‹ Histoire générale du 4e siècle à nos joursChapitre 15 sur 125 · Voir ci-dessous, chapitre iv {Les Pays-Bas · texte numérisé non relu

Voir ci-dessous, chapitre iv {Les Pays-Bas

Perse. Deux entreprises maritimes aux Açores échouèrent. Venise resta neutre. Henri III avait confié l'expédition de Flandre au maréchal de Biron et au duc de Monlpensier. Le duc d'Anjou s'était fait proclamer duc de Brabant et d*Anvers; on verra plus loin les détails de sa campagne. Il dut revenir en France. Il mourut le 11 juin 1584.

La Ligue parisienne. — Henri III n avait pas de postérité. L*héritier de la couronne était désormais le plus proche parent du roi : Henri de Bourbon, roi de Navarre, qui devient « la seconde personne du royaume ». Or il était protestant. Henri III lui dépêcha d'Epernon pour le presser d'abjurer; il refusa. La royauté de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis, sanctifiée par le sacrement de Reims, devait-elle donc appartenir à un hérétique relaps, au Prolecteur des églises réformées de France? Telle fut la question que se posèrent les consciences catholiques et qui ranima tout à coup les passions religieuses. La Ligue depuis longtemps languissait. Elle ressuscita avec une intensité nouvelle et prit le caractère d'un mouvement populaire et révolutionnaire, dont le centre fut Paris.

Dès la première année de son règne, Henri III avait mécontenté les Parisiens par ses demandes d'argent. Le gouvernement toujours besogneux recourait aux expédients fiscaux les plus vexatoires : création de taxes arbitraires, de capitations, d'offices, saisie des rentes de l'Hôtel de Ville, double paiement des charges judiciaires. Le Parlement protestait contre les édits bursaux imposés de force. En 1582, le roi fait ouvrir par violence la caisse municipale et arrache au receveur de la ville la somme de 200 000 livres. Depuis vingt-cinq ans, le clergé avait fourni 30 millions d'écus d'or. Les évêchés et les abbayes étaient vendues à des laïques. Le bas clergé se plaignait d'être frappé de décimes extraordinaires. Or quel était l'eniploi de ces ressources? Les dépenses de cour en absorbaient la meilleure partie. L'entretien de la ménagerie royale coûtait au roi 100 000 écus par an. Il payait les dettes de ses mignons, les dotait, se ruinait en cadeaux, en fêtes, en prodigalités inouïes. Au mariage de d'Épernon, Henri lil lui fit don de 400 000 écus et ofl'rit à la mariée un collier de perles de 100 000 écus. — Ce

luxe extravagant est une insulte permanente à la misère générale. Les dérèglements d'un roi sensuel, superstitieux et hypocrite, sont un scandale pour les catholiques sincères. Les actes despotiques qui alternent avec les bouffonneries portent atteinte aux privilèges de la capitale : le roi nomme lui-même le prévôt des marchands, refuse aux Parisiens le droit de se défendre, se charge de la répresion des émeutes. En 1585, Topposition est prête. Gens du Palais, défenseurs des libertés publiques, bourgeois et artisans des corporations troublés dans leur foi, dans leurs intérêts et dans Texercice de leurs franchises, docteurs de Sorbonne, prêtres et moines, théoriciens passionnés de la souveraineté pontificale et de la souveraineté populaire, ambitieux qui sont flattés de frayer avec les grands seigneurs, nécessiteux séduits par les deniers de TEspagne et des princes, conspirateurs et aventuriers, tous les fauteurs de désordre vont s'agiter pendant les années qui suivent et constituer un véritable gouvernement, la Commune de P^ris.

La Ligue parisienne débute par des conciliabules secrets, par un comité de surveillance chargé d*obser\'er la conduite du roi. Les réunions ont lieu de préférence chez Santeul. Là, Michel Marteau, maître des comptes, propose de donner à Paris une organisation militaire. La capitale est divisée en 5 circonscriptions, chacune ayant un colonel et quatre capitaines. La direction supérieure est confiée à un conseil, dit conseil des Seize ou les Seize j à cause du nombre des quartiers de la ville. Les promoteurs, Hotman de la Rocheblond, Jean Prévost, curé de Saint-Séverin, Jean Boucher, curé de Saint-Benoit, Mathieu de Launay, docteur en théologie, s'adjoignirent tous ceux qu*ils jugeaient les plus propres à former la Sainte-Union de Paris. Le conseil fit acheter des armes pour 6000 écus et recruta une milice communale dans le menu peuple des mariniers, bouchers, marchands et courtiers de chevaux. L'eiTectif de l'armée parisienne fut fixé à 30000 hommes. L'Union se mit ensuite en rapport avec les autres villes du royaume, les invitant à s'organiser, à créer des conseils qui correspondraient avec l'autorité parisienne, recueilleraient de l'argent et des hommes. On décida enfin de réclamer les secours du pape et de l'Espagne.

|ro j Traité de Nemours. — La mort avait délivré, la même année, Philippe II de ses deux adversaires dans le nord, le duc d'Anjou et le prince d'Orange. Charles-Emmanuel, son gendre, devenait son lieutenant en Italie. Il cherchait à entraîner Sixte- Quint en lui parlant de croisade, essayait de corrompre Heiïri de Navarre et de le pousser à la guerre contre Henri III. Mais son agent le plus docile fut le duc de Guise.

