CHAPITRE m
/. — Le gouvernement des Guise.
François n : les Guise et les Bourbons. — François, âgé de quinze ans, était, quoique légalement majeur, trop faible d'esprit pour gouverner. Il abandonna les affaires aux Guise, oncles de la reine Marie Sluart. Le duc François eut le commandement des armées; le cardinal eut Tadministration et les finances. En réalité, celui-ci dirigea tout. « Il est pape et roi », écrivait le Florentin Ricasoli.
Les Réformés, croyant aux dispositions bienveillantes du nouveau roi, se montrèrent d'abord des sujets très obéissants. Réunis, pour la première fois, en Assemblée générale à Paris, ils publièrent une profession de foi où ils affirmaient que la soumission absolue était due au roi ; mais, de même que Calvin avait excepté le cas où la foi est en jeu, ils avaient ajouté cette restriction grosse de conséquences : « Pourvu que Tempire souverain de Dieu demeure en son entier ». Le Synode adressa à François II une pétition pour demander la grâce des accusés. Anne du Bourg, traduit en jugement, se défendit avec élo-
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quence, condamna les révoltes de quelque nature qu'elles fussent, ne contestant pas que le roi dût châtier les hérétiques, mais niant que les suppliciés du dernier règne eussent été coupables d'hérésie. Le président Minard, défavorable à Tinculpé, ayant été assassiné, ce meurtre décida du sort de du Bourg; il fut exécuté en place de Grève, le 23 décembre 1559- Celte exécution fut suivie de plusieurs autres. Les réformés comprirent qu'ils n'avaient aucune indulgence à attendre. Le cardinal de Lorraine n'avait-il pas été, sous Henri II, le principal instigateur des mesures de rigueur? Les calvinistes n'étaient plus seulement, comme à l'origine, des artisans, des gens du peuple. Dès la fin du règne précédent, nombre de seigneurs, mus par la foi ou l'intérêt, séduits par l'exemple de la noblesse allemande qui s'enrichissait au moyen de sécularisations et contre-balançait la puissance impériale, avaient adhéré aux nouvelles doctrines. La secte devenait ainsi un parti, pourvu d'une force militaire. Il lui fallait une occasion pour jouer un rôle politique; l'opposition des « malcontents » la lui fournit. Les Guise, arrivés au pouvoir par la volonté de la reine, entreprirent de s'y maintenir, en se faisant des créatures à la cour, dans le Conseil et dans le royaume. Ils attirèrent a eux la reine mère, Catherine de Médicis, éloignèrent le prince de Condé, rebutèrent le connétable de Montmorency, distribuèrent à leur gré, les offices, les bénéfices, les places, et, par la corruption ou les séductions, rangèrent à leur dévotion tous ceux qui pouvaient leur être utiles. Mais lorsque les capitaines, licenciés depuis la paix, se présentèrent à la cour pour demander de l'argent ou des brevets de service, ils furent brutalement éconduits par le cardinal de Lorraine, qui fit dresser une potence à l'entrée du château de Fontainebleau. Repousses et rejetés dans une oisiveté inaccoutumée, ces cadets de famille regagnèrent en maugréant leurs provinces, et s'aigrirent mutuellement par la confidence des outrages subis. Pauvres, ils commencèrent à convoiter les riches domaines ecclésiastiques, et joignirent leurs doléances à celles des Réformés. Le Tiers Etal, ému du désordre financier et administratif, dénonçait la tyrannie des Guise, et répétait que leur dessein était de réduire peu à peu
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le peuple en captivité. La faveur de ces étrangers, de ces Lorrains, paraissait un outrage aux droits des Bourbons, « sires des fleurs de lys ». Réformés et « malcontents » se trouvèrent ainsi ligués contre les favoris de François IL « Il y avait, dit Régnier de la Planche, deux sortes de huguenots : les huguenots de religion, pour ne pouvoir supporter la rigueur et la cruauté exercées à rencontre d'eux, et les huguenots d'Etat pour ne pouvoir plus comporter l'usurpation faite par les Guise de l'autorité, n'appartenant à autres qu'aux seuls princes du sang. »
Depuis la disgrâce du connétable et la confiscation de ses biens par François I*% la maison de Bourbon vivait effacée, à demi ruinée. L'ainé, Antoine de Bourbon, gouverneur de Guyenne, Aunis, Saintonge, Angoumois et Poitou, s'occupait avant tout de son royaume de Navarre, qu'il tenait de son mariage avec Jeanne d'Albret. Il avait espéré que Philippe II lui restituerait la Basse-Navarre, conquise autrefois par Ferdinand le Catholique, et il avait éprouvé un violent dépit en apprenant que le traité de 1559 ne faisait aucune mention de ses droits. Ce mécontentement dut contribuer à lui faire goûter les doctrines calvinistes. Il ouvrit son royaume aux prédicateurs de Genève, donna asile aux prolestants de France, pratiqua ouvertement leur culte et se mit en rapport avec les réformés d'Allemagne. Sa nouvelle foi religieuse, et sa qualité de premier prince du sang le désignaient comme chef naturel de l'opposition contre les Guise. La reine d'Angleterre Elisabeth lui proposait son alliance. De toutes parts, il était sollicité de revendiquer ses droits, de s'emparer de la lieutenance du royaume et d'accorder aux Réformés la pacification. Il se décida enfin et se mit en route vers la cour avec une escorte de gentilshommes.
Son frère, le prince Louis P' de Condé, avait épousé Eléonorc de Roye, parente des Montmorency et des Chàtillon, et s'était ainsi rapproché du connétable et de Coligny. Malgré ses grands services militaires, il avait été tenu à l'écart par Henri II. A vingt ans il n'était encore que gentilhomme de la chambre et capitaine d'hommes d'armes. Il ne put obtenir la direction de la cavalerie et dut se contenter du grade de colonel-général de
rinfanlerie. Admis pour la forme au Conseil royal, sous François II, il protesta contre l'omnipotence des Guise. Ceux-ci Técarlèrent en le chargeant d*une mission diplomatique aux Pays-Bas et refusèrent de lui céder le gouvernement de la Picardie auquel Coligny avait renoncé en sa faveur. Condé, revenu de son ambassade, vint au-devant du roi de Navarre et le rencontra à Vendôme.
Coligny, le cardinal de Châtillon, plusieurs gentilshommes et quelques ministres protestants s'y trouvèrent en même temps (août 1559). On délibéra sur la situation et sur le parti à prendre. Il fut décidé qu'il fallait délivrer le roi de l'oppression des Guise, réclamer pour Antoine de Bourbon une place dans les Conseils, pour Condé un rang suffisamment honorable, la rentrée en grâce des offlciers destitués, et enfin la tolérance pour les Réformés. Condé, d'Andelot, le vidame de Chartres proposèrent d'en appeler aux armes, mais Coligny fit prévaloir les moyens de conciliation. On arrêta que le roi de Navarre irait à la cour et qu'il tâcherait de s'entendre avec Catherine de Médicis.
En apprenant les conférences de Vendôme et l'arrivée du chef de la maison de Bourbon, les Guise emmenèrent le roi au château de Vincennes, comme pour mettre la famille royale à l'abri d'une surprise. L'accueil glacial fait au premier prince du sang dut l'éclairer sur les dispositions peu bienveillantes de la cour. François II attendit deux jours avant de le recevoir. Catherine lui conseilla simplement de renoncer à ses projets. Antoine de Bourbon n'avait pas assez de fermeté et d'esprit de suite pour persévérer; il oublia ses résolutions, ses promesses, et trahit même la confiance de ses coreligionnaires au point d'affirmer son orthodoxie catholique. Vainement son frère Condé, plus ambitieux, et plus hardi, le pressait d'agir. Il temporisa, consulta les membres du Parlement sur la convocation des Etats généraux; mais, quand il sut que les Guise tenaient les magistrats par la menace, et que Philippe II traitait les mécontents de mutins et s'offrait à les combattre, il jugea que décidément l'entreprise était trop périlleuse. La proposition qui lui fut faite de conduire en Espagne la jeune reine Elisabeth de Valois vint à propos le soustraire aux dédains de la cour et aux
reproches de ses amis. Il entrevit de plus, dans cette mission, le moyen d'approcher du roi d'Espagne et de lui présenter sc& revendications au sujet de la Navarre; mais il éprouva une nouvelle déconvenue : Philippe II refusa de le recevoir.
Le roi de Navarre avait montré son incapacité comme chef de l'opposition : mais ses partisans ne se découragèrent pas. Dès le mois de septembre, la conspiration contre les Guise fui résolue. Les Réformés, hésitant encore à déserter les voies légales, consultèrent les théologiens et les juristes français et allemands. Ceux-ci autorisèrent l'emploi de la force, à condition que ce fût pour servir le roi et que l'entreprise fût conduite par un prince du sang. Calvin blâma officiellement leur dessein; toutefois ses instructions habituelles n'étaient pas de nature à les en détourner. Condé était résolu à tout oser. Au mois d'octobre, une nouvelle conférence eut lieu à La Ferté. Coligny penchait encore pour les moyens pacifiques et croyait à Teffîcacité des négociations; mais Condé voulait la guerre. Il s'agissait de renvoyer les Guise, au besoin par la force, de convoquer les Etats généraux et d'assurer le triomphe commun de la maison de Bourbon et de la cause protestante. Condé accepta la direction du complot, mais prudemment il resta dans l'ombre. Il fut le « chef muet >. Le roi de Navarre contribua, sans doute, de son argent. L'organisateur fut un gentilhomme périgourdin, Jean du Barry, seigneur de La Renaudie.
Conjuration d'Ambolse. — Cet aventurier passa succès sivement à Genève, à Paris, en Angleterre, en Normandie, en Bretagne, en Guyenne, recrutant des capitaines, recevant des engagements, sans révéler toutefois le but de son entreprise. Quand tout fut prêt, il dressa le plan de la conspiration; une première réunion eut lieu à Lyon, au mois de janvier 1560^ entre douze initiés. Le l'*" février, une assemblée secrète fut tenue à Nantes, chez d'Andelot, muni des pouvoirs de Condé; on nomma un conseil de direction, composé de dix conseillers et de trente capitaines. Les chefs se partagèrent les provinces et procédèrent à la levée des troupes. Les conjurés, au nombre de quatre ou cinq cents, devaient envahir le château de Blois, et présenter au roi leurs griefs. S'ils n'obtenaient pas satisfaction,.
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ils déposeraient François II et s'empareraient des Guise, qui seraient exilés ou mis à mort. L'exécution du complot était fixée au 6 mars. Le plan ainsi arrêté, La Renaudie se rendit à Paris et s'entendit avec Condé sur les dernières dispositions.
Tandis que La Renaudie et ses compagnons se résolvaient à attaquer Blois, la cour, ne se doutant de rien, quittait cette ville pour se rendre à Amboise. Le 12 février, le cardinal de Lorraine fut mis en défiance par un avis venu d'Allemagne. L'ambassadeur d'Espagne, Chantonay, communiqua quelques indices. Enfin le secrétaire du duc de Guise révéla la conspiration : il tenait le secret de l'avocat Pierre des Avenelles, chez qui logeait La Renaudie. La connaissance subite d'un danger imprévu, immédiat et encore mystérieux, causa à la cour une véritable terreur. Le château d'Amboise fut mis en état de défense. Le cardinal revêtit une cotte de maille, et pendant deux jours et deux nuits on fit le guet. Le duc avait donné ordre d'arrêter tous les gens d'armes qui se dirigeraient vers Amboise. Coligny fut mandé à la cour ainsi que le cardinal de Chàlillon. Catherine de Médicis les fit appeler au Conseil et leur demanda leur avis. L'amiral expliqua le mécontentement de ses coreligionnaires par les persécutions et proposa qu'on fit un édit qui les rassurât. Le cardinal s'y résigna. L'édit du 2 mars ordonnait la cessation des poursuites et promettait une amnistie générale, dont les prédicants et les conspirateurs étaient exceptés.
Le projet des conjurés devenu impossible, puisque le roi n'était plus à Blois, un nouveau plan fut combiné. La Renaudie dut rejoindre, le 16 mars, au château de Noizay près de Tours, les chefs, le baron de Casteinau et Mazères; et le lendemain on se porterait sur Amboise. Pendant ce temps, la grande armée des coalisés s'acheminait vers la vallée de la Loire. C'était une cohue de gens d'armes et de pied venus de toutes les provinces de France, de Suisse, d'Allemagne, de Savoie, d'Ecosse et d'Angleterre. Tous avaient été abondamment soldés et bien équipés, mais la direction manquait, La Renaudie, depuis l'échec de sa première tentative, n'ayant confié a personne ses nouveaux desseins. Aussi s'avançaienl-ils au hasard, en désordre, par bandes de vingt-cinq à cinquante hommes.
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Les Guise ne tardèrent pas à avoir connaissance des dernières dispositions. Le duc de Nemours se rendit à Noizay et surprit Gastelnau, Mazères et plusieurs capitaines. Tous les châteaux du voisinage furent fouillés. Les bandes qui s*étaient aventurées sous les murs d'Amboise se rendirent sans résistance. Alors La Renaudie, changeant encore une fois de tactique, ordonna à ses capitaines de se rallier dans la forêt de Château- Renaud. Mais le 19 mars, il y fut découvert et tué.
