‹ Histoire générale du 4e siècle à nos joursChapitre 80 sur 125 · Voir an tome IV, p. C23 et · texte numérisé non relu

Voir an tome IV, p. C23 et

2. Voir aux chapitres Roumains et Empire oUoman du présent volume.

politique européenne, mais plus encore dans les manifestations intérieures.

La Transylvanie Jusqu'A la mort de Jean-Sigismond Zâpolya (1571). — Pendant ces quelques années, la singulière mosaïque de nationalités qu'abritaient les Karpathes orientales achève de se constituer et de prendre physionomie. Le second et le dernier des Zâpolya trouve utile de borner son ambition. Il renonce à la couronne même de Hongrie, et la Transylvanie lui est reconnue, à titre de principauté indépendante, par Tempereur-roi Maximilien. Les territoires occupés par les Turcs séparent cette contrée de presque toute l'Europe chrétienne, et les habitants deviennent presque des Orientaux. Dans cette bigarrure de races, trois seulement ont une existence officielle, les « trois nations » de la diète : les Magyars, les Szeklers (Székely) ou Magyars montagnards, et les Saxons. En d'autres termes, la noblesse hongroise et la bourgeoisie allemande sont les seuls éléments constitutionnels. De même, en vertu de l'exacte correspondance qui règne dans les pays orientaux entre la race et la religion, les cultes pratiqués par les trois nations sont les seuls reconnus. Or ces cultes sont au nombre de quatre : le catholicisme romain, devenu une minorité; le luthéranisme, dominant chez les Saxons; le calvinisme, adopté par les Magyars et donnant lieu au proverbe Magyar hit Calvin hit (la foi de Calvin est la foi hongroise); enfin le socinia> nisme, adopté par le prince lui-même et par un certain nombre de Magyars. Les quatre religions vivent dans une tolérance mutuelle, unique alors en Europe. Par contre, les très nombreux paysans roumains et les peu nombreux colons serbes n'ayant pas d'existence politique, leur culte, celui de l'Eglise grecque, est, comme le culte israélite, seulement toléré.

Tant que durera cet état bizarre, rien de plus difficile que la situation d'un prince de Transylvanie. Qu'il soit unitaire comme Zâpolya, catholique comme les Bâthory, réformé comme les Belhlen et les Râkôczy, les rivalités religieuses et linguistiques, le sourd mécontentement des nationalités sacrifiées, l'exposeront aux plus pénibles tiraillements intérieurs. Ce n'est rien encore : son trône ne tient debout que par l'équilibre de la

puissance turque et de la puissance autrichienne; le jour où l'une (les deux sera complètement victorieuse, la principauit disparaîtra. Les souverains distingués, un Gabriel Bethlea, un Georges Râkoczy, feront en effet des miracles d'équilibre, et n'éviteront pas les reproches de versatilité, dapostasie. Les princes médiocres, un Sigismond ou un Gabriel Bâthory, tomberont dans Tincohérence et n'éviteront pas la ruine.

Etienne Bâthory et Maximilien n (1671-1576). — Deux princes inégalement remarquables, mais chacun supérieur à son prédécesseur, très supérieur à son successeur, procurèrent aux deux Hongries chrétiennes quelques années d'une existence supportable. La principauté mit à sa tète un guerrier de famille illustre, Etienne Bâthory. Le nouveau souverain, catholique zélé, réprouvait pourtant la persécution religieuse; mais il n'aimait pas les Unitaires (Sociniens), auxquels il fui très hostile, et il introduisit les Jésuites qui, là comme dans la Hongrie royale, servirent avec le zèle le plus ardent les inlérêls de l'absolutisme autrichien. De son côté, Maximilien II montrait lui aussi une tolérance relative, qui le rendait suspect aux autres branches des Habsbourg \ C'est même a cause de cela que son père Ferdinand avait démembré les Etats autrichiens au profit de ses frères. Les Hongrois, en ce temps-là pour la plupart acquis à l'une des Eglises de la Réforme, approuvaient son gouvernement au point de vue religieux. Par malheur, ils en étaient mécontents au point de vue constitutionnel, et des conspirations se formèrent, sans résultat il est vrai. Les deux princes se trouvèrent concurrents au trône de Pologne, laissé vacant par le retour précipité de Henri III en France. Les Polonais préférèrent à l'Autrichien Etienne Bâthory, qui fut en effet un de leurs meilleurs rois, et qui se fît suivre dans son nouveau royaume par une élite de guerriers magyars. Dès lors la Pologne, le seul Etat chrétien limitrophe de la Transylvanie, exerça sur ce pays une influence intermittente, défavorable a l'Autriche, et parfois une attraction ambitieuse. Il semblait naturel de réunir ces deux pays constitutionnels et chrétiens

