Voir ci-dessous, chap. ix {Littérature française
le roi en souriant, recommandez-moi à votre maître, mais n'y revenez plus. » Avec eux sortirent, volontairement ou contraints, les chefs et les prédicateurs les plus compromis. Tout le reste, sauf les Jésuites, qui se rappelaient Texcommunication papale toujours subsistante, se soumit ou se rétracta avec enipressement. La Sorbonne effaça de ses registres ses récents décrets et y inscrivit sa déclaration d'obéissance à Théritier de France et de Navarre. Le Parlement ôta à Mayenne son titre de lieutenant général, révoqua ou cassa tous les actes de la Ligue (30 mars).
Soumission des principaux chefs de la Ligue. — Dès lors, villes et seigneurs désarmèrent à lenvi. Il y eut des soumissions spontanées et désintéressées, d'autres qu'il fallut négocier, acheter à plus ou moins haut prix. Henri reconquit ainsi son domaine c par pièces et lopins », comme dit Sully. Le 1" janvier 1594, il était entré à Meaux, livré par Vitry; puis il reçut Orléans et Bourges de La Châtre, Aix en Provence de son parlement. En février, les politiques de Lyon se soulevèrent au cri de Vive la liberté française! et rendirent au roi la «econde ville du royaume. En mars, Yillars-Brancas traita pour Rouen. Laon, Amiens et les autres villes de la Picardie, berceau de la Ligue, virent forcer ou ouvrirent leurs portes. Charles de Guise, le fiancé de Tinfante, vendit son gouvernement de Champagne au prix d'un autre gouvernement en Provence. Chacun de ces traités coûta à la couronne des concessions honorifiques, politiques et surtout pécuniaires. Confirmation de titres, octroi de pensions, paiement de dettes, Henri lY prodigua tout, c aimant mieux, écrivait-il à Sully, qu'il m'en coûte deux fois autant en traitant séparément avec chaque particulier, que de parvenir à mêmes fins par le moyen d'un traité général fait avec un seul chef qui pût par ce moyen entretenir toujours un parti formé dans mon Etat ». Sully, qui exagère peut-être, évalue les dépenses causées par cette série de transactions à une somme équivalant de nos jours à 120 millions. L'aristocratie avait fait capituler le souverain, à des conditions satisfaisantes pour ses intérêts, mais ruineuses pour son prestige et son influence.
Réconciliation avec le Saint-Siège. — Un dernier prétexte restait aux obstinés : le roi n*était pas réconcilié avec le Saint-Siège. Cependant le nouveau pape, Clément YIII, revenait malgré lui aux tempéraments de Sixte-Quint; il sentait la nécessité de rétablir la puissance française comme contrepoids à la prépondérance espagnole; mais, en absolvant le vainqueur de la Ligue, il eût voulu rendre valides, avec Tabjuration, le sacre et le titre royal lui-même. Il eût ainsi transféré la couronne des Valois aux Bourbons, comme Etienne II Tavait transférée des Mérovingiens aux Carolingiens. Henri IV, au contraire, repoussait tout ce qui eût ressemblé à une réhabilitation. Aussi les négociations furent-elles longues et parurent-elles avorter plus d*une fois. Le duc de Nevers, ambassadeur royal, sollicita en vain, comme le duc de Luxembourg cinq ans auparavant, une audience publique; mais en quittant Rome, il laissait derrière lui d'Ossat, à qui le pape avait faire dire secrètement de ne pas se décourager, et celui-ci, rejoint par Duperron, débattit mot par mot les termes de Taccord si vivement souhaité de part et d autre. Le jésuite Possevino, envoyé en France pour étudier Tétat des esprits, en rapporta la conviction qu*un accommodement était nécessaire, sous peine de provoquer un schisme. Déjà rassemblée du clergé avait établi un économat spirituel, chaîné d'accorder, jusqu*au retour de la paix religieuse, les dispenses réservées au pape. On flnit par s entendre, en usant d'expressions vagues et tant soit peu équivoques, qui ménageaient de part et d*autre les prétentions en présence. Henri IV s'obligea à rétablir, sans dire par quels moyens et dans quelle mesure, l'intégrité de la religion catholique dans ses Etats; il promit de faire observer les décrets du concile de Trente < excepté aux choses qui ne se pourront exécuter sans troubler la tranquillité ». Ace prix, il dut reconnaître comme nulle l'absolution de Saint-Denis et en reçut une nouvelle dans la personne de son ambassadeur, sur la place Saint-Pierre (17 septembre 1595). Il fut dès lors pour le monde chrétien ce qu'il était déjà depuis deux ans en France : le fils atné de l'Église.