Triomphe des Guise. — La cour, remise de ses alarmes, ne pardonna pas aux conjurés la peur qu'ils lui avaient causée. François de Guise avait obtenu du roi des lettres de lieutenant général qui lui donnaient un pouvoir discrétionnaire. Il commença par faire rapporter Tordonnance d'amnistie et prit des mesures énergiques pour arrêter la propagation de la Réforme. Après avoir, par l'envoi de colonnes mobiles, dissipé tous les attroupements et assuré Tordre, il donna libre cours à ses appétits de vengeance. Le corps de La Renaudie fut exposé au public, puis découpé en morceaux. Les captifs furent condamnés sans jugement et pendus. Quand les potences manquèrent, on les attacha aux créneaux du château d'Amboise. La première semaine, plus de vingt gentilshommes avaient été exécutés. Les fuyards surpris dans la déroute étaient tous décapités, ou traînés à la queue des chevaux. Gomme on ne savait plus que faire de cette multitude, on s'en débarrassa en précipitant les prisonniers dans la Loire. Ginquante capitaines furent ainsi noyés. Le duc de Guise convia la cour au spectacle des supplices. Gomme pour prolonger ce plaisir, on laissa pourrir les cadavres sur les potences et sur les échafauds. Le château d'Amboise offrit bientôt Taspect d'un charnier. De semblables exécutions eurent lieu à Blois, à Tours, à Orléans et dans plusieurs autres villes.
Leur vengeance satisfaite, les Guise entreprirent une enquête sur le but véritable de la conjuration, dans l'espoir de découvrir un attentat contre la personne du roi; mais tous les accusés se donnaient comme défenseurs de l'Etat, déterminés â protéger le roi contre ses ennemis. Gastelnau protesta de son dévouement pour le roi et les princes du sang. Il s'était rendu
au duc de Nemours, sur la promesse de celui-ci qu'il aurait la vie sauve, et rappela à ses juges la parole donnée. Malgré Tintercession de Coligny et d'Andelot, malgré les prières de Catherine de Médicis, les Guise se montrèrent impitoyables. Le chancelier Olivier estimait qu'on n'était pas tenu de garder sa parole envers des sujets rebelles.
L'indignation publique éclata dans une multitude de pamphlets, où le cardinal de Lorraine était appelé « le tigre de la France 9. D'Aubigné, passant sous les murs d'Amboise, montrait à son fils les têtes des suppliciés, et Tadjurait, sous peine d'encourir sa malédiction, de songer au devoir de la vengeance.
Les Guise, à force de recherches, finirent par remonter à l'origine du complot et soupçonnèrent l'action de Condé. Ils le retinrent auprès d'eux, mais, comme il n'y avait contre lui aucune charge probante, n'osèrent l'exclure du Conseil. Condé, sans se troubler, demanda à se justifier en séance publique. Il se défendit, le 3 avril, devant le roi, les princes, les ambassadeurs étrangers et feignit de se réconcilier avec les Guise; puis, se sentant peu en sûreté à la cour, il partit pour La Fertésous-Jouarre. On l'invita à revenir, mais, apprenant que sa mise en jugement était décidée, il se retira en Béarn, chez son frère, Antoine de Bourbon.
Le roi de Navarre s'était tenu tranquille; et môme, toujours prudent, après la mort de La Renaudie, il avait ofi*ert ses services au roi; mais ses relations avec Elisabeth d'Angleterre le rendirent suspect d'intelligences avec les conjurés. De nouveau, l'occasion s'offrait à lui de prendre la direction du parti d'opposition. Condé croyait utile, pour le moment, de s'effacer; ce fut donc vers Antoine de Bourbon que se tournèrent les mécontents. Entraîné par la noblesse de Guyenne et par les églises protestantes du Midi, il négocia avec Elisabeth, avec les princes allemands et avec l'empereur Ferdinand I*'. Une nouvelle conspiration se formait contre les Guise.
Cependant des idées plus modérées commençaient à prévaloir à la cour, grâce au nouveau chancelier Michel de L'Hôpital. Catholique sincère, marié à une protestante, il désapprouvait les excès et les violences. Par l'édit de Romorantin (mai 1560)
il fit remettre aux évêques le jugement des hérétiques : c'était éviter Tlnquisition. Il avait Fespoir que les ecclésiastiques n'emploieraient que les armes spirituelles. Les Guise se résolurent à satisfaire Topinion en convoquant les Etats généraux. Ils se flattaient d'y avoir une majorité complaisante et de faire tourner à leur profit cette consultation nationale. Le cardinal de Tournon dissuada le roi de rétablir une institution tombée en désuétude depuis 1484 et dangereuse pour laulorité royale. Malgré son avis, le Conseil convoqua une assemblée préliminaire à Fontainebleau. Elle eut lieu au mois d'août. Marillac, archevêque de Vienne, dissipa les craintes du cardinal de Tournon, plaida en faveur de la tolérance religieuse, et conseilla une réforme administrative préparée par les Etats et accomplie par le roi. Coligny présenta à l'assemblée deux requêtes des Réformés de Normandie. Ils suppliaient le roi de leur accorder des temples, l'assurant de leur dévouement, s'engageant à renoncer aux congrégations illicites, s'ofl'rant même à payer des taxes plus élevées.
Le roi de Navarre avait dépêché à Fontainebleau un de ses confidents, Jean de la Sagne. Ce dernier révéla à un capitaine de ses amis le projet des princes de la maison de Bourbon. Bientôt la nouvelle arriva aux oreilles des Guise. Il était question d'un soulèvement général du Midi. On attribuait au roi de Navarre le dessein de prendre Bordeaux, où il recevrait les secours d'Elisabeth, puis de s'avancer sur la Loire, de donner la main au connétable et de dicter au roi ses conditions. Ce plan eut un commencement d'exécution. Un échappé d'Amboise, Maligny, tenta de s'emparer de Lyon. Le maréchal de Saint- André accourut, maintint par la terreur la ville dans l'obéissance, mais ne put rien apprendre du complot.
Les Guise, menacés pour la seconde fois d'une attaque dont ils devinaient bien plus qu'ils ne connaissaient les dispositions, ' n'attendirent pas que cette nouvelle conspiration éclatât. Ils firent aussitôt d'immenses préparatifs de défense. Ils expédièrent dans toutes les provinces, et jusqu'en Guyenne, des seigneurs destinés à rallier les compagnies dont on était sur et à recruter les capitaines restés fidèles à la cause rovalc. En
même temps, ils faisaient lever des reîlres en Allemagne, des arquebusiers et des gens de pied en Picardie et en Bourgogne, et demandaient 3000 hommes au duc de Lorraine. Le commandement de ces forces militaires était confié à Tavannes, homme de guerre expérimenté. Orléans, où devaient se réunir les États, fut rempli de troupes; portes, places, rues, carrefours, tout fut occupé militairement. Le roi y arriva avec une véritable armée et en prit possession comme d'une ville con- | quise. Le but des Guise était d'effrayer les députés et de réduire ! les Etats à leur discrétion, d'attirer les Bourbons et les Châtillon, de faire condamner Gondé comme rebelle et coupable de lëse-majesté, de se défaire par l'assassinat des chefs du protestantisme et de s'assurer ainsi, par ce coup d'audace et d'autorité, la paisible possession du pouvoir.
Deux ambassadeurs furent successivement envoyés au roi de Navarre : Grussol, puis le cardinal Gharles de Bourbon. Aux prières se joignirent les menaces : le roi faisait entendre que le refus de venir serait considéré comme un acte de rébellion. Il affirmait d'ailleurs, pour les rassurer, que les Bourbons pourraient venir en toute confiance; il donnait sa parole royale qu'ils ne seraient pas inquiétés. Antoine ne croyait guère à la sincérité de François II et à la générosité des Guise, mais il n'avait pas d'armée prèle, pas d'argent. Il se résigna donc à partir avec Condé. Malgré les supplications des calvinistes, malgré les démarches de la princesse de Condé, les princes continuèrent leur route jusqu'à Orléans. Ils y arrivèrent le 30 octobre, avec une quarantaine de gentilhommes.
Le roi les reçut comme des rebelles. Condé ayant refuté les accusations qui pesaient sur lui et pris le rôle d'accusateur contre les Guise, le roi le fît saisir et mettre en lieu sûr. De peur qu'il n'échappât on fît murer les fenêtres de son logis, et on éleva devant la porte un bastion armé de canons, défendu par une compagnie d'arquebusiers. Le roi de Navarre avait été laissé en liberté, mais on le surveillait de près. Les Guise imaginèrent de le faire tuer, et par le roi lui-même. Antoine, averti, se montra prudent et évita de fournir à ses ennemis l'occasion qu'ils cherchaient. Au bout de deux semaines,
le procès de Condé commença. Il avait revendiqué le droit d'être traduit devant la Cour des pairs; mais les Guise chargèrent de rinstruction des chevaliers de Saint-Michel et des membres du Conseil attachés à leur faction. On avait procédé aux interrogatoires, lorsque subitement le jeune roi tomba gravement malade En toute hâte, les Guise réunirent le 26 novembre une sorte de cour de justice qui, sans entendre ni laccusé ni les témoins, condamna Condé à la peine de mort. L'exécution était fixée au 10 décembre, jour de louverture des États. Le roi, déjà trop souffrant, ne put donner sa signature. Il expira le 5 décembre. Ce fut la fin de la tyrannie des Guise.
//. — Le gouvernement de L'Hôpital.
Les États d'Orléans ; la régente et les partis. — L aine des frères du défunl, Charles IX, enfant de dix ans, n'était pas en âge de gouverner. Sa mère, Catherine de Médicis, prit le pouvoir. Dès la maladie de François II, pressentant un changement de gouvernement qui la rendrait maîtresse, elle s'était préoccupée d'obtenir le concours éventuel des Bourbons, tout en les maintenant dans sa dépendance. Le 2 décembre, trois jours avant la mort de son fils, elle avait fait appeler le roi de Navarre. Elle lui reprocha ses complots, son crime de lèsemajesté, lui fit sentir qu'il était à sa merci; puis, quand elle le jugea suffisamment humilié, elle daigna parler d'indulgence, à condition qu'il perdrait ses droits de premier prince du sang, renoncerait à la régence et refuserait toute délégation des Etats. Dépositaire de l'autorité royale, au nom de son fils, elle se proposa de la conserver intacte contre les entreprises des partis. Son intérêt lui conseillait de conserver l'équilibre entre les deux factions rivales et de les neutraliser Tune par l'autre. Celle des Guise étant la plus forte, elle l'affaiblit en relevant les . Bourbons. Les troubles religieux portaient atteinte à l'unité et . à la tranquillité de l'Etat; elle voulut pacifier le royaume et
soustraire la couronne à Faction dissolvante des querelles théologiques. Dans celte œuvre de conciliation et d'apaisement, elle eut pour auxiliaire convaincu Michel de rilôpilal, qui, pendant deux ans, diriprea la politique intérieure. Il exposa son programme dans son discours aux États généraux, réunis à Orléans le 13 décembre 1560.
Tout d'abord, il définit le rôle des Etals, selon lui^jHiremenl consultatif. La puissance souveraine appartient au roi seul, qui la tient de Dieu et de la loi ancienne du royaume. C'est un crime que de se révolter contre lui, quel que soit le motif invoqué, tyrannie des gouvernants ou persécution religieuse : « Il n'est loisible au sujet de se défendre contre le prince, contre ses magistrats, non plus qu'au (ils contre son père, d Cependant les disputes religieuses mettent en péril la paix publique et pourraient dégénérer en guerre civile. Le seul remède efficace, c'est un concile national, qui ramènera les dissidents et rétablira la foi commune. Mais L'Hôpital a surtout confiance dans la pratique des vertus et dans la tolérance : c Nous avons, cidevant, fait comme les mauvais capitaines qui vont assaillir le fort de leur ennemi avec toutes leurs forces, laissant dépourvu et dénué leur logis. Il nous faut dorénavant garnir de vertus et bonnes mœurs et puis les assaillir avec les armes de la charité, prières, persuasions, paroles de Dieu qui sont propres à tel combat... La douceur profitera plus que la rigueur. Otons ces mots diaboliques, noms de partis, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes; ne changeons le nom Je chrétiens. » Peu sensible aux exhortations du chancelier, le clergé se plaignit vivement des progrès de Thérésie et en réclama l'extirpation. Les nobles et le Tiers Etat se montraient sympathiques aux Réformés. Par une rencontre rare dans l'histoire des Etats généraux, ces deux ordres, également hostiles aux ministres et défiants envers la régente, furent d'accord pour résister aux prétentions de la cour. Ils se déclarèrent incompétents pour traiter la question de la régence. Lorsqu'ils apprirent que le déficit était de 43 millions, ils alléguèrent rinsuffisance de leur mandat et demandèrent à retourner dans leurs bailliages pour obtenir de nouveaux pou-
voirs. Les embarras du gouvernement leur semblèrent une occasion favorable pour formuler des prétentions politiques, réclamer un droit de contrôle permanent sur les finances et faire reconnaître leur puissance législative. Us signalèrent complaisamment les causes de la détresse : les richesses et le luxe excessif du clergé, le grand nombre des pensions accordées à la haute noblesse. Le prévôt des marchands de Paris, Guillaume de Marie, proposa, au nom de toutes les villes du royaume, qu'on obligeât à rendre des comptes tous ceux qui avaient géré les finances sous les deux derniers règnes. Cette motion visait Guise, Montmorency et Saint-André.
