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L'INDO-CHINE

envahit d abord le Pégou, dont il prit la capitale (1538) malgré un vaisseau portugais qui avait été envoyé par le vice-roi de Goa. Une marche sur Prome (1540) mit fin à la dynastie des rois de Pégou de race Chan, qui avait été créée en 1287 par Wa-ré-ru. Le seizième et dernier prince Ta-Kà-rtout-bi, qui régnait depuis 1526, mourut après celte dernière défaite, laissant son titre à son vainqueur Tabeng-shwé-ti. Celui-ci confia Tadministralion de son propre territoire de Taung-ngu à Tingathu, père de son heureux général Bureng-Naung. Martaban est ensuite attaqué ; nous y retrouvons encore les Portugais, qui, depuis 1519, par Tintermédiaire d'Antonio Correa, avaient conclu un traité de commerce avec son prince. Ils ne purent, malgré leur nombre (plusieurs centaines), empêcher la reddition de la ville et le massacre des chefs (1540). Tabengshwé-li s'empare ensuite de Prome (1541), défait les ChanSy prépondérants «à Ava, et prend enfin le titre d'empereur. Une invasion de TArakan (1546) ayant amené une intervention du Siam, Tabeng-shwé-ti se tourna vers ce dernier pays; mais il fut obligé de lever le siège de sa capitale, Ajuthia.

Quelques années après (1550), Tabeng-shwé-ti était assassiné. Ses successeurs immédiats, Thamin-dwut et Thamin-htau, ne régnèrent que quelques mois. Ce fut Bureng-Naung, le général de Tabeng-shwé-ti, qui s'empara du gouvernement. Il le garda pendant trente années. Dès Tannée 1551, Bureng-Naung déposait le dix-septième roi Sagaing, Tsî-thû Kyau-hteng, de la dynastie birmane d'Ava, fondée au xiv* siècle par Tha-do-mengbya. Le fils aîné de Bureng-Naung, Nanda-Bureng, qui lui succéda, fut mis à mort par le roi de Tâung-ngu, aidé de celui d'Arakan. Ce fut le second fils de Bureng-Naung, Ngyaung- Ràm-Meng, qui, en 1599, reconstitua une dynastie Taung-ngu, qui régna à Ava et à Hansawâdi, et qui dura jusqu'en 1751 *.

Les Portugais et les Anglais dans l'Arakan. — \ côté de ces nombreux petits royaumes, se trouvait celui

1. Époque à laquelle elle fut détruite par les Talaing, qui s'emparèrent de la capitale, Ava. C'est au conquérant birman, Alaunghprà, qui monta sur le trône en 1753, que revient Thonneur d'avoir donné i'unilc à ces pays si divisés de l'Indo-Ghine, et d'être le chef de cette longue dynastie qui a duré jusqu'à l'annexion anglaise (1885-4886).

d'Arakan, qui forme le long de la côte, entre le Bengale et la 1 Birmanie, une longue bande de terre resserrée entre les montagnes et la mer. Ses princes revendiquaient la plus haute antiquité, mais la dynastie régnante à l'arrivée des Por(u<rai> n'occupait le trône que depuis 1404 '.

Les Portugais étaient arrivés à Chittagong, qui dépendait de TArakan, dès 1517, avec Jean de Silveira, quoique les annalf^> j indigènes ne mentionnent leur présence qu'en 1532. A la fin du ■ xvi® siècle, le roi d'Arakan, Meng-Ra-dza-gyi (1593-1612), profitant des luttes entre les princes de Tàung-ngu, d'Ava et de Pégou, fit appel au Portugais Felîpe de Brito y Nicote. Celui-ci \ s'empara pour lui de la ville de Syriam ou Than-lyin. Meug- I Ra-dza-gyi, peut-être plus connu sous son nom musulman do Sélim-Shah, dont les Portugais ont fait Ximilixa, fui déçu dans ses espérances, car Brito conserva pour lui-même la conquête. Il dut la payer chèrement en 1613 : le roi d'Ava, ayant repris Syriam, fit empaler le peu scrupuleux Portugais.

