‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 4)Chapitre 82 sur 202 · Voir ci-dessus, l. XI, p · texte numérisé non relu

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LE VIRrX-r.ATirnLir.ISME ET LE KELTritKAMI'F :i:}9

la perscculioii habiluelle cunlre les Polonais avail recommencé : 9 évèques, 500 j)rôlres (dont plusieurs périrent de misère ou de mort violente), 80 000 laïques furent déportés en Sibérie. Aucun (''vr(|uc russe ne }»ut se rendre au concile du Vatican. En 1872, rintervcnlion de Pie IX amena une détente; le tsar accorda une « amnistie » aux laïques, consentit à remplacer les évoques morts, mais maintint ses décrets contre le clergé.

En 18"o, Alexandre II reprit à l'égard des Grecs-Unis, ou Uniates, la cruelle politique de son père. Après avoir déporté l'évêque de Ghelm, Mgr Kalinski, et l'avoir remplacé par un homme à tout faire (jui lui prépara les voies, il ordonna d'inscrire d'office sur les registres de l'Eglise orthodoxe tout ce qui restait d'Uniates et substitua aux prêtres catholiques des popes. Le tsar rencontra dans la population ruthène une résistance énergique, dont les violences, les déportations, les supplices ne purent avoir raison. Il se passa des scènes hideuses. En 1880, cent mille chefs de famille avaient été envoyés en Sibérie; on ne laissait dans le pays que les femmes et les enfants, considérés comme plus faciles à « convertir ». A cette date, Léon XIII tenta, par deux fois, de rétablir les relations diplomatiques avec la Russie; il se heurta à l'influence hostile de M. Pobiedonostzefî, procureur général du Saint-Synode. Ce n'est qu'en 1889 que les rapports officiels furent repris. L'avènement de Xicolas II (nov. 1894) fit concevoir quelques espérances; mais, si le tsar est personnellement disposé à se montrer plus clément, le procureur général du Saint-Synode ne désarme pas. En 1898, un nouvel oukaze a reproduit contre les Uniates celui de 1875. Il contient toutefois une atténuation : les Uniates, incorporés de force dans l'Eglise orthodoxe, sont autorisés, moyennant de fastidieuses formalités, à rester catholiques en passant au rite latin, transaction qu'avaient demandée quelques Russes libéraux et une partie des Ruthènes.

A l'égard des Polonais et des autres catholiques latins, la persécution sourde continue. En 1882, un accord était intervenu entre le tsar et le pape au sujet de leurs évèques; mais depuis, un grand nombre de sièges sont restés vacants, le gouvernement russe refusant tout candidat suspect de n'être

pas assez docile. En 1896, le nouvel évèijue de Plocz, agréé cependant par le tsar, a été exilé à Odessa sans avoir pu prendre possession de son siège. Malgré tout, il reste encore huit millions de catholiques dans l'Empire russe.

//. — Etat intérieur de l Eglise.

Avènement de Léon XIII (1878). — Ce qui précède prouve comhien les rapports de l'Egiise et de lElat ont changé de nature dans le dernier tiers du xix*" siècle. Jusqu'alors les gouvernements, restés plus ou moins fidèles aux conceptions du gallicanisme et du joséphisme, s'étaient surtout elTorcés de diminuer l'aulorilé du pape sur l'Eglise afin d'aiiguienler la leur ; mais ces conceptions régaliennes n'étaient plus celles du clergé et des fidèles. Tous, maintenant, comme jadis, se tournaient vers Rome, et l'autorité pontificale, raffermie et précisée par les canons du concile du Valican, reprenait son ancien empire. De là une attitude nouvelle de la part des gouvernements; ce n'est plus le pape qu'ils combattent, c'est le catholicisme luimême. Ils ne cherchent plus à dominer l'Eglise et par elle les masses; ils cherchenl au contraire à arracher les masses à l'influence de l'Eglise, à leur inculquer des doctrines à eux. des doctrines d'Etat; en un mot, ils luttent pour substituer la culture « laïque » à la culture chrétienne : c'est ce qu'exprime bien le mot KtiJlurhampf, par lequel Yirciiow a désigné cette forme nouvelle de la persécution religieuse. L'Egiise a suivi les gouvernements dans cette évolution. Tout en maintenant, en thèse, l'union de l'Eglise et des pouvoirs publics comme formant la constitution idéale des Etats chrétiens', elle s'adresse directement aux masses, qu'elle cherclie à la fois à éclairer par ses enseignements et à soulager par ses œuvres. Trop longtemps alliée de gouvernements qui se servaient d'elle plus qu'ils ne la servaient, l'Eglise est redevenue ce qu'elle était à ses origines : démocratique et sociale.

