‹ Histoire générale du dix-huitième siècleChapitre 19 sur 26 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

HiflloiK d» êlàXaaaamiB français «t anglais dans la Indes Orientak»

peudaut Àe ib"^*". Siècle.

Sols le règne de François I , quelques négocians de Rouen hasardèrent pour les Indes orientales une faible expédiiion qui , battue par la tempête, ne dépassa point le cap de Boune-£spérance. Ce lut la première tentative du commerce français pour partager les avantages que les Portugais, les Anglais et les Hollandais tiraient des riches contrées de Tlnde. Après une longue interruption, Henri IV U>orna de nonyeaa l'attention de ses sujets yers ce pays. Il établit en Bretagne une compagnie des Indes orientales, qui expédia en 1(j01 quel(|ucs navires , mais sans résultats avantageux ; rassociaîiou lut promptement dissoute. Quelques négocians de Dieppe ne furent pas plus heureux en 1633. Découragés par tant de mauvais succès, les armateurs français se tournèrent Ters Tlle de Madai^ascar , et ahandonnèrent le commerce de Tlnde. Richelieu tenta de le ranimer. Il forma une nouvelle compagnie des liules sous sa protection immédiate et avec de plus grands privilèges. D*aboid plus active et plus heureuse, après bien des variations dans ses plans, elle déchut et ne put se soutenir. Sous Louis XIV , une thotsième compagnie fut instituée, et Colbert la dota de 15,000,000 et du privilège exclusif du commerce des Indes {)our cinquante ans. Compromise parles opérations deCaïuii, son chef, elle se releva par la prudence et raclivilé d'un de ses agens , Fraunns Mamn , qui fonda sur la cùle de Coromandel , à Fondichéry , un établisse*

DU DIX-HUITIÉMË SlKCLfi. 515

ment dont Fétat prospère excita bientôt la jalousie des HoUaBdais. Attaqué dans sa colonie naissante , il la ren* dit , après une belle défense, par une capitulation honorable (IGl)^). Maîtres de Pondicliéry , les Hollandais, dans le dessein de s'y élablir solidement , en firent une forteresse redoutable. Mais ils ne travaillèrent que pour la France. Par ia paix de Ryswick ( 1()97) » Pondichéry fut restitué à la compagnie française avec toutes ses fortifications* et le gouvernement en fut confié de nouveau à François Martin^ En quelques années > sous son habile administration, cette ville devint le chef-lieu des possessions françaises dansFInde. et l'une des places les plus importantes que K s J^uropeeiis t ussent en Asie. Au lieu de cinq cents habitaus qu'elle comptait dans son origine» bientôt, superbe métropole, elle en renferma quatre-vingt miHe » Européens , Indiens et Mahométans.

Si la compagnie eût secondé ce développement rapide, il n'est pasdouteu)L que Pondichéry ne fût devenu en peu de temps le centre d'une domination roloniale considérable. Mais» tlt'S sa >^^i)'i( , ( e bel i fnblissemeut fut abandonné à Lui-même* l^branlée par des opérations désastreuses, la compagnie chancelait en Europe , lorsque l'Ecossais Law, rêvant le gigantesque et chimérique projet d'acquitter les dettes de la France par le commerce du monde , réunit , en 1719 , les compagnies d'Occident , delà Ciiioe, de l'Afrique et des Indes orientales en un seul et même corps, sous le nom de Compngnie perpHueUe des imleS' La nouvelle société, investit; de privilèges immenses» brilla d'un éclat, éphémère et trompeur* Bientôt le prestige fut dissipé par la chûte du fameux système et par la banqueroute nationale. Cependant la compagnie perpétuelle survécut au naufrage et tourna son attention vers Pondiebéry , qui , luaigré son délaissement, avait subsisté et fleuri par ses ressources particulières. Dumas y fut envoyé en 1735, comme gouverneurgénéral , et la colonie dut à son administration vigoureuse et habile de nouveau» aecroissemens et un nouveau lustre. Il obtint d'abord-duGrand-Mogol Mabomet-Schah*

^14 HlSTOlUIB 6&lfÉRAUt

le pritilége de battre monnaie , et il en fit frapper aa-^ nuellemeût pour 5 ou 6,000,000 : ce qui valut à la compagnie 4 à 500,000 francs de bénétice, par le seul droit souverain de mounoyage» Peu de temps après» il lui procura un avantage bien plus grand eneore par l'acqaisîtîon de Karical et de son terriloire qo*il acheta d'na prétendânt m royaume de Tanjaour» moyennant uné faible somme et la promesse de le protéger contre son compétiteur ( 1759 ). Dans le temps que Pondichéry

Îrenait ces rapides accroissemens , d'autres établisseniens e la même nation florissaient jusque dans le lieugale et semblaient annoncer à la Péninsule indienne de nouveaux dominateurs, héritiers de la poissance anéantie des autres peuples européens. Ayanoom dans le Rajmindoa» Balas* sor dans le fiattek, avaient des comptoirs très-importans; celui de Cbandernagor était dans un état encore plus prospère, qu'égalaient presque les facloreriis (if Daca, de Palna , de Gassimbazar. Sur la côte de Malabar , dé riches comptoirs à Calicut, à Mahé , assuraient aux Français le commerce du poivre ; Surate servait d'entre* pôt et de débouché pour les draps et les dorures de Lyon» La France allait atteindre au plus haut degré de sa pros» pérîlé coloniale.

En 17^0, le gouverneur-général fui menacé d'une guerre dangereuse, qu'il écarta par sa fermeîé. Depuis que l'invasion de Kouli-Kliau avait ébrauié l'empire des Indes, la plupart des gouverneurs mabométans cberchaient à se former des principautés indépendantes (1)*

( t) L*empire do llogol eompreiiaît jadis presque toute U Péninsule en deçà do Gan|[e. Il était divisé en neuf grandes provinces gouvernées par êesSouhahs oo TÎce-rois , et subdivisées en districts moins élehdus administrés par deà Nabab$. Mais , après la mort d'Aureng-zeb , les souLkiIis i-t les nababs , sous ses

fail les urccsseurs, commencèrent à se rendre indcpendans. L'invasion de Kûuii-Ki.jn t'i le trouble qu'elle jcla dans l'empire leur periiiil tie consotnmer leur i!sui[Kinon. L'empereur, réduit à une fnil)le partie de ses anciens domaines, ne couserva plus sur le reste qu'uue aulurilé nominale dont l'eKcrctce se bornait , lors de la mort d un Soubahou d'on nabab , àcooliroier son soocesseor pour une certaine •Mnme par une patente impériale*

DU DlX-HUITIÉME SIÈCLE. 515

Parmi ces ambitieux, Daoust Aly-Khari , nabab de la provioce d'Arcate, où étaieat situées Pondichéry et Madras» les capitales des établissemens français ef anglais» s*étant fait redouter par ses conquêtes sur la côte' Je Malabar, les rajahs indiens appelèrent à leur aide>les princes maraltes , qui se mirent en campagne avec 100,000 chevaux. Vninf]iieurs du nabab, qui est tué dans Taction , ils s'irrileni que sa veuve , avec le re$te de sa famille» ait trouvé un asile à Pondichéry. Ils réclament iaipéri0usement les réfugiés et une somme de 1»200»000 livres en forme de tribut. Mais le gouverneur rejette leurs demandes , brave leurs menaces , les étonne par son énergie, les désarme jiar d'iiabiles négociations» et ils se retirent , après avoir conclu la paix.

Au moment où Dumas donnait à la compagnie une considération et une puissance qu'elle n'avait pas avant lui » un établissement qu'elle venait de former dans les mers d'Afrique» aux îles de France et de Bourbon» sur la route de Madagascar aux Indes , prospérait par le génie entreprenant et créaleur de la Bourdonnais, Bientôt après parut sur la scène un homme plus remarquable encore , Dupleix, dont le nom est à. jamais fameux dans l'Inde et dans notre histoire coloniale.

En 1640, les Anglais avaient commencé à s'établir an Bengale. Ils n'y eurent qu'une existence très-précaire jusque vers 1698, qu'ils transportèrent leur factorerie el jetèrent les premiers fondemens du lorî Williams à Kali-Katîa (Calcutta) , sur la rive occidenlale *iu Gange, où l'empereur Aureng-Zeb , reconnaissant des secours qu'ils lui avaient prêtés dans une guerre contre les Marattes, leur avait donné quelques terres» les premières qu'ils possédèrent dans l'Indostan. La position de Calcutta oRrait de graves înconvéniens , Tair malsain , l'ean saumàlf e , le sol luarecageux , l'ancrage peu. sûr. Cependant cet établissement si mal situé devait en moins d'un siècle devenir une des plus belle** et des plus opulentes villes du monde ; et déjà » vers 1740 » il commençait à fleurir »

516 fitgromB ^âhAiulé

malgré les rrêi|uenles iucursioQs et les ravages des MaràU les dans le l)('n^za!«\

Dans iaïuéoie province^ Ghauderuagor» coocédé à la compagnie franfaise , en 1688 , par Tempereur Aureng* Zeb » moyeonant la somme de 100,000 livres , était , sous le gouvememeot de Dapleix » an des principaox marchés du ' Bengale. Cet habile adminîstratenr régissait eette colonie depuis douze années . iursqu'eu 1742 il fut appelé à Pondichery en qualité de gouverneur-général. Son prédécesseur avait obtenu du Grand-Mogol le titre de aabab. Dupleix s'empressa de s'en mettre en possession # ccMnme d*une dignité désormais héréditaire $ et tant pour satisfaire son penchant naturel au faste que poar en imposer aux indigènes^ il étala dans Pondichéry une magnificence orientale , ne sortant jamais que dans un riche palauquin , escofié d'une garde à cheval huilante d'or et d'écarlale, et recevant les princes et les ambassadeurs avec toute la pompe d'un souverain. Projetant (Vétendre au Bengale la puissance et le commerce de la France » il alla s'y faire reconnaître en qualité de rajah • établit à Cbaodernagor un directeur-général , et expédia des vaisseaux à Siam, à Camboje, à la Gochînchine et dans tous les marchés de la presqu'île au-delà du GaiJge. En même icuij»"^ , pour appuyer le commeree par les armes et se rendre redoutable an\ princes Indous , il s attacha à augmenter les troupes de la colonie , les accoutuma à une discipline exacte» leur inspira Fesprit d'entreprise qui Tanimait » et se mit en mesure de se mêler avec une influence dominante dans les querelles politiques du pays.

L'Angleterre voyait avec inquiétude grandir aux Indes le commerce français. Lorsqu*écla!a la guerre de 1744, elle rejeta la proposition que lui iii le cabinet de Ver* sailles de ne point étendre les hostilités aux colonies , et de conclure une convention de neutralité entre les é(ablissemens indiens des deux nations. Menacés par un ennemi implacable , les chefs de la compagnie française opj^)osèrent au péril l'activité et l'énergie p et sans uu

m DH-^HUITlÉlfE SIECLE. 517

funeste esprit de livaBté qui le» dhrifl&H , fls anraieiit

obfeim des succès également éclataus et solides. La Bourdoimais <^quipe à ses frais une escadre de six vaisseaux. Hais, aui lieu de joindre ses forces à celles de Dupleix » qui méditait la conquête de Madras « le plus riehe établissement des Anglais sur la côite de Caromandel, vent avoir seul la gloire de renlreprise. Vainqueur d'uoe escadre anglaise qui croise dans les parages de Madras ^ il assiège celte ville qui capitule le 10 novembre 1746 et se rachète moyennant 10,700,000 livres. Mais le gouverneur-général Dupleix, animé par la jalousie, casse la capitulation » pille Madras , la livre aux flammes » et ^ non-content de cette violence, suscite à son rival de^ gloire des difficultés et des retards qui l'empêchent de voler à de nouvelles expéditions. La Bourdonnais , justement irrité , se retira à l'île Maurice, et , de là , fil voile vers la France où laUeudait une odieuse captivité dansles cachots de la Bastille.