278 HBNRI IV
//. — Pacification du royaume.
Guerre avec TEspagne : Fontaine-Franpalse. — Jusqu'alors la guerre n'existait pas officiellement entre la France et TEspagne. Henri IV la déclara au commencement de 1595 (17 janvier), peut-être à Tinsligation de ses conseillers protestants, en tout cas désireux de pousser ainsi à bout les derniers ligueurs et d'arracher à Philippe II la reconnaissance de son titre. Cette guerre eut successivement pour théâtre la Bour* gogne et les Pays-Bas.
Henri se porta d abord vers TEst, avec la pensée de couper en Franche-Comté les communications de TËspagne avec les Flandres, de réduire Mayenne réfugié dans son gouvernement de Boui^ogne. Biron emporta les villes de Dijon et de Beaune sans coup férir. Déjà des régiments lorrains licenciés, pris à la solde du roi, avaient, sous les ordres de Tremblecourt, envahi et dévasté le nord de la Comté. Le connétable de Castille, Yelasco, en les refoulant, se rapprocha de notre frontière, et, à la lisière des deux pays, à Fontaine-Frangaise, se heurta i un gros de cavalerie commandé par le roi en personne (5 juin). La mêlée fut vive et laffaire glorieuse pour les Français, mais ni vainqueurs ni vaincus ne désiraient pousser bien loin leur offensive. Yelasco résista à Mayenne qui le pressait de venir i son secours. De son côté, Henri passa la Saône, se montra jusqu'aux portes de Besançon et, après d'inutiles ravages, descendit par Arbois et Poligny du côté de Lyon, où il régla les préliminaires de la soumission de Mayenne (25 septembre).
Lies derniers Ugueurs. — Mayenne, comme tous ses amis, ne souhaitait plus que faire sa paix aux meilleures conditions possibles. Le traité définitif fut signé à Folembray (janvier 1596). Mayenne obtint pour lui et les siens, avec l'amnistie, trois places de sûreté pour six ans, le gouvernement de l'Ile-de- France pour son fils, le paiement de ses dettes, etc. Les chefs de la Sainte-Union en Languedoc et en Guyenne, Joyeuse et Villars, furent admis aux bénéfices de ce traité. En Provence,
d*Epernon eut beau appeler les Espagnols i Marseille; un des qnarteniers de cette ville, Libertat, ouvrit les portes (17 février), et d*Epemon rentra à son tour dans Tobéissance. Mayenne devait vivre obscurément jusqu*en 1611, sujet loyal et fidèle.
Ces succès étaient compensés par ceux des Espagnols dans le Nord. Fuentès, secondé par le transfuge Rosne, emporta toute une série de places : Le Gatelet, Doullens, Cambrai en 1595, Calais et Ardres Tannée suivante, et enfîn Amiens par surprise (mars 1597). Henri lY comprit que de ce côté il lui fallait recommencer à faire le « roi de Navarre », et on le retrouva tel, combattant ses ennemis des Pays-Bas ou négociant avec ses alliés d outre-Manche. Les deux sièges de La Fère et d'Amiens (le second dura six mois) résument ses opérations militaires. Sa « bonne sœur » Elisabeth le contrariait, tantôt en hésitant à le secourir pendant la guerre, tantôt en le détournant de préparer la paix : c Entre le pape et moi, lui écrivait-elle par ressentiment de sa conversion, il y a une différence : c*est que le pape a voulu vous faire son sujet et que je vous ai fait roi. » Elle demandait l'occupation de Calais pour prix de son concours : c Si je dois être dépouillé, lui répondit Henri, j'aime mieux l'être par mes ennemis que par mes amis. »
Paix de Vervins. — Ses ennemis furent les premiers à parler de paix. Philippe H, découragé par Tavortement général de ses vastes desseins, se proposait d'abandonner les Pays-Bas à l'infante Isabelle, i défaut du royaume très chrétien, et il voulait les garantir contre une attaque éventuelle de la France ou des Provinces-Unies. Il prit donc l'initiative de négociations qui s'ouvrirent à Vervins, sous la médiation du pape. L'Angleterre et la Hollande, qui n'étaient pas entrées sans peine dans la < danse », croyaient alors de leur intérêt de la continuer. Henri lY refusa de fournir plus longtemps la c salle de bal », et il accepta la restitution offerte de toutes les places occupées par les Espagnols. Les choses furent remises en l'état où elles étaient lors du traité de Cateau-Cambrésis (2 mai 1598).