Henri de Guise avait besoin d'argent, la cour de Madrid lui en offrit. Des conférences eurent lieu à Nancv et au château de Joinville, à la fin de 1584 et au commencement de 158S : Philippe II subventionnait la Ligue et se chargeait de l'entretien de 4000 reîtres et de 6000 Suisses. En retour, les princes s'engageaient à restituer Cambrai, et à combattre les rebelles des Pays-Bas. Le duc de Guise promettait de ne pas s'unir à Henri III contre le roi d'Espagne. Les seigneurs reconnaissaient comme seul héritier à la couronne le cardinal de Bourbon, « à l'exclusion des autres princes du sang, tous hérétiques et relaps j>. Dans le manifeste daté de Péronne (31 mars 1585), ils jurent c de tenir la main forte et armée à ce que la Sainte Eglise de Dieu soit réintégrée en sa dignité et en la vraie et seule catholique religion, que la noblesse jouisse, comme elle doit, de sa franchise tout entière et le peuple soit soulagé, les nouvelles impositions abolies et toutes crues ôtées, depuis le règne du roi Louis XII ». Les seigneurs, passant aussitôt à l'action, occupent la Champagne, les Trois-Evêchés, la Normandie, la Bretagne, les places de la Loire et le Dauphiné. Guise surprend Châlons-sur-Marne, Toul et Verdun. Le duc de Mavenne se rend maître de Dijon. Le duc de Lorraine prête secours aux révoltés. Le duc de Parme se rapproche de la frontière française pour leur donner la main en Champagne et en Bourgogne.

En prenant ainsi l'offensive contre Henri III, la Ligue forçait ce prince à se tourner vers les huguenots. Ceux-ci, prévoyant l'avènement au trône du roi de Navarre, se montraient respectueux de l'autorité royale. Henri de Bourbon condamnait les séditions et défendait le principe monarchique. Il l'invoquait, même lorsqu'il était obligé de combattre les troupes royales. Si le roi signe des traités qui lui sont contraires, il feint de croire

qu'on lui a fait violence. Il sait que tôt ou tard Henri III aura besoin de lui. Les réformés se rencontrèrent à nouveau avec les politiques qui, depuis la mort du duc d'Anjou, mettaient leurs espérances dans le roi de Navarre. Henri de Montmorency, Lesdiguiëres, La Trémouille, Ghàtillon, Rohan^ Turenne, La Rochefoucauld, le prince de Condé, le comte de Soissons se groupaient autour de lui. L'assemblée allemande de Magdebourg de 1584 avait conclu avec TUnion un traité d'alliance offensive et défensive et s'était offerte & fournir aux réformés de France, plusieurs milliers de soldats.

Ainsi, au milieu de 1586, il y a en France trois gouvernements, outre celui du roi : — au nord, la Ligue ou le parti féodal catholique, soutenu par l'Espagne; — à l'ouest et au

j midi, l'union protestante; — à Paris, le parti démocratique et révolutionnaire des Seize. — Qu'allait faire le roi?

^ D'une part, il est sollicité par les Pays-Bas, qui lui offrent le protectorat du pays, par Elisabeth, qui lui propose d'intervenir au nord contre les Espagnols, par les Vénitiens, qui offrent de l'argent, par le roi de Navarre, qui offre une armée. D'autre par t, les ligueurs le menacent d'une guerre imminente. Henri III, qui n'a rien prévu, s'épouvante. Il écrit à Henri de Navarre de se mettre en garde contre les partisans du duc de Guise et lui demande d'amener des huguenots. Mais presque aussitôt, il se résout à négocier. Catherine de Médicis se rend auprès du chef de la Ligue, à Épernay. Ce dernier traîne la conférence en longueur, afin de donner le temps à d'Aumale d'occuper les environs de Reims, et aux ligueurs de cerner Montargis. Il ne veut traiter que « le bâton à la main ». L'agitation de Paris, où la populace, irritée par la cherté des vivres, menace de se porter au pillage, fait réfléchir le roi. Il s'engage à interdire ' le protestantisme, à confisquer les biens des réformés, à leur enlever les places de sûreté et à combattre le roi de Navarre. Henri de Guise obtient les villes de Metz, de Dijon, de Chàlons, les ports de Nantes et de Saint-Malo, les places de la vallée de la Somme, le droit de nommer à tous les grades, le maniement des fonds destinés à la solde; il impose au roi, comme conseillers, quelques-uns de ses affidés (convention de Nemours,

1 juillet 158S). La royauté capitulait devant les révoltés : < Le roi est à pied, disait TEstoile, et la Ligue est à cheval. »