Favorisés par ces discordes et fortifiés de puissans. secours» les Anglais reprennent t'oifensive , rentrent dans' Madras, et» impatiens de venger leurs aflh>nts et leurs, pertes » vont assiéger Pondichéry. Dupleix répare se»', torts par une belle défense. Les Anglais échouent, mals^ré la supériorité de leurs forces , et sont contraints à la retraite. Bientôt après , le trailé d'Aix-la-Chapelle pacifie l'Europe et TAsie» et Dupleix reprend le cours de ses vastes desseins dont h guerre a interrompu Texécution. Il était persuadé (et , préservé des excès de If ambition » ce système pouvait être juste) que la compagnie fran^ çaise, incapable de lu lier avec la compagnie anglaise par ses propres moyens , ne serait jamais puissance commerçante avec avantage, si elle n'était puissance territoriale. Dépossédé de Madras et de ses dépendances , il cherche ailleurs ce territoire qu'il a résolu d'acquérir. Divers prétendans^ se disputaient la soubabie du Décan et la nababie du Camate. Dupleix intervint daos leurs diffé^ rends, et, après une suite rapide d'entreprises aventu- ](eu$es et d'événemens roinancsipes , il obtint de

518 DISTOIRE GÉN&aALE

reconnaksaDce da compétiteur» qii*il fit triompher danf le Décan» un vaate aecroissemeiit de» territotrw de Pondicbéry et de' Kariçal ». et la ville de Mazolipatam

avec les terres environnantes. Il fat moins heureux dann le Cariiate. La compagnie anglaise , sans rompre ouvertement la paix , avait donné des secours au prétendant que rejetait Dupieix. Deux habiles oiiiciers, Lawrence eiClive, avec d'excellentes troupes et Talliance des Marattes et des princes de Tanjaqur et de Mysore , accablèrent le parti français de revers multipliés. Dupieix n'avait point d'ai* liés considérables dans le Camate ; il ne recevait point de renforts d'Europe , ou , suivant son expression , on ne lui envoyait , sous le nom de recrues , qtie la plus inepte et la. plus vile canaille f qui ne savait que tuir, trahir et déserter.

Ces diiiicullés Ûrent briller au plus haut degré son génie fécond, et hardi ; mais enfin elles consumèrent ses ressources, et la compagnie « qu'il avait long-temps abusjjéa par Tassurance des résultats les plus avantageux» et qui» sur un rapport du 50 juin 1752 » croyait avoir dans l'Inde, toutes dépenses payées , un fonds d'avance de plus de 24,000,000 , apprit avec étonuement, par une lettre du conseil de Poodichéry, du 19 février 1753, que , loin d'avoir un fonds d'avance 9 eUe redemitplus <2^,2>000,000. Les directeurs de la compagnie , qui n'avaient jamais, goûté les grands desseins de Dupieix » envisagèrent ce déficit en marchands trompés dans leurs spécuïations. Au lieu de comprendre que le gouverneur n'avait pu poursuivre, sans des frais immenses , l'exécution de ses plans; que s'il avait érlioué dans le Carnate, oa devait s'en |)reudre au peu d!aidc qu'il avait reçu; que des entreprises^ telles que les siennes» ne s'accomplissaient point sans des. effprls et 4^s sacrifices considérables» et qu'il fallait sa<voir perdre [)our gagner plus tard , ilsconclurent au rappel, de l'homme qui voulait conquérir des royaumes à des gens qui ne demandaient que des dividendes. cabinet de Versaîîles seconda cotte résolution pusillanime. La cour de France, d'abord charmée des succès de Dupieix^ IJavait récompensé en le décorant du cordon rouge et du

mt BK-BUITIÈME SIÈCLE. 5t9^

titre de marquis» Mais depuis > effrayée de ses desseiot.

gigantesques, elle Tavait laissé sans secours et lui avait* même prescrit de renoncer à la nababie du Caniate, Le. ministère anglais, înqnief {^t jaloux de notre inOuenee toujours croissante (iapsTlade» demandait le rappel de- Bupieix, sous prétexte que son génie remuant compromettait la paix djn monde en troublant celle de l'Asie. Les... cabinets de Londres et de Versailles» dans ta crainte que le feu de la guerre , concentré depuis six ans dans l'Inde , ne se rallumât en Europe, se concertèrent pour rapprocher les deux compagnies. On admît < n principe un traité conditionnel qui devait établir entre elles une entière éga- . lilé de territoire, de forces et de commerce sur les côtes., de CoroQiandet et d'Orixa. Beux commissaires pacifica* teurst Goieheu^ pour la France, Aifufers pour l'Angle^ terre, furent envoyés dans l'Inde, et conclurent le 2\ octobre 1754 entre les deux compagnies une couyention portant qu'elles jouiraient sans trouble et sans contestation de leurs possessions respectives , et qu'à l'avenir elles . ne prendraient aucune part aux démêlés des princes du pays. Le commissaire français , après ayoir Térifié le dé- . plorable état des finances de la colonie , signifia à Dupleix son rappel. Celui-ci s'indigna que son successeur , au lieu d'employer au siège décisif de Tritchinapaly les . troupes qu'il avait amenées , eût traité avec les Anglais. Il prétendit que. par cette couquête la compagnie française p triomphante sansretour, eût retrouvé sur-le-champ . l'immense profit des,.possessions qu'elle avait si glorieusement acquises ; et , toute problématique que puisse pa- . rattre cette assertion, ce que la compagnie anglaise a fait depuis fournit un argument assez spécieux à ceux qui ont persévéré dans leur admiration pour h; génie el les projets , de Dupieix. Lhi reste , il se soumit sans résistance à l'ordre .

Îui le rappelait , et quitta, en pleurant de sensibilité et ^orgueil''» cette terre derinde où » depuis plus de trente, annéèi, il avait attaché tant ie grandeur au nom fran-. çais, on il était monté lui-même au rang des souverains» (^ù il avait vu frapper des médailles en sou nom et s'ékvei;^^

520 nSTOIBB «£lliftAI.r

la ville de la victoire de Dupleix [DupUix-Faleabad)^ L'in— gralitudc qui Tarrachait au théâtre de sa gloire, lui rés( r\ aii à Paris de aouvelles douleu|*8* £b vaia il y réclame^ 7»500»000 livres qu'il prétend avoir avancés pour i» compagnie de ses deniers et de ceux de ses amis. Aprèsneof ans de délais, de rebuts et d^bumiliations r il meurt dans l'indigence (1765), lui qui a disposé des trésors de riude ; il meurt , trois jours après avoir publié uu mémoire , où , répandant l'amertume de sou cœur navré de désespoir , il proclame sa gloire» sa misère et l'éterneild' honte de ses persécuteurs.

La suprématie qull avait voulu donner dànsrindeà ses concitoyens, rejeiée par laFrance, va bientôt passer à TAngleterre. Vers le temps de la disgrâce de Ihipleix, mourut Allaverdi, usurpateur des provinces de Bengale^ de Babar et d'Orixa. Sou successeur, Souradja-Dowla , était aniijie d'une baine violente contre les Anglais. Eu 1756, il surprit Calcutta sans défense, et s'en empara. La compagnie anglaise fut un moment menacée de sa ruine. Elle en fut préservée par les succès du colonel Clive , qui reprit Calcutta et tousies établissemens angkia. du Gange» et obtint de Souradja*Dowla an traité avantageux.

Au moHHMit où la compagnie anglaise était engagée dans celle guerre , elle apprit qu'une rupture venait d'éclater entre l'Angleterre et la France. Dirigée parDupleix, la compagnie française se fût indubitaUement déterminée à soutenir les princes du Bengale et à former contre les Anglais une confédération redoutable; mais des vues, étroites et de l.ui\ î aU uls lui Grent désirer une convention parliculièrequi elalili! la neutralité relativement aux deux conipa;xnies. Aux termes de cette convention , les Français de Cbandernagor avaient rcfuséieur secours au souhah. Souradja-Dowla. ils furent victimes de leur bonne foi. Vainqueurs du soubah , les Anglais violèrent aussitôt la neutralité et s'emparèrent (1757) de Cbandemagor, qui fut détruit et renversé pour nêtre jamais restauré. Sou-fadjja-Duwiu leur j^oriaut encore ombrage, ils conspiré--

DU BrS-HUITIÈMË SIÈCLE. 521

rent sa perte aree lafEur-Aly^Khaiit eon priocipalmÎDMtre. A la bataille de P&Mtey, la perfidie de ce traître méDagea:

aux: Anglais une victoire facile. Pour prix de eeserriee». ils le reconuurent souverain de Bengale» d*Orixa et de Babar à la place de Souradja-Dowla , Inchemenl égorgé dans sa fuite. Le noa^Keau soubab, tout dévoué aux Anglais dont il tenait sa puissance,, abandonna à leurs troupes 12»000,0ÛO qui furent partagés entre les soldats* La corn-* pagnie reçut plus de Sff^OOOvOOO des trésors de SonradjV Dowla. Jamais elle n'avait eu en sa possession un tel capital , et cependant ce n'était là qu'au iail)le commeacement de T opulence où. elle devait parvenir quelques ^ annéesaprès.

Cet accroissement de^pnîssance lui permet de pousserla guerre avec yiguear et de reprendre Tascendant que- Xkiplâx lui. avttt fait perdre. A cette époque , la compagnie française possédait , aux côtes d'Orixa et de Goro--mandel» Mazulipatam avec quatre districts, Pondichéry avec un grand territoire , Karical et l'île de Chéringhara , possessions considérables», mais trop éloignées les unes des autres pour se prêter ttn.mntuel secours. Dans le Dé* ean» le marqni» de Buuy f ancien et digne tientenant de- Dupleix 9 avait maintenu jusqu'à nn certain point notr» influence. Dans les circonstances où se trouvait la compagnie, c'était à ce chef, déjà célèbre dans i'inde , qu'il convenait de confier la direction des aiïaires. Le cabinet de Versailles lui préféra l'irlandais Lally , vaillant ofiiciert loyal et plein d'honneor» qui s'était distingué par plu* sieurs actions d'éelat» mais qui ne joignait pas la prudence à la bravoure • d -un caractère indomptable» d'ono brusque franchise» l'homme enfin le moins pourvu de l'adresse et de la modération nécessaires dans des conlrées^ lointaines et dans des tenxps difficiies. En qualité d'Irlandais réfugié, ii nourrissait une haine protonde contre L'Angleterre. A peine arrivé à Pondichéry ( 1758) » il 1» signala par des attaques prompte» et beurenses conlro^ fioudelour, ville anglaise voisine de cette colonie» contre be fort.St.rDavid surnommé le Berg-op-Zoon^ de l'Inde».

