‹ Histoire générale du 4e siècle à nos joursChapitre 21 sur 125 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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mois « lieutenant général de l'État et couronne de France », fît proclamer le vieux cardinal de Bourbon sous le nom de Charles X. Aux camps de Meudon et de Saint-Gloud, la « vieille phalange huguenote » (d*Aubigné) et les mercenaires suisses reconnurent avec plus ou moins d'hésitation Henri de Béarn; les principaux serviteurs de Henri III, gens à acheter autant qu'à convaincre, firent tout haut leurs conditions. A ceux-ci le nouveau roi dut promettre (Déclaration du 4 août) l'exercice exclusif du culte catholique là où le culte protestant n'avait pas été autorisé par la trêve récente. On lui demandait davantage, une conversion qui n'eût alors inspiré aucune confiance. Il se plaignit d'être « pris à la gorge ». — « Instruisez-moi, ajoutat-il, je ne suis point opiniâtre.... »

Combats d'Arqués. — Irrités de ses concessions ou de ses refus, bon nombre de gentilshommes des deux partis le quittèrent : son armée se trouva réduite de plus de moitié. Désormais incapable de forcer Paris, il hésita un moment sur le champ futur de ses opérations. Se retirer vers le Midi, c'était redevenir aux yeux des peuples le roi de Navarre; gagner la Normandie, c'était rester à la fois à portée de Paris et des secours attendus d'Angleterre; et dès lors, pendant quatre ans, il poursuivit entre la Seine et la Loire une guerre de sièges et d'escarmouches, de marches hardies et de contremarches prudentes, où il fut souvent arrêté faute d'argent, qu'il interrompait par des tentatives de négociations, et qui avait pour but à ses yeux le succès décisif: l'occupation de sa capitale. Il le savait et le disait tout le premier : « La France est l'homme, Paris est le cœur. » Il se replia d'abord jusque vers la mer, sous Dieppe. Mayenne se mit à sa poursuite avec des forces bien supérieures, promettant aux Parisiens de le ramener prisonnier à la Bastille. Il trouva Henri retranché derrière trois rivières, au pied du château d'Arqués. Au milieu d'une série de combats qui dura près de deux semaines, il y eut, le 21 septembre, une mêlée très vive, où le roi se montra tel qu'il avait été à Coutras, tel qu'il devait être à Ivry et à Fontaine-Française : « bon compagnon » plutôt que grand capitaine, plus habile à entraîner qu'à faire manœuvrer une armée. Mayenne dut se replier derrière la

Somme à portée de ses liUiés espagnols des Pays-Bas. Le vainqueur^ trouvant la route de Paris ouverte, s'y jeta. Le 1" novembre, les bandes huguenotes emportèrent et pillèrent, au cri de Saint-Barthélémy/ les cinq faubourgs parisiens de la rive gauche de la Seine. Le retour de Mayenne empocha de pousser plus avant le succès. Henri IV dut aller prendre ses quartiers d'hiver sur la Loire, à Tours, devenu provisoirement sa capitale. État des partis; la Ligue. — Sa situation, sans être' désespérée, demeurait fort précaire. La Ligue, appuyée sur les municipalités et les confréries, sur la majorité du clergé et de la noblesse, entretenue par l'argent lorrain ou espagnol, unissait contre lui, sous une enseigne révérée, des passions et des ambitions politiques très diverses. Les grandes villes, à commencer par Paris, formaient de véritables républiques, où Ton prêchait la souveraineté du peuple contrôlée par celle du pape : ainsi Marseille était revenue à son ancienne indépendance sous le principat démocratique de Casaux et de Louis d'Aix. Les anciens gouverneurs de province pour Henri HI (et parmi eux il y avait six membres de la maison de Guise) usurpaient les droits régaliens et se mettaient « hors de page ». De tous côtés, Tétranger, sous prétexte d'associer la France à la grande fédération catholique européenne, tirait à lui un lambeau du royaume. Au nord-est, l'aîné des princes lorrains, le duc Charles III, convoitait, disait-on, la Champagne pour lui et la couronne de France pour son fils le marquis de Pont. Au sudest, le duc de Savoie Charles-Emmanuel, gendre de Philippe II, non content d'avoir occupé en deçà des Alpes. le marquisat de Saluées, voulait s'étendre au delà et unir à ses domaines du Piémont le Dauphiné et la Savoie; il s'estimait aussi, comme petit-fils de François I", héritier des Valois. A Paris par son ambassadeur Mendoza, sur toutes les frontières par ses armées, le roi d'Espagne poursuivait le règne de l'idée catholique qu'il identifiait avec le sien. Le pape Sixte-Quint, appuyé sur les bulles qui avaient excommunié et déclaré indigne du trône le « prince de Béarn », venait d'envoyer le légat Gaetano à Paris. Ni les uns ni les autres ne doutaient du triomphe sur ce roitelet des Pyrénées, protestant relaps, fils de Jeanne d'Albret,