La guerre des trois Henri. — Les ligueurs avaient agi à rinstigation du roi d*Espagne. Henri III chercha d*abord à leur enlever cet appui en se rapprochant de Philippe II et en offrant à celui-ci son alliance contre TAngleterre. Mais le Roi Catholique ne se laissa pas prendre à ces avances. Il craignait que le duc de Guise ne se contentât des promesses de Henri III : « Ouvrez-lui les yeux, écrivait-il à Mendoza le 17 août 1585, pour qu'il comprenne le danger. Ils doivent en finir tout d abord avec les hérétiques de France, parce qu'il faut dépêcher ceux qui sont proches avant ceux qui sont éloignés; probablement, on ne propose l'entreprise d'Angleterre que pour avoir un prétexte de laisser en paix les hérétiques de France. Guise ne doit pas s'y tromper. » Et pour entretenir le zèle de son agent en France, Philippe II envoie de l'argent. Le duc de Guise se montre très reconnaissant et assure Philippe II de son obéissance. Au commencement de 1586, il passe plusieurs mois i Paris, s'abouche avec les Seize, recueille les acclamations populaires. Henri III lui fait bon accueil et se déclare prêt à mener à outrance la guerre contre les protestants. Dans une conférence tenue près de Senlis, au mois d'octobre 1586, la Ligue réédite son programme d'action et jure de n'accepter aucune paix avec le roi de Navarre. EnGn le Balafré se livre entièrement à l'Espagne. Le 9 juin 1587, Mendoza écrit : < Guise a sauté le fossé, il est engagé. »

Cependant Henri III ne songeait qu'à éluder les engagements pris à Nemours. D'abord l'argent faisait défaut. Il fallut encore s'adresser au clergé. L'assemblée de septembre 1583 avait voté 120 000 écus et en avait offert, sauf approbation du pape, un million. Sixte-Quint consentit à une aliénation des biens ecclésiastiques jusqu'à 100000 écus de rente et offrit au roi de payer 25 000 fantassins et 8000 cavaliers. L'année suivante (août 1587), il autorisa une nouvelle aliénation jusqu'à 60000 écus de rente. Le clergé, mécontent, encouragé peutêtre par Guise, parlait d'en appeler au futur concile. Les prédicateurs ne ménageaient pas plus le pape que le roi. Au fond,

Henri III voulait éviter la guerre. Il proposa une trêve d'un an pour assembler les États. 11 déclarait qu'employer la force contre les hérétitiques c'était vouloir détruire le royaume. Henri de Bourbon et Condé avaient été excommuniés par le pape le 9 septembre 1585. Le roi transmit la bulle au Parlement, qui, au nom des libertés gallicanes, refusa de l'enregistrer et repoussa les prétentions du Saint-Siège, comme menaçant rindépendance de toutes les couronnes. Le roi était disposé à traiter avec Henri de Navarre si les Allemands venaient & son aide. Il lui fit proposer une entrevue. Catherine de Médicis alla le trouver à Saint-Bris près de Cognac, à la fin de 1586. Une seconde conférence eut lieu au printemps de 1587, à Fontenay. Ces tentatives de paix restèrent sans résultat.

Alors, Henri III se rendit auprès de Guise, à Meaux, au mois de juillet 1587, et confia au duc le commandement de Tavantgarde, se réservant pour lui-même le corps principal. Cette armée devait opérer contre les reitres de Jean-Casimir et les Suisses de Coligny réunis en Bourgogne. Une seconde armée, placée sous les ordres de Joyeuse, s'avançait en Guienne contre Henri de Navarre. Henri III se berçait de Tespoir que le Navarrais serait détruit par Joyeuse et Guise par les Allemands, qu'une double victoire le débarrasserait des partis adverses et que la royauté recueillerait tout le profit de la lutte. Il n'en fut rien : dans cette « guerre des trois Henri », le véritable vaincu devait être le roi de France. En arrivant à Farmée, il apprit le désastre de Joyeuse écrasé et tué à Coutras, le 20 octobre, et le triomphe du roi de Navarre. II marcha alors contre les reitres, dans la pensée de les rejeter sur Guise, resté seul sous Paris. L'audace du duc déjoua ce calcul. Il se porta à la rencontre des Allemands, les assaillit à Vimory (26 octobre) et les dispersa à Auneau (entre Chartres et Dourdan, 26 novembre).

Henri III ne put empêcher les Parisiens d'exalter la victoire (!u Balafré et de crier que < Saul en avait tué cent et David dix mille ». Henri de Guise eut bientôt contre le roi un nouveau motif de ressentiment. Les charges des ducs de Joyeuse et de Bellegarde, tués à Coutras, furent données à d'Epernon, nommé colonel-général de l'infanterie et pourvu du gouvernement de

Histoire oiHénALE. — V. H

la Picardie. Le favori, comblé de richesses et d*honneurs, orgueilleux et avare, ennemi du Balafré et partisan de Talliance proies* tante, devint aussi odieux au peuple, que Guise, délesté du roi, était adoré de la foule. Une rivalité ne pouvait manquer de se produire entre les deux hommes. Henri III essaya d*abord de les réconcilier, puis il chercha à opposer le roi de Navarre au duc de Guise et à faire condamner celui-ci par le pape. Mais Sixte-Quint, tout en bl&mant la révolte du duc, ne pardonnait pas au roi de France ses complaisances envers les protestants.