1. Pour les afTaires ci*Allcmagne, voir ci-dessus, p. 500; pour les afTaires de Pologne, Russie, Turquie, les chapitres spéciaux du présent volume.

contre TOttoman, au besoin contre le Moscovite. Toutefois on n'arriva jamais à une action vraiment commune.

Les misères de la Transylvanie sous Sigismond Bathory (1581-1604). — Ce fut un malheur égal pour les deux, et même pour les trois Hongries, que le règne simultané de l'empereur Rodolphe et du prince Sigismond Bathory : celui-ci plus nul et plus funeste encore que celui-là. Les hésitations, les lubies parfois sanguinaires du jeune Sigismond font surtout des dernières années de cette période, pendant lesquelles recommence la guerre turque, un des chaos les plus complets que présente Fhistoire universelle. Tantôt il tranche du grand souverain et traite le Roumain Michel le Brave en vassal; tantôt il consent à se défaire de sa petite couronne au profit de TEmpereur, dans Tintérêt des Jésuites et de la religion catholique; puis il revient sur son abdication, une fois en faveur de son cousin le cardinal André Bathory et de Tinfluence polonaise, une autre fois pour lui-même. On a vu en détail comment Michel le Brave fut un moment le maître de la Transylvanie aussi bien que des autres pays de langue roumaine, et comment tout cela finit par la cruelle domination de Basta, général des troupes impériales. Le pays semble noyé sous tant dinvasions : c*est à qui le pillera et l'ensanglantera le plus cruellement. Les Roumains ne valent pas mieux que les Turcs, les Allemands ou les mercenaires italiens de Basta; ce sont les Tatars de Crimée qui remportent : quand ils arrivent dans un district, ils emmènent avec eux, vers le plus horrible esclavage, toute la partie de la population qu*ils n'ont pas détruite. Aussi l'ethnographie de ces vallées subit-elle des changements continuels, dont les noms de lieu actuels portent encore la trace. En effet, les espaces dépeuplés appellent les peuples errants, car la terre labourable a horreur du vide. Les Serbes, qui depuis plus d'un siècle émigraient en Hongrie pour y trouver un sort parfois moins malheureux, poussent leurs établissements jusqu'en Transylvanie, mais ces établissements sont ravagés et dépeuplés à leur tour. C'est ainsi qu'un village s'appelle Toi falu, « village slave », où depuis très longtemps il n'y a plus un seul Slave ; et les anomalies de ce genre sont

nombreuses. La population, vraiment flottante au sens le plu> tragique du mot, surpassait en misère la Hongrie turque. Elle ne la surpassait plus guère en indépendance lorsqu'un granJ seigneur magyar, Etienne Bocskay, accepta la tâche difficile de reconstituer le pays. Lutte contre la cour de Vienne, acconJ humiliant mais inévitable avec la Porte, telle apparaît de nouveau la politique des princes.

