L'AMÉRIQUE PROGRÈS DE LA COLONISATION EUROPÉENNE
Du milieu du ZVI" au milieu du XVII'' siècle.
Le gouvernement de la Nouvelle-Espagne (Mexique).
— Du milieu du xvi* siècle datent les premiers essais réguliers d^organisation par Je gouvernement espagnol des immenses domaines que venaient de lui conquérir, dans les deux Amériques, une nuée d'aventuriers *. Au nord-ouest, une espèce d'ordre régnait depuis 1535. Charles-Quint avait enlevé au conquérant du Mexique, Cortez, ses pouvoirs de gouvernemenl, et les avait conférés, d'abord à l'autorité judiciaire et politique de VAudiencia de Mexico, puis à un représentant spécial de l'autorité royale, Antonio de Mendoza, le premier d'une série de soixante-quatre vice-rois.
La juridiction de la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne s'étendit rapidement sur des régions qui n'avaient jamais été soumises à la domination aztèque. Cortez avait lui-même découvert la péninsule de YAlta Califomia, Il fallut de nombreuses expéditions pour assurer la soumission effective des
i. Voir ci-dessus, t. IV, p. 946 et suiv.
provinces de Cinaloa, de Sonora, de tout le pays du nord-ouest que Ton désigna sous le nom de Nouvelle-Navarre. Les régions du nord attirèrent à leur tour l'attention. Les Indiens du pays de Guadalajara (Nouvelle-Galice) montrèrent des qualités de résistance inattendues. Christoval de Ouate, puis Alvarado, moururent en les combattant. La conquête ne fut définitive qu'après deux années, lorsqu'eurent été établis dans la région les postes de San-Miguel, Durango, et San-Sebastian. Dans les dernières années du siècle, des capitaines espagnols s'avancèrent plus au nord, au delà du Rio Gila, dans le bassin du Rio Colorado ; franchissant les massifs des monts Rocheux, ils fondèrent Santa-Fé, la capitale du Nouveau-Mexique (1581), tandis que d'autres, au nord -ouest, pénétraient en Californie, entre la côte et les montagnes.
La grande affaire était la recherche des mines d'argent. Les premières furent exploitées au temps même de Cortez. En 1560 fut découvert le filon de la Vêla Madré. Les plus célèbres mines furent celles de Guanajato et de Zacatecas. Le produit en resta faible jusqu'à la fin du xvii^ siècle; il s'élevait alors, année moyenne, à environ 8 millions de pesos d'argent.
Jusqu'à la conquête de la Jamaïque par les Anglais, les Espagnols restèrent maîtres absolus du commerce des bois de teinture dans le Yucatan et le Honduras, pays compris, avec le Guatemala, dans le gouvernement de la Nouvelle-Espagne, de même que la Côte riche (Costa-Rica) et Veragua, région sans histoire jusqu'au temps de l'insurrection générale des colonies espagnoles. A l'isthme de Panama se trouvait la limite de juridiction entre les deux vice-royautés de la Nouvelle-Espagne et du Pérou.
La Floride disputée entre les Français et les Espagnols. — L'Espagne n'avait encore en 1S60 aucun établissement dans la partie orientale du territoire qu'embrassent aujourd'hui les Etats-Unis. Il ne subsistait aucune trace de la grande expédition de Ferdinand de Soto dans la vallée du Mississipi; les tentatives de quelques aventuriers sur la Floride étaient restées vaines. Le pays étant ainsi abandonné en fait par les Espagnols, Coligny eut l'idée d'y fonder une colonie française.
Ribauli, envoyé par lui, débarqua dans la baie de Porl-Royi!. et y construisit le fort Caroline, où il laissa vingt-sîx huguenot (1562). Ces hommes, mourant de faim, s*embarquërent suruD mauvais brigantin qui tomba aux mains des Ang-Iais (1563).