522 HISTÛIU fiÉKÉEALR

et contre DiTîcotté. Toatea ces conquêtes ftireni faites mat treote-buit joars. C'était on début brillant et de bon augure , mais qui lut démeuli par l'avenir. Ayant chassé les Anglais de tout le sud de la cote de Coromandei» Lally veut les poursuivre jusque dans Madras, Pour former le siège de cette ville» il rappelle du Décau Bussy avec une partie de ses troupes» et lui écrit : Toute ma politique estdans ces dnqmois: ils sont saerammtds : Plus d'Anglais . DANS LA vÉNiNSULB. Hais Ics moyons lai manquent pour accomplir son entreprise. Le comte d*Àché, commandant de l'escadre française, récemment surpris et défait par Tamiral Pocock, se déclare hors d*état de concourir au siège de Madras. Lally est forcé de l'ajourner. Dans le même temps, Leyrit, gouverneur de Pondichéry pour la compagnie» lui signifie que passé qutwse jours, U ne sa^* chargeait plus de payer m de nourrir Fa/mie. Alors on propose au gouverneur-généra! d'aller , à cinquante lieues » exiger du rajali de Tanjaour 15,000,000 dus parce prince à la compagnie des Indes. Il part , et , mal;]^ré la disette dont souiïre Tarmée par suite de la dispariliou du munitionnaire-géuéral qui s'est enfui avec les fonds, il arrivedevant la capitale du rajah. Tandis qu'il en presse le siège» on apprend que Fescadre a éprouyé une seconde défaite» que Karical et même Pondichéry sont menacés. Lally ' revient sur ses pas et exécute habilement une longue et difficile retraite. A son approche, les Anglais se replient sur Madras. Il veut les y suivre; l'escadre s'y refuse encore. Lally tente une autre entreprise ; pendant que la-, flotte anglaise hiverne à Bomba; » il va s'emparer d'ilr* cote* Hais toujours ses yues se reportent yers Madras. Enfin » entraîné par sa mauvaise destinée» avec une faible armée et des ressources insuffisantes en munitions et en- . artillerie, il met le siège devant cette ville pourvue d'une garnison nombreuse et dans le meilleur état de défense. Après trois mois de vaillans, mais inutiles edorts, il se , retire (février 1759 ) , ayant perdu l'élite de ses troupes.

De retour à Pondichéry» il s' m prend de ses revers au «ORseil et aux membres de l'iidministration.. Aulieu.do*.

DC im-HUITIEHE SIÈCLE. 525^

8*atif cher les cœurs dans le danger par des formes douces, et conciliantes, il les irrite et les aliène par la violence p

par la menace, par des emportemens furieux. A la vérité, il y avait dans la colonie une foule de désordres et d*abus désastreux qui révoltaient sa loyauté et qu'il était dil lu ile de voir de sang-froid et d'attaquer sans être haï. Mais Fimpétueuse irascibilité de Lally semblait provoquer les» haines» et il s'était formé contre lui une ligue de tous les gens intéressés aux prévarications contre lesquelles il ton-- Dait sans cesse avec l'acceot de la colère et dont une conduite également ferme et mesurée eût pu seule arrêter le cours , si toutefois la réforme n'était pas impossible et le mal incurable. Eu même temps que la résistance et» pour ainsi dire » la conspiration était dans le conseil» la révolte était dans Farmée. Précédé de neuf soulèvemens» partiiels, un soulèvement général y éclate le 17 octobre 1759. On devait aux soldats six mois de paie. Ils quittent leurs quartiers, élisent deux sergens pour généraux, donnent cinq jours pour aviser à leur paiement entier, et déclarent que^ passé ce terme» ils se joindront aux Anglais. Lally et d'autres officiers les apaisent par de géné» reux sacrifices auxquels le conseil refuse de s'associer. HaiSt quelque temps après (22 janvier 1760)» Farmée ayant été battue à Vandavachy , l'esprit de rébellion se ranime , et le général est abandouiié de sa cavalerie qui se vend à des chefs noirs. Enfin , le 18 mars , deux escadres et deux armées anglaises forment Finvestissement et le blocus de Pondichéiy* Durant dix mois» en butte à la famine, à la discorde» à de* lâches tentatives d'assassinat» Lally» sans flotte et sans cavalerie» momentanément» mais vainement secouru par le célèbre Haïder-Aly , tint contre des forces vingt fois supérieures aux siennes. Enfin, n'ayant plus que 700 hommes exténués de besoin et de fatigues à opposer à 22,000, ayant épuisé ses vivres et ses munitions , il rendit Pondichéry sans capitulation ( 16 janvier 1761 ) » et fut conduit prisonnier en Angleterre. II avait dit : Plm é^An^laiiê dans la péninsuJê. Le vainqueur dit à son tour ; /Vu* de Fraticaù , plus de Pondichéry ; et

524 UISTOIRË GÉMÉfiAUl

cette Tille » naguère si floriMânte , n'est bientôt plasqu^iiD monceau de raines. Un cri généfai s'élève contre Lally, qu'on accuse d'être l'auteur de cette catastrophe et de la perle de nos colonies eu Orient, Ses nombreux et iuiplacables eoDeniis, non conîens d'exagérer, d'envenimer ses i'aules réelles , lui imputent des crimes qu'il n'a pas commis et le signalent comnoîe traître et concusâonnaire* L'opinion irritée accneille avenglément ces accusations injustes. Instruit de ce déchaînement, LaUy obtient du gouvernement britannique ta permission de revenir en France, et écrit au ministre Choiseul ; J'apporte ici ma tête et nwn innocence . 11 n'entre point dans notre plan de raconter la longue et cruelle captivité , l'odieux procès , l'aHreux supplice qu'il eut à subir, il avait eu des tort» graves » sans doute ; mais c'en était là une trop dure expiation f et son sang criera à jamais contre son jugement.. Flétrie dès l'origine par la conscience publique , condamnée depuis par Féquitable Louis XVI , cette sentence soulèvera conli e des accusateurs passionnés et des juges, égarés les récriniinalions de la postérité la plus reculée, et l'histoire, qui ne porte point le haillon de Lally , déférera à l'exécration des siècles ses persécuteurs et ses bourreaux.

Les reproches que mérita son administration , ont été probablement exagérés par ses ennemis. Il est certain

qu'il eut à lutter contre des (iilHicultés immenses. Dans, ses opérations militaires le long des cotes, il fut obligé d'agir, tantôt sans escadre, tantôt avec une escadre in ferieure à celle des Anglais. Lorsqu'il voulut pénétrer dans le pays , ses alliés le secondèrent mal ; troupes, se mutinèrent faute de paie; et cependant» il gagna neuf batailles , prit dix places, et ne succomba que par la trop grande inégalité de ses forces. Dans le gouvernement civil , s'il s'attira la haine, ce fut par son intraitable intégrile peut-être autant que parla hauteur et la violence de^ ses procédés. Ses fautes ont sans doute précipité la ruine de la colonie : mais d*autres causes amenèrent aussi ce résultat déplorable. Les mœurs avaient promptement iè^

généré dans un rlimat voluptueux. Les guerres do Dupleix dans l'inlériour de Topuieule péninsule avait iM élé U source d*angrand nonibre de rapides fortunes, et i'armée enrichie avait coniraclé d^ plus en plus les habitude» moUes de l'orient» Les officiers et les employés qai n'ataient point partagé les chances el les profils de ces ex** péditions brillantes se dédommageaiént par la prévarication et la vénalité. Ce n'était que largesses chindestines , présens corrupteurs el honteux trafics. Tous les emplois, toutes les grâces étaient à la faveur ou à Tenchére. Outre cela , Tesprit de parti travaillait Tadosinistration et y foîm^tait la discorde. Toutes ces causes réunies concoururent à la chûle du grand édifice colonial élevé dans Tlnde par les Martin , par les La Bourdonnais , par les Dupleix » ( ( dont la France u'a recouvré depuis qi^'un faible et chancelant dénri^.

Par la paix de 1763, Pondichéry nous fut rendue, mais avec un territoire circonscrit de trois à cinq lieues Ters le sud et Pouest» La France recouvra aussi Karical , Chandemagor et tous ses cotnptottv du Bengale, mais sons la condition expresse de n'établir aucune fortification à Chandernagor et SCS dépendances. L'abus de cetle convention fut poussé si ioiu, qu'en 1770 le gouverneur <l(; cette ville ayant voulu creuser un fossé pour dontier cours à des eaux stagnantes de Pintérieur et de Textérieur, une compagnie de pionniers, envoyée de Calcutta, détruisit les travaux et combla le fossé.

Toutes les colonies françaises avaient péri ; il fallut une création nouvelle. On commença par rééditîer Pondicliéry. Dès Pan 1769 , la nouvelle ville renleruia près do 30,000 hahitans. La colonie luf sagenien? administrée par le nouveau gouverneur Law de l^urisloo. Mais la puissance toujours croissante des établisseme^s anglais ne lui laissa plus qu'une existence précaire. Pondichôry sortit de ses ruines, mais ne releva jamais la tête à la hauteur de Madras cl de Calent la.

Les Anglais dominaient au iien«;alo. L'orgueil et la dureté de ces cooiijuéraas ne tardèrent pas à susciter la

526 Rimm «ânésalb

guerre entr*eux et les princes indiens de leur voisinage. Doux coalitions se formèrent dans Fespace de trois années, et deux fois» aux batailles de Suan ( 1760) et de Buzard (1764)t la discipline et le coarage de quelques bataillons européens triomphèrent des innombrables armées de rinde et copsoUdèrent la puissance britannique en Orient. Vers ee temps^là* Tempereurmogol Sekfà^Anum, chassé de sou trône et de sa capitale, iiiiploia Tappui des Anglais, qui lui proQiiront son rétablissement, et, pour prix de cette promesse qu'ils éludèrent ensuite, obtinrent de lui la cession autbeoliquedu Bengale en toute souveraineté. Ayantainsilégitiméleur usurpation auxyeux des peuplesde rinde» ils s'attachèrent à la pallier » à la déguiser en quelque sorte , par la conservation apparente des formes anciennes dans un pays où elles ont tant de pouvoir. C'était sous le nom d*un soubab qu'ils gouvernaient; et, tandis cet instrument de leur adroite politique ne faisait que transmettre les ordres délibérés dans le conseil de Calcutta t les Indiens , trompés par les dehors , se croyaient encore assujétis à un vice-roi du Grand-Mogol*