époux séparé de Marguerite de Valois, qui ne se recommandait aux bons catholiques et aux vieux Français ni par sa for, ni par ses mœurs, ni par les vicissitudes de son passé.

Celui qui s'appelait désormais Henri IV trouvait cependant des motifô d*espérer dans les divisions de ses adversaires, dans le nombre croissant de ses adhérents ou alliés au dedans et au dehors. Privée du héros qui Tavait un moment incarnée, la Ligue se scindait peu à peu en deux grands partis : celui des exaltés, des ultramontains dévoués à Philippe II, et celui des modérés, qui eussent voulu refuser Tentrée des places fortes aux Espagnols et réserver les libertés gallicanes contre le Saint- Siège. Les premiers étaient surtout représentés par une oligarchie de bas étage, celle des Seize à Paris; parmi les seconds figuraient le lieutenant général Mayenne et ses conseillers ordinaires, Villeroy, Jeannin, Tarchevêque de Lyon Pierre d'Espinac. — Mayenne ne possédait ni le prestige extérieur ni les qualités séduisantes de son illustre frère; il ne désespérait pourtant pas de devenir, à rencontre de Philippe II, le roi de la France catholique. A son retour d'Arqués, afin d'empêcher le conseil général de l'Union de proclamer le protectorat espagnol, il forma à côté de ce conseil un Conseil privé, auquel il déféra toutes les affaires, nomma quatre secrétaires d'Etat, supprima en un mot ce qu'il appelait « une certaine forme de république qui n'était ni coutumière ni bienséante en ce royaume ». C'était détruire la fédération des villes et accuser dans le sein du parti une division bientôt irrémédiable.

Le roi national. — Les protestants avaient été les premiers sujets de Henri IV; ils continuaient à le servir avec zèle, ne fut-ce que pour l'éloigner des catholiques. Rosny lui donnait de sages conseils; La Noue, Chàtillon, Turenne étaient ses meilleurs lieutenants, et les publicistes du parti, revenus des théories tyrannicides d'Hubert Languet, prêchaient en sa faveur le droit divin des rois. Pour sa cause, les Politiques des deux religions s'unissaient, croissaient en nombre; ils avaient déjà la prépondérance dans les huit principales provinces du nord et du centre; ils gagnaient du terrain avec Lesdiguières et Ornano en Dauphiné, Montmorency-Damville en Languedoc, La Valette

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en Provence. Presque tous les parlements, prisonniers plus ou moins volontaires de TUnion maîtresse des villes, avaient leurs dissidents réfugiés dans quelques places fidèles : ceux de Paris siégeaient à Tours et à Châlons, ceux de Rouen à Caen, ceux de Toulouse à Carcassonne et à Cas tel-Sarrasin, ceux de Dijon à Flavigny, etc. Une partie du clergé, satisfaite par les promesses du Béarnais, par son empressement à faire respecter partout les églises et les cérémonies catholiques, se ralliait à lui, en dépit des excommunications romaines; deux cardinaux, Lénoncourt et Vendôme, venaient de le saluer à son entrée à Tours. Enfin son compétiteur « Charles X » était son prisonnier, et la Ligue elle-même, en proclamant ce Bourbon sans héritiers, avait reconnu le « droit de naissance » de Henri IV. Celui-ci avait aussi des alliés à Tétranger : la reine Elisa-

beth d'Angleterre et les princes protestants d'Allemagne (FElecteur de Saxe, le comte palatin, le landgrave de Hesse, le prince d'Anhalt-Bernbourg); il recevait leurs subsides et leurs contingents militaires, sans payer ce concours d'aucune concession nuisible à l'autorité du roi ou à l'intégrité du royaume. Parmi les Etats catholiques, la république de Venise le reconnut dès le mois de novembre 1589 : c'était pour elle une façon d'affirmer, en vue d'un conflit qu'elle pressentait avec le Saint- Siège, l'indépendance du pouvoir temporel vis-à-vis du pouvoir spirituel. Un peu plus tard le grand-duc de Toscane fit de même, et fournit de l'argent pour le recrutement des mercenaires suisses. Sixte-Quint lui-même n'osait se dire un ennemi irré* conciliable ; il accueillait officieusement le duc de Luxembourg, envoyé des catholiques royaux (janvier 1590), et on lui attribuait cette parole : « Il n'y a de possible en France que le Béarnais, qui reviendra à la religion de ses ancêtres. »