La Hongrie turque et serbe. — La condition des régions occupées par les Turcs a déjà été décrite. Elle ne change pas foncièrement pendant notre période. Ce qu'on peut remarquer vers la fin du xvi° siècle, depuis la mort de Soliman le Magnifique, c'est un redoublement d'insolence et de cruauté chez les autorités turques, chez des grands-visirs tels que Sinan- Pacha, qui remplacent à la tète des armées les sultans confinés dans le Serai. On voit des prisonniers hongrois emmenés à Constantinople pour offrir des spectacles de gladiateurs au peuple de Stamboul, qui a hérité des anciennes curiosités romaines. Lorsq n'arrivent dans cette grande ville les mauvaises nouvelles (car les armées turques sont maintenant aussi souvent vaincues que victorieuses), les Hongrois, même attachés aux ambassades autrichienne ou transylvaine, sont exposés à la plus cruelle captivité. Les exactions des sandjak-begs se multiplient. D'autre part, l'occupation turque, en se prolongeant, décourage certains Magyars, qui changent de religion et de nom, deviennent des begs ou des pachas, oppresseurs de leurs compatriotes. Toutefois on sent à divers symptômes, dont le principal est justement le succès fréquent des armées chrétiennes, que le mouvement ascensionnel de l'Islam est terminé, que le recul commence : par exemple, dans les négociations qui aboutiront en 1606 à la paix de Sitvatorok, on voit que les allures méprisantes à l'adresse des puissances européennes ont fait leur temps. Il n'en est que plus nécessaire, pour la diplomatie ottomane, de ménager la Transylvanie, dont les princes peuvent seuls faire échec à l'ascendant de la cour de Vienne

Ce qui fait le mieux prévoir la revanche définitive des chrétiens, c'est une première organisation, encore embryonnaire, | de ces Confins militaires autrichiens qui, à partir du prince

Eugène, joueront un si grand rôle dans la politique hongroise, et même dans la politique européenne. Il s*agit des colonies rasciennes (serbes), que nous avons signalées en Transylvanie à titre exceptionnel, et qui commencent à former des masses compactes sur les frontières méridionales du royaume, et de petits groupes jusque dans la Hongrie turque. Ces derniers ont ouvert aux chrétiens les portes de villes considérables, et, d'une façon générale, si Ton a pu reprocher à certains Serbes d'avoir agi en renégats, la masse de ce peuple a conservé vivace la haine de l'oppresseur qui lui avait rendu impossible le séjour de la Serbie. Mais ce caractère est surtout celui des masses com* pactes de colons serbes, grandissant par de nouvelles immigrations sous Maximilien II et sous Rodolphe, dans les Confins qu'ils repeuplent, et qui portaient avant eux, en latin officiel hongrois, les noms caractéristiques de desei'tum primum et de desertum secundum. Les privilèges de 1564, de 1578, de 1582 dispensent ces colons de tout impôt, et de plus, dans certains cas, leur attribuent une solde impériale en retour du service militaire auquel ils sont assujettis et de la vie militaire qu'ils doivent mener continuellement; car il faut qu'ils soient toujours prêts à défendrd la région qu'ils habitent, et même la cause de la maison d'Autriche partout où elle sera menacée. Les Serbes ne serviront pas seulement contre les Turcs, mais contre les Suédois, et au besoin contre les Magyars eux-mêmes. Aussi dès ce temps-là remarque-t-on dans les lois de la Hongrie royale une profonde défiance contre cet élément militaire slave, et les débuts d'un conflit qui devait durer trois siècles.