Les Anglais arrivèrent en Birmanie après les Portugais. Le négociant Ralph Fitch, et deux de ses compatriotes, James Newberry et Leedes, avaient quitté l'Angleterre, en 1583, pour se rendre aux Indes par terre. Jetés en prison par les Portugais à Ormuz et à Goa, puis remis en liberté, Leedes entra au service du Grand-Mogol, Newberry ouvrit boutique à Goa, Fitch continua ses voyages. En novembre 1586, Fitch s'embarqaa au Bengale à bord d*un navire portugais qui le conduisit au royaume de Pégou, à Bassein. Nanda-Bureng, cinquième roi de la dynastie de Tâungu, y régnait depuis 1581. Fitch visita successivement Rangoun, Syriam, Pégou, Chittagong (trois ans après Gasparo Balbi, le joaillier vénitien, et vingt ans plus tatrd que Cesare Fedrici, également Vénitien). Le récit de ses voyages est remarquable par son exactitude.

Le Slam et le Cambodge. — Après la prise de Malacca, Tun des premiers souverains qui aient félicité Albuquerque de

1. Nous ne citerons que les princes suivants, nécessaires à Tintelligence ^^ <^^ récit, c'est-à-dire, à partir du huitième : Men-ra-dza (1501), Ga-dza-ba-di (i^^^^ Meng-tsau-o (1525), Tha-tsa-ta (1525), Meng-beng (1531), Dik-Kha (1553), Tsau- Iha (1555), Meng-Tsek-ya (1564), Meng-Pha-loung (1571), Meng-Ra-dza-gyi (<593j, Meng-Kha-moung (1612), Thi-ri-thu-dham-ma (1622), Mcng-Tsa-ni (1638), Na-raba-di-gyi (1645) et Tha-do (1658), qui régnaient à Tépoque dont nous parlons.

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la prise de cette citadelle fut le roi de Siam, Phra-Borom-Raxa, car c'était à ses dépens que les musulmans s'étaient établis à Malacca. En signe d'amitié, il envoya au conquérant portugais une coupe d'or, une escarboucle et un sabre incrusté d'or. En réponse à ces présents du prince qui était considéré comme le plus puissant de tous ces pays, Albuquerque expédia quelques agents à sa cour. Du Siam, les Portugais devaient facilement pénétrer au Laos et au Cambodge. Ce nom de Cambodge nous vient des Portugais. Us l'ont emprunté aux formes siamoises Kampou-chea et Kam-pho-xa^ d'origine indienne ^ Quant aux indigènes, ils appellent leur pays Khmer, Srok Khmer, pays Khmer, Nokor Khmer, royaume Khmer. Leur pays était, lorsque les Portugais y arrivèrent, en pleine décadence depuis le xui° siècle. La chronique royale ou Pongsa Voda, qui commence en 1346 *, donne l'histoire du pays. Elle fournit des renseignements extrêmement intéressants sur les Portugais. Ceux-ci, qui avaient visité Siam immédiatement après la prise de Malacca, ne paraissent s'être établis dans la capitale que vers 1546, sous le règne de Mahà-Chakraphat-Raxa-Thiràt, roi de Siam depuis 1529, et qui, en 1532, s'était emparé de Lovek, capitale du Cambodge, lis établirent une mission catholique au Cambodge en 1553 avec les dominicains Luis Cardoso et Jean Madeiro. Toutefois les Portugais ne paraissent avoir pris de l'importance dans le pays qu'après le pillage en 1593 de Lovek, capitale depuis 1528. Ils firent souche dans le pays, où l'on retrouve encore quelques-uns de leurs descendants. Quelques-uns eurent même grande influence à la. cour. Ainsi nous lisons dans la Chronique royale : « 1596 (1518). Un Européen, nommé Luis Vélo, avait été adopté par le roi Prea-borom-reachea, qui s'était enfui au Laos. Il vint à Srey-chhor, et Prea-ream voulut le faire tuer; mais il en fut informé et mit à mort le roi '. »

Le Père de Ribadeneyra pense que les célèbres ruines du Cambodge ont été découvertes en 1564 par les Portugais : il est pro-

1. Mots que les Chinois ont traduits en Kan-phou-tcki et Kan-pko-tche; en leur langue, ils appelaient le pays Tchin-la.

2. Elle nous a été traduite par le commandant Doudart de Lagrée.

3. Plus tard, nous retrouvons, en 1811, un médecin du roi, Joseph de Monteiro. et de nos jours un interprète, Kol de Monteiro.