Souveraine et dominante au Bengale , la puissance anglaise devait trouver des adversaires redoutables dans ta presqu'île même de l'Inde, les 31araltes, le Nisani ou prince (lu Decau et surtout le régent deMysore, le célèbre Haïder-Ali, surnommé le Frédéric de Test. D'un caractère ardent et impétueux qui le portait aux grandes entreprises, Haïder était né avec le génie des armes. Fils d'un officier mogol qui , en défendant la forteresse de Golar » avait péri glorieusement, lui-même , dès l*âge de vingt-un ans , avait déjà fait une campagne brillante sur la côte de Coromandel et illustré son nom dans l'Inde et dans les camps français. En 1747 , i! s'empara de Bangalore, <ju*îl posséda comme vassal du rajah de Mysore. 11 rendit a ce prince de grands services et le défendit avec succès contre les Haratteti. Mais, en 1759, des intrigues de cour Tayaut rendu suspect, il crut ne pouvoir assurer que par un coup hardi sa vie et sa puissance menacées ; il s'empara de la personne du rajah et de Seriogapatnam, sa

hn mx-HuiTiÈiifi SIÈCLE. 527

Capitale. Tootefois , mettaDt une appareoce de modéra* tion dans son triomphe, il laissa k son ancien niaîlre la souveraineté nominale, et se contenta de la place de dalaway ou premier ministre , et du titre de Béhadour (héros ou brave). Croyant sou pouvoir bien ailermi, il ebvoya à Lally > assiégé dans Pondiehéry par les Anglais, UD «orps auxiliaire de 6»000 hommes. Le rajah qu4rritait sa dépendance profita de la sécurité de son minisire usur^ pateur pour tenter de secouer le joug avec l'aide des Marattes qu'il appela à son secours. Cet eflort ne servit qu'à lui préparer une servitude plus étroite. Vainqueur en deux bataiilesi Haïder rentra en mahre dans SerinppaU nam , confina sous bonne garde le rajah dans son palais f ne luilaisda qué le droit de délivrer quelques diplômes et de mettre son nom sur la monnaie» s'empara de ses tré^ sors, de ses pierreries, et acheta du Grand-Mogol la concession de la principauté de Mysore et de Sérà , avec le brevet de heft-hczanj , ou chef de 7,000 hommes, et le titre pompeux de lieutenant de l'empereur. Son ambition croissant avec sa fortune, dans l'espace de quelques an«» nées il joignit au pays de Mysore» de Serâ » de Bangalore* dont il était déjà en possession , le canton de Bednor dont il lit la conquête en 1705, ceux de Canara, de Courga, de Sounda, et enfin celui de Calicut. Sous prétexte que les Maldives avaient long-temps dépendu des souverains malabares, il prit le titre de roi des douze mille Iles. Alarmés de sa puissance ( il avait 1 10,000,000 de revenu et une armée de près de 200,000 hommes , dont 25,000 cavaliers et un corps de 1200 Français), les Anglai» avaient formé contre lui une triple alliance avec les Marattes etleNizam du Décan. Mais ses trésors et sa jiolitique rompirent la coalition et attirèrent même le Nizam dans son parti (1707). Les deux priiices envahirent de concert les possessions anglaises. L'armée du Nizam ayant été mise dans une déroute complète, Uaîder demeura seul chargé du poids de la guerre. Secondé de sou fils, le jeune Typou-Saëb , il la lit durant deux années avec une mçrveiUeuse hal^ileléj quoiqu'avec des succès divers,

5S8 vmroiRB cÈMiBiu

et enfin il la tennina sons les murs de Madras ( 15 avril 17G9) par un traité en vertu duquel le nabab d*Arcate , protégé des Anglais, dut abandonner la ville et forteresse d'Oseotta et payer au régent de Mysore un tribut annuel de 1,400,000 Uvre».

Humiliés par cette paix peu honorable sur la côte de Coromandel» lesAnglabae dédommagèrent bientôt dans rindostan de celte disgrâce momentanée^ En 1771, ayant à se plaindre du grand-mogol Schah-Allum, ils s'en) parèrent de Corah et d'Allahabad , et , disposant de ces provinces en souverains , ils les cédèrent au nabab d'Oude, Soudjadowla» sous la condition d'un tribut de 259000»000 par an«

Peu de temps après» la guerre du Rohilkend leur procura un nouvel accroissement de puissance. En 1773, ils firent avec l^r vassal, le nabab d'Oude, la conquête de

ce pays, que Soudjadowla eut la permission de réunira sa nababie , moyennant une augmentation de 4,000,000 dans son tribut , et la cession de la province de Bénarès qui étendit la puissance des Anglais jusqu'aux extrémités du Bengale et mit sous leur domination une ville célèbre» antique siège de la science des k'ames, Bénarès» non moins révérée parmi les Indous que la Mecque parmi les Musulmans.

Mais les dominateurs du Bengale en devinrent bientôt les oppresseurs. La compagnie anglaise , qui avait longtemps marché dans les voies d'une saine politique et d'une fiage modération » sentit Tenivrement de la prospérité et fil regretter aux peuples du Bengale le despotisme de ses anciens maîtres. Toutes les brancbes du pouvoir judiciaire et exécutif passèrent des naturels du pays aux mains des conquérans dont la volonté fit partout la loi. Tous les postes et emplois lucratifs , toutes les places importantes furent occupées par les Anglais. L'autorité du soubah , déjà restreinte , fut complètement anéantie. Tributaire et captif de la compagnie» il ne put faire ni la guerre» ni la paix» ni nommer ses ministres» ni commander ses troupes» ni administrer ses finances» ni rendre lajvslieeà

DU DIX'HUITIÉBIB SIÈCLli. 529

ses sujets* L'usurpation $ qui opprima le souverain » ne méni^ea pas plus les peuples. Considérés par un gouvernemeni avidte comme propriété et marchandise» ils gémirent sous un régime odieux dont le but principal était

l'extorsion oi la ra[iacilé. Les déprédations c.vcrcties sur les laboureurs lureut telles que de vaslesdistriets de terres fertiles furent abandonnés et devinrent des landes incultes et désertes. D'^iutre part , un exécrable monopole fit sa proie de toute l'industrie du pays^ Les cruautés par les- • quelles on extorquait aux artisans le produit de leur labeur forent si recherchées et si insupportables, particulièrement à l'égard de ceux qui fabriquaient les soieries, que plusieurs de ces malheureux se coupaient le pouce et s'estropiaient volontairement , pour se rendre incapables d'un travail qui les exposait à tant de maux. La soif de l'or toujours croissante étendit bientôt ce monopole sur les denrées de première nécessité* et jusque sur le riz» la principale nourriture des habitans. Livrées à la merci des tyrans, les moissons diminuèrent; puis, \int la disette; puis, desépidémips meurtrières, engendrées par de mauvais alimeus. Ënliu , pour combler tant de misères, la Sécheresse, en 1769» ayant fait périr les récoltes, il y eut une famine affreuse» dont les horreurs s^accrurent de toute l'inhumanité du monopole, et le Bengale ne fut plus qu'un vaste tombeau sur lequel, comme des vautours, planaient les insatiables acapareurs. Tels furent les profits de leur itifàme trafic . qu'un de ces monstres , naguères dépourvu de toute for'uno, expédia eu Europe, aussitôt après la famine, 14,000,000 de livres.

11 semble que la compagnie ne dût avoir rien plus im« médiatement à cœur que de réparer ces désastres. Et cependant , quoiqu'elle eât tiré du Bengale pendant dix aus uu revenu annuel de 50,000,000; quoique, indépendamiuenl de cette somme immense , le pillage de cette contrée, dans le même espace de temps, eut rapporté auxbrigands qui rexploitaientphisde 200,000,000; quoique les sources qui avaient donné lous eestrséors fussent évidemment diminuées par lesguerres, lesrévolutionset lei

exaciious les plus destructives; quoique le peuple fût réduit au désespoir et que la famine eût deToré 5,000,000 d*homines» les directeurs» dans leur lettre générale du mois d^avril 1771 » observent que «c c^était l'instant même

» de mettre en usage tous les moyens possibles, pour » profiter des avanta;:^cs que leur proaiettail la possession » du Bengale. » Ainsi, après l'cflroyahle calaniilé dont respirait à peine un pays qui, dans le < ourt espace de dix ans , lui avait produit près de 600*000,000» la conoipagnie anglaise ( tant la tyrannie mercantile est de toutes la plus inhumaine) , n'a qu'une pensée, n'exprime qu'un T<Bu ; et e'est d'extorquer de nouvelles richesses à ce pays désolé poT (anl de fléaux.

Cej)t fidaul, sous i'aiiministralion d'Jïaslings , nommé en 1772 gouverneur-général du Bengale, il y eut des tentatives de réforme dans le régime vicieux de la colonie* Témoin de la dilapidation des finances, Uaslings essaya d'y Fétablir l'ordre en supprimant des dépenses excessives et inutiles; il chercha aussi à alléger le fardeau des peuples, modéra les Irais de perceplion , institua dos cours pro\iûciales pour s'opposer aux actes arbitraires non moins préjudiciables à la compagnie qu'aux naiurels du jîays. De sages mesures, exécutées avec fermeté, commençaient à changer la face des choses. Mais les préposés, dont ces utiles innovations contrariaient la cupidité , en arrêtèrent bientôt les heureux effets. Hastings lut*méme changea de conduite, soit que les obstacles qu'on lui suscitait amortissent son zèle et sa bonne Milonté , soit que l'exemple con!af]^icux des grandes fortunes qui s'élevaient autour de lui le dégoûtât d'un désintéressement qui nuisait à ses avantages pariiculiers sans fruit pour la chose publique.

Les déprédations exercées sur les Indiens, en procurant aux premiers exacteurs des richesses soudaines et prodigieuses qu'ils venaient étaler en Europe, avaient fait noire à Ta^iolage que l'Inde cîait un lui .ds inq^^âsable jui dc'vail rai'porU r à la compagnie des bt iK lices illiniiies. De ià , une bausse rapide de ses actions qu'on ge disputait avec une espèce de frénésie par le désir do

DV Bn-koitlÉME SIÈCLE. 531

participer à ses succès futurs regardés comme infaillibles» L'illusion s'évanouit bientôt. Après avoir, à force d'extorsions , satisfait durant quelques années à la cupidité de ses actionnaires » la compagnie s*aperçnt» à la diminution de ses revenus dans le Bengale dévasté par ses a^éns» qu'il n'est point de sources de richesse si aliouJanies que ne tarisse la lyrannie. Ne tirant plus de l'Inde nu\ nbois le tribut accoutume > elle se trouva , au comoiencemeut de 1773 » dans un état si alarmant, qu'elle parut menacée d'une banqueroute prochaine. Alors le ministère vint à son secours et prévint sa ruine en lai prêtant nné somme de 31,500,000 livres » et en la déchargeant d'une contri* bulioîi annuelle de 9,000,000 qu'elle payait au fisc depuis 17G9. Mais ce fut à condition que le gouvernement d'Angleterre aurait désormais une inspection immédiate sur les opérations politiques de la compagnie dans l'In-* dostan. Un plénipotentiaire fut envoyé an nom dn roi comme modératear des intérêts de tons. Mais les agens de la compagnie, accoutumés à exercer une autorité absolue et sans contrôle, s'appliquèrent et réussirent à rendre illusoire le pouvoir de ce ministre de la royauté. Sa mission fut aussi stérile qu'elle était noble, et le système d'oppression, qu'il était destiné à détruire ou du moins à mitiger , prévalut contre elle.