L'autorité royale venait alors d'être rétablie dans la dernière province restée aux mains de la Ligue. Mercœur se croyait, du chef de sa femme, des droits au duché de Bretagne et certains
Bretons disaient déchiré, depuis la disparition des Valois, le contrat entre Charles VIII et la duchesse Anne. Le roi alla lui-même le faire valoir, au printemps de 1598; les villes se soumirent sans combattre les unes après les autres, et Mercœur envoya sa femme traiter pour lui à Angers. Il fut censé se démettre de son gouvernement en faveur de son futur gendre, un bâtard du roi encore enfant, qu*on créa en attendant duc de Vendôme.
Traités avec les ducs de Lorraine et de Savoie. — Dès 1594, le duc de Lorraine avait accepté une trêve à longue échéance et s'était vendu tout aussi cher qu'un vassal de la couronne : il avait obtenu la promesse des gouvernements de Toul et de Verdun à perpétuité. Henri IV, qui eût voulu dès lors assurer sa frontière du côté de FEmpire, réussit en 1599 à marier sa sœur Catherine à Thérilier de la Lorraine : véritable tour de force, si Ton songe que ce mariage ne fut jamais reconnu à Rome et que la future duchesse demeura protestante. Catherine mourut sans enfants après quelques années, et le duc épousa une Italienne, nièce de la reine de France.
Quant au duc de Savoie, tenu en respect par Lesdiguières, refoulé peu à peu au delà des Alpes, il s*opiniâtrait à vouloir garder le marquisat de Saluées. En 1599, il vint en France avec Tespoir d'obtenir directement du roi ce qu'il désirait: mais ses intrigues, ses tentatives de corruption auprès des conseillers de la couronne n'aboutirent qu'à un accord provisoire (février 1600) où il promettait, en échange du marquisat, quelques-unes de ses possessions de langue française. Rentré chez lui, il refusa de le ratifier et se vit déclarer la guerre (août).
Avec Crillon, Biron et Lesdiguières, Henri IV entra sans résistance sérieuse dans les capitales de la Bresse et de la Savoie, Bourg et Chambéry, écrasa sous son canon les défenses de Montmélian, occupa tout le pays entre Lyon, Genève et les Alpes. Abandonné par l'Espagne, le duc adhéra (traité de Lyon, n janvier 1601) aux conditions qu'il avait précédemment refusées. Il cédait à son puissant voisin la Bresse, le Bugey, le Valromey, le pays de Gex. La frontière française fut ainsi portée de la Saône au Rhône, jusqu'aux portes de Genève.
PACIFICATION DU ROYAUME 28i
Situation des protestants. — - Privés successivement de tous leurs alliés du dehors, les ligueurs se ralliaient un à un; mais les huguenots, ces serviteurs dévoués de la première heure, se retiraient de même. Comment, sinon rapprocher ces deux peuples, du moins les faire vivre côte à côte? De longue date, Tunité religieuse était, dans Topinion publique, inséparable de Tunité nationale; on ne supposait pas possible dans un même Etat Texercice simultané de deux religions. A cet égard catholiques et protestants pensaient de même; les Politiques cherchaient moins à prêcher la tolérance aux uns et aux autres qu'à trouver, en matière de dogme et de discipline, un compromis acceptable pour tous. En France, le protestantisme avait vécu jusqu'alors sous le bénéfice d*édits lui assurant la liberté, tout en lui conférant certains privilèges, et comme il était trop fort pour ne pas être craint, trop faible pour pouvoir écraser ses adversaires, ces édits ne lui avaient procuré que de courtes trêves.
Henri lY, qui ne pensait pas autrement que son siècle et croyait toujours possible une fusion des deux communions par Tabolition des abus, rétablit en juillet 1591, par sa déclaration de Mantes, les édits de 1577 et de 1580. Pendant les années suivantes, tantôt il dut en restreindre, tantôt il put en étendre lapplication ; car certaines villes avec lesquelles il traitait exigeaient de lui l'exclusion des calvinistes, et dans d'autres il faisait pénétrer avec lui la liberté du prêche. Toutefois ceux qui étaient encore ses coreligionnaires avaient beau figurer avec honneur à ses côtés : en perdant l'espoir de faire régner exclu sivement le c pur Évangile », ils entraient en crainte d'être eux-mêmes opprimés. Leur mécontentement, accru de chaque concession faite à la Ligue, se changea en colère à la nouvelle de l'abjuration royale. Ceux qui boudaient menacèrent, et ils se savaient puissants, occupant près de deux cents places fortes et comme retranchés le long d'un vaste camp circulaire s'éten dant du Poitou au Dauphiné, par la Saintonge, la Guyenne et le Languedoc. A Mantes, ils renouvelèrent leur confédération militaire; en 1694, à l'assemblée de Sainte-Foy, ils s'organisèrent politiquement. La France protestante fut divisée en neuf cercles
et gouvernée par une assemblée générale de neuf membres ; elle devint un Etat traitant d'égal à égal avec le roi, lui mesurant et lui marchandant ses secours contre l'Espagnol, lui refusant par exemple ses contingents lors du siège d'Amiens, les lui retirant en pleine campagne durant le siège de La Fère. En 1596, parut, sous son inspiration, un cahier de doléances où on lisait : < Nous nous plaignons de tous les Français. » C'était dire que la capitale morale du parti était à Amsterdam ou à Genève. Si la révolte n'éclata pas, ce fut à cause de la mésintelligence entre les pasteurs et les hommes d*épée. Les plus hardis rêvaient un chef unique, un protecteur.