Les élus de la prévôté de Paris, convoqués après la dissolulion des Etats, pour voter des subsides, ne témoignèrent pas plus de complaisance. La majorité exigea, avant de consentir aux taxes, que la régence fût restituée à son légitime dépositaire, le roi de Navarre. Le synode des Réformés, qui se tenait alors à Poitiers, était aussi défavorable à l'usurpation de Catherine. Les 26 commissaires des Etats généraux pour la noblesse et le Tiers se réunirent à Pontoise, en août 1561; ceux du clergé à Poissy ; puis les trois ordres eurent à Saint-Germain, une séance plénière, une séance royale. Les nobles et les com- I munes émirent lavis qu'on remboursât les dettes en vendant
les biens d'Eglise, estimés 120 millions de livres. Ils entendaient que les Etats fussent convoqués tous les deux ans et eussent le droit de délibérer même sur les questions de paix et de^uerre. La royauté s'émut de ces prétentions et s'adressa au / clergé. Le 11 septembre, elle demandait aux évêques un subside de 15 millions de livres. Les prélats offrirent 9 millions et demi, payables en six ans, s'engagèrent â racheter tous les revenus des aides, domaines et gabelles aliénés, et à rembourser les dettes de l'Hôtel de Ville de Paris.
Le règne avait commencé par une réaction contre la faveur exclusive des Guise. Antoine de Bourbon reçut la lieutenance générale du royaume. Condé avait été remis en liberté. Montmorency et les Coligny furent rappelés au Conseil et rétablis dans leurs anciennes charges et dignités. Ce n'étaient pas seulement d'anciens disgraciés qui reprenaient faveur; c'était le
parti protestant qui entrait dans le gouvernement, représenté par ses principaux chefs. Coligny surtout devait être à la cour et dans le Conseil, en quelque sorte, le délégué des églises, l'avocat de leurs doléances. Les Guise furent naturellement amenés à s appuyer sur le catholicisme militant. Entre les deux factions extrêmes se placèrent les « moyenneurs ». L'Hôpital, modéré par principes, préconisa la concoryde et les transactions. Montmorency, qui tenait aux catholiques par sa foi et aux Réformés par ses liens de famille et ses amitiés, était bien placé, semlilait-il, pour prendre la direction effective de ce parti intermédiaire qui sera celui des Politiques; mais il hésitait entre sa défiance des Guise et ses convictions religieuses.
Essais de paolfloatlon religieuse : le Colloque de Poissy. — « Puisque, dit Castelnau, Ton n'avait rien pu gagner en France contre les luthériens par le feu, par la mort et autres condamnations, trente ans durant, mais au contraire qu'ils s'étaient multipliés en nombre infini, il était expédient de tenter une autre voie et d'essayer si l'on gagnerait quelque chose de plus par la douceur. » La régente avait permis à l'amiral, à sa femme, au prince et à la princesse de Gondé de célébrer le culte réformé à Fontainebleau, dans leurs appartements. Cet exemple produisit à la cour une véritable « manie d'huguenoterie ». Charles IX donna, par grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale , privilège de réimprimer les Psaumes qui avaient été censurés par la Sorbonne et interdits sous Henri II et François II. Catherine, indifférente au fond comme sa contemporaine Elisabeth d'Angleterre, était résolue à faire cesser complètement toutes les mesures de rigueur. Des lettres patentes du 22 février 1561 ordonnaient au Parlement de surseoir aux poursuites jusqu'à la réunion du prochain concile. L'exercice du culte réformé était autorisé en certains lieux. Deux mois plus tard, le 19 avril, un édit défendait les manifestations séditieuses, mais élargissait les détenus pour cause de religion. Le chancelier s'appliquait à corriger les abus de l'Église et modifiait la règle de nomination aux offices ecclésiastiques.
Le système de tolérance inauguré par le nouveau gouvernemenl effraya lé pape et les catholiques intransigeants. Catiierinc répondit à Pie IV qu'il était impossible de réduire les Réformés par les armes et par les lois, « tant le nombre en est grand, tant il est puissant par les nobles et les magistrats qui ont embrassé ce parti, tant il est uni et acquiert de force tous les jours ». Philippe II présentait des remontrances et proposait
une entrevue. Sa femme, Elisabeth de Valois, conseillait à Catherine de combattre la Réforme et offrait le secours de TEspagne. La régente rejeta ces avis intéressés et chercha des alliances parmi les princes protestants d'Allemagne. Elle voulait obtenir leur appui, pour le cas, disait-elle, où Charles IX viendrait à changer de religion.
Grâce à la faveur dont les chefs protestants jouissaient à la cour, les conversions se multipliaient. « La contagion s'éteiid partout, écrivait l'ambassadeur vénitien Michiel. Les nobles sont surtout contaminés, notamment ceux dont Tàge ne dépasse pas quarante ans. » Les écrivains du parti étaient toujours respectueux envers le pouvoir royal, mais dans les réunions populaires des menaces étaient proférées contre la régente. Les pamphlétaires sommaient le gouvernement de faire la réforme religieuse. Au mois d'avril 1561, les Réformés eurent Taudace de tenir une assemblée dans les salles mêmes du parlement dé Paris. On prêchait au faubourg Saint-Marcel et hors de la porte Saint-Antoine. Dans les provinces, les huguenots commettaient de fréquents actes de violence. Les catholiques reprochaient à Catherine son indulgence. Les prédicateurs adjuraient la cour de se montrer sévère et tenaient des propos qui, au dire de la régente, tendaient à la sédition : un docteur soutint en Sorbonne cette thèse que le Saint-Siège pouvait déposer les rois hérétiques. Le parti catholique songea un moment à enlever le duc d'Orléans, le futur Henri III, et à l'opposer à Charles IX, suspect de favoriser l'hérésie. Le Parlement suspendit la publication de l'édit du 19 avril : « Quiconque, affirmait-il, s'attend que de la permission des deux religions advienne tranquillité, il a un dessein contraire à toute raison. » Le 19 juin, les princes, les grands officiers, plusieurs membres du Conseil
tinrent séance au Palais de Justice et, le mois suivant, rendirent un arrêt qui amnistiait les Réformés, mais à la condition expresse qu'ils vivraient catholiquement. Les assemblées publiques et privées étaient prohibées sous peine d'emprisonnement et de confiscation. C'est alors que le connétable de Montmo* rency rompit avec Goligny et se rapprocha des Guise. Comme eux, il croyait le catholicisme menacé ; comme eux aussi, il était inquiet de la motion faite aux Etats d*Oriéans contre les ministres des règnes passés. L'auteur de la réconciliation fut le maréchal de Saint-André. Le jour de Pâques 1561 les < triumvirs » communièrent ensemble à Fontainebleau et s'associèrent pour défendre la religion en péril.
Catherine de Médicis continuait à se montrer tolérante, autant par nécessité que par principe. Elle espéra résoudre le conflit religieux par une sorte de colloque entre les prélats catholiques et les ministres du culte réformé. Le cardinal de Lorraine accepta ce débat public; mais il était d'avance hostile au protestantisme français. Il eût accueilli plus favorablement
, la réforme aristocratique de Luther, mais la doctrine démocratique et radicale de Calvin lui paraissait dangereuse. Il résolut
1 de ruiner celle-ci par celle-là en mettant aux prises les deux grandes sectes dissidentes; dans ce dessein il demanda au duc de Wurtemberg d'envoyer des docteurs luthériens ; mais ils arrivèrent trop tard.
Le colloque s'ouvrit à Poissy, le 9 septembre 1561. Etaient présents les princes du sang, les cardinaux, les prélats, les ministres protestants et les docteurs de là Sorbonne. Le chancelier de L'Hôpital fit, comme à Orléans, un appel ému à la modération et à la tolérance : « La conscience, dit-il, est de telle nature qu'elle ne peut être forcée.... mais doit être persuadée par vraies et suffisantes raisons. » Il montra quels seraient les funestes elTets d'une guerre civile : elle serait d'issue douteuse, appauvrirait le pays, provoquerait une intervention étrangère. Quant à croire que les Réformés se résigneraient facilement à l'interdiction de leurs assemblées, ce serait, pensait-il, une grande illu« sion. Aussi conjurait-il les prélats catholiques d'opérer la réforme de l'Eglise sans attendre la décision du concile de Trente et de rece-
voir en toute douceur ceux de la nouvelle religion qui étaient comme eux « chrétiens et baptisés >. Théodore de Bèze exposa avec fermeté et rigueur la doctrine de Calvin, tout en désavouant les rebelles et en affectant un grand respect pour Tautorite civile. Son discours provoqua de violentes protestations du côté des catholiques. Le cardinal de Lorraine laissa entendre que l'obéissance des sujets envers le roi était intimement liée à la conservation des anciens dogmes. La régente tenta de faire adopter une profession de foi qui satisfit les deux partis. Les calvinistes rédigèrent un formulaire sur la Cène qui fut rejeté par les prélats. Les cardinaux adjurèrent le roi de rester fidèle à la religion de ses pères. Le colloque, loin d'apaiser les dissentiments, ne fit qu*exaspérer les esprits. La scission devint irrémédiable. Une dernière conférence, tenue en octobre, n'aboutit pas. Le roi prononça la clôture et publia un édit qui défendait aux réformés d'usurper les bénéfices ecclésiastiques, aux catholiques de troubler les exercices de la nouvelle religion , aux deux partis d'employer les dénominations insultantes de huguenots et de papistes, de porter les armes et de se transporter en troupes hors de leurs résidences. Quelques mois après, 17 janvier 1562, le gouvernement, désireux d'assurer la paix, consacra par un nouvel édit les libertés conquises par les protestants. Les assemblées calvinistes étaient autorisées, le jour, hors des villes. Les religionnaires devaient restituer les biens pris au clergé et s'abstenir de tumultes, levées de troupes et réunions illicites.
Le massacre de Vassy . — Ce dernier essai de pacification indisposa tout le monde. Les Réformés se plaignirent qu'on les reléguât à la campagne, tandis qu'en beaucoup de lieux on prêchait publiquement à l'intérieur des villes. D'autre part, L'Hôpital se heurtait à la résistance du Parlement, lequel reprenait pour son compte les doléances des Etats généraux et cherchait à profiter des embarras de la régence pour faire admettre son droit de contrôle. Il présenta d'audacieuses remontrances, s*éleva contre les huguenots, qu'il traitait d'athées, déniant au roi le droit de leur accorder un culte public et invoquant le serment fait à Reims, par les successeurs très chrétiens de Clovis, d'ex-
LE GOUVERNEMENT DE L'HOPITAL i2a
terminer les hérétiques. Ce fut seulement le 6 mars que le Parlement, s'inclinant devant les menaces, consentit à enregistrer redit de janvier. Depuis le mois de novembre, les Guise et Montmorency avaient quitté Paris, mais ils avaient à la cour un nouvel auxiliaire, un transfuge du parti protestant, Antoine de Bourbon. Les préférences religieuses du roi de Navarre avaient toujours été déterminées par ses intérêts politiques, par Tambition de recouvrer la Navarre espagnole. Pour y parvenir, il se tourna vers toutes les puissances, négocia simultanément avec Calvin, avec le pape, avec Philippe II, prêt à abandonner le catholicisme ou à le soutenir, selon qu'il trouverait plus ' d'appui de Tun ou de Tautre côté. Finalement, il se laissa séJuire par les fallacieuses promesses du roi d'Espagne, et renia le calvinisme. Le premier prince du sang, oublieux des outrages et des humiliations subies, se faisait ainsi l'instrument des Guise et de l'Espagne.
Quelques esprits sages louaient la politique équitable du chancelier. Estienne Pasquier exposait que Dieu favorisait tour à tour les deux religions. Castellion, dans son Conseil à la France désolée^ affirmait que le seul moyen de salut était d'accorder aux deux cultes l'existence légale. Mais de pareils sentiments ne pouvaient alors être compris de la foule. De part et d'autre, les haines étaient impatientes de s'assouvir. Pendant le colloque de Poissy, les calvinistes pillaient et saccageaient les maisons des catholiques. A Montpellier, 200 personnes étaient égorgées, la cathédrale dévalisée, le culte catholique iiiterdil. Théodore de Bèze écrivait à Calvin en janvier 1562 q l'un ne pouvait s'imaginer à quel degré était montée la fureur des huguenots dans le Midi. « Ces Aquitains, disait-il, ne seront contents que quand ils auront exterminé leurs adversaires. » A Paris, ville catholique, les victimes sont les Réformés. Le 24 avril 1661, la foule s'amasse autour d'une maison où se tient une assemblée de huguenots. Le siège dure quatre jours. A la fin, les assiégeants brisent les portes, livrent tout au pillage et au feu. En décembre de la même année, le bruit se répand que plusieurs milliers de protestants se sont réunis dans la maison du Patriarche. Le curé de Saint-Médard
fait sonner les cloches et, à ce signal, les gens du faubourg accourent. Une bataille s'engage. Des morts et des blessés tombent. Le chevalier du guet et le lieutenant du prévôt des maréchaux s'interposent. Ils sont condamnés le lendemain à être pendus. La foule, trouvant le châtiment insuffisant, les arrache au bourreau, les mutile, les jette à la rivière. A Rouen, le procureur général, poursuivi par la multitude, se réfugie sur la galère royale ancrée dans le fleuve. On Ten arrache, on le tue à coups de couteau. Son corps reste deux jours abandonné. L'ambassadeur vénitien est effrayé de ce qu'il voit : « Je ne reconnaissais plus, dit-il, cette France que j'avais autrefois contemplée de mes yeux si soumise, si unie, si forte et si grande. » La soumission a fait place à la désobéissance : « Quel roi? s'écriaient les gens du peuple, au temps de la minorité de Charles IX. Celui que vous dites est un petit royot; nous lui donnerons les verges et lui baillerons un métier pour lui faire apprendre à gagner sa vie, comme les autres. »Dès 1560, des gouverneurs de province lèvent des impôts pour leur compte et se rendent indépendants. Beaucoup de gentilshommes se disent calvinistes pour s'affranchir de redevances ecclésiaslicjues. Chez la plupart des nobles, les passions religieuses servent à masquer l'instinct de liberté féodale, les convoitises, l'ambition ou simplement le besoin de batailler : « Je n'en vois pas un seul, écrivait Pasquier en 1561, qui, sous ces beaux prétextes, ne ruine totalement le royaume de fond en comble... On ne parle que de guerre, chacun fourbit son harnais. M. le chancelier s'en contriste, tous les autres y prennent plaisir. » Tout était prêt pour la guerre civile; il suffisait d'un signal pour la faire éclater.
