L INDE
gouvernent, ou des Ilindoustaniens, pourvu qu'ils remplissent en paix leur ventre, comme dit le proverbe persan : Donne-moi du pain, et frappe-moi la tète avec ton soulier »?
« L'Hindoustan est un pays qui depuis des centaines d'années est gouverné par des étrangers. Cependant, dans leur temps, la poussière qui s'élève aujourd'hui ne s'était pas montrée. Quoique les anciens souverains n'abandonnassent pas leurs trésors à leurs sujets, toutefois ceux-ci ne mouraient pas de faim, parce que toute la richesse du pays s'y dépensait. Des milliers de serviteurs du roi, qui n'avaient pas des centaines de mille de roupies à dépenser, étaient comme les pères et les aïeux du pays; et maintenant, au contraire, des dix millions de roupies en sont enlevées. Tant qu'on ne prendra pas la résolution de dépenser ici même toutes les roupies qui se tirent du pays, la tranquillité ne s'établira pas. »
La question se pose enlre Anglais et musulmans de l'Inde, non sous la forme de revendication politique, ni de récriminations nationales ou ethniques, mais de revendication sociale, économique; les musulmans de l'Inde se plaignent (|ue les Anglais tirent l'argent du pays pour l'emporter en Angleterre, qu'ils vivent aux dépens des Ilindoustaniens; ils sont des exploités, et les Anglais sont leurs exploiteurs.
Les classes. — La population musulmane de l'Inde contient une plus forte proportion d'habitants des villes que les groupes appartenant aux autres cultes, sauf les Parsis, bien entendu. Dans les provinces du nord-ouest, la population urbaine, comme je l'ai déjà dit, est évaluée à 7 pour 100 de celle des campagnes, et compte 25 pour 100 de musulmans. Dans les districts agricoles, sur un nombre total de 40 millions d'habitants, les musulmans sont moins de 4 500 000; mais dans les villes, où l'on compte 4 250 000 individus, près de 1500 000, un tiers, appartiennent à la confession de l'Islam. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner de voir les musulmans de l'Inde, comme toute population urbaine, rechercher des métiers urbains, et particulièrement les fonctions publiques. Gomme tous les musulmans, ils sont obligés de rester attachés à leur éducation classique orientale, de faire leurs humanités en arabe
et en persan, avant d'aborder les études occidentales'. L'enseignement de la mosquée doit précéder les leçons de l'école. Le seul objectif que poursuit le jeune Hindou est de posséder une instruction qui puisse lui ouvrir des carrières officielles ou professionelles. Mais avant que le jeune musulman ait le droit de penser à son instruction séculière, il doit habituellement consacrer plusieurs années à son éducation religieuse. Le jeune musulman entre donc à l'école plus lard que le jeune Hindou. Les années que le jeune Hindou donne à l'anglais et aux mathématiques dans une école publique, le jeune mahométan les passe dans une Madrasa, où il étudie l'arabe, la loi et la théologie de l'islam.
Malgré la nécessité d'entrer plus lard à l'école où l'on donne l'enseignement à l'occidentale, et d'apprendre d'abord sa propre langue et sa propre littérature, malgré la possibilité de se faire dans sa propre société, une silualion comme littérateur, ou comme érudit à l'orientale, le musulman de l'Inde, dans les provinces où il est groupé, se fait sa place officielle, par l'éducation occidentale. « Dans les provinces du nord-ouest, où il existe dans les écoles particulières 80 000 élèves, 28 000 de ceux-ci sont musulmans, proportion qui équivaut, par rapport à la religion de toute la population, à quatre fois plus d'élèves musulmans que d'élèves hindous. Malgré la situation désavantageuse où les place leur répugnance pour l'instruction de nos collèges, ils occupent dans les provinces du nord-ouest et d'Oudh, relativement à leur nombre total, bien plus de fonctions du gouvernement que les Hindous ^ »
Celte classe intellectuelle de musulmans s'est particulièrement recrutée depuis 1857, non plus seulement dans la population urbaine, mais dans les campagnes, parmi les petits propriétaires musulmans. En 1857, lorsqu'éclata la révolte, la majorité des taloukdars ou grands propriétaires fonciers se mit en rébellion ouverte; au moment de la répression, presque toutes les propriétés foncières furent confisquées. On ruina les petits propriétaires musulmans pour créer une classe de