CHAPITRE XYII
De 1870 à nos jours.
L'enseignement scientifique. — Dans les désastres de 1870, la France prit conscience de l'abaissement de niveau intellectuel dont elle était menacée par suite des défauts de son système d'enseignement. Tous furent unanimes sur le but à atteindre, et les crédits ne furent pas chicanés pour le développement de l'instruction générale du pays.
L'effort commença dès la première heure et fut continué avec une louable persévérance. Mais si l'enseignement primaire subit une réforme profonde, dont les résultats définitifs ne pourront être appréciés qu'à la longue, si l'enseignement supérieur reçut des dotations et des encouragements qui relevèrent ses établissements à la hauteur des Universités étrangères, s'il acquit la liberté et, un peu tard, l'autonomie qui lui avaient fait défaut jusque-là, on n'aboutit point, pour le degré intermédiaire,, à une solution satisfaisante. Sur la nécessité de réformes, tout le monde était d'accord; sur la nature de ces réformes, les opinions les plus contraires se firent équilibre; il en résulta des compromis bâtards, sujets à de perpétuels remaniements, des combinaisons incohérentes, incapables du moindre avenir. Jusqu'à présent, au reste, les changements du système sont restés
1. Ce cliapitre a été rédigé avec la collaboration de M. Lucien Poincaré pour le» sciences physiques et chimiques, et de M. Houssay pour les sciences Ijiologiques.
superficiels et l'on a reculé devant les principales difficultés, celles que créent, d'une part la centralisation universitaire dans un organisme où la liberté est une indispensable condition du progrès, de l'autre l'indépendance acquise par les établissements que dirige le clergé, indépendance qui n'assure pas davantage la liberté dont nous voulons parler; la concurrence, dans ces conditions, n'aboutit qu'à TatTaiblissement des études, et le résultat le plus clair en est la scission, à tous les degrés, de la classe instruite en deux camps qui n'ont ni le3 mêmes habitudes intellectuelles, ni les mômes lectures, et qui, s'ils ne sont pas hostiles, restent au moins étrangers l'un à l'autre. Malgré l'incontestable largeur d'esprit de nombre de savants catholiques, cette division se fait sentir même dans le domaine scientifique, et elle diminue sensiblement la puissance du pays.
A l'étranger, les questions qui s'agitent à propos de l'enseignement scientifique n'ont pas, comme nous l'avons déjà remarqué', la même acuité qu'en France; cependant il ifest guère de contrée où l'on ne sente la nécessité de le constituer de plus en plus fortement, fût-ce aux dépens de l'enseignement littéraire, ce qui naturellement ne va pas sans résistances.
Mais le fait le plus saillant dans l'histoire de l'enseignement scientifique pendant les trente dernières années de ce siècle sera peut-être, aux yeux de la postérité, l'entrée définitive en ligne des Universités des Etats-Unis. Longtemps les Américains n'avaient guère paru s'attacher qu'à l'enseignement technique; depuis la guerre de Sécession, un très remarquable mouvement intellectuel les a conduits à imiter les institutions européennes dans le domaine scientifique, à s'intéresser à la théorie pure, à se donner le luxe d'une classe savante qui puisse rivaliser avec celle de l'ancien monde. Libres de traditions gênantes, ayant par eux-mêmes une tendance marquée (peut-être même trop) pour l'originalilé, ils débutent, tout compte fait, assez heureusement pour pouvoir espérer le plus brillant avenir.
Les sciences mathématiques. — La difficulté, toujours déplus en plus grande, de diriger l'enseignement secondaire de