bable qu'il ne s'agit pas de celles d'Angkor, mais de celles de Phnom Bachey. Le Père Christoval de Jaque, contemporain de Ribadeneyra, mentionne également l'existence de ruines ; mais je ne crois pas que le nom d'Angkor soit cité avant le dominicain espagnol G. de San-Antonio, dans son ouvrage paru à Valladolid en 1604. On peut donc dire que c'est grâce aux voyageurs modernes que ces restes grandioses d'une civilisation disparue ont pu être sérieusement étudiés. Nous ne pouvons que rappeler ici que les deux groupes principaux de ruines se trouvent dans la partie cambodgienne du Siam, sur la rive droite de la rivière de Siem-reap : ce sont ceux de la pagode royale, Angkor Vat, et de l'ancienne capitale royale. Angkor Thom. Ces monuments, dont on fait remonter les plus anciens au ix* et les plus récents au xni* siècle, sont orientés à Test. Ils sont construits, les plus grands, en pierre ou calcaire de Bien-boa; les moindres, en briques et en bois.

Le Laos. — Grâce à l'esprit d'entreprise commercial des Hollandais, nous avons, au xvn* siècle, la plus ancienne relation du voyage au Laos. Au mois de mars 1641, des négociants du pays de Louwen (Laos) se rendirent à Batavia sur un navire néerlandais, partant du Cambodge. Le gouverneur général des Indes néerlandaises était alors le célèbre Antonie Van Diemen. Les récits faits par les Laotiens lui donnèrent l'idée d'entamer des relations avec leur pays. Aussi fît-il clioix, pour diriger une exploration vers le centre de l'Indo-Chine, de Geraerdt van Wusthof, assisté de Willem de Goyer et de Huybert Boudewijnsz van Lochorst * . Ils quittèrent le Cambodge le 20 juillet 1641 . Ils remontèrent le Me-Kong jusqu'à Vien-chan *, où ils arrivèrent le 3 novembre. Laissant ses deux compagnons près du roi de Laos, Wusthof repartit le 16 novembre 1641. Ce voyage n'eut d'ailleurs aucun effet pratique. Van Diemen, ayant renouvelé sa tentative Tannée suivante, le subrécargue Pietcr van Regemortes, envoyé de Batavia en qualité d'ambassadeur, fut assassiné au Cambodge à la fin de 1043.

1. Un harbier, deux domestiques hollandais et un Malais de Patani, Julse Lanagh, complétèrent l'escorte.

2. Vien-chan, h environ 800 kilomètres de Tembouchure du fleuve, a clé détruite lors de la conquête du Laos par les Siamois en 1828.

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Dans cette relation, nous apprenons que, vers la même époque, « deux prêtres romains portugais » arrivèrent à la cour de Laos et que, parmi leurs présents, se trouvaient deux petits chiens blancs. Il est probable qu'un de ces missionnaires était le jésuite Jean-Marie Leria, né à Verceil en 1597, qui visita le Tong-king après le Laos et mourut à Macao le 21 août 1665. C'est lui qui a fourni au Père Jean-Philippe de Marini (mort à Macao le 17 juillet 1682) les éléments de sa relation du Laos. Le roi de ce pays avait même chargé le Père Leria de faire un parallèle entre son dieu Xaca et Jésus-Christ.

Missions catholiques. — L'apostolat de saint François- Xavier, qui prêcha à Malacca en 1545, est la véritable origine des missions catholiques en Extrême-Orient, aussi bien pour rindo-Ghine que pour la Chine et pour le Japon. Les premiers missionnaires étant des Portugais, ils furent tout d'abord sous la dépendance de l'évêque de Funchal, dans l'Ile de Madère. Le zèle des Dominicains, aussi bien que celui des prêtres séculiers, devait amener des déplacements dans la direction de l'autorité religieuse : en 1534, Goa fut érigé en diocèse. Le dominicain portugais Gaspar da Cruz, dont le livre imprimé à Evora, en 1569, est dédié au roi Sébastien, paraît avoir été le premier missionnaire qui, de Malacca, se soit rendu au Cambodge par la Basse-Cochinchine actuelle, probablement par Ha-tien. Les efforts des différents missionnaires amenèrent en 1557 la subdivision du diocèse de Goa, qui devint un archidiocèse. Il comprit non seulement Goa, mais aussi plus tard le Tibet et la vallée du Gange, avec le Kashmir; le diocèse de Cochin, qui embrassait l'Hindoustan, Ceylan et la côte orientale de la Cochinchine; le diocèse de Malacca, avec Malacca, le Siam, la Cochinchine et le Tong-King; enfin le diocèse de Macao, avec la Chine.