1. Voir sur ce point l'encyclique Immortale Dei [De civitalum coiistilutione christiana), 1" novembre 1885.

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C'est avec Léon XIII que ce inouveinenl s'est iietlcinent accusé. Pie IX iHail mort le 7 fôvi-ier 1878, brisé par les angoisses uiiilti[il('s (jni avaieul assailli ses deruiers jours, après avoir ^ouverué l'Eglise trente et un ans et huit mois. Le conclave ouvert le 18 février élut à la presijue unanimité des voix, dès le troisième jour (20 février), le cardiiuil Vincent-Joacliim Pecci, qui fut couronné l<> 3 mars suivant sous le nom de Léon XIIÏ. — Le nouveau pape, né le 2 mars 1810 à Carpinetlo, avait été distingué par Grégoire XVI, qui l'avait nommé successivement délégat à Bénévent et à Pérouse, puis bientôt archevêque de Damiette et nonce à Bruxelles (1843). Le climat de la Belgique ayant altéré sa santé, Mgr Pecci sollicita son rappel. Au consistoire du 19 janvier 1846, Grég'oire XVI le nomma archevêque-évêque de Pérouse et le réserva in j)et(o comme cardinal. Mgr Pecci prit possession de son sièg'e le 26 juillet 1846, mais ne reçut effectivement la pourpre qu'en décembre 1853. En 1877, Pie IX lui avait confié la charg'e difficile de camerlingue de l'Eglise romaine. Dans ses fonctions de délégat le cardinal Pecci avait montré une g'rande énergie; dans ses fonctions diplomatiques, une grande finesse; dans ses fonctions épiscopales, une grande intelligence des temps modernes. Ses lettres pastorales sur f Église et la civil isalioji (1876-1878) avaient été fort remarquées.

Les encycliques de Léon XIII. — Sur la chaire de saint Pierre. Léon XIII ne démentit pas les espérances que son passé faisait concevoir. Par ses nombreuses encycliques, dans lesquelles il touche aux questions les plus ardues, il s'est efforcé de rappeler l'enseignement catholique tradilionnel et de le dégager des exagérations ou des atténuations qui pouvaient le compromettre. Il s'est montré véritablement « pasteur et docteur de l'Église universelle ». — Au point de vue religieux et philosophique, on peut citer les encycliques ou constitutions apostoliques A^J terni Patris (août 1879), qui détermine les rapports de la philosophie et de la foi et recommande l'étude de saint Thomas d'Aquin; Ilmnannm (jenus (avril 1884), qui condamne les doctrines et dénonce les progrès des sectes maçonniques; Providendssinius Deus (nov. 1893), sur l'étude de