Le meilleur allié de Henri IV, c'était lui-même. Quiconque l'approchait finissait par subir son empire. Sur le champ de bataille « roi des braves », comme le lui disait Givry, ailleurs il séduisait par son accès facile, sa bonhomie parfois feinte, mais toujours enveloppée de courtoisie et de grâce, son esprit prime-sautier et fécond en saillies. Les politiques appréciaient de plus en plus, dans sa correspondance et dans ses actes, son

sens fin et droit, sa haine de Tesprit de parti, son habileté à manier « d'une main la vei^e et de l'autre la pomme », la hauteur de ses vues et la fermeté de son caractère. Enfin nul ne pouvait oublier qu'il était le descendant de saint Louis au dixième degré, « né au vrai parterre des fleurs de lis de France » (Satire Ménippée). A ce peuple ramené par trente ans de guerres civiles et religieuses aux temps de la conquête anglaise, en proie aux Lorrains comme jadis aux Bourguignons, il paraissait personnifier un double bien, un double espoir : la paix intérieure et l'indépendance nationale.

Bataille d'Ivry. — Au printemps de 1590, Henri IV, déjà maître d'une partie des places du Maine, de l'Anjou et de la Normandie, rentra en campagne et se présenta devant Dreux. Pour dégager cette place, Mayenne, assisté de renforts espagnols, risqua à Ivry une bataille dont l'heureuse issue pouvait lui valoir la couronne de France (14 mars). Ce fut au contraire pour Henri IV et sa cause une journée décisive : « Mes compagnons, dit-il aux siens avant l'action, Dieu est pour nous! Voici ses ennemis et les vôtres! Voici votre roi! A eux! Si vous perdez vos cornettes, ralliez-vous à mon panache blanc : vous le trouverez au chemin de la victoire et de l'honneur. » — « Quartier aux Français, criait-il au milieu de la mêlée, main basse sur les étrangers! » Puis, le soir même, il posait Tépée pour écrire : « Dieu a montré qu'il aimait mieux le droit que la force ; la victoire nous a été absolue, l'ennemi tout rompu, les retires en partie défaits, l'infanterie rendue, les Bourguignons mal menés, la cornette blanche (de Mayenne) et le heaume pris, la poursuite jusqu'aux portes de Mantes... » En poussant rapidement jusqu'à Paris, peut-être eût-il emporté cette fois la ville; il attendit quinze jours, et dut se borner à un blocus.

Siège de Paris. — Pendant cinq mois, Paris, réduit aux dernières misères, put se croire le boulevard imprenable du catholicisme. Le légat du Saint-Siège et l'ambassadeur espagnol avaient fait renouveler dans chaque quartier le serment de rUnion. La Sorbonne déclarait coupable de péché mortel quiconque traiterait avec Bourbon, même catholique. Curés et religieux commentaient dans les chaires des paroisses les pam-

phlels anti-royalistes tels que le De justa reipublicœ christianœ in reges i77i])ios auctoritatey attribué à Guillaume Rose. Le 14 mai, on vit défiler dans les rues, pour exalter la multitude, une procession de treize cents prêtres ou moines, la salade au front et l'arquebuse à Tépaule. Bientôt les provisions furent épuisées; il y eut disette, puis famine. « On ne rencontrait dans la ville, dit un témoin oculaire, que chaudières d'herbes cuites sans sel... marmites de chair de cheval, âne ou mulet... Les cuirs même se vendaient cuits... J'ai vu manger des chiens morts tout crus par les rues, ainsi que des os de chiens moulus. » Plusieurs fois Henri, touché de compassion, laissa entrer des vivres et sortir quelques personnes inoffensives. Il lui répugnait de régner sur un cimetière, mais enfin il lui fallait vaincre. Dans la nuit du 21 juillet, un assaut général lui livra tous les faubourgs. Puis il perdit du temps à négocier. Il dut, à la fin d'août, brusquement lever son camp pour faire face à un nouvel ennemi.