Ce fut la persécution d'Iyeyas, comme nous l'avons vu plus haut, qui amena le grand afflux des missionnaires du Japon dans rindo-Chine*: d'abord à Tourane, dès 1615. Les mission-

1. Nous voyons le 17 janvier 1615, arriver à Tourane, les jésuites Diego Carvalho, Portugais, et François Busoni, Italien, avec trois frères coadjuteurs : Antoine D'idz, Portugais, et les Japonais Joseph et Paul. Nous notons les années suivantes : lôlô, André Fernandez, Portugais*, 1617, François de Pina, Italien, et

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naires ne parurent au Tong-King qu'en 1626 avec le jésuite ili lien Julien Baldinotti, qui attribue ses succès à Temploi A- Touvrage sur la Vraie Doctrine de Dieu, écrit en chinois par le célèbre Matteo Ricci. Mais ce fut vraiment avec larrivér^. Tannée suivante (1627), du Père Alexandre de Rhodes (d'Avignon), accompagné du Japonais Pierre Marques, que la nouvelle mission commence à prendre de Timportance *. • L'Annam. — A cette époque, la dynastie des Lé \mtérieurs, créée en 1428 par Lê-loi, régnait sur la partie orientale de rindo-Ghine; mais ces rois Le avaient perdu, comme au Japon le Mikado, tout pouvoir effectif. Celui-ci était passé entre les mains des guerriers qui les avaient soutenus dans la ^rajiJr révolte des Mac ou des Mou, puissante famille qui ne fut écrasée définitivement qu'en 1548. Le principal de ces guerriers, Mgûyen-Càm, Tun des ancêtres de la dynastie qui règne actuellement en Annam, fut le premier de ces chefs que Ton ne peut mieux comparer qu'aux shogouns. Les Nguyen en Cochiflci/Of avec le titre de Chtuiy et les Trinh, au Tong-King, sont les véritables maires du palais du souverain Lé, roi fainéant, qui porte le titre de Bua. Le premier Chua mourut en 1545: sâ fille épousa Trinh-Kiem, qui usurpa le titre. L apogée de la puissance des Chua eut lieu sous Gia-tong en 1673, et leur intlueact! fut même telle qu'en 1732, Tun des Bua, Vinh-Thanh, fil^ adoptif de Du-tông, fils et successeur de Hi-tông, fut, à cause de sa mauvaise conduite, mis à mort par ordre du Chua. >'uu5 verrons, dans les dernières années du xvm® siècle, la fin de cette double puissance.

François Barreto, Portugais; 1618, Christophe Borri, Italien, et Pierre Marqué*. Japonais; 1622, Romain Niti. Japonais, Emmanuel Fernandez, Portugais, Jean de Leiria, Italien, Emmanuel Borges, Portugais; 1623, Antoine de Fontes, Porlugais: 1624, Alexandre de Rhodes, Français, Jérôme de Majorica, Italien, Gabriel de Matos, et Melchior Ribero, Portugais; 1625, Gaspar Luis, Portugais, et Malhias Machida, Japonais; 1626, Michel Machi, Japonais; 1627, Antoine Torrès elBeDO/7 de Matos, Portugais; 1640, Pierre Alberto. Portugais; 1646, Métellus Saccanoel Charles de Rocca, Italiens; 1653, François Rivas, Portugais.

1. Une importance qu'augmente la venue des Pères Paul Saîto (1629), Gaspard d'Amaral, André Palmeiro, Antoine Cardim, Antoine de Fontes (1631), Raymond de Govea, Jérôme de Majorica, Bernardin Reggio (1632), etc.

BIBLIOGRAPHIE

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consultera les grandes collections : Mémoires concernant VHistoire des

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