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l'Ecriture sainte; Divinum illud (mai 4897), sur l'action de l'Esprit saint. — Au point de A'ue disciplinaire, il faut signaler les Lulles de 1892 et 1897, qui rétablissent l'unité dans l'ordre des Trappistes et dans l'ordre des Franciscains; les lettres de septembre 1896, qui déclarent nulles les ordinations anglicanes; la constitution Officiorum (février 1897 , qui remanie la législation de l'Index; les lettres de janvier 1899, qui condamnent la doctrine désignée sous le nom d' « américanisme ». — - Au point de vue politique, on trouve tout un cours de droit public chrétien dans les encycliques Diuturmun (juin 1881, sur l'origine et les limites du pouvoir civil; Immortelle Z^e? (novembre 188o), sur la constitution chrétienne des Eldiis ; Liùertas 2^)^3^sfa)itissimum (juin 1888), sur la liberté humaine et accessoirement sur les principales libertés publiques : liberté de conscience, liberté d'enseignement, liberté de la presse; Sapientiœ christianœ (janvier 1890), sur les principaux devoirs civiques des catholiques. A cette dernière, il faut joindre l'encyclique française « Au milieu des sollicitudes » (février 1892), et la célèbre lettre aux cardinaux français du 3 mai suivant), qui ont complété et précisé les enseignements pontificaux sur les rapports de l'Eglise et des Etats. — Au point de vue social, on peut signaler l'encyclique Arcanum i^ février 1880) sur le mariage chrétien, où le divorce se trouve de nouveau condamné dans les termes les plus énergiques, la lettre contre l'esclavage (septembre 1890), et surtout l'encycliijue Rerum novariim (mai 1891), qui traite de la condition des ouvriers.

Nous n'avons signalé jusqu'ici que les encycliques offrant un intérêt général; mais Léon XIII n'a jamais perdu de vue les intérêts particuliers des différents peuples. Fréquemment et à plusieurs reprises, s'il le faut, il adresse des conseils ou des instructions aux évêques de tel ou tel pays, pour leur indiquer le danger à prévenir, la direction à suivre, le but à atteindre. Depuis quinze ans, les évêques de France, d'Irlande, d'Allemagne, de Hongrie, de Portugal, de Bavière, du Brésil, d'Arménie, d'xVutriche, d'Italie, des Etats-Unis, des Indes, d'Espagne, de Pologne, d'Angleterre, de Belgique, du Canada, d'Ecosse, ont tour à tour reçu des lettres apostoliques appropriées aux

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besoins présents de l'Eglise dans leurs nations respeclives. — Depuis les fêtes de ses deux jubilés sacerdotal (1888) et épiscopal 1893), à l'occasion desquels Léon XIII a reçu des ambassades et des présents de tous les gouvernements, catholiques, schismatiques, hérétiijues, infidèles môme (sauf l'Italie), une préoccupation se remarque chez lui, celle de ramener à l'unité catholique les Églises dissidentes. En juin 1894, il adresse un premier appel à toutes les nations de l'univers dans l'encyclique Prœclara, bientôt suivie de la constitution Orientaiium difjnitas (novembre) qui maintient et confirme les rites orientaux, de diverses lettres relatives à l'Eglise copte ;189o-1896), d'un appel particulier au peuple anglais (1895), et enfin de l'encyclique Salis cognitum (juin 1890), qui traite ex professa, d'après l'Ecriture et les Pères, la question de l'unité de l'Eglise. Le but final est loin d'être atteint; mais certains résultats sont acquis.

Le mouvement social catholique. — Léon XIII a donné également son attention et ses encouragements à la « question sociale »; et sous ce rapport, l'encyclique Rerum novarum, signalée plus haut, est à la fois « une conclusion et une préface » (Turmann). Elle a en efîet confirmé le mouvement d'action sociale qui a commencé chez les catholiques au milieu du xix*' siècle, et lui a donné une impulsion nouvelle. — L'initiateur de ce mouvement a été le baron Guillaume-Emmanuel de Ketteler, éA^êque de Mayence de 1860 à 18"". C'est lui qui le premier a donné aux catholiques leur programme économique. Presque sur tous les points, il a devancé les enseignements de l'encyclique Rerum novarum, et Léon XIII a pu l'appeler un jour « son grand prédécesseur ». L'influence de Mgr de Ketteler a été considérable en Allemagne et a contrijjué au succès du « Centre », qu'il a longtemps inspiré. En France, les promoteurs du mouvement ont été des laïques, en tête desquels il faut placer le comte de Mun et le marquis de La Tour du Pin-Chambly, qui au lendemain de la guerre et de la Commune, dans la nuit de Noël 1871, fondèrent les Cercles catholiques cV ouvriers. Ils avaient alors « plus de dévouement que d'idées » ; mais ils ne tardèrent pas à élaborer un programme social, qu'ils développèrent dans une revue spéciale, Y Associalion catholiiiue. C'est ainsi que les