La Journée des barricades. — Le moment était venu pour Philippe II d'exécuter son grand dessein et d'entreprendre l'attaque générale qui devait mettre à sa discrétion les royaumes de France et d'Angleterre. Les rôles étaient tracés : l'Armada allait attaquer les côtes anglaises, le duc d'Aumale bloquait Boulogne; la tâche du duc de Guise était de recommencer la guerre civile pour empêcher Henri III d'intervenir. L'ambassadeur espagnol avait mission d'empêcher toute réconciliation et d'entretenir les troubles à tout prix, au besoin contre l'intérêt de Guise. Le Balafré, qui se sentait porté par la faveur populaire, ne cachait plus ses prétentions à la couronne. Il faisait répandre des généalogies fantaisistes où il apparaissait comme l'héritier direct des Carolingiens, les Capétiens n'étant que des usurpateurs. Les ligueurs réunis à Nancy, en janvier 1588, adressèrent à Henri III une véritable sommation. Ils réclamaient l'éloignement des charges publiques de tous ceux qui seraient désignés au roi, la vente de tous les biens des hérétiques, enfin, une guerre sans merci contre les protestants. Les ligueurs commencèrent les hostilités en attaquant les Etats du duc de Bouillon, pendant que le duc de Lorraine assiégeait Jametz et Sedan. L'armée catholique, comptant dans ses rangs le cardinal de Bourbon et le duc de Vendôme, l'un oncle, l'autre cousin du Navarrais, s'avança jusqu'à Soissons. Henri de Guise, appelé par les Parisiens, tenta une démonstration sur la capitale ; mais, apprenant que les Suisses occupaient les faubourgs > Saint-Denis et Saint-Laurent, il reprit la route de Soissons et attendit le moment favorable.

Paris était en rumeur. On racontait que les huguenots étaient

cachés au fauboui^ Saint-Germain et s'apprêtaient à massacrer les catholiques et à donner la couronne au Navarrais. Les pas* sions fanatiques (l*aoùt 1572 reparaissaient. Catherine de Guise, veuve du duc de Montpensier, travaillait à les exciter, recrutait des partisans par des distributions d'argent et des promesses. Guise avait envoyé dans la capitale plusieurs de ses gentilshommes. Les opinions révolutionnaires étaient professées a la Sorbonne : les docteurs enseignaient que le peuple peut ôter le gouvernement aux princes. Henri III manda au Louvre le Parlement et la Faculté de théologie et les semonça ; mais des idées on en vint aux actes. Le 15 avril, les meneurs se réunirent chez Bussy Le Clerc et décidèrent de se saisir de la porte Saint- Denis, d*égorger le duc d*Ëpernon et de marcher sur le Louvre. Le complot fut révélé au roi. Henri III, enfermé dans son palais, ne savait plus que résoudre, vivant au jour le jour, sans dessein arrêté. Il songeait à s allier au roi de Navarre et à se rendre en Picardie, mais ses conseillers len détournèrent. Une fois de plus, Catherine de Médicis fit prévaloir dans le conseil ridée d'une négociation. Depuis qu'elle voyait la dynastie des Valois condamnée à périr, ses sympathies allaient à son petitfils, à la maison de Lorraine. Disposée qu'elle était à ménager les princes lorrains, elle recommanda à l'envoyé auprès de Guise de laisser entendre au duc qu'elle consentirait à faire ce que le roi défendrait. Bellièvre et le comte de Guiche arrivèrent à Soissons le 26 avril. Les Guise ne prirent pas les conférences au sérieux et repoussèrent tout accommodement. Le duc déclara à Bellièvre que sa présence était nécessaire à Paris, où l'on complotait une Saint-Barthélémy contre la Ligue, et il ajouta qu'il viendrait en personne présenter la requête au roi. Henri III lui fit défendre d'exécuter ce dessein. Bellièvre revint pour la seconde fois de Soissons, le 9 mai, et assura le roi de l'obéissance du duc de Guise. Le jour même, à midi, celui-ci faisait son entrée dans la capitale.

Accompagné de la reine mère, il se présenta au Louvre et se fit annoncer chez le roi. Henri III, exaspéré de tant d'audace, songea tout d'abord à le faire assassiner; puis, conseillé sans doute par sa mère, qui craignait un soulèvement de Paris,

