'une force nationale; elle est musulmane par chauvinisme et par opposition à l'ingérence étrangère, ce qui ne l'empêche pas de chercher à s'assimiler les connaissances scientifiques et à adapter les littératures de l'étranger. Dans ces derniers temps, remontant, par-dessus l'islamisme, aux origines nationales, elle a commencé, dans un cercle restreint, à répandre l'idée de nationalité basée sur la race; quelques récentes publications historiques et philologiques sont inspirées de la conscience d'une unité de race ouralo-altaïenne , d'une parenté entre Magyars, Turcs, Tatares, Mongols, allant jusqu'aux Finnois d'une part, et aux Japonais de l'autre.
Réformateurs libéraux. — J'ai dit - comment se sont développées les doctrines du libre examen renouvelées des Motazélites, des libres penseurs persécutés sous les x\bbassides. Bien que la censure préventive ait empêché ces doctrines d'être publiées dans l'empire ottoman sous forme d'ouvrages originaux, elles se sont glissées, par fragments, dans une multitude de livres et d'articles de journaux et de revues; le procédé généralement adopté a consisté à les donner en citations, d'après des ouvrages écrits par les théologiens de l'Inde, qui peuvent, grâce au régime anglais, répandre librement les doctrines du néo-motazélisme. Ici, comme dans tout le mouvement des esprits dans le monde musulman, il faut tenir compte de deux facteurs qui poussent au même résultat : l'imitation incon-
1. Méhémet Bey s'est suicide en Is". Ali-Suavi a été tué dans l'échautTourée mouradhiste de 187o, à la tète des étudiants révolutionnaires. '2. Voir ci-dessus, t. XI, p. 548.
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sciente de l'Europe, et le désir de luller contre l'Europe, d'armer l'islamisme pour lui permettre de lutter à forces égales En définitive, l'islamisme cherche à devenir libéral pour se défendre contre le libéralisme, et se transforme par instinct de conservation ; c'est ce qui explique pourquoi, dans ce renouvellement des doctrines musulmanes, les principaux agents sont des docteurs de l'église musulmane, très attachés à leur religion, et tout disposés à confondre leur nationalité avec elle. Quelques extraits de livres néo-motazélites récemment publiés dans rinde donneront une idée de l'esprit nouveau qui se répand dans l'Islam.
« La stagnation actuelle de la communauté musulmane provient principalement de la notion qui s'est figée dans l'esprit de la généralité des musulmans, que le droit de se servir de son jugement critique individuel a cessé avec les premiers légistes (les quatre canonistes)... qu'un musulman, pour être regardé comme un sectateur orthodoxe de Mahomet, doit abandonner absolument son jugement aux interprétations d'hommes qui vivaient au ix" siècle, et ne pouvaient avoir aucune conception du xlx^.. L'Église et l'Etat se sont confondus; le khalife était riman, le chef temporel aussi bien que le directeur spirituel. Avec le temps, et à mesure que le despotisme pénétrait les habitudes du peuple, le patristicisme s'est emparé des esprits de toutes les classes de la société '. »
Et le même docteur conclut :
<c II est des points sur lesquels la loi {chérial) est inconciliable avec les besoins modernes de l'Islam, soit dans l'Inde, soit en Tur(|uie, et demande à être modifiée. »
Mollah Tcheragh Ali, conclut également : « La loi musulmane, le Chériat, si on peut l'appeler loi, puisqu'elle ne contient aucune loi organique, n'est, en aucune manière, incommutable ou immodifiable - ».
Littérature. Sciences. Imprimerie. — Dans son ensemble, le mouvement littéraire turc créé, avant i870, par Chinasi, Zia, Kemal, ne s'est développé qu'après 4870. Sami-