Cercles croiivriers donnèrent naissance à une école, dont les doctrines ont été en grande partie consacrées par Léon XIII. A la différence de la France, le mouvement social catholique n'eut rien de spontané en Autriche et en Suisse. Il y fut au contraire le produit d'une élahoration savante; l'étude a précédé l'action. En Autriche, le mouvement a pris, avec le haron de Yogelsang-, et a gardé, avec le parti dit des « féodaux », une allure aristocratique. En Suisse, au contraire, le docteur Decurtins lui a imprimé un caractère démocratique très prononcé. — Le mouvement social catholique n'a donc pas suivi partout la même marche et n'est pas le résultat d'un apostolat international. Un jour vint cependant où les « catholiques sociaux » des divers pays cherchèrent à s'entendre. Ils prirent d'ahord contact à Rome, puis transportèrent leur centre d'études à Fribourg en Suisse (1884). C'est là que les dilTérents problèmes économiques furent discutés et résolus conformément aux principes posés par saint Thomas d'Aquin. Les mémoires rédigés par r « Union de Fribourg » furent transmis par Mgr Mermillod à Léon XIII, qui les médita et s'en servit pour préparer l'encyclique Rerum novarum.

Depuis l'apparition de l'encyclique (mai 1891), le mouvement social a pris une grande extension, en Europe et en Amérique. Parmi les propagateurs, se trouvent à la fois des prêtres et des laïques, et la participation du clergé est ici indispensable, parce que le mouvement social catholique s'appuie, non seulement sur l'économie politique, mais aussi sur la morale et la théologie traditionnelle; il plonge par ses racines au cœur du moven âge et répudie la plupart des doctrines sociales adoptées par l'ancien régime et la Révolution. L'encyclique Rerum novarum a fait l'unité sur les points fondamentaux, qu'il est facile d'indiquer en quelques mots : — 1" en ce qui concerne la propriété privée, elle en reconnaît la légitimité et repousse nettement sur ce point le socialisme collectiviste; mais elle n'admet pas qu'on puisse en abuser sans profit pour la société et se sépare alors de l'école économique « libérale » ; — 2° fidèle à la doctrine canonique sur l'usure, elle en condamne les formes nouvelles désignées sous le nom générique

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de capitalisme; — 3" à l'égard du régime du travail, elle n'admet pas, contrairement à l'école « libérale », qu'il soit uniquement soumis à la loi de l'otTre et de la demande; elle considère que le travailleur, étant un homme et non une machine, a des droits que le contrat de travail doit absolument respecter, et notamment : droit à la vie, ce qui oblige celui qui lui prend tout son temps à lui donner un salaire suffisant; droit à la sauveg-arde de sa santé, au maintien de son foyer, à l'accomplissement de ses devoirs religieux, ce qui implique une certaine réglementation du travail. Les moyens préconisés par l'encyclique pour aboutir à ce résultat sont : la restauration des mœurs chrétiennes chez les patrons et chez les ouvriers, l'organisation professionnelle par les associations libres, et subsidiairement, à titre exceptionnel, l'intervention des pouvoirs publics et une entente internationale entre les différents Étals. — Ces principes généraux posés par l'encyclique Rerum novamm sont aujourd'hui admis par tous les catholiques sociaux. Depuis que la déclaration d'infaillibilité a « rassuré leur orthodoxie », ils obéissent en effet plus volontiers aux directions pontificales en matière politique et économique, certains qu'ils sont que les erreurs que le pape pourrait commettre à cet égard n'entameront « ni la foi, ni les mœurs ».