il se modéra, conversa avec le duc et le laissa se retirer. Le lendemain, Guise, averti qu'il pouvait voir le roi en loule sûreté, revient au Louvre, suivi cette fois de 400 gentilshommes. Le 11 mai, une troisième entrevue a lieu. Les deux adversaires s'observent et se préparent à la lutte. Guise fait entrer dans Paris ses gardes albanais, recrute une armée de moines et d'écoliers, s'assure le concours de la milice bourgeoise, remplit d'armes son hôtel. Le roi, de son côté, double la garnison du Louvre. Le 12 mai, les 4000 Suisses et les 2000 gardes françaises occupent les principaux quartiers, le Louvre, le Châlelet, l'Arsenal et la Bastille. Le succès semble certain pour les royalistes, lorsque Henri III, sur l'avis de Catherine, temporise, hésite, fait défendre à ses troupes de tirer et même ordonne en certains lieux de battre en retraite. Les insurgés alors s'enhardissent, des barricades s'élèvent, on tend les chaînes, les artisans descendent dans les rues. Les Suisses sont assaillis de toutes parts, sans pouvoir ni avancer, ni reculer. Us eussent tous péri si, à la prière du maréchal de Biron, le duc de Guise n'était venu les sauver. La nuit du 12 au 13 se passa en préparatifs. Le roi veilla au Louvre, l'épée à la main. Il ne lui restait que les compagnies suisses et françaises qui avaient pu le rejoindre. Le 13, le président du Parlement, la reine mère, les échevins supplièrent Henri III d'éloigner les troupes. Il y consentit. Cependant le tocsin sonnait, des barricades se dressaient déjà tout autour du Louvre. L'attaque du château allait commencer. Catherine, pour gagner du temps, se rendit auprès de Guise. Pendant leur entretien, le roi s'esquiva, monta à cheval et gagna Saint-Cloud, puis Chartres, jurant qu'il ne rentrerait dans sa capitale que par la brèche. Guise n'avait rien fait pour s'assurer de sa personne. A son tour, il n' « osa » pas, laissa échapper le prisonnier qu'il tenait, n'ayant pas su, comme disait Famèse, après avoir tiré l'épée, en jeter le fourreau. L'ambassadeur espagnol se consola aisément : < L'abcès n'a pas crevé, écrivait-il, mais ils sont hors d'état de porter secours à l'Angleterre. »

Guise restait maître de Paris, mais sa victoire devait profiter surtout au parti de l'émeute. Dès lors, ce sont les fanatiques

qui dominent. Le bandit Bussy Le Clerc devient gouverneur de la Bastille. Il assaille dans son logis le prévôt des marchands, Hector de Pereuse, et le conduit dans la forteresse. Délivré par Guise, celui-ci est de nouveau arrêté. Le 28 mai, une assemblée révolutionnaire composée de ligueurs se réunit à THôtel de Ville et procède à l'élection d'une Commune. La Chapelle-Marteau devint prévôt des marchands. Nicolas Rolland, Jean Compans, François Costeblanche, Robert Desprës furent nommés échevins. Les colonels et capitaines de la milice qui étaient présidents et conseillers du roi furent remplacés par des gens de métier, dévoués aux Seize. Rapin, prévôt de THôtel, fut dépouillé de sa charge, comme fidèle serviteur du roi et remplacé par laMorlière. Michel Montaigne, l'auteur des Essais, fut jeté à la Bastille comme royaliste et n'en sortit que le 10 juillet, grâce à l'intervention de Catherine de Médicis. Les attentats, les violences de toute sorte restaient impunis. On recommença à brûler en place de Grève, comme au temps de François P' et de Henri IL La nouvelle commune chercha à rallier à sa cause les bonnes villes du royaume. Le prévôt et les échevins leur adressèrent des requêtes impératives, menaçant de rompre toute relation commerciale avec les cités dissidentes. Dans ces lettres, ils accusaient le Conseil du roi d'avoir déchaîné la guerre civile, mais, dans le même temps, ils envoyaient à Henri HI des protestations de dévouement et le suppliaient de revenir au milieu d'eux. La plupart des Parisiens étaient effrayés de leur triomphe et des excès de la démagogie. Lorsque Guise avait rendu visite au premier président Achille de Harlay pour le prier de ne pas assembler le Parlement le lendemain, il reçut cette apostrophe, qui le laissa tout décontenancé : < C'est grand'pitié quand le valet chasse le maître! » Une partie des magistrats rejoignit le roi; les autres, restés à Paris, réprouvaient les actes de la Ligue et se flattaient de réconcilier le peuple avec son souverain. De nombreuses délégalions se rendirent à Chartres pour offrir à Henri HI les hommages du clergé régulier et séculier, du Parlement, de la Cour des aides. Les corporations d'arts et métiers étaient disposées à faire amende honorable. La majorité revenait au roi.

Les seconds États de Blols : meurtre des Guise. —

Le duc se préparait à une nouvelle campagne. Il avait mis la main sur la caisse des receveurs et fait arrêter le chef des finances, retenait chez eux le banquier Zamet et Jérôme Gondi, réclamait les 300 000 écus promis par Philippe II, recrutait 8000 Suisses et attendait deux régiments de lansquenets envoyés par le duc de Parme. Les ligueurs occupaient Saint-Cloud, Charenton, Montereau, Meaux, Château-Thierry et Troyes. Grâce à l'intervention du nonce, des pourparlers furent engagés entre eux et Catherine; mais la reine mère, hostile à la fois aux Bourbons et aux Guise, ne songeait qu'à faire adopter son petitfils, Talné de Charles III duc de Lorraine. Cependant Villeroi avait porté au roi, â Rouen, les demandes des ligueurs. < Ils réclamaient tant, dit Morosini, que leurs exigences eussent fait perdre patience à un saint. » Henri III souscrivit à tout. Il consentit à disgracier d'Epernon, jura Tédit d'Union, promit à la Ligue de lui abandonner six villes de sûreté pendant six ans, de faire observer les décisions du concile de Trente, de mettre en vente les biens des protestants. Il déclarait déchu de ses

(droits au trône tout prince hérétique. La guerre devait être reprise contre les huguenots. Guise, nommé lieutenant général, commanderait la première armée, en Poitou; son frère, le duc de Mayenne, la seconde, dans le Dauphiné. Enfin les Etats généraux seraient convoqués (traité de Rouen, juillet 1588).