Depuis qu'ils avaient quitté la cour, les Guise cherchaient à fortifier le parti catholique par des alliances. Le 29 décembre 1561, Charles IX mandait à son représentant en Allemagne : « Je suis averti de bon lieu qu'il se trame et pratique une certaine ligue entre le pape, l'empereur et le roi catholique d'Espagne, pour le fait de la religion, en laquelle on vise après à faire entrer les princes catholiques de la Germanie et tout ce qu'on peut d'autres princes et potentats chrétiens. » Au nombre
des princes non catholiques qu'on tentait ainsi de rallier, était le duc de Wurtemberg, avec lequel le cardinal de Lorraine était en correspondance. Au mois de février 1562, les Guise lui rendirent visite en son château de Saverne. Ils lui promirent de n'agir ni en ennemis, ni en persécuteurs des protestants, et, pour le gagner plus aisément à leur dessein, ils se
montrèrent disposés à accepter une réforme de TEglise romaine. Quelques mois plus tard, le cardinal de Lorraine se rendait au concile de Trente. Il engeigea l'assemblée à attirer les princes protestants d'Allemagne, et particulièrement le duc de Wiirtembei^, par un commencement de réformation.
Catherine de Médicis, ne se trouvant pas en sûreté à Paris où redit de janvier avait causé des désordres, se retira à Montceaux en Brie. Elle manda au duc de Guise de venir l'y rejoindre, mais sans armes. Le duc, averti par le roi de Navarre des dispositions où étaient les Parisiens, partit avec trois cents cavaliers et prit le chemin de la capitale. Il passa par / Vassy le 1*' mars. Six ou sept cents protestants armés célébraient leur culte dans une grange. On se provoqua de part et d'autre, une rixe éclata, et le sang coula. Il y eut vingt-trois tués et plus de cent blessés. Le duc, continuant sa marche, arriva à Paris le 16 mars avec le connétable, le maréchal de Saint- André et toute une suite de gentilshommes. Bientôt il fut rejoint par le roi de Navarre. Il fit son entrée triomphalement par la porte Saint-Denis, réservée jusque-là aux souverains. Le prévôt des marchands, les échevins et l'Université allèrent au-devant de lui, « tous criant et le peuple à leur exemple': Vwe Guise! comme on crie : Vive le roi! » Il agit en effet en roi. Un mois plus tard, le connétable parcourut les rues de la ville avec 200 hommes bien armés et fit enfermer à la Bastille « les mal pensants ». La prévôté et la vicomte de Paris furent exceptées de l'autorisation d'avoir des temples hors des villes. Le Parlement prêta serment à la profession de foi catholique rédigée autrefois par la Sorbonne. L'inquisiteur cita à comparaître devant lui tous les suppôts de l'université, libraires, imprimeurs, relieurs, etc. Enfin le maréchal de Brissac enjoignit aux gens convaincus des nouvelles erreurs de quitter Paris dans les vingt
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quatre heures sous peine de la hart. Le massacre de Vassy eut un grand retentissement dans toute la France. Des scènes semblables eurent lieu à Sens, à Auxerre, à Tours, à Troyes, à Cahors. Les protestants étaient proscrits par les parlements, mis hors la loi ou égorgés. Là au contraire où ils avaient Tavantage du nombre ou de la force, ils s'emparaient des villes, faisaient fondre les cloches pour avoir de Tartillerie, battaient monnaie au nom du roi. Ainsi Tédit de janvier n'existait plus. La politique de transaction et de conciliation suivie par Catherine et L'Hôpital n'était plus possible. Les factions qui se disputaient le pouvoir depuis 1559 allaient se mesurer sur les champs de bataille.
///. — Les guerres civiles sous Charles IX.
Caractère général des guerres. — Les armées de ce temps étaient composées surtout de mercenaires étrangers. Dans les rangs des catholiques, il y avait des Espagnols, des Italiens, des Suisses, jusqu'à des Grecs et des Albanais (cstradiots). Mais le meilleur marché d'hommes était l'Allemagne. C'est là que catholiques et protestants recrutaient les reîtres et les lansquenets. Charles IX envoyait des agents racoleurs jusqu'en Saxe et en Brandebourg. Le prince de Condé entretenait au delà du Rhin des colonels et des capitaines. A deux reprises, en 1568 et en 1569, ce furent même les princes de l'Empire, le palatin Jean-Casimir et le duc de Deux-Ponts qui se chargèrent d'amener en France les contingents étrangers. Le grand centre d'embauchage était Francfort-sur-le-Mein.
L'arme la plus importante est la cavalerie, car la guerre consiste principalement en coups de main ou en surprises. Les opérations militaires d'une campagne se réduisent souvent au siège de quelques places. Lorsqu'une ville est prise, on l'abandonne aux soldats. Dans le combat, on ne fait pas de prisonniers, pour ne pas rompre la ligne de bataille. Les captifs ne sont pas épargnés, même quand on leur a promis la vie.
sauve. Louis de Bourbon, duc de Monipensier, prétendait qu'on ne devait pas faire grâce aux hérétiques. Monluc et le baron des Adrets se sont rendus fameux par leur férocité. Les belligérants ne manquaient jamais de distinguer entre le souverain dont ils célèbrent la justice et les ministres dont ils flétrissent 1 la tyrannie. Ils se défendent d'être des révoltés. '
Les convictions religieuses tiennent en général peu de place dans les sentiments belliqueux des seigneurs. On voit Tévêque de Troyes quitter son diocèse pour s'enrôler dans la cavalerie des huguenots, sous le titre de prince de Melfî. Pendant le siège d'Orléans, en 1563, il circule d'une armée a l'autre, sans que nul songe à l'en blAmer. Nombre de gentilshommes se combattaient sans se haïr et se retrouvaient ensemble à la cour, après la paix. Parfois, pendant une campagne, les chefs et les soldats changent de parti. En 1562, les catholiques, ayant pris Bourges, permirent par une capitulation aux assiégés de prendre du service dans celle des deux armées qu'ils préféreraient.
Gomme il n'y avait pas de grandes armées, la lutte se prolon* geaitsans action décisive; mais le manque d'argent, l'indiscipline des mercenaires, les menaces d'inter\'ention étrangère amenaient les partis à traiter. Le gouvernement trouvait son compte à cesser les hostilités et, pour obtenir la paix, accordait aux protestants battus de sérieux avantages qu'il n'avait ensuite ni la force ni )a volonté de faire respecter. Depuis 1562, la guerre existe en quelque sorte à l'état permanent, avec de courts inten^alles de trêves. ,
Première guerre : traité d'Amboise. — Tandis que les triumvirs agissaient en maîtres dans Paris, Catherine de Médicis s'était réfugiée à Fontainebleau, d'où elle suppliait Condé de la secourir. Ce prince avait quitté la capitale et pressait Coligny de le rejoindre. Leur jonction se fit à Meaux. Ils insistèrent vainement pour que la reine mère se rendît avec son fils à Orléans, où elle serait en sûreté. Les triumvirs, prenant les devants, se portèrent rapidement sur Fontainebleau, enlevèrent le roi et l'entraînèrent à Paris. Catherine, dominée par eux, désavoua Condé et somma les chefs du parti protestant de mettre bas les armes. Le succès des Guise et des catholiques
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soulevait deux questions : l'écHUle jam^er serait-il maintenu ou détruit? Condé réussirait-il à entraîner la noblesse protestante et à ravir le pouvoir à la faction victorieuse?
Il répondit à la sommation de Catherine par une lettre circulaire adressée aux 2000 églises protestantes et lança un manifesle où il déclarait combattre « pour l'honneur de Dieu et la délivrance des Majestés du roi et de la reine ». Il prit le titre de « protecteur et défenseur de la couronne de France ». Tandis que les Réformés accusaient les Guise de retenir le roi captif, les triumvirs reprochaient aux partisans de Condé de ruiner la religion, et la monarchie, de vouloir substituer à Tunité du royaume le fédéralisme des Cantons suisses.
Les Réformés étaient maîtres de plusieurs villes : Dieppe, Le Havre, Rouen, Caen, Le Mans, Blois, Poitiers, Tours, Bourges, Lyon. D'Andelot s'étant emparé d'Orléans, cette ville devint leur grande place forte, par où ils se flattaient de « muguetter » Paris. L'armée protestante était forte de 8000 hommes environ. — Le parti catholique avait Paris et disposait de Tarmée royale, soit 7000 hommes ; les triumvirs attendaient quinze enseignes de Suisses, 1200 reîtres et quelques compagnies espagnoles. Pour entrelenir ces troupes, on mit à contribution les argenteries des églises.
Catherine tenta un accommodement. Elle eut deux entrevues avec Condé. Elle proposait d ajourner à la majorité du roi, c'est-à-dire à Tannée suivante, la liberté du culte protestant. Le prince n'y consentit pas. Un arrêt du Parlement, traitant les Réformés de rebelles et criminels de lèse-majesté, emporta ses dernières hésitations. « Je vois bien, disait Catherine à Tavannes, que j'ai perdu mes peines de cuider pacifier les choses par la douceur. »
La campagne débuta mal pour les protestants. Blois, Tours, Poitiers, Angers, leur furent repris. Bourges succomba le 31 août. C'était la route du Centre et du Midi interceptée. Ils comprirent alors que leurs seules forces étaient insuffisantes et se résolurent à en faire venir du dehors.
« La première fois, dit Théodore de Bèze, qu'il fut question de faire appel aux princes allemands, Coligny s'y opposa, disant
qu*il aimerait mieux mourir que consentir à ce que les Réformés fussent les premiers à faire venir les troupes étrangères en France. » L'exemple donné par les catholiques et la nécessité le décidèrent. D'Andelot partit pour TAllemagne, Briquemault se rendit auprès d^Élisabeth. La reine saisit avec empressement cette occasion de venger la perte de Calais. Elle offrait de ' mettre 3000 hommes dans Le Havre, pour le garder au nom du roi de France, et de fournir autant de troupes pour défendre Rouen et Dieppe contre les catholiques. Le traité fut signé à Hampton Courte le 20 septembre 1562. François de Guise se ressouvint qu*il avait chassé les Anglais de Calais, et plutôt que de revoir ces ennemis héréditaires installés sur le sol français, il offrit généreusement la paix à son adversaire. Condé refusa. L'armée catholique vint alors mettre le siège devant Rouen. Un mois après, le 26 octobre, la place fut emportée. Pendant huit jours, la ville fut au pillage. Antoine de Bourbon avait reçu une blessure dont il mourut.
Condé fit une tentative pour reprendre Paris, mais, apprenant que Tarmée royale avait reçu des renforts, il se replia vers l'ouest, dans la direction de Dreux. Il avait 13000 hommes et quatre canons. Il fut surpris dans sa retraite par les catholiques. La rencontre eut lieu le 19 décembre. On se battit pendant cinq heures. Condé chargea avec impétuosité, enfonça le centre des ennemis et fît Montmorency prisonnier; mais les Suisses rétablirent le combat. Condé, renversé, dut se rendre à son tour. Guise exécuta avec ses escadrons un mouvement de Qanc, pendant lequel le maréchal de Saint-André fut tué. Les deux partis se proclamèrent victorieux, mais le champ de bataille resta aux catholiques. Le héros de la journée était François de Guise. Le titre de lieutenant général et le commandement général des armées royales consacrèrent son triomphe. 11 se montra magnanime envers son prisonnier, lui offrit môme de partager son lit.
Coligny s'était rapproché de la Normandie et des secours anglais, après avoir ravitaillé Orléans. Guise vint assiéger cette ville, par où les protestants restaient en communication avec la France du centre et du midi. Leur situation paraissait déses-
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pérée, lorc^que, le 18 février 1563, le chef de Tarmée royale fut assassiné. Le meurtrier, Poltrol de Méré, affirma qu*il avait reçu de Taisent de Coligny. L*amiral se justifia par une lettre à la reine mère. Il ne réussit pas à convaincre les héritiers de la victime. Us ne cessèrent de le rendre responsable du meurtre. Paris fit au duc de Guise des funérailles royales (19 mars).
Ce jour-là même, Catherine de Médicis signait avec Coligny le traité d*Amboise. La guerre, en se prolongeant, menaçait de s*étendrc. L'Empereur, profitant de nos embarras, réclamait les Trois-Évèchés. Les Anglais occupaient la Basse-Normandie. Le duc de Savoie réclamait le marquisat de Saluées. Enfin les finances royales étaient épuisées. La paix d*Amboise concéda aux Réformés le droit de célébrer leur culte dans une ville pir bailliage et dans les maisons nobles (19 mars 1563).
La guerre civile terminée, Catherine voulut délivrer le royaume des étrangers. Elle sut réconcilier les ennemis de la veille et les entraîner contre les Anglais. Le Havre fut repris (juillel). L année suivante, par le traité de Troyes, Elisabeth renonçait à toute prétention sur Calais, moyennant 120 000 écus.