Tyrans détestés du Bengale, les Anglais n'étaient guères moins hais sur la côte de Malabar, où la présidence Boinli.i^ ia\oi isa i'usurpalion parricide de Ragobah , qui, par l'assassinat de son neveu , s'éleva à la dignité de peschwa des Maratles occidentaux. Les dispositions de CCS peuples contre les prolecteurs d'un tyran abhorré n'échappèrent point à Halder^Aly* Depuis deux années il faisait aux Marattes une guerre qui n'avait produit aucun résultat important. Il signe la paix et les réunit avec le Nizain (lu Décan dans une ligue contre l'ennemi commun. La guerre de l'indépendance des Etats-Unis ayant éclaté sur ces entrefaites, la coalition allait s'accroître naturellement des Français qui s'étaient déclarés pour les insurgés Américains. Jamais la compagnie anglaise ne s*était

Ski lunroiBi tèiiràRALi

vue dans une position aussi critîquf^. Mais» se iialani d'agir, elle surprend les établisscmens français de Cban« dernagor , de Karical et de Mazulipatam» el met le siégé devant Pmdiekiry qui capitale le 18 septembre 1778i Par ses adroites négociations» elle réveille ranciennë haine des Marattes et da Nizam contre Fnsarpateur dé Mysore , et, sans renoncer d'abord a la coalidon, ils ne foDl que de laibles eiïoris pour en procurer le succès. Haïder , presque abandonné à ses prof)res forces , redouble d^énergie. Au mois dejuiUel 1780, il fond sur le Carnatic et désole horriblement cette contrée. Ayant mis le siège devant Arcate* il défait successivement le colond Bayley et le général Hector Mnnro » accoaros au seconrs de cette ville , qui capitule vers la fin d'octobre. Mais un corps de 7,000 liommes arrive du Bengale sous les ordres du ^rériéral Eyre Coo!p au mois de janvier 1781 , et force Haïder à une retraite précipitée. Celui-ci apprcud en même temps la prise de ses forteresses de Caiicut et de Mangalore » «t la destruction de sa flotte dans ce dernier port. Cherchant à lasser son ennemi » il évitait avec soin une bataille générale. Mais Eyre Coote le joint le 1**. juin et parvient à engager uii coiubat qui se lermiue par la déroute complète dllaïder. Le régent n*est pas plus heureux le 27 août suivant à la sanglante balaille de Permbdiem, que suit un troisième revers, la défaite d'une armée qn'Haider avait dirigée contre Telitchéry ,sur la côte de Malabar. Cependant aucune de ces actions n'était décisive p et Tarrivée d'une flotte française vint rétablir l'équilibre qui penchait en faveur des Anglais.

Durant cette active et uicurlrière campagne de 1781 , les Anglais , dont la marine suivait un but constant , celui d'anéantir dans les parages de l'Inde les deux seules puissances capables de leur en disputer le commerce» s'étaient emparés de plusieurs possessions hollandaises • telles qoe Paliacafe, Bublipatnam» Negapatnam» Chittcbura* la baie de Trinqoemale et une partie de Ttle de Ceylan« La Fraiîre, pour ^ iiger ses pertos et celle de la Hollaude, ,^ui réclama sou alliance et sa protection» ioait enfin en

W BIX-HUmàMS 8i£€LE. 535

mer me flotte nombrente ions le comnuiiïémeiil i% Mtti de Suffrm. Cet habile marin , ayant eolevé sur son

passage un vaisseau anglais de ciiiquante canons et battu quelque temps après l'amiral Hughes , débarqua à Porle- Noye un corps français qui se joignit à rarmée d'iïaider et lui reoiUt la supériorité qu'elle semblait avoir perdue. Le 26 janyier t782 , Typou-Sa$b remporta un avantage signalé sur le colonel Braithwaith sorti de Trîtebtnapalj evec 4t00flt hommes pour aller renforcer la garnison de Mâdras. Ce succès fut couronue le 8 avril par la prise de Goudelour. Dans le même temps , Suflren poursuivait sur les mers le cours glorieux de ses exploits , et un nouveau renfort de troupes françaises arrivait sous la conduite du Qiarquîs de Bussy. Mais» par compensation, lies Anglais ecbevaient de détaeher le Niiam et les Marattes de i'al«^ liance d'Halder » et s'emparaient de Bednor» une de ses. plus importantes places dans le Malabar. Enfin , le 2 juin, EyreCoote l'amena à une bataille dont l'issue fut encore^ la déroute des ludous. Cette suite de revers aggravant les douleurs d'un mal cruel dont Haider soullrait depuis, long-temps » il monrut dans Arcale le 7 septembre 1782, ilaïder est sans contredit un des personnages les plus, remarquables de l'Asie moderne. Né dans une condition, privée, il s'éleva par ses lalens à la souveraineté d'un puissant royaume. Dépourvu d'éducation , il y suppléa par sa profonde sagacité et sa prodigieuse mémoire; il parvint à parier àyeç pureté sept ou huit idiômes derinde. Habile capitaine, il établit dans son armée unO' discipline inconnue jusqu'à lui aux troupes, indiennes et rivalisa souvent de tactique avec les. troupes anglaises*. An génie de la guerre il joignit celui du gouvernement , rendit la justice avec une grande impartialité, et encouragea l'agriculture et le commerce. Conlemporain du grand Fréd.éric , auquel les Français l'ont comparé t il lai ressembla en effet par plus d'un endroit'; comme lui ambitieux 9 actif »^ fécond en ressources*, guerrier > adminis-^ tratenr et politique. Sa mort délivra les Anglais d'an f Ruemi redoutable par ses taleus , par sa con&lauco »^

534 tlISlOtaB GÉNÉnALB

par ses richesses » el surtout par* la haine qui I*animail coBtre eux.

Il eut pour successeur soQ fils TypmhSalêb, quiconti-» uua la guerre avec des succès divers. 11 perdit l'alliance

française par le trailé que signèrent la Franco et rAnglt-. terre le 5 novembre 1783. Ce traité roslituail à la France Pondiciiéry, Karical. Chaudernagorel leurs dépendances; à la Hollande , ses anciennes possessions , excepté Negapatuam qui demeura aux Anglais. Typou-Saêb , réduit à ses, seules forces» ne tarda pas à désirer la paix. Le li mars 1784 , elle fut signée à Mangalore entre ce prince et la corn [)agnie anglaise qui se rendirent luuUieUemeiit leurs coïKjuèles el les prisonniers. Ainsi se termina celle guerre qui avait menacé les possessions anglaises d'une destruction générale , et qui > malgré les efforts d'Haïder et les victoires de SulTren». laissa la. domination anglaise affermie aux Indes plus que jamais.

Cependant » à Tépoque même de son triomphe > des politiques prédisaient sa ruine prochaine. Considérant Tap-. pareil d'at laque et de défense quelacompaprnie esî obligée d*cnîr(Me'iir d'un b(3Ul de l'Inde à l'autre pau! [Holegerson monopole, iee Irais énormes que nécessite son gouvernement spoliateur , les dilapidations de ses a^ens, la haine de SCS sujets » la jalousie de ses voisins » l'exemple donné aux princes du pays par les deux conquérans mjsoriens^ Haïder et Typou-Saëb, la puissance menaçante des Marathes, ils ont proclamé que le colosse brilannique dans rinde reposait sur des bases fragiles, el lomberail sous les coups du premier chef entreprenant qui saurait iaire de l'exécration générale que les Anglais ont encourue le lien d'une coali:ion libératrice. Et déjà, cinquante ans se sont écoulés depuis ces prophéties, et Fédifice monstrueuXi dont les fondemens ont été posés en 1757 dans le Bengale et qui delà s'est étendu jus((u'a roxirémiié du golfe de Cambaye el jusqu'au pied <le^ moiilagnes du Thibet, sub-. liste encore. Llnde ^arottée attend encore &on iibératetir.s

CHAPHRË XI.

SECTION PREHIËKE.

Du Biénl et de TAmérique-Eflipagiiole pendant le 18« mck^

Brésil. ~ Après lagnem^iàffiraDohit leBrésilde tt domination bollandaîse, cette nche contrée répara promp-

tement ses mines au seio delapaixparl^industrieet le commerce.iln soui district , celui de St.-Paul, voisin des possossioas espagnoles du Paraguay, dédaignail les occupations paisibles pourlesentreprisesaudacieuses. Cetteeolouie était composée d'une population inquiète et turbulente, née du mélange de la race brésilienne a^ec la lie des différens peuples de FEurope et coonn«^ sous le nom de Mamelues^ que lui fit donner sa ressemblayce avec la soldalcsquo de l'Egypte moderne. C'était par le comniereo des esciaves que s'étaient primihvemeot enrichis les Pau listes ou Mamelucs. Aussi s'étaient-ils montrés les implacables antagonistes da système de civilisation chrétienne et persuasive introduit an Brésil et au Paraguay par les jésuites portugais et espagnols » et qui , basé sur la conversion des Indiens, était regardé par les colons de St. -Paul comme tendant indirectement à Tabolition du commerce des esclaves. Les incursions dévastatrices des Mamelucs chez lespeuplades converties du Paraguay avaient déterminé le pape Urbain Vlil» sur la demande des missionnaires et de la cour de Madrid f k menacer des foudres ecclésiastiques les auteurs des excès dont les nouveaux chrétiens d'Amérique é( aient victimes. Les Paulistes avaient répondu» bref poatiikal en chassant les jésuites d« leiu* ville

BïW ^STOiRB GÉNÉRALE

pois f aj[<Mtt9Bt la ruse à la violeDce poar détroÎTe Fin^ fluence des missioonaires, ila avaient anooncéaax sauvages qu'il n'existait aucune différence essentieHe entre la

religion chrétienne et la croyance des ilevius du Brésil. Ils avaieiU nommé un chef de Téglise sous le nom de paj>i5^ institué des prêtres et des évéques, qui, célébrant la messe» pratiquant la confession» traçant sur des livres, prétendus saints des caractères inconnus et mystérieux » knitant les convulsions et le délire religieux des devins ». avait captivé l'esprit crédule des Indiens par un mélange, monstrueux des cértîuiouieij ducliristianisme av ec les cé-. rémonies brésiliennes.

Cependant la population de !a colonie s'accroissait ra-.. pidement. Bornée d'abord à une ceotaine de iamilles»^ elle était montéot vers le milieu du dix«septième siècle» à plus de20»000 âmes» non compris les esclavea. Alors, •ee ramas de fugitifs de toutes les nations» de soldats» d'artisans, de religieux apostats, de créoles, de sauva^^cs , de métis, s'était déclaré peuple libre, et , par ses TormidaMi's incursions, était devenu de plus en plus le fléau des colonies chrélieunes du Paraguay. Tant que dura au Brésil la domination espagnole, la république militaire de St. ••Paul brava ïeséditsdela cour de Madrid» las brefs, pontificaux » le tribunal du saint-office chargé dW poursuivre l'exécution , et continua ses brigandages. Après la révolution deBragance» ils redoublèrent et se changèrent en guerre réglée, jusqu'à ce qu'enfin, la cour d'Espagne ayant autorisé l'usage des armes à ieu dans les colonies du Paraguay pour repousser les agressions des Paulistes» ceux-ci se trouvèrent contenus de ce côté et lenoncèrent à leurs incursions.

Alors le génie de ee» hommes avides et entiieprenans. se tourna vers la recherche de l'or. Jiis(jue-là on ne l'avait recueilli au Brésil que dans le lit des rivières , des torrens et des ravins. Cette tâche était imposée à des esclaves nègres qui , chaque soir» devaient en rapporter à leur maître, le huitième d'une once. Les Paulistes s'en procurèrent me exploitation plus abondante. Peu de temps aprèS;.

sMtre érigés en colonie indépendante, ils avaient décon-

verl dans le district à'Jaratjua, le Pérou du Brésil , une opuli nte mine d'or, d'où, pendant près de deux siècles, sont sortis des trésors immenses. Cette source de richesses ne suffit point à Favidité des Paulistes. £xcitésà k fois par la soif de Tor et par le besoin d'nne irie ayentu-^ reuse et agitée* ils se lanoèrent de tontes parts à la re-. eberchedn préeienz métal. Une de leurs andaeieoses caravanes, après une excursion de plus de ( eut lieues, dans un pays âpre et difficile, habité par des sauvages belliqueux , trouva les raines de^o^ara. et en prit possession vers 1690. Une autre bande » stimulée par cette décoaverte* pénétra dans les montagnes annfères. où s*élev& Inentôt la famense ViUa^Riea,^ établissement qai » vingt années après sa fondation , fut réputé le pins riche du. globe. La reno^muee des trésors prodigieux que recelait le sein de ces montagnes y attira promptemenl , non-seulement de St. -Paul, mais de plusieurs autfes lieux, nombreux aventuriers* Les. premiers, occupans ayant voulu faire la loi aux nouveaux venus, et leur imposer dea, conditions inégales» il y eut un sanglant combat» et leS; Paultstes, ayant été défaits, subirent la loi an lieu de la douuer. Les uns et les autres la reçurent bienlôt après d'une autorité plus puissante. Le régent de Portugal, don Pedro , voulut entrer en partage de tant de richesses», li fit partir avec un corps de troupes don Antatm d'Albuquerqw^^ investi du pouvoir civil et militaire » sons le litre de gouverneur du district des mines. Ayant réduit les deux partis k la subordination par la supériorité de ses forces et sa conduite habile et ferme , il jeta en 1-711 les fondemens d'une ville régulière et dressa un ré;.,^leDaent pour l'exploitation des mines et la distribution de leiir produit entre Tétat et les colons. Centre de richesses jné". puisabUs» ViUa<*R.ica ouvrit un grand commerce avec* Rio-^Janeiro^ Mais tont-à-conp cette dernière ville fn^ frappée d'une catastrophe imprévue et menacée d'une^ destruction totale.