Les missions catholiques. — Tel est chez les nations de civilisation européenne l'aspect nouveau présenté par l'Eglise catholique à la fin du xix'' siècle; mais le mouvement social qui se développe en Europe et en Amérique ne contrarie pas, loin de là, son mouvement d'expansion dans les pavs de missions. Il s'est même fondé de nouvelles congrégations pratiquant l'apostolat sous celle double forme : par exemple en France les Assomptionnistes , institués en 1850 par le P. d'Alzon, approuvés par Pie IX en 18G7, et en Italie les Salésiens, établis par Dom Bosco en I80", approuvés par Pie IX en 1874, etc. — L'activité des nouveaux et des anciens missionnaires est telle, qu'ici encore, comme dans la période précédente, nous sommes obligé de nous borner à des indications sommaires.

Dans le Levant, quelques difficultés s'étaient produites après 1870. Une partie des Arméniens -unis avaient refusé

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d'admettre le patriarche nommé par Pie IX, Mgr Hassoun, et en avaient élu un autre, Msr Kupelian. que la Porte se hâta de reconnaître. Mgr Kupelian se soumit en 1879; mais le schisme ne prit fin qu'en 1888. — Le patriarche chaldéen de Babylone, Mg-r Audou, était de même entré en conflit avec Pie IX au concile du Vatican, et, de retour en Orient, a^ait rompu l'union : elle a été rétablie en 18~". — L'épiscopat syrien a tenu en 1888 un concile au séminaire de Charfet, sur le Liban. — En Perse, le siège d'Ispahan a été rétabli en 1874.

En 1884, l'organisation religieuse de l'Afrique du Nord a été complétée par le rétablissement du siège primalial de Carthage, dont le premier titulaire a été le cardinal Lavigerie (7 1892). — En 1879, les Pères Blancs de Mgr Lavigerie donnèrent une impulsion nouvelle à l'évangélisation de l'Afrique australe. Ils y possèdent aujourd'hui six vicariats apostoliques. — A Madagascar, oîi plus que jamais catholique est synonyme de Français et protestant synonyme d'Anglais, la reine Ranavalo II avait profilé de la guerre avec la France pour expulser tous les missionnaires (1883). Ils reprirent leur ministère après la prise de Tananarive par le général Duchesne (1886). En 1896, sous le gouvernement de M. Laroche, les protestants anglais suscitèrent contre eux une persécution qui coûta la vie au P. Berthieu et amena l'incendie de 115 églises ou chapelles. Mais l'arrivée du général Gallieni et l'exil de la reine permirent aux missionnaires de réparer rapidement leurs pertes. Le mouvement de conversions devint tel qu'à l'unique vicariat apostolique confié aux Jésuites, Léon XIII en ajouta coup sur coup deux autres, l'un au sud pour les Lazaristes (1896), l'antre au nord pour les Pères du Saint-Esprit (1898).

Dans les Indes-Orientales, à la suite d'un arrano-ement conclu avec le Portugal, Léon XIII, en décembre 1886, remplaça les vicariats et les préfectures apostoliques par une hiérarchie canonique, comprenant huit provinces ecclésiastiques : Goa (qui resta le siège patriarcal), Agra, Bombay, Verapoly, Calcutta, Madras, Pondichéry, Colombo. En 1893, il prescrivit l'institution de séminaires pour former un clergé indigène. — En Extrême-Orient, en dépit dune persécution violente qui fit