Une armée espagnole commandée par un habile tacticien, Alexandre Farnèse, duc de Parme, était venue des Pays-Bas, avait rallié les forces de Mayenne, et manœuvrait pour enfermer les assiégeants entre elle et Paris. Le roi offrit inutilement la bataille; il suffisait à Farnèse de se rendre mattre du cours de la Marne et par cette rivière de ravitailler la ville. Ce résultat obtenu, il battit en retraite, serré de près jusqu'à la frontière parlarmée royale, mais lui en imposant toujours (nov. 1590).

Derniers efforts de la Ligue. — En 1 591 , il y eut comme une dernière offensive de la Ligue, coïncidant avec une affirmation plus décidée des desseins secrets de l'Espagne. Le 8 mai 1590, était mort € Charles X»; puis le 21 août, Sixte- Quint, « méchant pape et politique», comme disaitlecuré ligueur Aubry. Grégoire XIV, tout dévoué aux intérêts de TEscurial, excommunia derechef Henri IV ainsi que les ecclésiastiques et seigneurs qui resteraient attachés à sa cause et envoya en France une armée pontificale. Le duc de Savoie entra à Âix (novembre 1590), à Marseille (mars 1591), et se fit reconnaître comte de Provence. Les Seize profitèrent d'une tentative de surprise de Paris parles royaux (Journée des farines, 20 janvier 1591) pour introduire une garnison permanente d'Espa-

gnols et de Napolitains. Mercœur en Bretagne et Joyeuse en Languedoc appellent aussi à eux ces auxiliaires, dans les ports de Narbonne et de Blavet. On commence à parler des droits de rinfante Isabelle-Claire-Eugénie, pelite-fîUe par sa mère du roi Henri II, et les meneurs de la commune parisienne écrivent au roi d*Espagne (septembre) pour lui engager plus étroitement leur fidélité. Un projet de charte est même rédigé, qui énumère les privilèges nobiliaires, ecclésiastiques ou municipaux à conserver sous le protectorat de Philippe II, devenant roi de France, ainsi qu'il est déjà comte de Bourgogne et d'Artois. Les Seize redoublent dhostilité contre la magistrature et la bourgeoisie, justement soupçonnées de pencher vers le Navarrais. Quiconque leur est suspect est marqué sur leur liste d'une lettre équivalant à une condamnation : P (endu), D(agué), C(hassé). Ils arrêtent et exécutent sans autre forme de procès Brisson, premier président du Parlement ligueur et deux autres magistrats (15 novembre 1591).

Mayenne, qui continuait à représenter dans le parti la Ligue française, restait impuissant devant cette succession de trahisons et de violences. Jeannin, qu'il avait dépêché à Madrid (novembre 1590), avait pénétré les plans égoïstes de Philippe II. Son propre neveu, le chef de sa maison, le duc Charles de Guise, échappé des prisons de Henri IV, devenait un instrument aux mains des Seize et un rival dangereux pour lui. Il crut servir les intérêts de la cause et les siens propres en tentant un coup d'État. Il accourut de son camp à Paris, fit étrangler sans jugement quatre des meurtriers de Brisson, chassa les autres, rassura et réoi^anisa le Parlement, bref rendit un semblant de vie au parti modéré (4 décembre); mais il retombait le premier et tout aussitôt sous la tutelle espagnole, ayant besoin des secours de l'étranger, allant conférer avec ses alliés des Pays-Bas à La Fère sur les opérations militaires, sauf à réserver autant que possible l'avenir.

De son côté, Henri IV redevenait suspect à une grande partie des catholiques, malgré les protestations du parlement de Tours (août) et le manifeste des évêques réunis à Chartres (septembre) contre les bulles de Grégoire XIV. Ayant reçu d'Allemagne,

d'Angleterre et de Hollande de nouveaux et importants secours en hommes ou en argent, au lieu de reprendre le siège de Paris, il tenta celui de Rouen (novembre). Farnèse revint mettre aux prises la tactique espagnole et la furie française. Le roi courut au-devant des Espagnols; il fut blessé et faillit être pris à Aumale (5 février 1592) et sa victoire douteuse n'écarta pas longtemps ses ennemis. Teu de temps après, une seconde démonstration de Farnèse lui faisait lever définitivement le siège de Rouen. Satisfait d avoir délivré le cours de la Seine, blessé d'ailleurs lors d'une reconnaissance devant Caudebec, le duc de Parme rebroussa encore une fois chemin vers les Pavs- Bas. Il devait mourir de sa blessure à Arras le 3 décembre.