Le régent don Pédro »^ devenir roi après la mort d|AU

538 ^ HISTOIRE QÉRÉEALB

phonseVI, ayant rompa tes en^'a<;einens qo^it «rail dV« Lord [)[ is avec la France dans la guerre de la succession^ b'élail allié à rAnf^^lolerre. Son successeur Jean V s'atta-^ cha à la même alliance et consomma l'asservissement du Portugal au patronage britaDoiqoe. Les armateurs français panirent Tinfidélité de laconr de Lisbonne par de riches captures sur le commerce portugais des deux Indes; Un officier de la marine royale» le capitaine Dnclerc» médita une vengeance plus écla!aii(e. Eu 1710, avec une petite escadre insuffisaule pour l'exécution de son hardi projet, il panit devant Ilto-Jmieiro et tenta de s'en emparer par un coup de main. Repoussé par des forces supérieures, dans un assaut téméraire» il est contraint de capituler» pois massacré avec une partie de ses compagnons au moment où ils posaient les armes. Cet 'odieux abus de la . victoire ne devait pas rester sans châtiment. Quinze yais-^ seaux portent sur les bords où a péri le brave Duclerc , Dugmuj'irouiH et i,000 hommes de débarquement. Un bombardement terrible jette la terreur dans Rio- Janeiro ^ qu'abandonnent sa garnison et ses milices. Une contribution de 600,000^ cruzades sauve celte belle cité de sa ruine. Cette somme» une prodigieuse quantité de' marchandises pillées ou enlevées, cinq bâtimens de guerre et plus de trente vaisseaux marchands pris ou brûlés, causent au Brésil un dommage de plus de 27,000,000 de livres, expiation du sang français inhumainement versé hors du combat.

Après la paix de 1715, Rio-Janeilro répara en peu de temps ses perles. Celte ville était devenue T'entrepôt da produit des mines ; ce que les Paulistes voyaient avec ja— lousie. 11 y eut parmi ceux de Sahara quelques mouve— mens d'insurreclion. Mais ils furent promplemcnt réprimés. La fermeté d*Albuquerque maintint toujours ceux de Villa-Kica dans le devoir. Cette colonie prospérait merveilleusement. Dès 1713» la quantité d'or qu'on en tira fut si considérable » que le quiwt de la couronne (1).

(i) Le fisc percenii b doqiûinie partie de roi! des minet î c*eit ce qtt*Q% 9]^elait le quùa,. •

WJ Dix-nrrrrèME siècle. 53ft

passa annuellement 12,000»000. LesPaolUtes» non^con-^ tens de ce riche établissement» ponssèrent leurs recber-*ehes de divers antres côtés. Ils découvrirent » sur lesbords;

de la ri\ière dil Carmen, les mines d'or de Mariana, et quelqut^s années après, celles de Cuiaba et deGoyaz.

La période la plus productive des mines d'or du Brésil: fut entre 1750 et 1750. Les droits de la couronne s'élevèrent alors à ^,000,000 par an ; ce qui porte la totalité des produits à 123»O0O,OO&, non compris tout Torque la. fraude pouvait soustraire aux droits dn rot% contrebande qui lut combattue par des réglemens rigoureux. Par Texploilation de ces trésors , ie Brésil , sous Jean V , prit une face nouvelle et enrichit la couronne et ie commerce de Portugal , ou plutôt celui de TAngleterre , dont Jean V avait subi la funeste iitfluence. Sous Joseph I ^ie ministre Pcmbal', qui au dedans faisait tout plier sous sa volonté absolue, le roi , la noblesse et presque Tinquisilion» souffrait avec peine cet asservissement de la nation à Tétranger. lla!(a({iia, mais timidement, les traités honteux conclus par Jean V avec rAngteterre, el couiraria plutôt qu'il n'entrava le monopole britannique. Sous la reine Marte l^^.f qui succéda à Joseph en 1777, les limites, jusqu^alors indécises des colonies américaines de TEspagne et d H Portugal, fréquent sujet de discorde entre les deux étais, furent fixées par un traité (1778). Ce fut sous le même répfne et lorsque les mineâ d'or commençaient à devenir moins aboudautes» qu'une heureuse découverte , celle des mines de diamans, ouvrit aux colons du Brésil une nouvelle source d'opulence. Cette colonie, par sa richesse , par sa population , par ses agrandisse-, mens dans l'intérieur des terres , avait doublé d'impor-. lance depuis le commencement du dix-huitième siècle.

Amérique espagnole. Lorsque Philippe V fut appelé au trône d'Espagne, il trouva le commerce de ce pays avec ses colonies dans l'état le plus déplorable* Le mal s'accrut encore pendant la guerre de la succession.

l'Angleterre et la Hoilaude, j^ar la supériorité de leur.

marine 9 iulerccptèreiit toute coiumuaicatioa entre lei^ colonie» de rAmérique méridionale et leur métropole^ L^f spagne » pour fournir à leurs besoins ^ fot obligée de ^ départir de ses maximes jalouses et d'ouvrir le comn

merçe du Pérou aux Français ses alliés. Louis XIV en accorda le privilégiée aux marchands do St.-Malo qui se^ livrèrent à ce commerce avec ardeur et iuurnireut l'Amérique espagnole des marchandises d'Europe en abondance et à un prix plus modéré. Pour peu que cet état de chosea eût subsisté » c^en était fait des exportations de l'Espagne. Aussi 1^ la guerre terminée» Pbilippe V n*^eut^il rien de plus pressé que de défendre l'admission des Taisseam étrangers dans les porls du Pérou et du Chili, et une escadre espagnole fut employée à chasser des mers du sud ces intrus dont le secours n'élait plus nécessaire.. Mais pour engager la reine Anne à la paix , Philippe^ lirait consenti à charger le commerce espagnol d'une «utre entrave presque aussi fâcheuse* Il avait accordé à laGrandC'^retagne non-seulement VassienUi ou le droit déporter des nègres aux colonies esp.ig noies , mais encore le privilège d'envoyer tous les ans à Porlo-Bcllo un vaisseau, de cinq cents tonneaux chargé de Diarcharidises d'Europe. En conséquence, des commissionnaires anglais s'établi-^ rent à Carthagène, à Panama » à la Vera-Cruz» à Buenos*. Ayres et en d'autres lieux. Le voile dont l'Espagne avait couvert jusquenlà les affaires de ses colonies fut levé^ BientAt » diaprés des informations authentiques , les négo-. clans de la J;niiaïquo et des aulres colonies anglaises, surent quelles uiareliandises pouvaient être imjiortées. avec plus d'avantage dans les établissemens espagnols et purent organiser la contrebande avec plus d'assurance et d'étendue. Le principal agent de cette cont^bande fut le vaisseau de PortorBello. Outre que la compagnie an-, glaise de la mer du sud le choisissait d'un p<Ht bien: supérieur à celui qui avait été fixé par le traité de Vas-i siento , il était accompagné de deux ou trois bâtimens. plus petits, qui, amarrés dans quelque anse voisine, renon^yelaient çiandestinement sa^ cargaison. Les, insf^ecx

ïents du marciié et les ofGciers de la douane , gagnés par des présens considérables » faeiliuîent celle fraude qui faisMt passer presque tout le commerce de TAmérique espagnole en des mains étrangères*

Le cabinet de Madrid , frappé de ces usurpations i s^eU'orça de les réprimer. 11 élablil des \ ji6seaiU% gardes-^ côtes dans les parages les plus fréquemment visilés |Kir les interlopes. La contrebande se récria contre celle mesure qui» soutenue et combattue par des violences récipnH ques» amena entre T Angleterre et l'Espagne ( 1740 ) une guerre qui eut pour résultat d'affranchir cette dernière puissance de Yassienio ^ et de lui rendre , moyennant 100,000 livres sterling payables à ia compagnie anglaise^ la liberté de régler le cotniiK rce de ses coloFiies sans être gênée par aui un engagement avec une puissance étrangère. Jusque-là les Espagools n'avaient approvisionné leurs possessions d'Amérique que par des envois qui se faisaient à des époques fixes et périodiques. Ce mode était sujet à de grands inconvéniens par les délais on les obsta* clcs que divers accidens apportaient quelquefois au départ des galions et de la flotte, par les variations dont celle incerlilude frappait le prix des marchandises et par les occasions qu'il laissait aux interlopes anglais , français et hollandais de remplir les marchés de leurs denrées avant Tarrivée des navires d'Espagne. On permit donc qu'une partie considérable du commerce de l'Amérique fût faite désormais p<ir des vaisseaux de registre. Ils lurent expédiés par des marc liands de Séville ou de Cadix , d'après une permission du conseil des Indes cbèrcmeut acbelée, dans l'intervalle des saisons fixées pour le déport des galions et de la flotte annuelle. Dès-lors » les marchés d'Amérique » régulièrement alimentés de marchandises nouTelles, n'attirèrent plus l'interlope par les mêmes espérances de gain, et rhâbilant des colonies iie lut plus excité par les mêmes besoins à courir les cbances hasardeuses d'un commerce de contrebande. L'avantage des vaisseaux de registre ayant été de plus en plus démontré par l'expérience, leur nombre s'accrut rapidement , et enfin , les galions » après

^voir été employés pendant plus de deux siècles , furent deiiDilivemeul sup|)rijnés ou 1748. Dej)uis ce temps, tout le cammerce du Cliili et du Pérou s'est fait par des vaisseaux particuliers expédiés de temps eu temps et seloa les besoios* Mais tous les yaisseanx de registre destioés jH>ur la mer du sud étant toujours obligés de partir du port de Cadix et d'y l'evcuir , celte branche du commerce <!(' l'Amérique , même sous sa forme nouvelle et perfectiuuuée , demeura long-lemps soumise aux entraves d'uue espèce de monopole qui nuisit nécessairement à son succès » jusqu'à ce que des vues moins étroites prévalussent dans le cabinet espagnol.