Coligny confia une autre expédition, Tannée suivante, à RenA de Laudonnière qui avait été du premier voyage. Un nouveai fort Caroline fut construit à Feutrée de la rivière de Mai (rivière Saint-John, en Floride). Un convoi, commandé par Ribault. apporta à la petite colonie un ravitaillement opportun . Mai^ TEspagne veillait. Elle aperçut le danger dont étaient menacées ses prétentions sur tout le continent de TAmérique du >'orJ. Philippe II chargea un vaillant et rude capitaine, Pedro Menendez de Avilés, de détruire le nid huguenot, et de fonder un établissement espagnol en Floride. Menendez s'acquitta de sa mission avec une énei^ie froide et implacable ^
Lorsque les voiles espagnoles parurent devant rétablisseroenf français, Ribault, qui venait d arriver, demanda à l'étranger qui il était et ce qu*il voulait : « Je suis, dit-il, Menendez d'Espagne, envoyé par mon roi, pour pendre ou décapiter les protestants dans ces parages. Tout Français catholique sera épai^né; les hérétiques mourront. » La flottille française ayant pris la mer, Menendez la poursuivit vers le sud, mais ne put l'atteindre. Il débarqua le jour de la Nativité de la Vierge, prit possession du sol au nom de Philippe II et commença la construction d*un poste qui est devenu la ville de Saint-Augustin (1565). Puis une tempête ayant dispersé les navires français, il saisit habilement cette occasion pour attaquer, en les surprenant par terre, les gens du fort Caroline. La place fut enlevée sans effort et la garnison massacrée. Très peu échappèrent. Les relations qu'écrivirent quelques-uns d'entre eux, rentrés en France, sur cet épisode des guerres religieuses, nous apprennent que les vainqueurs n'épargnèrent ni les femmes, ni les enfants, et que Menendez déclara ne point tuer ces gens « comme Français, mais comme hérétiques ». La cour de France restant indifférente, un gentilhomme gascon, Dominique de Gourgues, s'émut, vendit ses
i. Voir, sur Menendez et son œuvre, La Florida, su conquista y colonizacion, par Eug. Ruidiaz y Caravia, 2 vol., Madrid, 1894. — Voir ci-dessus, p. 134, 140, 331-
propriétés et emprunta pour équiper deux cents hommes. Il partit pour la Floride (1567), surprit un des forts espagnols, pendit les prisonniers, et laissa une inscription, portant qu'il avait tué ces gens « non comme Espagnols, mais comme voleurs et meurtriers » (1568). Les Indiens de la région, dit Bancroft, avaient été maltraités par les blancs des deux nations; ils eurent la satisfaction de les voir s'entr égorger. De Gourgues fui d'aillei>rs désavoué par la cour et la Floride abandonnée.
Gouvernement de la Nouvelle-Castille (Pérou, Bolivie, Chili). — Pedro de la Gasca, que l'empereur Charles- Quint avait envoyé en 1546 au Pérou, pour ramener Gonzalo Pizarre à Tobéissance ou châtier son usurpation, accomplit sa tâche en vingt mois *. Gonzalo Pizarre n'eut plus à ses côtés, au jour suprême de Xaquixaguana (8 avril 1548), que Cepeda, qui allait le trahir, et le sanguinaire Carbajal, qui lui resta fidèle et mourut avec lui. Après le départ de Gasca, le premier vice-roi du Pérou fut Antonio de Mendoza, comte de Tendilla, ex-vice-roi du Mexique, qui arriva en 1550 et mourut deux ans après. Tandis que le gouvernement retombait aux mains de TAudiencia, Giron, un ancien chef de bandes, mécontent de la part de butin qui lui avait été assignée, prit les armes, s'em-* para un instant de Cuzco, fut battu près du lac Titicaca, et décapité (1553). En 1557 parut à Lima un nouveau vice-roi, Hurtado de Mendoza, qui déporta trente capitaines, exécuta quelques complices de Giron et mit fin aux désordres.
L'existence de mines d argent au sud du lac Titicaca attira de bonne heure les conquérants dans cette région où prennent leur source le Mamoré (Amazone) et le Pilcomayo (Paraguay), région qui fut longtemps la real audiencia de Gharcas et est aujourd'hui la Bolivie. Sous les premiers vice-rois on l'appelait le Haut-Pérou. En 1538 fut fondée une colonie au lieu dit Choquechaca (ou Chuquisaca, « Pont d'or »), aujourd'hui Sucre. La ville fut appelée aussi Ciudad de la Plata (cité de l'argent), à cause des mines d'argent de Porco, situées dans le voisinage* De nombreuses expéditions sans résultat eurent lieu, au delà