Les opérations militaires se continuèrent sans résultats décisifs de part et d'autre pendant l'année 1592. Amis du Béarnais, Ligueurs et Espagnols étaient d'accord pour laisser à la nation le dernier mot, et ce fut l'art suprême de Henri IV d'amener à son gré, au moment opportun, ce mot sur toutes les lèvres. Les Etats généraux, promis depuis quatre ans par le roi comme par Mayenne, convoqués inutilement par l'un ou l'autre à Tours, à Orléans, à Reims, se rassemblèrent enfin à Paris, dans la capitale de la Ligue, à la fin de janvier 1593.

États généraux de 1593. — Dans cette assemblée, représentation très incomplète des diverses provinces, puisqu'elle ne compta jamais plus de 128 députés, le clergé, conduit par l'archevêque de Sens Pellevé et l'évèque de Senlis Rose, était dévoué à l'Espagne; les nobles étaient en petit nombre, les gens du Tiers hésitants, fort embarrassés pour concilier les intérêts de l'Eglise et l'honneur national. Mayenne, dans son discours d'ouverture, rappela la grande question à résoudre, l'élection d'un roi catholique , il se flattait secrètement que les objections faites à la candidature d'un Bourbon hérétique ou à celle d'un étranger finiraient par rallier à lui tout le monde.

Dès le premier jour, l'assemblée fut vivement sollicitée en sens divers par les prétentions en présence. Le 27 janvier, les chefs des catholiques royaux lui demandèrent, avec l'aveu du roi, l'ouverture de conférences en lieu neutre, où l'on aviserait au maintien de la religion. Les Etats, après avoir discuté plu-

sieurs semaines, acceptèrent la proposition. Les catholiques des deux partis s abouchèrent à Suresnes (29 avril) et commencèrent par établir de concert autour de Paris une suspension d'armes, qui parut au peuple un préliminaire assuré de paix. L'archevêque de Bourges, au nom des royaux, larchevèque de Lyon, au nom des ligueurs, débattirent à grand renfort d arguments cette question qui, au Louvre comme au Vatican, était la question essentielle : le droit de Henri de Bourbon à la couronne est-il antér rieur et supérieur, est-il subordonné à sa conversion au catholicisme? Celait, de part et d'autre, envisager et accepter l'éventualité prochaine de cette conversion.

Pendant ce temps Philippe II, au sein même des Etats^ entrait ouvertement en campagne. Le 28 mai, son ambassadeur, le duc de Féria, présenta formellement la candidature de l'infante, ajoutant qu'on destinait pour mari à la future reine de France l'archiduc Ernest d'Autriche. Les députés, et parmi eux en particulier ceux qui appartenaient au Parlement, s'effrayèv rent, et, au nom de la Loi salique, s'élevèrent contre l'élection d'une femme et d'un étranger. Mayenne, rallié en désespoir de cause aux Espagnols, proposa d'élire un Français qui épouserait l'infante : ce qui était désigner un prince lorrain, surtout le duc de Guise. Une difficulté subsistait : lequel des deux conjoints conférerait à l'autre les droits à la couronne? Afin de connaître à cet égard les intentions de Philippe II, les Etats ajournèrent leur décision, et ce délai fut mis à profit par le

souverain national.

Henri IV suivait avec attention ce qui se passait, tant aux États qu'à la conférence de Suresnes. Il comprit que le moment était venu de donner suite à ses promesses de 1589 et de se faire « instruire ». Dans deux longs entretiens avec Rosny, il se fit adroitement persuader par ce fidèle conseiller que « la couronne valait bien une messe »; il annonça tout haut ses intentions (15 mai) et convoqua à Mantes, afin d'y donner suite, les prélats de son royaume.