L'£spagney durant plusieurs siècles» avait été tellement préoccupée de la crainte d'ouvrir une route à quelque commerce illicite dans ses colonies, qu'elle s'élail iiiteidit à elle-même presque (oule communication avec elles , excepie celle de ses iloil("> aiiiiuellos. Aussi , faute de correspondance régulière entre la métropole et «ses établissemens d'Amérique» les opérations de l'état et des. parliouliers étaient ou fausses ou languissantes , et r£spa;>ne recevait souvent des étrangers les premières nouvelles des événemens les plus inléressans survenus dans ses propres coloiiies. Charles 111 , suriiioniant enfin les considérai ions jalouses qui avaient empêché ses prédô^ cesseurs de por ter remède à un mal si sensible et d^uue guérison si facile» établit en 1764 des paquebots parlant de la Corogne » tous les premiers jours de cbaque mois » pour la Havane ou Porto-Rico » et tous les deux mois pour Rio*de-la-Plata. Cette extension de correspondance entraîna immêdiaîctneiit une extension de coiiiinerce. Chacun des paquebots eut la faculté de faire pour l'Amérique une demi-cargaison de marchandises espagnoles, et de rapporter , en retour, à la Corogne » une égale quantité des productions de TAmérique. Ce premier adoucissement à ces lois exclusives qui bornaient à un seul port le commerce du Nouveau-monde , fut bientôt suivi d*une concession encore plus importante. Charles 111 ouvrit, ejà 1765 f à tous ses sujets d'Espagne » le commerce des

fies (lu Veat , Cuba , Hispaniola, Porlo-Rico , la Marque-' rite et la ïrinilé. Ce privilège, qui renversa eiiiiii loules les barrières dont l'Espagne s'eîaU ellorcée pendant deux cent cinquaote années d'environner sou commerce avec rAmériqoe^ ne tarda pas être étendu à la Louisiaoe et aux provinces d'Yocatao et de Gampéche. La sagesse de cette innovation se manifesta par de prompts et heureux effets, et , en moins de dix aus, le commerce doubla avec quelques unes des contrées spécifiées dans Tédit » et tripla avec quelques autres.

L'£spagne, instruite par l'expérience de tout ce qu'elle gagnait à se relâcher de la rigueur de ses anciennes lois relatives au commerce des colonies, leva bientôt Tinterdiction tyrannique qui prohibait , sous les peines les plus sévères, loule correspondance entre les dillérenles pro-^ vincis si! nées dans les mers du sud. Ouoique chacune d elles eût des productions particulières dont récliange eût ajouté à leur bien-être mutuel . le conseil des Indes désirait si fort qu'elles ne pourvussent à leurs besoins que par le moyen des flotles annuelles de l'Europe , qu'il avait interdit par des lois rigoureuses aux Espagnols du Pérou, delà Âouvelle-Eij'aiine , de Guaîimula et de la Nouvelle- Grenade , de comniuuiquer erilr'eux. Cette tyrannie, la plus odieuse peut-être de toutes celles par lesquelles TËspagne s'assura long-temps le commerce exclusif de ses établissemens d'Amérique, et la plus féconde en effets désastreux , cessa enGtt parTédit de 1774» qui permit à ces quatre grandes provinces de communiquer désormais librement.

En inèiiie (<Mii[)s que l'Espagne iaU'oduisait dans le syslème de sou commerce avec le Nouveau-Monde des réglemens dictés par uue politique plus éclairée et plus juste, elle réformait l'administration inlérieuFe de ses colonies. Ce fut encore Charles III qui eut , avec son ministre des affaires de Tlnde, don Joseph Galvès» la gloire de celle anielloralion. Par suite dos })ro;j;res de la population et delà richesse des c(»lonies , les cuiiis d'audience se trouvaieut surchargées d'affaires» et le. nombre

des juges dant elles étaient origiDairement composées était devenu iusufiisant , de même que lears salaires, étaient fort inférieurs à l'impertance de lears fonctions. Don Galvès ordonna en 1776 «ne réforme |[énérale des tribanaax de joslice en Amérique. Le nombre des juges fat augmenté dans ehaqne audience » et deis pouvoirs plus amples, des honoraires plus considérables rehaussèrent la dignité de leur état. L'Espagne dot au même ministre une nouvelle division politique de ses provinces améritraînes. Déjà , en 1759, aux deux anciennes vice-royautés du Mexique et du Pérou on avait ajouté celle de la Noavelle-Grenade. Mats l'immense étendue des possessions ^pagnoles rendit nécessaire la création d'une quatrième vice-royaulé , dont la juridiction comprit les provinces de Rio-de-la-Plala , Bueoos-Ayres , Paraguay , Tucumao, Potosi , Sanla-Crnz-de-la-Sierra , Charcas et les deux villes de Meudoza et de Saint-Juan. 11 y eut aussi huit ^pitaineries-géQérales indépendantes des vice*royaufés, savoir : le Nouveau -Hexiqne» Guatîmala, le Chili» Garracas» Porto-Rico, St.-Domingne> Cuba etla Havane, la Louisiane et la Floride.

Malgré les uliles changemens introduits dans leur administration , les colonies espagnoles ne parvinrent pas à loule la prospérité dont elles étaient susceptibles. Les régiemens de leur commerce avec la métropole gardèrent encore trop de leur ancienne rigueur et de leur premier esprit exclusif et systématique pour recevoir une parfaite exécution. Chargé par la légi^tion d*imp5(s trop onéreux cl gêné par des restrictions trop sévères, le commerce fut continuellement occupé à trouver les moyens d'éluder les édits. Il en résulta une vaste contrebande favorisée par les officiers même destinés à la réprimer » et privant le trésor royal de plus de la moitié du revenu qu'il eût dû tirer d'Amérique. La plus grande partie de ce qu'il en percevait était .absorbée par les dépenses d'usé administration compliquée, et il ne parait pas que, déduclion faite de tous ses frais , TAmérique versât réellement plus de 40,000»000 par an dans le trésor de la

métropole. L'agriculture et riodastrie espagnole, depuis loDg-temps négligées pour Tor améncain , eûssent été des mioes plus fécondes que celles du Mexique et du Péroo*

SËCTiOM II. fitats-Uilis à^Amênqpc.

Avant d\ \ poser l'hisloire de la révolutioD qui amena l'indépendance des Etats-Unis de rAmérique septenti ionale 9 nous croyons devoir donner i>ommairement quelques détails sur Torigme et Texistence antérieure de ehaenn de ces états.

En 1584,1e célèbre Walter Raleîgh fit un voyage au Nouveau-Monde t reconnut tout le pays situé entre le vingt-cinquième degré de lalilude et le ^olfc St.-Laurcnl , nomma ce pays Virginie, en riionncur de la reine Elisabelii. Raleigh , jusqu'à sa captivité, parùcipa activement aux tentatives d'établissement qui furent faites dan^ cette contrée > dont une charte de la reine Elisabeth lui assurait» sous certaines réserves, la souveraineté* Mais, en 1606, Jacques I transporta son privilège à deux compagnies dites de Londres et de PJumoufh, La première fonda sur les bords du fleuve Pawliaiaii (qui fut dès-lors appelé Jamcs-river) une colonie, dont les progrès furent d'abord forts lents. Les terres étaient cuU tivées en commun et les récoltes déposées dans des greniers publics. L'industrie » manquant de l'aiguillon de l'intérêt privé, fut languissante jusqu'au moment où, chanjjeaut de maxime, le gouvernement de la colonie fit des concessions de terres en toute propriété (1715), stimulant qui attira un assez grand nombre de nouveaux colons ( 1 )• Ceux-ci » que les premiers occupans préten- \

(i) Ce fui peu de temps après ces coficessions que la culture du Ubac s'introduisit dans la Virginie. Celte plante, quoiqu'elle fût en liorruor au roi , qui Aomposa un écrit jcontre elle ; quoiquelli; eût pour adversaires lus principaux, membres du parlement et la compagnie même qui déremUl de (a cullivéri

546 ' mSTOlRB GÉNÉRALE

daient dominer , s'élevèrent contre le régime arbitraire qui jusqu'alors avait prr>alu tlaiis la colonie, et demandèreul UQ goi:vernemeut libre. Le 2\ juillet 1621 , la compagnie arrêta que la Vir<^iuie aurait à Tavcnir ua corps législalif t nommé AuemhUe générale , consistant en on gouverneur , douze conseillers et des représentans du peuple; que les lois émanées de cette assemblée n^anraient d'abord d'effet qu'après avoir été ratifiées par la compa^ gnie : mais qu'aussitôt que la colonie aurait un gouvernement régulier et bien établi , les ordres de la compagnie ne pourraient plus rien sur la colonie sans le consentement de rassemblée générale.

La souveraineté que la compagnie avait conservée par ces concessions prudentes ne fut pas de longue durée* .(acques I « sous prétexte de mauvaise administration » l'en dépouilla pour se l'arroger à lui-même. La colonie fut »lors soumise à l'autorité arbitraire des gouverneurs royaux. Son sort empira encore sous Ciiariesl, qui fit le monopole du tabac. Enfin, la tyrannie du gouverneur Ifarvey excita tant de haine » qu'en 1656» dans un accès de fureur populaire , les Virginiens se saisirent de lui et le renvoyèrent en Angleterre. Charles blâma cctle vio* leace ; Ifarvey reprit en 1637 le gouvernement de la colonie. Mais bientôt après, le roi, qui ne Tavail point tl'.ihord révoqué , de peur de paraître céder à la révolte, Je reui plaça par sir William Berkeley, bomme habile, intègre 9 conciliant» qui gagna les Virginiens par la sagesse de son administration , par la douceur de son caractère , et par la participation qu'il rendit au peuple dans le gouvernement de la colonie. Sa conduite produisit une telle révolution dans les esprits, que les colons, même après le su|>jjlice (le Ciiarles l, manifestèrent un inviolable attachement à sa ianiille et voulurent reconuailre soa

qnoiqt» ail un goùl dé^agrOaLle et qu tllo fcoil contruiic à une sorlc de {iropi < le ; r riio |ilantc triompha de tout , et , duveaae, pbT iiu inconcevable ca-* , (Pun usage anWerael, elle fat ane des productions Joni le commerce d'.\t(u-ri<|iic tira le plus de profit.

i>u mx-HurriÉME siècle. 547

fi^s aîné. Cromwcli fui obligé d'envoyer mio escadre ]u)iir les sounioltrc. Toutefois, ils ne capiluléroiit <|u*à la condition de jouir (les iiiTTiies pri>iléges e( franchises et delà même liberté de commerce que le peuple d'Angleterre, d*avoir, comme auparavant» leur assemblée générale , et de ii*étre taxés que de son consentement.

Sou» Charles II, que les Virginiens proclamèrent roi dès le mois de janvier 1659 , lorsqu'il était encore réfugié en Hollande, le parli'HHMil eiablit un impôt sur les objets qu*on faisait passer d'une colonie à Tauire. .Vînis Charles , sur la réclamation dos eolons , décréta (19 avril 1676) qu^on ne pouvait grever d'impols leshabitans et propriétaires de la colonie , sans le consentement de rassemblée générale, excepté par rapport aux denrées qui seraient importées de la colonie en Angleterre, lesquelles seraient sujettes aux droiis eiablis par le parlement. Ainsi fut coiilirmee la capitulation de 1051 , qui réglait la dépendance conditionnelle de la colonie relativement à la métropole. Dans le fait et dans le droit , cette dépendance n'était pas plus étroite que n'est actuellement celle du Hanovre. Toutes les lois étaient rendues au nom du roi et de l'assemblée de la colonie , avec celte formule : îl est ordonné par sa frh-excellenlc Majeslc le roi , et du consentement d4! rassemhli'e générale , e!c.