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3.') 000 viclimos dans les deux vicariats Je la CochiiK'hiue sej»lentrionale cl orientale (18S5-1886), de grands résultats ont été atteints. L'Indo-Chinc entière comprend aujourd'hui un diocèse et 13 vicariats a|)Osl()liques, avec 700 000 catlioli(]ues. En Chine, oii l'hostilité sourde des mandarins amenait de temps à autre des massacres de missionnaires, les g-ouvernements européens ont fini par s'émouvoir. En 18U8, Guillaume II a occupé la baie de Kiao-Tchéou en réparation de la mort de deux missionnaires allemands. La même année — à la suite du meurtre de deux prêtres français des Missions étrangères, MM. Mazel et Berthollet — , le représentant de la France à Pékin adressa au Tsong-li-Yamen des représentations énergiques. Grâce à l'influence que Tévèque lazariste de Pékin, Mgr Favier, a su acquérir à la cour, elles aboutirent à un résultat inespéré. Le 15 mars 1899, un décret impérial a reconnu officiellement la religion catholique en Chine, et attribué aux évêques le rang de vice-rois. !Mais l'espoir que ce décret a pu faire concevoir n'aura pas été de longue durée. De nouveaux massacres de missionnaires et de chrétiens viennent d'avoir lieu; la plupart des missions sont détruites, et tout est remis en question (se[>lembre 1900). — Au Japon, après une persécution qui n'a pris fin qu'en 1873, la liberté religieuse a été accordée. Moins de vingt ans après, Léon XIII a pu rétablir la hiérarchie : en 1891, la ville impériale de Tokio a été érigée en métropole avec trois sièges sufîragants.

En Océanie, les missions ont continué à se développer. Les Pères du Sacré-Cœur d'Issoudun se sont établis en 1885 dans la Mélanésie, où deux vicariats apostoliques leur sont attribués (Nouvelle-Guinée et Xouvelle-Poméranie). En 1888, ils ont été ég-alement chargés du vicariat des îles Gilbert, où le protestantisme avait été introduit en 1857 par des ministres américains et où n'existait encore qu'une cinquantaine de catholiques; en 1898, il y en avait dix mille. — En 1887, des capucins espagnols ont entre])ris d'évangéliser les îles Carolines. — Les Pères Maristes possèdent maintenant quatre vicariats : Océanie centrale, Nouvelle-Calédonie, archipel des Navigateurs, îles Fidji. — En Nouvelle-Zélande, un quatrième diocèse a été

créé en 1887 par Léon XIII, qui a érigé en même temps le siège de Wellington en siège métropolitain. — Il faut mettre à part l'Australasie, où existe aujourd'hui (1900) 21 sièges épiscopaux répartis en six provinces, avec le siège de Sidney comme siège primatial. L'Eglise en Australie est séparée de l'État et jouit de la plus complète liberté.

Il en est de même aux Etats-Unis, où la hiérarchie comprend aujourd'hui 14 archevêques et 78 évêques, avec 11 000 prêtres, 14 000 églises ou chapelles, 10 millions de fidèles. Un nouveau concile plénier a été tenu en 1884 à Baltimore, sous la présidence du cardinal Gibbons, primat. En 1889, le même prélat a réuni au même lieu un double congrès d'évêques et de laïques pour fêter le centenaire de l'Eglise aux Etats-Unis, et a inauguré à cette occasion l'Université catholique de Washington. On compte aux États-Unis environ 30 000 conversions au catholicisme par an. — Dans le reste du continent, la situation ne change guère. Les sociétés secrètes cl principalement la francmaçonnerie y luttent toujours contre l'Église. En 1873, elles ont suscité une persécution au Mexique, où l'Eglise compte 21 évêchés : les religieux ont été emprisonnés, les religieuses expulsées, et l'Église complètement séparée de l'État, qui se déclare neutre entre les différents cultes. En 1872, les religieux ont été chassés de même des Républiques de l'Amérique centrale. Dans l'Amérique du Sud, après la présidence catholique de Garcia Moreno, assassiné en 1875, l'Equateur a été par deux fois agité par une persécution sanglante; en 1899, une loi dite du Patronal a soumis l'Église à l'État. La Colombie, au contraire, a conclu un concordat avec Léon XIII (1887j, et se félicite « de jouir de l'unité de foi ».

///. — Les cultes non catholiques.

Le protestantisme en Allemagne. — Dans la période qui nous occupe, le morcellement du protestantisme s'est encore accentué; mais nous continuerons pour la clarté de l'exposi-

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