Henri lY était bien décidé à n'admettre d'autre protecteur que lui, sauf à débattre et à subir partiellement les prétentions de ses futurs protégés. Les protestants réclamaient d'abord un ensemble de concessions qui eût abouti au partage de la France. Le projet que le roi fit rédiger de son côté leur fut soumis et, après son acceptation, ratifié à Nantes (13 avril 1598). L'édit qui porte ce nom contient 93 articles, plus 36 articles secrets, soustraits à l'examen et à l'enregistrement des parlements.
Li*Édit de Nantes. — La première clause exigée par le roi était celle-ci : le culte catholique sera rétabli partout où il a été supprimé, ainsi que tous les biens et droits antérieurs du clergé. C'était une leçon de tolérance donnée, en même temps qu'un acte de justice. En revanche, le fait de professer la religion dite réformée n'était plus un acte répréhensible, mais un acte légal. Quant à l'exercice de cette religion, il était garanti partout où il existait déjà : dans deux localités par bailliage, dans les châteaux des seigneurs hauts justiciers et même dans ceux des simples gentilshommes si le nombre des fidèles n'y dépassait pas trente. Il resta interdit formellement i Paris et dans les villes d'où de récentes capitulations l'avaient exclu; encore les protestants purent-ils y séjourner, sauf à avoir leur prêche dans un faubourg.
Des dispositions accessoires leur reconnaissaient la jouissance de tous les droits civils et l'accès des emplois publics ainsi que des universités, collèges, hôpitaux. Il était interdit de déshériter un parent pour cause de religion, d'attaquer les huguenots
en chaire, de chercher à suborner les enfants. Le roi amnistiait quiconque avait été condamné pour sa foi; il garantissait la libre tenue des synodes; il s'engageait à contribuer annuellement aux frais du culte et à Tentretien des écoles.
A ces libertés d'essence toute moderne se juxtaposaient des privilèges politiques, judiciaires et militaires qu'on estimerait aujourd'hui incompatibles avec le bon ordre de l'Etat. Les protestants purent réunir des assemblées périodiques constituées à l'image des Etats généraux et avoir des députés à la cour pour présenter leurs vœux et doléances, de concert avec les médiateurs officieux de l'entourage royal, Sully, Mornay et d'Aubigné. Une chambre du parlement de Paris, dite de CÊdit^ fut chargée de juger les procès de ceux de la religion dans les ressorts des parlements de Paris, Rennes et Rouen. Une chambre mi-pariie dépendant du parlement de Toulouse siégea à Castres, et deux autres furent établies à Grenoble et Bordeaux. Enfin, pour garantir leurs nouveaux droits, les protestants restaient a titre provisoire les maîtres dans certaines places dites de sûreté^ dont le roi payait les garnisons et nommait les chefs avec l'agrément des églises. Les principales étaient La Rochelle, Saumur, Montauban .
Catholiques et protestants manifestèrent chacun à sa façon leur mécontentement de cet édit. Le pape le qualifia d'acte impie; toutefois il se borna à cette protestation de principe et se rassura, comme le clergé de France, à la pensée des avantages promis par l'article I à l'Église catholique. Le peuple, celui qui avait fait et soutenu la Ligue, fut plus difficile à persuader, et dans nombre de villes et de bailliages, les dissidents ne purent obtenir de culte public. Aussi, de leur côté, n'oubliaient-ils rien et restaient-ils en défiance. D'Aubigné lançait contre les ralliés à la foi royale sa Confession de Sancy-y la douairière de Rohan publiait son ironique et virulente Apologie de Henri IV; Mornay, rouvrant les controverses irritantes, qualifiait hautement le pape d'Antéchrist. Comme leurs pères avaient fait pour l'édit de janvier, les protestants s'efforçaient ici d'étendre le nouvel édit c par delà les bornes », là d'en entraver l'exécution (comme en Béarn). Deux nations
demeuraient en présence dans la France pacifiée : Tune aspirant au rétablissement complet de Tunité religieuse, laulre réclamant le droit de cité, non pas au nom de la liberté, mais au nom de la vérité divine.