La Hongrie royale sous Rodolphe (1572-1602). — Au moment où les excès des Impériaux insurgeaient la Transylvanie, les mécontentements soulevés depuis vingt-cinq ans par le gouvernement de Rodolphe achevaient de rebuter les contrées fidèles à la maison d'Autriche. Dès 1582 avait éclaté la mésintelligence entre les Magyars et un souverain aussi peu fait que possible pour s'entendre avec eux, Tempereur-roi, dévot, taciturne, voué aux sciences occultes, tantôt faible, tantôt violent. La diète hongroise, malgré son loyalisme, lui était odieuse par son esprit indépendant, tolérant en matière religieuse. Elle

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exigeait que les grandes fonctions, notamment celles d ambassadeur, fussent confiées, au moins en partie, à des Magyars, et non pas à des étrangers. Elle fit retentir si haut ses nombreux griefs que Rodolphe, pour obtenir un vote de subsides, dut se résigner à quelques concessions momentanées. Mais ces discussions Tavaient effrayé et scandalisé : il quitta le royaume pour n*y jamais reparaître, refusa de nommer un palatin^ c*està-dire un haut dignitaire national agréé par l'assemblée, et Tintermédiaire légal entre la couronne et la nation; enQn il convoqua les diètes le moins souvent possible. Même dans leur service militaire, les Magyars lui étaient suspects. Il les remplaçait par des mercenaires qui mangeaient le pays, et dans certaines circonstances le défendaient mal. On pouvait comparer, par exemple, le second siège d*Erlau, que livra sa- garnison étrangère (1596), au premier siège d'Erlau que sauvèrent les honvéds régnicoles. La Haute-Hongrie gémissait sous Belgiojoso, un Italien non moins funeste que Basta au Sud-Est. Un ambassadeur vénitien, bon observateur comme tous ses pareils, constatait que « les Hongrois détestent la maison d'Autriche, et se considèrent, non seulement comme soumis, mais comme méprisés par elle, attendu qu'on leur impose le gouvernement des Allemands, leurs ennemis naturels >. Un autre Italien, frappé du nombre de ses compatriotes atteints par les vengeances des Magyars, s'écriait : « La Hongrie est le tombeau des Italiens, comme l'Italie le tombeau des Français ». Le conflit éclata dans la diète de 1604. Un grand seigneur, Etienne Illeshazy, osait dénoncer, non seulement les misères du pays et les excès de la soldatesque, mais les manœuvres électorales de la cour de Vienne, ou plutôt de la cour de Prague, car c'est là que résidait Rodolphe. A ces plaintes, le roi répondit par un procès de lèse-majesté. Aux plaintes de l'assemblée, il répondit par une illégalité de nature à exaspérer le sentiment magyar. La diète avait, selon l'usage, rédigé ses votes en articles de loi, cette fois au nombre de vingt et un. Le singulier roi prit sur lui d'ajouter un vingt-deuxième article interdisant les discussions religieuses, cela sous une forme vraiment provocante. Les comitats du nord-est, foulés par Belgiojoso et plus excités que

les autres, proclamèrent dans une assemblée régionale la nullité de cette prétendue loi, et se soulevèrent contre le gouvernement, selon eux prévaricateur.

Etienne Bocskay dans les deux Hongries : la paix devienne (1604-1606). — Bocskay devenait donc le chef nécessaire des insurgés dans les deux Hongries chrétiennes. C*est dans la région montagneuse du nord que la lutte s'engagea; le parti national resta vainqueur près de Kaschau. Le lieutenant du prince, le jeune Gabriel Bethlen, tournait contre TAutriche les redoutables heîdouks, tribus guerrières recrutées parmi les paysans ennemis des Turcs, et menant une vie à moitié nomade sur les bords ravagés de la Theiss. Puis une sorte de contre-diète, réunie à Szerencs, proclama Bocskay prince de la Transylvanie et de la Haute-Hongrie, déclara traître quiconque ne soutiendrait pas la cause nationale, et proclama la liberté de conscience. Le nouveau gouvernement, appuyé sur les Turcs, sans vouloir accepter d*eux la couronne de Hongrie, montra une activité qui contrastait avec Tinertie têtue de Rodolphe. La puissance autrichienne s*écroulait si Tarchiduc Mathias n*avait imposé à son frère des négociations dont sortit péniblement la paix de Vienne. Ce document devait rester longtemps Tune des bases du droit public dans le royaume, en même temps qu'elle réglait momentanément le sort de plusieurs contrées. Etienne Bocskay était reconnu en effet souverain de la Transylvanie et de la Haute-Hongrie, à titre héréditaire, mais ces contrées devaient revenir à Tempereur-roi si Etienne mourait sans héritier. D une façon plus durable, la Hongrie royale obtenait la liberté de conscience, avec suppression de Tarticle indûment inséré dans les lois par Rodolphe, la résidence d*un archiduc dans le royaume, l'élection d'un palatin, rengagement de réserver aux nationaux les hautes fonctions publiques. A ce moment important pour la géographie historique, on constate que le territoire gouverné par Bocskay est le plus considérable des trois : plus de 2000 milles carrés contre 1800 à la Porte et 1200 à l'Autriche. Avec deux souverains tels que ce prince et Mathias, les deux régions pouvalent espérer un meilleur avenir. Par malheur, Bocskay mourut