L'entrevue de Bayonne. — Le parlement de Paris s'était refusé à enregistrer Tédit d'Amboise, t fait surtout au désavantage de rhonneur de Dieu, de la religion catholique et de Tautorité du jeune roi ». Il se soumit, mais en déclarant que la paix n*était accordée que par intérim et jusqu*à la majorité du roi. Les parlements de province, notamment ceux de Rouen, do Toulouse, do Bordeaux, d'Aix, étaient ouvertement opposés à la pacification. Beaucoup de magistrats souhaitaient la guerre, espérant, dit Casteinau, que les confiscations leur demeureraient. Cependant, un petit nombre d'hommes éclairés pensaient, avec Lllôpital, que le rôle de TEtat était de rester neutre enli*e les factions. Granvelle signale dès 1564 l'existence du parti des Politiques.
Charles IX fut proclamé majeur le 17 août 1563. L'édit de proclamation ayant été publié à Rouen, le parlement de Paris se plaignit de loulrage qui lui était fait. Le roi passa outre.
Au commencement do Tannée 156i, Catherine de Médicis, ne redoutant plus rien de l'Angleterre, entreprit avec son fils
LES GUERRES CIVILES SOUS CHARLES IX i33
de visiter les provinces du royaume dans le dessein d*y rétablir Tordre et la paix.
A Tépoque du traité d*Amboise, Philippe II avait mis en avant ridée d*une entrevue, mais la reine mère était alors inquiète du côté des Anglais et craignait d*éveiller les soupçons du parti pro< testant. Elle ne répondit pas. Le roi d'Espagne mit tout en œuvre ' ^ pour empêcher la (in de la guerre religieuse. Son ambassadeur ' Chanlonay allait jusqu'à menacer Catherine d'un soulèvement des catholiques et faisait entendre que son maitre pourrait bien le soutenir. Il blâmait ouvertement les concessions accordées aux protestants, s'étonnait que Condé fût autorisé à pratiquer la religion à la cour et que le roi s'entourât de personnes qui pouvaient l'entraîner à la damnation. Catherine, fatiguée de ses avis, demanda son rappel. Philippe II, fidèle a sa politique catholique, avait envoyé à Trente des théologiens espagnols pour combattre toute tentative de réforme favorable aux protestants. 11 redoutait laulorité du cardinal de Lorraine, mais ce prélat, \ se sentant sans appui en France, depuis la mort de son frère, ' renonça a ses idées de conciliation et fit cause commune avec , /,. les Espagnols. Ainsi furent votées par le concile les décisions intransigeantes dictées par Philippe IL L'Hôpital fit ajourner' la réception en France des décrets du concile et protesta hautement contre l'ingérence du pouvoir pontifical, lorsque le pape assigna Jeanne d'Albret à comparaître devant llnquisition.
Catherine de Médicis, qui avait rejeté en 1563 l'idée d'une entrevue suggérée par Philippe II, songea maintenant à se rencontrer avec son gendre. Elle désirait avant tout s'entendre avec lui sur la réception des décrets du concile de Trente et sur l'élection future du pape qui succéderait à Pie IV. Peut-être voulait-elle prendre des dispositions destinées à intimider les protestants, ou s'assurer la neutralité de l'Espagne. Enfin, elle avait en lële des projets matrimoniaux. Philippe II, malgré les démonstrations catholiques de Catherine, fit longtemps attendre sa décision. Les instances de Monluc ne purent le déterminer à venir personnellement au rendez-vous; il autorisa seulement sa femme et son ministre à s'v rendre.
La rencontre de la cour de France et de la reine d'Espagne
i34 LA FRANCE
eut lieu à Bayonne le 14 juin 1565. Les premiers jours furent donnés entièrement aux fêles. Pendant ce temps les ministres espagnols, le duc d*Albe et don Juan Manrique, conféraient avec les chefs du parti catholique, Monluc et Montpensier. Le 20 juin, Catherine se prêta pour la première fois à un entretien sérieux avec le duc, mais elle évita de se prononcer sur les sujets politiques et religieux et dès lors sembla s'attacher uniquement aux idées du mariage : Marguerite de Valois eût épousé don Carlos; Henri d*Orléans, dofia Juana, sœur de Philippe IL Le 30 juin, seize jours après le début de Tentrevue, le duc d'Albe n'avait pu obtenir de son maître aucune réponse précise. Ce jour-là une conférence eut lieu entre Catherine, Charles IX, le duc d'Orléans et quelques conseillers français d'une part, Elisabeth, le duc d'Albe et Manrique d'autre part. La question politique et religieuse fut abordée et des résolutions furent arrêtées. Catherine fît des concessions et des promesses de nature à satisfaire le duc et le roi d'Espagne. Le 6 juillet 1565 elle écrivait à Philippe II pour l'assurer « du zèle qu'avons à notre religion et envie de voir toutes choses au contentement du service de Dieu ». Quelles sont les promesses faites par Catherine à Bayonne? Il est certain qu'elle s'engagea à faire examiner par un conseil de prélats les canons du concile de Trente et à expulser du royaume les ministres protestants, à condition que les mariages auraient lieu. Y eut-il autre chose? Conseilla-t-on à Catherine de mettre à mort quelques chefs huguenots. C'est possible, mais on ne saurait l'affirmer.
Deuxième guerre : traité de Longjumeau. — L'entrevue de Bayonne n'eut aucune conséquence immédiate. Les propositions de mariage furent mal accueillies à Madrid. La cour d'Espagne répondit que don Carlos était fiancé à Anne d'Autriche et que dofîa Juana ne consentirait à donner la main qu'au roi de France. Catherine de Médicis dissimula son vif ressentiment; mais, lorsqu'elle apprit en 1566 que l'expédition française de Floride avait été massacrée jusqu'au dernier homme par les Espagnols, sa colère éclata. Lorsque le duc d'Albe se dirigea vers les Pays-Bas, en longeant les frontières françaises, elle promit à Philippe II de seconder le duc et d'en-
voyer en Flandre Cossé avec 3000 hommes; mais en mémo temps, sur Tavis des chefs prolestants , elle faisait lever COOO Suisses. Sa politique consista dès lors à se ménager des alliances auprès de toutes les puissances et des appuis auprès de tous les partis. Elle flotta entre l'Espagne et l'Angleterre, enlre les catholiques et les protestants, entre Lllôpilal et les Guise, réconciliant le cardinal de Lorraine avec Coligny dans Tespoir de demeurer seule maîtresse. Les conférences de Bavonné n'eurent d'autre eflet que de rendre plus intraitables les factions.
Les catholiques s'emportaient jusqu'à dire que Charles IX avait porté atteinte à l'autorité royale en permettant une autre religion que la sienne. Leurs nobles parlaient d'user « des occasions que la commodité des alliances voisines leur présentera ». Ils ne faisaient pas mystère de leurs sympathies pour l'Espagne. La dernière guerre avait réveillé en eux le sentiment de l'indépendance féodale. Les mêmes velléités de résistance à l'autorité royale se manifestaient dans le Tiers Ëlat. Les villes repoussaient l'ordonnance de Moulins qui afl'aiblissait les juridiclions urbaines, et portaient leurs doléances devant le Parlement, lequel leur donnait raison. Les Réformés attaquaient également le despotisme au nom des libertés féodales. Leurs publicistes faisaient l'apologie du tyrannicide, soutenaient que les rois impies ou injustes manquent à leurs devoirs envers le peuple et perdent ainsi leurs droits souverains. Les gentilshommes protestants s'en tenaient aux réformes poliliques. A côlé d'eux, les ministres se montraient préocccupés des intérêts religieux. Enfin la fraction populaire du protestantisme confondait dans ses grossières insultes les catholiques et la monarchie.
Les chefs huguenots avaient tenu plusieurs assemblées, à Valéry, à Chàtillon, à Rozoy en Brie. Ils résolurent de prendre loflensive, de s'emparer du roi et d'occuper quelques places convenablement choisies. Le 26 septembre 15G7, l'armée de Condé essaya de surprendre le roi au château de Monlceaux près de Meaux; mais Charles IX, averti, regagna celle ville et de là Paris, escorté par les Suisses, que harcelait la cavalerie du prince. Les protestants, malgré leur petit nombre, occupèrent les environs de la capitale et la bloquèrent par la rive droite.
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Le connétable de Montmorency rejeta toute proposition d accommodement, alléguant qu*il fallait bien se servir des Suisses. Il sortit de Paris avec 10000 soldats et 6000 volontaires parisiens impatients de combattre. La petite armée huguenote, divisée en trois masses sous Gondé, Coligny et Genlis, avait pris position dans la plaine Saint-Denis. Une charge impétueuse jeta le trouble dans les rangs de la milice parisienne, qui prit la fuite (10 novembre). Le connétable, blessé au visage, fut. presque achevé d^uncoupde pistolet et mourut le surlendemain.
Les protestants, voulant profiler de cet avantage, demandérent des renforts en Allemagne. Le fils de TElecteur palatin amena 9 000 reltres ou lansquenets. De son côté, La Rochefoucauld tira de Guyenne 18 cornettes et 27 enseignes. Coudé s'élait dirigé sur Chartres pour intercepter les arrivages de k Beauce à Paris. L*armée royale, commandée par le frère du roi, Henri de Valois, vint lui disputer la possession de cette ville. Mais, des deux parts, on inclinait vers la paix. Elle fut conclue à Longjumeau le 23 mars 1568.
Troisième guerre : traité de Saint -Grermain. — C'était une simple trêve. Coligny la désavouait et la qualifiait de « paix pleine d'infidélités, paix sanglante ». Les protestants gardèrent les places qu'ils avaient promis de rendre et continuèrent à détruire les églises et à tuer les prêtres. Les catholiques parlaient de massacrer les huguenots, et quelques-uns ajoutaient que, si le roi s'y opposait, on l'enfermerait dans un couvent. Ils forçaient les prisons pour massacrer les détenus. Ces crimes restaient impunis; les troupes ayant été licenciées, le gouvernement se trouvait désarmé. D'ailleurs le Conseil était profondément divisé. Charles IX témoignait beaucoup d'afTabilité et de bienveillance aux chefs huguenots, mais Henri de Valois affectait à leur égard un insultant mépris. Catherine, loin d'apaiser la jalousie naissante entre les deux frères, s'appliquait à l'aigrir. Elle répudia ses maximes de tolérance, disgracia L'Hôpital et résolut d'en finir avec les protestants par une bonne guerre, où son fils préféré, Henri de Valois, trouverait à s'illustrer. Elle avait déclaré que, si Coligny se présentait à la cour, il y serait comme s'il était mort. Condé, d'abord retiré à Valéry,
s^était rendu dans un de ses châteaux de Picardie avec une «scorte imposante. On lui attribuait de violentes menaces : < Tant que le cardinal de Lorraine sera à la cour, disait-il, la paix ne se maintiendra pas. Je viendrai Ty chercher et, avec son propre sang, je teindrai sa robe noire en rouge. » Ces provocations indisposèrent Charles IX contre les protestants. Il ne pouvait plus douter c de leur damnée entreprise d'établir et <^onstituer en ce dit royaume une autre principauté souveraine «pour défaire la nôtre, ordonnée de Dieu ». II confia à Tavannes le commandement des provinces de Bourgogne, Champagne et Brie. Catherine fit diriger toutes ses forces disponibles vers la Bourgogne. Son plan était d*investir le château de Noyers et ^'en saisir les hôtes, Condé et Coligny.
Le prince, prévenu à temps, se prépara à fuir. Le 23 août, Condé, lamiral et leur famille, accompagnés de quelques centaines de cavaliers, quittèrent Noyers, passèrent la Loire à Sancerre, traversèrent le Berry et le Poitou et vinrent se renfermer à La Rochelle. Cette ville s'était prise d'afTection pour 4es Réformés, depuis que Charles IX avait porté atteinte à -ses franchises municipales. Condé avait écrit à Catherine et 4*avait menacée do représailles, si on touchait â ses corelitgionnaires : « Nous sommes comparables aux fugitifs dlsraèl, «disait Coligny, mais avec cette différence qu'ils sont partis :sans espoir de retour, tandis que, nous, nous reviendrons, au grand dommage de nos adversaires. » Une foule de gentilshommes les avait accompagnés dans leur exode. En Picardie, en Provence, en Dàuphiné, en Languedoc, les huguenots tenaient la campagne. La reine de Navarre, Jeanne d'Âlbret, jréunissait des forces, prenait la direction diplomatique du parti,
•correspondait avec Elisabeth, avec le prince d'Orange et se ■préparait à rejoindre Condé.
Catherine répondit au manifeste de Condé et de Coligny par -des mesures de rigueur contre les protestants. L'exercice de leur culte fut suspendu, les ministres étaient sommés de sortir •du royaume, dans les quinze jours, sous peine de la vie. Tous •ceux qui avaient pris les armes dans la dernière guerre étaient forcés de rendre leurs offices.