Le roi comptait profiter de cette consultation nationale pour ressaisir les avantages qu'on venait de lui arracher, Guise pour réduire entièrement le roi â sa merci, l'opinion publique pour instituer ce qui avait été tenté en 1560 et en 1576 : un contrôle régulier sur le gouvernement royal. Les cahiers du Tiers État invoquaient le droit de résistance armée contre ceux qui livreraient des deniers sans l'aveu des Etats. Guise et ses amis avaient travaillé au succès de la Ligue. « Je pense y avoir tellement pourvu, écrivait le duc â Mendoza, que le plus grand nombre sera â notre dévotion. » En effet l'Union pouvait revendiquer presque tous les députés du clergé, 150 membres du Tiers sur 191 et une grande partie de la noblesse. Henri III arriva le 8 septembre â Blois, lieu de réunion de l'assemblée.

Il destitua aussitôt Yilleroi et les trois secrétaires d'Etat et, au mépris du traité de Rouen, donna le commandement de Tarmée au duc de Nevers. La séance d'ouverture eut lieu le 16 octobre. Le roi, dans un discours très éloquent et très habile, fit Taveu de ses fautes, demanda le concours des Etats, au nom de l'intérêt public, et déclara coupables de lèse-majesté ceux qui formeraient d'autres ligues que sous l'autorité royale . Mais ensuite il supprima le passage, par égard pour le duc de Guise, auquel il accorda la confirmation de l'édit d'Union, reconnu loi fondamentale. Henri III pria les députés de l'aider à combattre le duc de Savoie, qui venait d'envahir le marquisat de Saluées. Indignés de cette perfidie, ils auraient peut-être consenti à une trêve avec Henri de Navarre, mais Guise ne permit pas qu'on changeât ainsi l'objet de la guerre. Il s'opposa à toute action contre la Savoie, sous prétexte que Philippe H interviendrait en sa faveur. Cette question écartée, les Etats se prononcèrent pour la continuation des hostilités avec Henri de Navarre. L'évêque du Mans, ayant fait entendre quelques paroles de tolérance envers les hérétiques, souleva de telles clameurs qu'il dut garder le silence. Cependant les députés se montrèrent peu disposés à accepter les décisions du concile de Trente. Henri III attendait d'eux des subsides : ils exigèrent d'abord des réformes, menaçant de s'en retourner s'ils ne les obtenaient pas. Ils voulaient la suppression des impositions établies depuis 1576, la communication de la liste des conseillers royaux, afin d'en exclure les suspects et de les remplacer par des personnes de leur choix. Le Tiers réclamait, sous peine d'abjurer fidélité au roi, la formation d'un comité chargé d'exécuter les décisions prises par l'assemblée. Henri III finit par céder. Les États s'engagèrent à faire face aux dépenses de guerre et à payer en huit ans les dettes de la couronne.

La résistance des Etats était entretenue et fomentée par Guise, qui ne cessait de se plaindre des violations du traité de Rouen et parlait de quitter Blois pour se mettre à la tête de ses troupes. Le bruit courait que, dans un banquet, le cardinal de Lorraine avait bu à la santé de son frère, roi de France. On parlait d'un complot destiné à enlever Henri III et à le

ramener de force dans Paris. Celui-ci voyait partout l'action du duc de Guise. Sa patience était maintenant à bout. Depuis plusieurs mois, les contemporains pressentaient le dénouement fatal de ce long duel entre le roi de France et le chef de la Ligue. « Le jour du poignard viendra », avait dit le médecin Cavriana. Plus clairvoyant encore, l'ambassadeur d'Espagne avait prévu le lieu de l'assassinat : « Le seul et vrai danger pour lui, écrivait-il au sujet de Guise, serait d'être attaqué et tué dans le cabinet du roi par une dizaine d'hommes apostés. » Le 22 décembre au soir, Henri III prit la résolution d'en finir. Il choisit 'plusieurs gentilshommes de sa garde et les cacha dans des cellules voisines de sa chambre. Le 23 au matin, le duc, appelé chez le roi, tombait percé de coups. Le lendemain, le cardinal de Lorraine était expédié à coups de hallebarde. La salle des Etats fut envahie par le grand prévôt et une bande de soldats armés criant : tue! tue! Les plus compromis des

députés furent arrêtés. Les Etats furent dissous le 15 janvier 1589. Catherine était morte deux jours auparavant.