Henri IV eut donc à vaincre une double opposition, sourde ou ouverte. Il lui fallut d'abord arracher aux Parlements lenregistrement de TÉdit. A celui de Paris, il tint un discours insinuant et impérieux, propre à la fois à le convaincre et à lui fermer la bouche. « Ceux qui empêchent que mon édit ne passe veulent la guerre. On dit que je veux favoriser ceux de la i^eligion, et Ton veut entrer en quelque méflance de moi. La religion catholique, je Taime plus que vous, je suis plus catholique que vous. Je suis (ils aine de TEglise; nul de vous ne Test ni ne le peut être... Je couperai les racines de toutes ces factions... J ai sauté sur des murailles de villes, je sauterai bien sur des barricades... » Il tint successivement ce langage à toutes les cours souveraines, qui se résignèrent. Celle de Rouen seule prolongea son opposition jusqu*en 1609.
L'Édit devenu loi de TÉtat, Henri IV le défendit de son mieux contre des interprétations abusives, en restreignit ou en étendit à son gré les effets, sous Tempire des circonstances. Un jour il prolongeait la durée du privilège des places de sûreté, et s*il était obligé de soumettre les synodes, comme les conciles provinciaux, à Taulorisation royale, il promettait secrètement qu*elle ne serait jamais refusée. Un autre jour il s'irritait de Tattitude obstinément défiante des assemblées protestantes : « Vos amis, disait-il à Sully, ne cherchent qu'à gagner toujours pied et au préjudice de mon autorité. Si cela continuait, il vaudrait mieux qu'ils fussent les rois et nous les assemblées. »
En somme l'Eglise protestante fut paisible sous son règne. Toutefois elle n'était pas rassurée sur l'avenir. Henri IV luimême, après avoir scellé son édit du grand sceau de cire verte, l'avoir qualifié de « perpétuel et irrévocable », disait qu'il voulait < pourvoir que Dieu puisse être adoré et prié par tous nos sujets, et, s'il ne lui a plu permettre que ce soit encot'e en une tnéme forme de religion^ que ce soit au moins d'une même intention ». Il visait donc, tout le premier, à rendre son édit
inutile par le retour de ses sujets protestants au catholicisme. Il mit en présence les théologiens des deux communions, notamment Duperron et Mornay, à la célèbre conférence de Fontainebleau. Il savait gré à ceux de ses amis qui rentraient à son exemple dans TEglise romaine, à Sancy, à Palma-Cayet, à Fresnes-Canaye, à Gontaut-Biron, et il tenta par de belles promesses la foi de Sully. C'était, par un espoir donné aux partisans à tout prix de Tunité catholique, se mettre lui-même en règle avec son serment d' « exterminer » les hérétiques ; c'était aussi fournir des armes à ceux qui estimaient TÉdit un traité destiné, comme tous les traités, à être peu à peu mutilé par les parties contractantes, et qui en prévoyaient, à plus ou moins longue échéance, la révocation.
L'Église catholique. — L'Église catholique, mise en face de TEglise réformée, ne perdit rien de son empire; elle laccrut au contraire par la renaissance morale et intellectuelle qui, la paix aidant, se développa en elle. Sa puissance territoriale se reconstitua, par suite de Tautorisation donnée au clergé de reprendre, moyennant indemnité, tous ceux de ses biens qui avaient été aliénés depuis quarante ans. Six assemblées du clergé furent tenues et, en particulier, une ordonnance de 1606 donna satisfaction aux vœux formulés dans leurs cahiers. Henri IV, après avoir imposé silence aux prédicateurs séditieux (Déclaration de septembre 1595), releva TEglise dans ses chefs naturels en nommant aux sièges épiscopaux des hommes de vertu et de science : Duperron à Evreux, Camus à Belley, Fenoillet à Montpellier, Laubespine à Orléans, La Rochefoucauld à Senlis; il eût voulu retenir en France François de Sales, le séduisant évêque de Genève. Bien qu'il lui soit arrivé de payer avec des abbayes Thonneur de ses maîtresses et les services de Sully, il vit d'un bon œil la transformation du clergé régulier et la création de nouveaux ordres religieux *.
Exil et rappel des Jésuites. — La Compagnie de Jésus, Tordre militant par excellence, subit le dernier contre-coup des réformes religieuses. Elle n'avait pas seulement contre elle les