Le duc d'Anjou, Henri de Valois, fut nommé généralissime des forces royales, qui se rassemblèrent lentement à Orléans. Pendant ce temps, Condé recevait de Jeanne d'Albret quarante enseignes de gens de pied et huit cornettes de cavalerie. Il 'attendait des renforts de Bretagne et de Provence. L'année 1568 s'écoula sans qu'il y eût de grandes opérations militaires. Le duc d'Anjou descendit en Poitou, pour donner la main au duc de Monlpensier, qui était en Périgord. Condé et Coligny se proposèrent d'empêcher cette jonction, de passer entre les deux armées et de gagner la Bourgogne où ils trouveraient leurs alliés, le prince d'Orange et le duc de Deux-Ponts. Mais l'hiver suspendit les hostilités. Le prince d'Orange, gagné par les promesses et par l'argent du roi, se replia derrière la Moselle. Au commencement de 1569, Condé et Coligny se résolurent à remonter la Dordogne et à pénétrer dans le Quercy, pour y trouver les vicomtes, mais l'armée royale ne leur en laissa pas le temps. Renforcée de contingents qui portaient son effectif à 27 000 hommes, elle les devança et les refoula sur la Charente. Les protestants commirent la faute de ne pas défendrfî suffisamment le passage du fleuve. Coligny rallia en hâte ses esca-
1 drons dispersés et appela Condé a l'aide. La rencontre eut lieu, àJarnac, le 13 mars. Condé n'avait que 250 gentilshommes, à
I opposer aux 4500 cavaliers et aux 800 lances qui l'enveloppaient. Il chargea avec furie, mais ^on cheval ayant été blessé d'un coup de feu, il tomba et ne put remonter en selle. 11 fut tué d'un coup de pistolet tiré à bout portant par Montesquiou. Le duc d'Anjou montra une joie excessive et, pendant deux jours, abandonna le cadavre à la risée de l'armée. La dispartlion de Condé était une grande perte pour le parti protestant. Son neveu, le jeune, roi de Navarre, Henri de Bourbon, fut amené par sa mère à Saintes et nommé généralissime, avec . Coligny pour lieutenant.
Après le combat de Jarnac, les opérations se ralentirent, à cause du manque d'argent. Une escarmouche eut lieu, en juin, à la Roche-Abeille, près de Saint-Yrieix. Les protestants, vainqueurs, adressèrent une requête pour proposer la paix. Charles IX refusa de la recevoir. Coligny prit Chàtellerault et investit Poi-
tiers, où le duc de Guise et le marquis de Mayenne s'étaient retranchés; mais, au bout de six semaines, le 7 septembre, il leva le siège pour se porter contre Tarmée du duc d'Anjou. Le 29, il prit position a Moncontour. Le duc d'Anjou avait environ 18000 fantassins, dont 6000 Suisses; Coligny commandait à 8000 arquebusiers , 4000 lansquenets et 600 chevaliers. Le combat ne dura que deux heures (3 octobre 1569). Guise et Coligny furent blessés. Tavannes et Biron assurèrent le succès, compromis par la témérité de Guise. Coligny recula. Les lansquenets, abandonnés, furent massacrés jusqu*au dernier par les Suisses de Tarmée royale.
L'amiral regagna la Charente. Arrivé à Saintes, il apprit quune sentence du 43 septembre l'avait déclaré criminel de Icse-majesté et condamné a mort, et qu'un arrêt du 28 mettait sa tète à prix. Tandis que le duc d'Anjou s'attardait au siège de petites places, comme Saint-Jean-d'Angély, il assura la défense de La Rochelle, refît son armée dans le Midi et se dirigea à marches forcées vers les frontières de l'Est. Son plan était de réunir assez de troupes pour enlever Paris et conquérir la paix. Déjà il avait obtenu un avantage k Arnay-le-Duc en Bourgogne (27 juin 4570). Le roi lui offrit une trêve.
Charles IX voyait avec jalousie les succès de son frère. Un moment, il avait paru à l'armée pour en prendre sa part. Sou' beau-père, l'empereur Maximilien II, catholique modéré, s'était préoccupé de l'état de la France et avait même pensé à intervenir en faveur des huguenots. Les princes allemands écrivirent à Charles IX. Enfîn l'anarchie du royaume, les intrigues anglaises pour reprendre. Calais déterminèrent le gouvernement à traiter.. La paix fut signée à Saint-Germain, le 8 août 1570. L'exercice, du culte protestant était libre dans tout le royaume. Les protestants devenaient aptes à tous les emplois publics. Ils obtenaient quatre places de sûreté : La Rochelle, Montauban, Cognac et La Charité.'
Ces concessions octroyées aux vaincus de Jarnac et de Moncontoiir parurent exorbitantes aux catholiques intransigeants. « Nous les avons battus et rebattus, écrivit Monluc, mais ce c nonobstant, ils avaient si bon crédit au conseil du roi que les
c édits étaient toujours a leur avantage. Nous gagnons nous < par les armes, eux par ces diables d'écritures. » Les Politiques au contraire applaudissaient à la fin de la lutte : < C*est finir, disait Pasquier, par où nous devions commencer. »
Faveur et projets de Coligny. — Ledit de Saint-Germain, le plus avantageux qu'eussent encore obtenu les huguenots, marqua le début d*un revirement dans la politique royale. Les Guise étaient en disgrâce; Tambassadeur espagnol, Frances (le Âlava, intéressé à perpétuer les discussions, dut s'éloigner de la cour. Coligny y fut appelé. Rétabli dans ses dignités, comblé de faveur, il devint le conseiller écouté du jeune roi, auquel il exposa le grand dessein qu'il avait formé. Depuis longtemps, il méditait de faire diversion aux guerres civiles par une guerre nationale, en combattant le champion du parli catholique européen et l'ennemi naturel de la France, le roi d'Espagne, et de venger ainsi la défaite de Saint-Quentin et le désastre de Floride. Il entretenait des intelligences en Orient. Son gendre Téligny s'était rendu à Conslanlinople, sans doute pour solliciter l'appui des forces navales de la Turquie contre TEspagne. A la fin de la dernière guerre, il avait sondé l'ambition du duc d'Anjou et s'était offert à le seconder, s'il voulait conquérir les Flandres. Dès le 13 janvier 1569, le cardinal de Lorraine écrivait à Philippe II : « Tenez-vous en méfiance. Les rebelles proposent de réunir nos forces avec les leurs pour une attaque générale contre les Pays-Bas. » La conquête des Pays-Bas était en effet la pensée dominante de Coligny. t Qui empêche la guerre d'Espagne, disait-il, n'est bon Français et a une croix rouge dans le ventre. » Il affirmait que les habitants se soumettraient d'eux-mêmes, en haine de l'Es.pagnol, et assurait Charles IX que, « sans grande dépense, ils le feraient seigneur de tous les Pays-Bas, la plupart desquels étaient fleurons tirés de cette couronne, usurpés injustement sur les prédécesseurs du roi ; que justement on pourrait réparer par les armes ce que par les armes on avait perdu ». Au commencement do 1572, la prise de Brielle par les Gueux et l'in surrection de la Zélande donnèrent le signal de la révolte démocratique et calviniste des Hollandais. Dès lors, les hugue
LES GUEURES civiles sous CHARLES IX 141
nots de France furent vivement tentés de secourir leurs coreligionnaires. Ludovic de Genlis prit Tinitiative de conduire au prince d*Orange un corps de réformés français. Guillaume le Taciturne comptait sur Tappui que lui promettait son beaupère, Tamiral Coligny. Eniin le comte de Nassau se rendit a Fontainebleau et offrit au roi la Flandre pour prix de son concours.
Charles IX, avide de gloire et de conquêtes, se sentait disposé à entreprendre cette guerre. Catherine de Médicis Tapprouvait. Mais une lutte contre TEspagne était impossible sans allié. L'Allemagne protestante s'offrait au roi de France. Au début de 1571, l'Electeur de Saxe, qui voulait marier une de ses filles à l'un des frères de Charles IX, suggérait à celui-ci l'idée d'une ligue avec les princes luthériens. Le sultan, informé des projets de Coligny, cherchait aussi à conclure une alliance. Mais la reine mère ne voulait rien décider sans avoir obtenu le concours de l'Angleterre. Dans la crainte qu'Elisabeth ne pensât à épouser Henri de Navarre, et pour la détacher entièrement de Philippe II, elle mit en avant le nom de son fils Henri de Valois.
Elisabeth laissa attendre sa réponse. Un traité fut signé avec l'Angleterre le 29 avril 1572 : la France promettait son appui contre une descente éventuelle de Philippe II sur les côtes anglaises; quant à l'assistance d'Elisabeth, en notre faveur, Catherine de Médicis se convainquit bientôt qu'il était impossible d'y compter. La neutralité de l'Angleterre allait être le principal obstacle au succès de la politique de Coligny.
Charles IX répondit aux sollicitations du prince d'Orange en lui promettant l'appui de ses armes. Genlis fut chargé de cette mission. Un emprunt était négocié à Florence. Une flotte était préparée à La Rochelle, une autre à Bordeaux. Une armée se concentrait en Picardie. A sa tète, Coligny devait envahir l'Artois, la Flandre et le Hainaut.
Cependant Charles IX hésitait à prendre un parti définitif. Il n'osait ni repousser Coligny ni rompre ouvertement avec l'Espagne. Pour gagner du temps, il demanda à l'amiral un mémoire sur l'opportunité de la guerre et les moyens de la soutenir et le lui fil lire au Conseil. Le duc d'Anjou et Tavannes
combattirent les raisons de Goligny, mais le roi se rangea à son avis et donna ordre à Genlis de se porter sur Mons.
La guerre n*était pas déclarée, mais Philippe II n*ignorait rien des desseins de Coligny. C'est en vain que Catherine de Médicis cherchait à endormir ses soupçons par des déclarations pacifiques. Elle était entourée d'étrangers pensionnés par le roi d'Espagne et qui formaient, à la cour, une sorte de bureau d'espionnage, chargé de renseigner le cabinet de Madrid sur tout ce qui se tramait dans le Conseil. De son côté le duc d'Âlbe était averti par le cardinal de Lorraine et par les catholiques. Il prit ses dispositions pour faire avorter Tattaque de Genlis. Le gentilhomme huguenot fut assailli près de Quiévrain. La moitié de ses hommes périrent, lui-même fut fait prisonnier. Trois cents Français à peine s'échappèrent.
Le roi écrivit à Philippe II pour désavouer l'entreprise ; mais Coligny, quoique très désappointé par cet échec, continuait à demander la guerre, offrant de mettre à la disposition du roi 10 000 hommes de troupes. Il réussit à entraîner l'opinion de Charles IX et, lorsqu'il partit pour Chàtillon, il ne doutait pas que la guerre ne fût décidée. Catherine de Médicis, quelques jours absente, avait été tenue au courant de ces nouvelles délibérations. Elle accourut près de son fils et chercha à détruire dans son esprit l'eCTet produit par les suggestions de Coligny, dont elle redoutait maintenant le crédit et la puissance. Le duc d'Anjou et Tavannes parlèrent dans le môme sens, représentant la force militaire des protestants, la facilité qu'ils avaient de mettre sur pied une armée, jugeant l'offre faite par Coligny comme un défi porté à l'autorité royale. « Celui de vos sujets qui vous porte de telles paroles, conclut Tavannes, vous lui devez faire trancher la tête. » L'amiral, averti, reparut au Conseil et, s'adressant à la reine mère : c Madame, dit-il, le roi se refuse à entreprendre cette guerre. Dieu veuille qu'il ne lui en survienne pas une autre dont il ne sera peut-être pas en son pouvoir de se retirer! » L'expédition n'eut pas lieu; mais Charles IX laissa toute sa confiance à Coligny et même l'autorisa à faire des levées en son nom personnel. Il continua aussi les négociations commencées avec les puissances protestantes.
Le mariage du roi de Navarre avec la sœur du roi de France paraissait devoir être le gage d'une réconciliation entre catholiques et protestants.
L.6S < noces vermeilles » : la Saint-Barthélémy. — L*idée première de ce mariage était venue de la maison de Montmorency. Le roi et sa mère y virent le moyen de s'attacher le royaume de Navarre, de soustraire le jeune chef des huguenots à ses conseillers ordinaires et de l'attirer, par les séductions de la cour, dans le parti royal. Coligny était d'abord opposé a ce projet, il chercha vainement à en détourner Jeanne d'Albret; le 11 avril 1572, à Chenonceaux, avec Catherine, elle signa le contrat de mariage. Elle se mit ensuite en roule vers Paris. A peine arrivée dans la capitale, elle mourut (10 juin). Vainement Marguerite de Valois avait supplié le roi de ne pas la contraindre à cette union. Vainement aussi le pape et le roi d'Espagne avaient tenté de dissuader Charles IX. « Do l'avis de tout mon conseil, répondit-il au cardinal Alessandrino, je suis décidé à donner ma sœur au prince. » Et il ajouta : « Je n'ai pas d'autre moyen de me venger de mes ennemis. i> Catherine de Médicis se félicitait de cette alliance, dans une lettre adressée au duc de Florence : « Nous sommes à espérer plus de repos en ce pays que nous n'en avions jusqu'ici.- » Cependant les dispenses demandées à Rome tardaient à venir. Charles IX, impatient, parlait de marier sa sœur en plein prêche. Enfin le 18 août, le cardinal de Bourbon fit un simulacre de mariage devant le porche de Notre-Dame.
La mort subite de la reine de Navarre, que l'opinion publique attribuait à un empoisonnement, avait causé dans les esprits un premier trouble. Elle ne découragea pourtant pas les gentilshommes protestants, qui, au nombre de plusieurs centaines, vinrent prendre part aux fêtes et solliciter les grâces royales. Leur présence, leurs bravades ranimèrent les vieilles haines d'une population demeurée très catholique. « Le sang mua » aux Parisiens. Le prévôt des marchands adressa des remontrances au roi; menaçant de s'expatrier avec cinq cents bourgeois de la cité, qui se disaient opprimés dans leur foi. Les gens de métier cessaient leurs travaux, les marchands fer-
maicnt boutique, les prédicateurs en chaire redoublaient de malédictions contre Fhérésie. La milice fourbissait ses armes^ préparait les piques. Des chansons circulaient où il était que»* tion d*égorger les huguenots. Les catholiques exaltés se disaient prêts à « faire merveille » et juraient que ces noces auraient une « livrée vermeille ».