Assassinat de Henri m. — Les Seize exploitèrent aussitôt l'émoi causé dans Paris par la nouvelle de ces événements. Profitant de la surprise et de l'indécision des politiques et des royalistes, ils tinrent conseil, envoyèrent des proclamations aux bonnes villes et aux princes, se saisirent des portes et convoquèrent une assemblée à l'Hôtel de Ville. Ses membres élirent un conseil général de l'Union, qui nomma d'Aumale gouverneur de la ville et décerna à Mayenne absent le titre de , < lieutenant général de l'Etat et couronne de France ». Le • nouveau pouvoir insurrectionnel modifie dès lors incessamment ses formes instables. « Tout le bâtiment des Seize, dit un contemporain, a ressemblé à l'entreprise de la tour de Babel. » Les autorités qui dominaient Paris étaient : le lieutenant général, le gouverneur de Paris, le conseil général de l'Union composé d'une cinquantaine de personnes, le prévôt des marchands, le Parlement, les seize quarteniers et le conseil des Seize, expression qui désigne sans doute seize comités de neuf membres chacun. Le conseil général avait pour but d'ordonner des affaires de l'Etat et de recevoir en conférence les provinces et

villes catholiques, dont les députés avaient séance et voix délibérative dans le conseil. Le bureau de la ville était renouvelé chaque semaine par ordre de roulement. Les Seize formaient le pouvoir agissant de la Ligue. C*étaient des gens ruinés de fortune et de réputation qui avaient tout à craindre des rigueurs de la justice et tout à espérer d un bouleversement social. La faction la plus avancée était le clergé révolutionnaire. La fureur des prédicateurs atteignait au délire* Ces desservants envieux et faméliques, ces moines fanatiques, jetés dans la guerre civile par haine de la règle monastique, attrait du martyre, ambition ou cupidité, entraînaient la multitude à tous les excès. — Tels Pigenat, qui évinça le curé de Saint-Nicolas, sous prétexte de royalisme, et s'installa à sa place; Guincestre, qui s empara de la cure de Saint-Gervais ; Mathieu de Launay, chanoine de Soissons, calviniste apostat, homme sans moralité; Guillaume Hose, évêque de Senlis, mystique illuminé, — tous orateurs véhéments, colportant leur éloquence trouble de paroisse en paroisse et surexcitant, par leurs métaphores bibliques et leurs apostrophes audacieuses, les passions frénétiques de l'auditoire. Guincestre faisait lacérer le portrait de Henri III aux Augustins. Grâce à lui, le nom du roi devint à ce point odieux que qui Teût seulement proféré, dit TEstoile, eût été en danger de sa vie. A la parole ils joignent les démonstrations extérieures destinées a agir sur Timagination populaire. Les rues deviennent le théâtre de processions interminables, où des milliers d'as-* sistants, hommes, femmes, enfants, capitaines ou dizeniers, moines en costume guerrier, défilent, portant des cierges et chantant des psaumes. A la mort du duc de Guise, plus de cent mille personnes, clergé en tète, forment un immense cortège et, â un signal donné, éteignent les cierges en disant : « Dieu éteigne ainsi la race des Valois! ». La duchesse de Montpensier, la « reine de la Ligue », promenée par la ville en vête- { ments de deuil, fait appel à la vengeance. La Sorbonne, con- | sultée par les échevins, rendit un décret qui dégageait le peuple du serment de fidélité, rayait le nom de Henri 111 des prières de rÉglise et permettait â tous de le combattre comme un tyran exécrable. Le Parlement renfermait une minorité de roya-

listes. Les meneurs de la Ligue résolurent de s'en débarrasser. Bussy Le Clerc et ses acolytes envahirent le Palais et s'emparèrent du premier président Achille de Harlay, de deux présidents et d'une cinquantaine de conseillers ; ils furent conduits à la Bastille. Cette exécution rendit les magistrats entièrement dociles. Le jurisconsulte Barnabe Brisson accepta de remplacer Harlay. On lui adjoignit pour procureur général le conseiller Edouard Mole, qu'on lira de la Bastille, et pour avocats généraux Jean Le Maistre et Louis d'Orléans. Le Parlement ainsi réorganisé rendit un arrêt pour procéder contre les auteurs de l'assassinat du 23 décembre. Tous les royalistes riches avaient été jetés à la Bastille et rançonnés. Les échevins décidèrent la levée d'un impôt volontaire annuel et firent visiter les maisons par les jurés des paroisses. — Henri III envoya le 20 janvier un héraut signifier au duc d'Aumale l'ordre de quitter Paris, au soi-disant Parlement, au prévôt des marchands et autres officiers de la couronne l'interdiction d'exercer aucune juridiction. Le Parlement répondit en commençant le procès du roi. Il reçut le 13 mai le serment de Mayenne, qui jura de combattre pour la religion catholique, de maintenir l'autorité du Parlement, les privilèges du clergé et de la noblesse et de diminuer les impôts. Il réorganisa le conseil, y fit entrer des personnes de la plus haute classe, des évèques, des parlementaires, se réservant à l'avenir le droit de modifier la composition de cette assemblée. Il écrivit au pape pour l'assurer de sa soumission et s'appliqua à resserrer les liens entre la capitale et les villes confédérées.