subitement. On parla de poison, sans preuve suffisante. Ce q^J est certain, c'est que beaucoup de choses se trouvèrent remiM-î en question.

La Hongrie royale sous Mathias (1608-1613). — La

paix de Vienne ranimait dans la Hongrie royale toutes les esjK^rances du patriotisme magyar. Rodolphe aurait voulu ne Jla^ Texécuter, mais ses efforts n'aboutirent qu*à impatienter son frère Mathias, qui finalement, en 1608, le força de renoncer à la Hongrie comme à TAutriche, et de se confiner dans sa Bohème. Grande fut la joie de la nation quand elle vit à sa tète un prince portant le nom de Mathias, si glorieux et si populaire dans ses traditions, un prince acceptant le meilleur héritage de son père Maximilien, la tolérance, un prince porté au pouvoir par ce qu'on appellerait aujourd'hui Le parti libéral de tous les États autrichiens. Cet enthousiasme devait se refroidir dans la suite, plutôt par la fatalité des habitudes autrichiennes que par la faute personnelle du nouveau souverain; mais la lune de miel, c'est-à-dire l'année du couronnement (1609), fut un des plus beaux moments de l'histoire séculairement douloureuse de ce pays. Sans doute, même alors, la diète n'obtint pas tout ce qu'elle aurait voulu. Les abus prolongés dont on sortait à peine lui avaient inspiré cette ambition de rétablir la monarchie élective dans toute sa force, et de ne reconnaître Mathias II que comme roi librement élu. Le roi de France Henri IV connaissait ces dispositions, et se les exagérait plutôt. 11 comptait, dans ses derniers projets, rendre aux Hongrois < le droit qu'ils avaient d'élire eux-mêmes leur prince, ou de se mettre en telle autre forme d'état qu'ils jugeraient à propos », c'est-à-dire de vivre en république. Peut-être notre grand Béarnais méconnaissait-il le fond, essentiellement monarchique malgré les insurrections, de l'esprit politique magyar.

La question fut réglée, ou si l'on veut éludée, par un compromis. L'assemblée, au lieu d'élire d'abord le palatin pour qu'il procédât à l'élection royale, se contenta d'élire le palatin après la proclamation de Mathias comme roi, mais avant le couronnement, et de recevoir la promesse que la haute dignité nationale ne serait jamais vacante plus d'une année. Le redres-