Ces sentiments étaient ceux d'une partie de la cour. Le» chefs du parti catholique, Guise, le maréchal de Tavannes, le duc de Nevers, jaloux de la faveur accordée à Coligny, les Italiens Gondi, sire de Retz, Strozzi, Birague, vendus à TEspagnc* voulaient saisir cette occasion pour se débarrasser de leurs ennemis rassemblés. Ils comptaient sur Tappui de Catherine et du duc d*Anjou. Charles IX, jaloux de son autorité, supportait chaque jour plus malaisément les avis et les remontrances de sa mère et de son frère. Catherine sentit le pouvoir lui échapper; elle entrevit la disgrâce, Texil même, et, à cette pensée, son orgueil se révolta. La mort de Coligny fut résolue. Le 22 août, comme il sortait du Louvre, Tamiral fut atteint d'un coup de feu au bras par Maurevel, le « tueur » de la reine (on a cité aussi le bravo florentin Tosinghi). A cette nouvelle^ le roi se transporta chez Coligny. c La blessure est pour vous^ lui dit-il, la douleur est pour moi. »
Le coup était manqué : l'amiral avait échappé à la mort et n'était que plus cher au roi. Le bénéflce de l'attentat était perdu, ses funestes conséquences apparurent alors à Catherine. Les amis et les partisans de Coligny n'allaient-ils pas couric aux armes et chercher à venger leur chef? Elle le crut ou feignit de le croire. Le Conseil convoqué, elle déploya toutes les ressources de son habileté pour convaincre Charles IX de l'existence d'un complot, lui montra sa personne royale et l'Etat même menacés. Quant à elle, elle se disait prête à se retirer dans le camp catholique avec le duc d'Anjou. Tavanne» jugea la guerre inévitable. Gondi conseillait de prendre l'ofl'ensive. Le roi, ébranlé, épouvanté, s'écria, dans un emportement de colère, qu'on en finît avec les huguenots et u'on les tuât tous, afin qu'il n'en restât pas un pour lui reprocher le massacre. Le Conseil se rallia-t-il tout entier à cet avis? Catherine
voulait-elle une exécution en masse ou simplement Tarrestation des principaux chefs? Le roi revint-il ensuite à des sentiments plus modérés? La responsabilité de la décision finale pèset-elle uniquement sur les Guise, empressés de venger leur père à la faveur d*un soulèvement universel? Les causes immédiates de la Saint-Barthélémy demeurent encore obscures. Ce qui parait bien certain c*est que la résolution défmitive n^était pas préméditée. L'ambassadeur espagnol, Cuniga, écrivait le 31 août : < L*amiral n*ayant pas été tué et sachant d*où le coup partait, et crainte de sa vengeance, ils se sont décidés à ce qu'ils ont fait. »
Le 24 août, fête de la Saint-Barthélémy, sur les deux ou trois heures de la nuit, la cloche de Saint-Germain-rAuxerrois retentit et le tocsin de toutes les églises se mit à sonner. Henri de Guise avait averti le prévôt des marchands, Charron, qui fit convoquer les capitaines des quartiers et prendre les armes à la milice boui^eoise. Les maisons où logeaient les gentilshommes huguenots avaient été d avance marquées à la craie. Dès que le signal eut été donné, le duc de Guise et les siens envahirent Thôtel de Coligny. L amiral fut égorgé et son corps jeté dans la cour, abandonné aux outrages de la populace. La plupart des protestants furent surpris dans leurs lits. Le roi de Navarre et Condé, logés au Louvre, furent sommés d'abjurer, sous peine de mort. On tua jusque dans le palais. Si Ton en croit d'Aubigné, Charles IX aurait tiré d'une fenêtre sur les protestants qui passaient la Seine. La frénésie du meurtre et du carnage s'empara de tous et, sous couleur de religion, les haines et les vengeances particulières se donnèrent satisfaction. Pendant trois semaines, Paris fut un champ de carnage. La même ivresse homicide ensanglanta les provinces. On estime le nombre des victimes a 2000 pour la capitale, à 6 ou 8000 pour le reste de la France.
Quatrième guerre : édit de La Rochelle. — La royauté essaya de se justifier et publia tour à tour deux versions difTérentes de l'événement. Elle le présenta d'abord comme l'efTet d'une querelle particulière entre les maisons de Guise et de Châtillon. Puis, elle prit hardiment l'entière responsa*
Histoire oiiciiiALB. V. 10
bilité du massacre, alléguant une rébellion de Tamiral et de ses partisans. Le Parlement fit le procès à leur mémoire. Le pape crut d'abord à une conjuration des huguenots et, persuadé que le roi n'avait fait que se défendre, célébra la Saint-Barthélémy par des actions de grâces. L'ambassadeur d'Espagne se félicita de cette sanglante exécution comme d'une victoire diplomatique, sûr que les alliances protestantes se déroberaient désormais à nous. Schomberg, envoyé en Allemagne, se plaignait en effet que toute sa négociation s'en fût allée en fumée. Cependant Charles IX lui écrivit que jamais il n'avait été mieux en état de secourir ses alliés, depuis que la mort de l'amiral avait mis fin aux divisions intérieures. Catherine reprit pour son compte le programme de Coligny. Elle se flatta d'obtenir le concours des Etats protestants, sans cesser d'avoir l'appui officiel des puissances catholiques. Elle renvoya Schomberg en Allemagne, dépêcha Solignac en Angleterre, sollicita pour son second fils le duc d'Anjou la couronne alors vacante de Pologne, pour le troisième, le duc d'Alençon, la main d'Elisabeth et le trône d'Angleterre, pour un prince français l'expectative de la couronne impériale.
Tandis que la diplomatie française luttait au dehors contre la défiance et la défaveur, la royauté, jusque-là respectée, était pour la première fois directement exposée aux attaques et aux invectives. Les écrivains protestants dénoncent les abu» manifestes de l'absolutisme et veulent une monarchie tempérée, limitée par la noblesse. Hotman, dans son livre intitulé Franco- Gallia, soutient que les Etats généraux sont souverains et que leur pouvoir va jusqu'à déposer les rois. L'auteur des VindicÙB contra tyrannoSy qui est sans doute Duplessis Mornay, veut • aussi une royauté contrôlée et surveillée par une aristocratie composée des nobles, du Parlement et des magistrats des villes. C'est à la noblesse que s'adresse le Tocsin; l'auteur de ce pamphlet l'adjure de ne pas fléchir le genou devant Baal. Enfin l'organe des huguenots exaltés, le Réveille-matin des Français ne recule pas devant l'apologie du tyrannicide.
Dans le Midi et dans l'Ouest, on courut aux armes. Les réformés se défendirent énergiquement à Sancerre et à La Ro-
^ chelle, qui supporta dix assauts. Pendant ce siège, Henri de I Valois, chef de Farmée royale, apprit^on élection au trône de ; Pologne. Cette circonstance hâta la conclusion de la paix. ^Le traité de La Rochelle (24 juin 1573) accorda aux huguenots tout ce qu'ils demandaient : liberté de culte à tous les hauts justiciers et aux habitants de La Rochelle, de Nîmes et de Montauban. Ces trois villes étaient exemptes de garnisons royales et le roi promettait de n*y pas élever de citadelle. Charles IX consentit de plus à permettre la réunion de deux assemblées i Nîmes et à Montauban. Celle-ci eut lieu le 24 août 1573, jour anniversaire de la Saint-Barthélémy. Elle exigea la réhabilitation des victimes et des garanties pour l'avenir. Les députés réclamaient des poursuites contre les auteurs du massacre, la restitution des biens, offices et dignités à ceux qui en avaient été privés, l'admission des protestants dans toutes les écoles, l'entretien aux frais de l'État de leurs soldats et de leurs ministres, le droit de garder eux-mêmes leurs villes, la création d'une Chambre réformée dans chaque Parlement, enfin deux placés de sûreté. C'était demander au roi la reconnaissance de l'existence légale de V Union protestante. L'organisation politique de cette Union fut élaborée dans les assemblées tenues à Milhau, en décembre 1573 et en juillet 1574. La base fut l'autonomie des villes, qui usurpèrent peu à peu l'administration. La Rochelle et Montauban confièrent l'autorité à des chefs électifs, pris dans la bourgeoisie. Ensuite ces républiques urbaines se fédérèrent. Il fut décidé que chaque généralité aurait son assemblée et que les délégués des généralités formeraient les Etats généraux de l'Union. Ainsi se constitua au sein du royaume une république fédérative, où l'élément aristocratique ne tarda pas à dominer. L'occasion était propice pour une offensive hardie. Comme au temps de la conjuration d'Âmboise, les huguenots pouvaient compter sur les mécontents.
Conjurations contre Charles IX. — Les causes de mécontentement sont nombreuses. Toutes les provinces se plaignent des charges excessives causées par les troubles persistants et aussi par le luxe et le faste croissant de la cour et des princes. La misère est partout. Le gouvernement est trop
faible pour y porter remède. Depuis la Saint-Barlhélemy, Tautorité souveraine est passée au duc d*Anjou, lieutenant général du royaume. Lorsque Henri de Valois s'est mis en route avec les députés polonais, le 29 septembre 1573, Charles IX trouve un nouveau rival dans la personne de son frère cadet, François d'Alençon, qui cabale avec les mécontents et devient le chef de l'opposition. Dans Tentourage du roi, la rivalité divise les maisons de Guise et de Montmorency. On accuse le cardinal de Lorraine de pousser à la révolte les catholiques de Saintonge. En Poitou, le propre lieutenant du roi prêche l'insurrection, invite la noblesse i s'attaquer aux abus et envoie des députés à l'assemblée de Milhau. L^armée royale n'obéit plus. La fidélité des Suisses est douteuse. Charles IX songe un moment à convoquer à Compiègne une Assemblée des Notables, mais il reconnaît bientôt que le projet est irréalisable : les chemins sont si peu sûrs que les envoyés royaux manquent de tomber au pouvoir des rebelles. La royauté s'avoue impuissante. Sa faiblesse enhardit les opposants : partisans de la tolérance, dégoûtés des massacres, catholiques modérés, adversaires de l'absolutisme ou de la reine mère, ambitieux qui pressentent un nouveau règne et croient le moment venu de se faire valoir. « Ils ont pris le nom de politiques », dit Hotman. Avec l'appui du duc d'Alençon, ils ont demandé que l'on ftt revivre l'ancienne constitution française, en convoquant les États généraux. C'est le plus c grand coup porté à la tyrannie ».
François, duc d'Alençon, était recherché à la fois par tous les partis; Ludovic de Nassau lui promettait de l'établir en Flandre. L'assemblée de Milhau avait conclu un accord avec lui. La majorité du Parlement lui était acquise. Il avait pour auxiliaires et complices Henri de Navarre, Montmorency, le L'Hôpital d'épée, comme on l'appelait à cause de sa gravité et de son amour de la légalité, les frères de celui-ci, Thoré et Méru, le vicomte de Turenne, Montgomery, les massacreurs de la veille Dam ville et Coconas, enfin le mignon dépravé et dévot, confident du duc d'Alençon, La Môle. Le but de la conjuration était ' de réclamer les États généraux, de faire donner à François le titre de lieutenant général et peut-être de lui assurer la succès-
LES GUERllES CIVILES SOUS HENRI III 149
sion de Charles IX au délriment du roi de Pologne. Le duc et Henri de Navarre étaient retenus au château de Saint-Germain, dans une demi-captivité. Il s*agissait d'abord de les en tirer. Une première tentative échoua en février 1574. Une nouvelle évasion des princes fut fixée au 8 avril. Ils devaient gagner Mantes, puis Sedan, où le duc de Bouillon leur offrirait un asile. Une indiscrétion de La Môle empêcha tout. Le bruit courait que les conjurés voulaient tuer le roi et la reine. Charles IX, épouvanté, s enfuit au château de Yincennes. Toute la cour éperdue ïy suivit. La Môle et Coconas, arrêtés, furent condamnés à mort et exécutés le 30 avril. François d*Alençon se disculpa assez mal devant le Parlement. Le roi de Navarre se justifia dans un mémoire adressé à Catherine; des perquisitions furent faites à Chantilly et à Écouen, chez Thoré. François de Montmorency et Cossé-Brissac furent mis à la Bastille, puis, faute de preuves, relâchés. Montgomery, cerné dans Domfront, capitula le 26 mai, après une résistance héroïque. Charles IX ne jouit pas longtemps de son autorité recouvrée. Il mourut le 30 mai 1574.
Coi^jurations contre Henri m : paix de Monsieur.