Abjuration de Henri IV. — Ainsi mis en demeure par le Béarnais et par l'Espagnol, les États hésitaient entre les deux tendances qui depuis plusieurs années partageaient la Ligue ; lé

HlSTOIlUE oiRillALB. V. *^

parlement de Paris, par son célèbre arrêt du 28 juin, rendit leur intervention inutile et fit pencher la balance. Sur Tinitiative de Marillac, de Mole, de Le Maistre, il ût tenir au lieutenant général une exhortation solennelle en faveur de la Loi salique, supérieure en France, selon lui, aux lois ecclésiastiques elles-mêmes. Henri IV assura le mouvement d'opinion provoqué par celte démonstration en transférant à Saint-Denis rassemblée ecclésiastique convoquée à Mantes. Le 23 juillet, il se rendit au milieu des prélats, discuta avec eux, particulièrement avec Tévêque d'Evreux Duperron, mais plus par des saillies que par des arguments. L'homme, qui, dans une lettre privée, parlait alors du c saut périlleux » qu'il allait faire, se rendit après un débat de quelques heures, et avec des paroles sérieuses : « Je remets mon âme entre vos mains... Là où vous me faites entrer, je n*en sortirai que par la mort. » De ses nouveaux coreligionnaires il requit aussitôt un texte de profession de foi qui laissât intacte la formule que « le roi ne meurt pas en France ». Aux anciens il dit adieu dans la personne du pasteur La Faye, leur assura qu'il les aimerait toujours et ne permettrait contre eux aucune violence; et enfin le 25 juillet, dans la basilique de Saint-Denis, aux pieds de l'archevêque de Bourges, il déclara vouloir vivre et mourir dans l'Eglise catholique, apostolique et romaine.

Dans quelle mesure le fils de Jeanne d'Albret a-t-il obéi à la voix de sa conscience, dans quelle mesure aux nécessités politiques? Il dira plus tard à l'oreille d'un prince allemand qu'il a dessein de confesser de nouveau publiquement la < religion » avant sa mort; et à la veille de sa fin, il affirmera spontanément sa foi au dogme essentiellement catholique de la Transsubstantiation. Avec sa gaieté et sa vivacité naturelle d'humeur, il n'avait pas l'âme naturellement calviniste; il se disait de la religion € de tous ceux-là qui sont braves et bons », et sans doute croyait-il suffisant pour le salut d'avoir observé, dans l'une ou l'autre Eglise, les grands préceptes du christianisme. En tout cas, au moment de son abjuration, les ai^uments politiques se confondirent avec les arguments théologiques pour le convaincre. La crainte d'un compétiteur, la lassitude de sa vie

errante et militante et surtout la € grande pitié du royaume de France », ausei grande peut-être qu au temps de Jeanne d'Arc, décidèrent sa résolution et mirent d accord sa conscience et celle de la majorité des Français.

La conversion religieuse du roi rendit facile la conversion politique des ligueurs sincères. A Paris, lopinion royaliste osait enfin se produire; ces boui^eois, qui, comme L'Estoile, tapis derrière leurs vitres, avaient vu passer la Ligue, insensibles aux choses héroïques, attentifs aux choses sanglantes ou ridicules, descendaient maintenant dans les rues et invoquaient à haute voix la paix. Les États rassemblés par Mayenne comprirent qu'ils feraient désormais œuvre vaine en élisant un roi. Ils se prorogèrent pour ne plus reparaître, et en regard de leurs inutiles procès-verbaux, un groupe de professeurs, d'ecclésiastiques et de magistrats inscrivit une oraison funèbre ironique et vengeresse : la, Satire Méntppée\ Elle acheva la défaite des « Français espagnolisés » et de leurs complices du dehors. Mayenne eut beau rompre la trêve, faire renouveler, là où ses partisans tenaient encore, le serment de l'Union, déchaîner les prédicateurs contre la c simulée conversion » du Béarnais. Le coup décisif était porté; la Ligue, disloquée par l'abjuration royale, allait se dissoudre par les trahisons intéressées de ses principaux défenseurs.

L'Entrée & Paris. — Deux événements désastreux pour le parti inaugurèrent l'année 1594. Le 27 février, le roi converti fut solennellement sacré, selon le rite traditionnel, dans la cathédrale de Chartres. Le 22 mars, il reprit sans effusion de sang possession de sa capitale. Avec la connivence du gouverneur Brissac, secrètement gagné, les royaux occupèrent un malin trois portes et furent au cœur de la cité avant qu'on eût songé i la résistance. Le même jour Henri fit son entrée, et il n'entendit autour de lui que cris de joie, il ne vit qu'écharpes blanches. Les Espagnols de la garnison obtinrent une capitulation honorable et sortirent en défilant devant lui, c enseignes ployées, coiffés couvertes. » — « Adieu, Messieurs, leur dit

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