sèment des griefs présentait encore plus d'importance. « Il est temps, disaient les députés, que justice soit rendue à nos plaintes qui datent de 82 ans ; car nous sommes las des vagues promesses. » Ils obtinrent beaucoup de Mathias, qui voyait avec inquiétude Rodolphe, par un nouveau revirement de ce bizarre esprit, prêt aux plus larges concessions, même envers les hérétiques, pour ressaisir la couronne de Hongrie. Cette rivalité rendait le parlementarisme magyar maître de la situation. De là résulte un arrangement très satisfaisant. Pour garantir rindépendance du pays en Tabsence du roi, le palatin, le conseil, la chambre des finances, en un mot les dignitaires régnicoles, exerceront la plénitude du pouvoir royal. Exclusion des fonctionnaires étrangers et des garnisons étrangères. La couronne reviendra de Prague en Hongrie et sera gardée par deux seigneurs laïques. Le nombre des villes ayant droit de représentation est strictement limité. La liberté religieuse est garantie'; les Jésuites ne pourront acquérir de domaines, et lors des élections de palatins, le roi présentera quatre candidats, dont deux catholiques et deux protestants.

Cette dernière clause reçoit presque immédiatement son application. Un seigneur protestant de haute capacité, Georges Thurzô, est élu palatin, et donne à sa patrie si éprouvée quelques années de bonne et énergique administration. Par malheur, Torage qui grondait déjà sur la Bohème et sur quelques points (le l'Allemagne, Tinfluence croissante de Tarchiduc Ferdinand, qui peu à peu se substituait à Mathias, comme Mathias lui-même s'était substitué à Rodolphe, les persécutions dirigées contre les protestants d* Autriche et que Tintervention de la diète hongroise ne parvenait guère à apaiser, enfin une réaction intérieure que nous étudierons bientôt, — toutes ces causes rendent, vers 1613, surtout vers 1619, l'avenir du royaume bien incertain. En tout cas le présent vaut mieux que celui de la Transylvanie, où les troubles ont recommencé. Sigismond Râkoczy * (1606-1608) n'a pas accepté pour longtemps la succession de Bocskay; il l'abandonne à Gabriel Bàthory, qui recom*

\. Prononcez : Rakôlchi.

mence et termine piteusement une dynastie si glorieuse à se^ débuts. Ennemi des Saxons ses sujets, d*aiileurs fantasque tyran, délesté presque de tout le monde, le prince Gabriel, J aprè's une série d'incohérentes oscillations entre les armées de Mathias et les armées du sultan, finit par être assassiné (1613;. Une fois de plus la Transylvanie semble au moment de tomlfer aux mains de la maison d*Autriche, ce qui aurait singulièrement modifié la marche de la guerre de Trente ans.

Gabriel Bethlen (1613-1629). — Ces espérances furent déjouées par Télection du populaire guerrier que Ton appela dès ce temps-là en France Bethlen Gabor *, suivant Tusa^^e magyar de mettre le nom de baptême après le nom de famille. En sa personne le protestantisme, et le protestantisme réformé, reprit possession pour longtemps du gouvernement de la Transylvanie. En lui aussi se manifesta, dans Tadminisiration inférieure, une tolérance qu'on aurait difficilement trouvée chez un de ses contemporains. Malgré la prépondérance numérique des protestants, il conservait un chancelier catholique à côté d'un chancelier réformé. Il tenait la balance égale entre les deux cultes comme entre les trois nationalités, qui acceptèrent également son pouvoir et en furent récompensées par une sécurité profonde. Pourtant Bethlen professait, dans son Etat séparé, le patriotisme magyar le plus intense, et même, dans sa pensée, son Etat séparé n'était que le noyau, resté indépendant, d*une future patrie magyare restaurée. Là même doit se chercher Tunité de sa politique vacillante, si difficile à saisir dans la guerre de Trente ans et dans les vicissitudes de la diplomatie ottomane. Il prenait, quittait, reprenait les armes contre rAutriche, sans se départir, même lorsqu'il traitait, de la plus profonde défiance envers cet adversaire de sa race et de sa religion, surtout lorsque les velléités constitutionnelles et tolérantes de Mathias eurent achevé de disparaître avec lui. Il n'aimait pas l'Ottoman, tout en subissant sa protection par nécessité d'équilibre. En attendant, il développait la langue magyare par l'enseignement et par son propre exemple, car il était poète lyrique religieux. Il lui faisait

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