— Pour la seconde fois Catherine allait exercer le pouvoir. Fidèle à son système de bascule, elle favorisa les Guise, en haine des Montmorency et pour conlre-balancer la puissance du duc d'Alençon et du roi de Navarre. La régence prit fin au bout de sept mois. Henri III, prévenu de la mort de son frère, avait précipitamment abandonné son trône de Pologne et s*était acheminé vers la France. Il y arriva au commencement de Tannée 1575, fut sacré à Reims le 13 février et fit ensuite son entrée à Paris, après avoir épousé Louise de Vaudémont. Le nouveau roi était justement suspect d admiration pour le pouvoir despotique. Ses premières exigences fiscales lui valurent de la part des Parisiens de sévères avertissements : « Savez trop
mieux, disaient ceux-ci, que le prince qui lève et exige de ses sujets plus qull ne doit, aliène et perd la volonté de ses sujets de laquelle dépend Tobéissance qu'on lui donne. » L'obéissance fut de courte durée. La conjuration des politiques et des huguenots se reforma. François de Valois réussit à se sauver de la cour, au mois de septembre, et lança un manifeste. Comme prix du concours que lui promettaient les Réformés, il leur ofTrait la liberté de conscience. Il voulait pour lui-môme une augmentation d apanage, pour Condé la Picardie, la Bourgogne et ses dépendances, pour Conti une nouvelle compagnie de cent hommes d*armes. Damville soulevait le Languedoc, Montmorency groupait autour de lui une nombreuse noblesse. Condé était allé recruter des troupes en Allemagne. L*avant-gardc de son armée, composée de 2000 reîlres, pénétra en France, sous le commandement de Montmorency-Thoré. Guise se porta à sa rencontre. Une escarmouche eut lieu à Dormans (10 octobre). 11 n'y eut qu'une cinquantaine de tués de part et d'autre. v Cette facile victoire fut célébrée par le parti catholique comme un triomphe. Henri de Guise, qui avait reçu au visage un coup d'arquebuse, fut proclamé digne de son père et, sous le surnom du Balafré, devint idole des Parisiens. Catherine de Médicis, déjà défiante de lui, fit suspendre les hostilités par la trêve de Champigny. Mais la fuite du roi de Navarre qui, à son tour, s'était évadé du Louvre en février 1576, amena une reprise des hostilités. Henri de Bourbon abjura le catholicisme, courut à La Rochelle où on le nomma protecteur des églises réformées et formula à son tour ses doléances. Il réclamait 200 000 livres sur la dot de sa femme, exigeait le gouvernement effectif de la Guyenne, sollicitait le secours du roi pour recouvrer le royaume de Navarre et prétendait jouir, sur ses terres, du droit de nommer les officiers, les juges et de disposer des biens ecclésiastiques. Le gouvernement, inquiet de la détresse financière, de l'insubordination des troupes, s'effraya de cette nouvelle prise d'armes. Catherine encouragea son fils à se rapprocher des politiques. Le duc d'Alençon offrit sa médiauion. La paix de Beaulieu, dite de Monsieur, fut signée au Wintemps de 1576. François de Valois obtenait l'Anjou, la
Touraine, le Berry; le roi de Navarre, la Guyenne; Condé, ' /^ ^u, ^// la Picardie. Les Guise avaient pour leur part cinq gouvernements. Aux protestants le roi accordait lexercice du culle, sauf à Paris et à la cour, des Chambres de justice et huit places de j / -' ^ ^ • '^ sûreté. Henri III consentait à désavouer la Saint-Barthélémy, à restituer les biens des victimes, à réhabiliter Coligny, Montgomery, La Môle et Coconas. Il promettait de convoquer les États généraux dans le délai de six mois. Cette paix était une capitulation de la royauté et comme le premier acte d'abdication de Henri 111. Le parti des princes obtenait les satisfactions d'ordre politique que son ambition égoïste avait recherchées. Les Réformés, outre la satisfaction morale de forcer Tancien vainqueur de Jarnac à renier le passé, acquéraient de nouvelles garanties. L assemblée de Nîmes, en 1575, venait de compléter l'organisation ébauchée en 1573 et en 1574. La République protestante avait désormais ses lois pour la religion, le gouvernement civil, la justice, Tarmée, le commerce et les finances. Sur ce type allait se constituer Tunion catholique, la Ligue.
Début de la Ligue. — Depuis longtemps, les catholiques avaient formé des unions locales dans les régions exposées aux entreprises des prolestants. Dès 1563, à Toulouse, une ligue est créée c entre l'état ecclésiastique, la noblesse et la commune du Tiers, pour défendre Thonneur de Dieu et de son Église catholique et romaine ». Il en est de même à Angers en 1565, à Dijon en 1567, à Bourges, à Troyes eii 1568. Mais ce fut surtout après la paix de Beaulieu que les associations particulières sie multiplièrent. En Chanipdgne, en Bourbonnais, en Nivernais, en Normandie, en Bourgogne, les fédérés s'unissent « pour Thonneur de Dieu, service du roi, bien et repos de la patrie ». Ces premières ligues, issues de l'initiative spontanée des catholiques, sont composées de bourgeois, de gens raisonnables, dévoués à la royauté, sincèrement émus de périls auxquels semblent exposées la religion et la monarchie. A leur tour, les nobles adoptent le principe de l'union . Le gouverneur de Péronne, d'Humières, organise une ligue de princes, seigneurs et gentilshommes. L'objet est d'abord de rétablir la loi de Dieu et de conserver le roi; mais il s'8git aussi de < restituer aux
provinces du royaume les droits, prééminences, franchises et libertés anciennes, telles qu*elles étaient au temps du roi Clovis, et encore meilleures et plus profitables, si elles se peuvent inventer ». C'est le langage qu'avaient tenu jusque-là les théoriciens du parti protestant. Comme eux, les catholiques en viennent à invoquer contre l'absolutisme Tancienne constitution française. Le formulaire rédigé par les nobles de Picardie fut peu à peu adopté dans tout le reste de la France. Le mouvement fédératif aboutit i l'organisation d'une confédération générale, dont le plan circula à Paris et dans les provinces. L'union est déclarée obligatoire pour tous les catholiques, « qui seront avertis et sommés secrètement par les gouvernements particuliers d'entrer dans l'association, de la fournir d armes et d'hommes.... S'il advient qu'aucun des associés, après avoir prêté serment, se veuille retirer, tels réfractaires seront ofTensés en leurs corps et biens comme ennemis de Dieu, rebelles, perturbateurs. » Tous les seigneurs sont solidaires et se doivent un mutuel secours « pour avoir vengeance des offenseurs, soit par voie de justice ou des armes, sans nulle acception de personnes 9. Enfin les associés devront obéissance absolue à leur chef et s'engager à verser pour lui leur sang.
Ce chef n'est pas désigné; mais les sympathies des ligueurs vont naturellement à Henri de Guise. Ils promettent d'obéir au roi, mais ils jurent par avance fidélité à ceux qui, après la maison de Valois, « seront appelés par la loi du royaume à la couronne ». Ces légitimes héritiers selon la Ligue sont clairement désignés dans un opuscule de l'avocat David (mort à Lyon en novembre 1576). C'est un factum adressé au pape qui est prié de prononcer la déchéance des Capétiens au profit des vrais rejetons de Charlemagne, les princes lorrains. Le duc de Guise, chef de la Ligue, devait achever l'extermination des protestants, se débarrasser du duc d'Anjou et faire tondre le dernier des Valois. Toute cette propagande eut quelque retentissement dans les campagnes, où les paysans espéraient ne plus payer d'impôt, mais elle eut moins d'écho dans les villes. Beaucoup refusèrent d'entrer dans la coalition aristocratique. La Ligue est donc en premier lieu une vaste confrérie de catholiques français résolus
à « rétablir la loi de Dieu » et à combattre la Réforme. C*est ensuite une nouvelle ligue du Bien public, qui, sous le couvert de la religion catholique, réédite le programme protestant des revendications nobiliaires; et le chef des futures conjurations j est un prince étranger, candidat éventuel à la couronne de ] France.
Les premiers États de Blols; paix de Bergerac. — Les États de Blois fournissent à la Ligue Toccasion de s*affirmer et de prendre conscience d'elle-même. Les ligueurs réussirent par la fraude et la violence a écarter les protestants et les politiques. Il y avait 329 députés, dont 104 pour le Clergé, 75 pour la Noblesse et 1 50 pour le Tiers Etat. La séance d'ouverture eut lieu le 6 décembre 1576. Le roi fit une harangue éloquente, mais sans beaucoup de conviction. Le clergé lui rappela qu*il avait fait à son sacre serment d*exterminer les hérétiques. Le Tiers Etat était divisé sur la question religieuse, mais les députés de Paris s'accordèrent avec les nobles et les prélats pour vouloir la guerre. La majorité des gouvernements conclut à la rupture de la paix de Beaulieu, à Tinter-» diction de la Réforme et à l'expulsion des ministres. Quand il' ^ fallut voter les subsides, l'assemblée se montra beaucoup moins^ pressée de fournir au roi l'argent nécessaire à la guerre que d'usurper la puissance législative; il fut question de former une commission tirée des Etats, laquelle contrôlerait le gouvernement. Le conflit survenu entré les trois ordres rendit ce projet impossible. Henri III profita de ces dissentiments et, lorsqu'après un mois de discussion, le Tiers eut refusé tout sub- 1 side, il congédia l'assemblée. Le 1"*' jauvier 1577, un édit déclara que, suivant Tavis et requête des députés, le roi entendait qu'il n'y eût plus d'autre religion que la catholique. Henri III conformait sa volonté à celle des ligueurs. Il avait cru habile de se proclamer leur chef; mais les catholiques se refusèrent à croire à sa bonne foi.
Les protestants, mis hors la loi, prirent l'offensive. Ils formèrent à La Rochelle une contre-ligue, où entrèrent le roi de Suède, le roi de Danemark, la reine d'Angleterre, les princes allemands. Gondé déclara, dans son manifeste, que les hugue-
nots étaient forcés de prendre les armes pour délivrer les Français de la servitude infâme où ils étaient assujettis. Là guerre s'engagea au mois de mai 1577. La religion n'est plus guère alors qu'un prétexte. Henri de Guise et Henri de Navarre sont des chefs de partis. « Pour la religion, disait de Thou, tous deux font parade; c'est un beau prétexte pour se faire suivre par ceux de leur parti, mais la religion ne les touche ni Tun ni lautre. » Les mêmes personnages sont tour à tour des séditieux ou des favoris du souverain. Les princes du sang se partagent entre les partis opposés. La royauté, ennemie des protestants en France, s*allie aux protestants des Pays-Bas. La guerre n'est plus qu'un brigandage organisé, qu'une série de chevauchées audacieuses, où se révèlent l'habileté et la bravoure des capitaines. Il est impossible de recruter des troupes si on ne leur promet le pillage. Toute ville prise est la proie d'un vainqueur sans scrupule et sans pitié. Enfin, s'ajoutant à toutes les misères, la peste, en 1S79, fait 30 000 victimes à Paris et, durant quinze ans, devient chronique. La prise d'Issoire, puis celle de Brouage, enlevés aux huguenots, furent suivies de la paix de Bergerac (17 septembre) qui renouvelait la paix de Beaulieu. La question des Pays-Bas. — Pendant les trois années qui suivent, les partis observent en France une trêve générale. L'intérêt de la lutte est alors aux Pays-Bas. François de Valois, maintenant duc d'Anjou, reprenant l'idée suggérée autrefois à son père par Coligny, avait 'imaginé de se constituer dans le Nord une principauté et d'unir ce pays à l'Angleterre, en devenant l'allié et même l'époux d'Elisabeth. Henri HI, d'abord favorable aux desseins du duc d'Anjou, prit peur de l'Espagne et prévint Philippe H. La paix signée à Bergerac, le duc d'Anjou se rendit à Paris et pressa le roi d'envoyer des secours en Flandre. Henri HI lui interdit de quitter la cour et le fit même arrêter. Une réconciliation eut lieu, mais le duc continua d'être étroitement surveillé. Au mois de février 1578, il s'échappa, gagna Angers et ramassa une armée. Quelques mois plus lard, il était proclamé « défenseur de la liberté des Pays- Bas contre la tyrannie des Espagnols » (traité d'Anvers, août 1578). A peine eut-il franchi la frontière, les déboires com-
mencërent '. Dès le début de l*année 1579, le duc d'Anjou, découragé, avait abandonné les Pays-Bas.
Henri III, intimidé par la Ligue, n avait osé le soutenir. Il alla même jusqu'à révoquer les concessions faites aux protes* tanls par le traité de Bergerac. Henri de Navarre reprit les armes et attaqua Cahors, ville donnée en dot à Marguerite de Valois et jusque-là refusée à son mari. La place fut emportée par un vigoureux coup de main. Ce brillant fait d'armes rendit les ligueurs plus traitables. Us consentirent à la paix de Fleix (26 nov. 1580). Les huguenots conservaient la liberté de conscience, mais Texercice du culte était limité. Des chambres mi*parties devaient être instituées dans le Midi.
Le 19 septembre 1580, les ambassadeurs des États généraux des Pays-Bas et le duc d'Anjou avaient signé à Plessislez-Tours un traité que ces Etats ratifièrent le 23 janvier suivant. Le duc d'Anjou devenait prince et seigneur des Pays-Bas. Il chassa Farnèse de Cambrai, puis il s'en alla à Londres où, pendant quatre mois, Elisabeth se plut à le leurrer d'espérances. Londres devint alors le centre de la politique européenne. Henri de Guise comprenait que le meilleur moyen de ruiner la Réforme en France et aux Pays-Bas était d'enlever à ces pays l'aide des protestants anglais et écossais. Aussi songeait-il à délivrer Marie Stuart, à renverser Elisabeth et à restaurer le catholicisme en Angleterre. Philippe II promettait à Guise des chevaux et de l'argent. Mais il se méfiait, au fond, des Guise, qu'il soupçonnait de vouloir conquérir l'Angleterre pour les Français. Il était aussi inquiet de la politique de Henri III, qui, en dépit de ses assurances amicales, favorisait l'entreprise du duc d'Anjou. Le roi de France prenait en effet nettement parti contre les Guise et contre l'Espagne. Il pressait le mariage de son frère et d'Elisabeth. Il s^adressait à la Turquie, à Venise, concertait avec le roi détrôné de Portugal une expédition aux iles Açores. Mais tout lui fut contraire. Elisabeth refusa de se déclarer. La flotte ottomane fut ramenée à Constantinople et les Turcs occupés chez eux par une guerre avec la