L'exemple de Paris avait gagné tout le royaume. Depuis l'assassinat du duc de Guise, la Ligue apparaissait comme un mouvement antiroyalisle et particulariste. A Amiens, les échevins faisaient arrêter comme otages le duc de Longueville, sa famille et tous les officiers du roi: A Laon, quiconque demeurait fidèle au roi était tenu pour hérétique. A Toulouse, c'est la faculté de théologie qui donne le signal de la rébellion. La foule massacre le président du parlement et l'avocat général. Les capitaines supplient le pape de prendre en main la cause de la République chrétienne. « Le royaume, nous l'espérons, disent-ils, sera bientôt enlevé au roi pour être donné au meil-

leur. » Quiconque n'est pas du parti des révoltés est traité en ennemi, fût-il prêtre ou même évêque. Un chanoine de Chartres, suspect de royalisme, est convaincu d'hérésie. A Angers, des catholiques sont maltraités pour n'avoir pas voulu entrer dans la Ligue. A Ghâlons, à Rouen, à Lyon, l'évêque est chassé par les habitants. Une fièvre de liberté s'empare de toutes les villes. < A ce seul mot, dit Hurault, on a été ébahi que, comme les forçats des galères, toutes les villes de France ont abandonné les rames du devoir et de l'obéissance. » A Amiens, un conseil composé de membres des trois ordres prend le nom de Chambre du conseil des États de Picardie, pour délibérer des affaires de la province. A Natltes, les assemblées de la bourgeoisie nomment le duc de Mercœur chef et gouverneur de Bretagne, « pour le maintien de la religion catholique et la liberté de la province ». Toulouse forme une confédération des villes du Languedoc et de la Guyenne. La Ligue catholique, comme l'Union protestante, aboutit à la formation de républiques municipales confédérées. Le morcellement ne s'arrête même pas aux villes : « De degré en degré, dit encore Hurault, il ne se trouve village qui ne devienne Etat souverain, comme le thème s'en voit aujourd'hui en Allemagne, en Suisse et aux Pays-Bas. »

Le même esprit d'indépendance animait les protestants. Les

députés de l'assemblée de La Rochelle en 1588 avaient voulu

dominer le roi de Navarre, comme les États de Blois avaient

prétendu dicter leurs volontés à Henri IIL « Voici le temps,

" disait un huguenot, où l'on veut rendre les rois serfs et esclaves. »

Henri HI était venu s'établir à Tours. Il rappela le duc de Nevers, accepta le secours ded'Épernon, convoqua le ban etl'arrière-ban et fit lever des Suisses. Il avait tenté de se justifier du meurtre de Blois, écrit aux villes, aux ambassadeurs et au pape. Mais Sixte-Quint exigea avant tout une demande d absolution pour la mort du cardinal et la mise en liberté des prélats retenus prisonniers. Le roi prit alors pour arbitre le duc de Lorraine ; il espérait encore ramener les ligueurs à force de flatteries et de promesses. Cependant le duc de Nevers était battu par les troupes du roi de Navarre et partout les régiments royaux étaient assiégés par les ligueurs. Le Béarnais

s'avançait avec 4000 fantassins, 500 lances et des arquebusiers. Il venait de publier une lettre aux trois ordres de France où il condamnait ceux qui parleraient de ligue contre le roi, faisait appel à Tunion et invitait à se joindre à lui tous ceux qui éprouvaient « le saint désir de la paix ». Menacé par la révolte du parti catholique, Henri III se résolut à le mander à son aide, malgré les appréhensions de son entourage. « Il faut bien me défendre, disait-il : j'emploierai, si besoin est, des hérétiques et même des Turcs. » Le 3 avril, une trêve, qui était déjà un traité d alliance, fut conclue entre le roi et le chef de la maison de Bourbon. Le 30 avril, les deux alliés se rencontrèrent au Plessis-lez-Tours. Le 8 mai, les troupes du duc d'Aumale et de Mayenne surprirent cette ville, mais ils se bornèrent à piller un faubourg et furent dispersés par les soldats de Goligny. Le 17 mai, les ligueurs furent battus à Senlis. Alors les deux rois, avec une armée de 40 000 hommes, se mirent en marche vers Paris. Le 30 juillet, ils campèrent à Saint- Gloud. Henri III allait enfin venger sur les mutins et les rebelles de la capitale sa défaite de la journée des Barricades. Déjà il se vantait de donner Tassaut le 1"" ou le 2 août. A Paris, les politiques commençaient à lever la tète. Les meneurs de la Ligue se sentirent perdus et redoutèrent une Saint-Barthélémy dont ils seraient les victimes. Ils murèrent les portes, doublèrent les gardes, enfermèrent 300 notables bourgeois, pris comme otages. La crainte du châtiment leur inspira Tidée de le prévenir par un crime. Les sermonnaires demandaient en chaire s'il ne se trouverait personne pour punir le meurtrier de Blois. Ces excitations ne furent pas sans effet : le 1" août, le dominicain Jacques Clément s'introduisait auprès du roi et le poignardait. L'assassinat trouva aussitôt des apologistes. Dans son livre De justa Henrici III abdicaiioney Boucher rappela les | crimes du roi contre l'Eglise et contre l'Etat et conclut au droit i du peuple de s'insurger, sans même attendre un jugement \ régulier. Les Seize mandèrent à tous les prédicateurs de jus- , tifier l'acte de Jacques Clément et d'établir que le Béarnais ne i pouvait succéder à Henri IIL

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