La compagnie de Plymoulh, fondée eu même temps que celle de Londres et à laquelle était assignée la Virginie septentrionale, n'avait obtenu aucun succès et s'était insensiblement éteinte. Hais l'intolérance de Téglise anglicane àTégard de toutes les sectes qui ne voulaient pas se conformer k ses règles et qu'on aj>^jolaii pour cela noné'oitfornmlf'ii , avant ranimé le mouvement d'émigration qui s'était raiieuli, une nouvelle compagnie se forma en 1 620 sous le nom de Comeil de Plymoiuh pour ks affaires de la Nouvelh-iAnghlerre , dénomination par laquelle on désignait le territoire qui lui était concédé. Les premiers colons qui émigrèrent sous ses auspices donnèrent au lieu où ils se fixèrent le nom «ic Acw-Plymnuth (le nouNoau Plj^mouth). Les années suivantes, il su lit d'autres élablis-

548 HUTOt&E OÉlliBALB

semeDS , mais peu considérables jusqu'en 1628, où, Tio- (îarcéralion de plusieurs membres du parlement » qui avaient parlé librejodent contre Téglise anglicane» ayant 6té aux sectes anti-épîscopales tont espoir de réforme dans cette église» un grand nombre de dissidens résolurent d'aller chercher en Amérique la liberté de conscience. Leurs établissemens prirent une rapide extension ; les plus considérables eurent lieu sur le golfe Massachuset , nom que prit ensuite toute la colonie. Dès 1628» ses accroissemensavaicDt nécessité la création d'un gouverneur qnt fut assisté de dix*huit conseillers avec lesquels il exerça durant quelques années la puissance exécutive* Le pouvoir législatif fut confié au corps des propriétaires qui durent se réunir quatre fois par an et former une assemblée qui fut nommée cour générale. La plupart des colons de la Nouvelle-Angleterre étaient de zélés puritains. Leur église fut constituée selon les principes rigides et exclusifs de leur secte. Les droits politiques furent même subordonnés » dans leur société t aux opinions religieuses* L'assemblée générale décréta t au commencement de l'année 1031, que nul ne serait admis à voter dans les éloclions, ni ne pourrait être élu magistral, ou faire les fonctions de juré, s'il n'était membre de l'église établie.

Le pouvoir législatif avait été exercé d'abord par le corps entier des hommes libres. L'accroissement de U population et sa dispersion sur une grande étendue de territoire rendit bientôt leur réunion difficile. Alors s*établiî le sj siénie représentatif. En 1634, le peuple nomma ses députés qui constituèrent désormais la cour générale. Ils devaient s'assembler quatre fois par an , faire les lois, régler les impôts , les concessions de terre » agir entin dans toutes les affaires de la communauté au nom de leurs commettans» sauf pour l'élection des magistrats et des autres officiers, à laquelle chaque colon devait participer personnellement. Telle fut la seconde constitution que se duiiua le peuple anglo-américain. La liberté qu'elle établissaif , comparée au gouvernement arbitraire , quoique modéré» qu'affectait alors Charles 11 » multiplia les

^ DlX-HCmÈllB SIÉCI^B^ 549

émigratioBS. Biles deyiareiit si nombren^eB qo^Qiie ordonnance royale les défendit en 1637. Mais • selon reflet ordinaire des prohibitions , le désir n'en fut que plus vif et Timpuision plus pntraîîiiiutc. Plusieurs écrivains prétendent qu'avant 1640 ii passa dans la ^ojaveite-Angleterre eoviron 4,000t familles. A qetle époque, la colonie commençait à se suffi)reàel)e^ème; I;e pays lui foomissatl déjà au-delà des vivres nécessaires,, et Fex,cédaDt de ses productions était la matière d'un commerce assez

aalageux avec les. îles d'où elle lirait de quoi satisfaire au tribut que ses besoins payaient annuellement aux.ma^- Dufactures de L'Angleterre.

Les établissemens de Providence et dé Rhode- Islande dûrent leur origine à cehii de Massachuset» ou plutôt à rintoléraiicereligieuse que tes nouveaux habitaos y avaient apportée d'Angleterre. Leur fanatisme , qui les avait fait persécuter en Europe , les rendit persécuteurs en Amérique. Les sectes se muhipiiaieut journoîlemeDt pour s'entre^disputer et se haïr. Il j avait les Brownistes».les. lodépeadans.» les Antitiomiens» les SlugglëttoBiens, les. Séparatistes et beaucoup d'antres, tous enfaas du piuîta'rnisme et que le puritanisme traitait en schisauUîques. En 1655, Roger Williams, ministre de l'église de Salem, fut excommunié au sujet de «es principes andnomiens , familîs tiques , hrownistes et autres sentant également le fanatisme, et banni de la colonie de Massacliuset, comme.

Îtrturbateur de la paim,^ de F église et d^ la eomniunauté*, yant acheté du sachem desNarragansets un territoire Au-delà de la rivière de Patuket , il appela ce lieu From-^ dence , et alla s'y établir avec environ quarante personnes de sa secte qui formèrent enir'elles un gouvernement composé de tout le corps des hommes libres et fondé sur le principe d'une tolérance absolue ep matière de religion. * - .

En 1657, d'autres sectaires , condâmQ,és.a9 sjrnoîle de New-TOWQ sur le golfe de Massachuset, se retirèrent

dansTiJo d'Aquateneck, aujourd'hui Rhode-lslànd , et s'y (firent en communauté sous Tautorite d'un gouverneur^

5âû mSTOllUB GÉNÉRAIS

et du quatre assisî.iiis , et d\iprcs les mêmes maximes de loléraïuu ;ja*' la l oloaic Williams. Ouelques années après (ou i(j42) , ouzc per^ojuncâ aclielèreul uou loin de Providence uù territoire» où elles formèrent un établissemeot qu'elles appelèrent Warwick, en l'honneur du comte de Warwick» qui avait la concession d'une étendue de ferre très-considérable dans cette contrée.

Ccb trois petiles colonies, qui composent maintenant l'état de Uliodo-Islaiid, furent incorporées en une seule par une ciiarte de Charles II (8 juillet 1G62) , sous Je nom de colonie de Rhode-hland e$ PlmMim de Provi" denee.

La colonie de Conneetieut dut son origine à celle de Massachuset par les mêmes raisons que celle de, Rhode-

Islaiid , et sa fuiulaliou remonte à la même époque. En 1650, des dissidens allèrent s'établir sur les bords du fleuve Conneetieut, où ils fondèrent Hartford, et se donnèrent des magistrats. L'année suivante , quelques émigrans d'Angleterre en firent aiftant à Nevo-Haven, Ces deux colonies furent réunies sous le nom de colonie de Conneetieut, par une charte de Charles II» du 23 avril 16G2.

En 1638, Jean \V iKîi lwriglii , exilé du gouvernement de Massachuset, par suite d'une dispute sur les principes auimomieus , alla s'établir, avec ses partisans dans le territoire qiii forme maintenant l'état de Neto^Hampshire, et qu'ils avaient acheté , dès 1^29 , des Indiens qui le possédaient, ceux-ci se réservant le droit.de chasse et de pèche, et, en mémoire de leur ancienne souveraineté, le tribut annuel d'ui; ii ^bit de drap. Les nouveaux possesseurs fofîHéreul (juaire établissoniens séparés, dont chacun se gouvernail par ses règles particulières. Mais bientôt , ne se croyant pas en état de se défendre seuls en cas d'invasion , et conservant de l'alTection pour Icfgottvernenâent de Massachuset » ils se nurent sous sa juridiction par un acte d*union signé le 14 avril 1641» et ils y restèrent jusqu'en 1679, où Charles II, sous de

BU BIX-HUITIÈMt SllCLL. 551

spécieux prétextes » sépara Tétai de New*Uamp&bire de celai de Massachuset , et se l*appropria.

Dansle temps où le Massachuset absorbait leNew-IIampshire » la guerre éckta dans la Graode*Bretagne entre le

roi et le parleinoiil. Alors , ne craignaol plus la ])crsécu- (ion , les Purilaiiis suspeudinMil leurs émi^n al ions vers la ISouvelle-Anglelerre , et le rapide mouveiaouL qui accroissait la population de celte contrée aux dépens de la métropole fut arrêté. Mais déjà les établissemens existans. avaient acquis assez de consistance pour se soutenir et se développer par eux-mêmes. Ils se consolidèrent en 1645 par une coul'édéralioQ formée , dans la crainte des Iribus indiennes, cuire les colonies de Massachuset , de New- Plymouth , de ConnccLicut et. de New-Havcn , qui prîreut la qualificaliou de colonies-unies de la Nouvelle-Angleterre. Cette confédération subsista jusqu'à la révocation des chartes des colonies sous Jacques II » c'est-à-di^e pendant plus de quarante ans, et la Nouvelle-Angleterre lui (lut on grande partie sa force et sa pros|)éritf , à laquelle d'aufres causes conlribuèrenl d'ailkui> puissamment. Dans la guerre civile, ce pays s'était déclaré cou- Ire le roi, et le parlement victorieux l'avait récompensé par des privilèges extraordinaires.de commerce.

En 1632 r une cbarte de Cbarles I concéda au lord Baltimore une grande étendue de territoire au nord du fleuve Poîowmac. Baltimore donna à ce lernioire le nom de Maryland, et y envoya immédialemenl une colonie d*environ deux cents émigrans» qui se fixèrent, du consentement des Indiens , dans un lieu qtt*ils appelèrei^t Aa.-Jforie. Dans les deux premières années t le lord-propriétaire dépensa, dit-on, 40,000 livres sterling pour sa colonie , qui , à la vérité , prospéra rapidement. Durant les guerres civiles d'Angleterre , Croniwell le priva de sa juridiction , qui lui tut rendue |)ar Charles 11. Jacques II, encore plus attaché peut-être à l'idée de son omnipoteuce royale qu*à la reUgion romaine , la lui reprit, quoique la famille des Baltimore fût catholique , ainsi que la plupart des çolons du Maryland» EnGn , les Baltimore recouvré.^.

rent leor privilège sous Gutilaame ill » à la charge d^eiH tretenir dans leur colonie un gonverneur protestant.

Le pays situé entre les établissemens de la compagnie de Londres et ceux de la compagnie de Plyraouth , avait élé négligé par Tune et par l'autre. Des Suédois et des Finlandais Toccupèrcnt les [>remiers et se fixèrent sur le golfe de Delaware. Ensuite , quelques Hollandais allèrent s'établir près ie Tembouchure du fleuve Uudson , ainsi appelé par le capitaine anglais Henri Hudson » qui l'avait découvert en 1609. Leur nombre s'accrut insensiblementr et» durant la guerre civile entre le roi et le pariement » ils s'emparèrent de plusieurs territoires sur lesquels les Anglais avaieut des prétentions , quoiqu'ils ne les eussent pas encore occupés, leur donnèrent le nom de New- Netherlaud ou Nouvelle-Belgique , y fondèrent différentes colonies , et y bâtirent , sur h pointe du contikient ^ entre le fleuve Hudson et l'ile Longue , une vilte qu'ils appelèrent Nouvelle-Amsterdam. Les Suédois et les Finlàindais, étant en plus petit nombre , se mirent sous leur protection , et T)i "iiie , en 1655 , leur firent , soit de gré , soit de force, uue cession foruielle de leur indépendance. Charles II , . étant remonté sur le trdne» revendiqua les droits de l'Angleterre, fin 1664 , il envoya une flotte et un corps de troupes* qui soumirent la Nonvelle-Belgiquo. Le nom de Nouvelle-Amsterdam fit place k celui de Nèu>*Yorck,, qui fut également donné k tout le pays. Par le traité de Breda en 1067, les Hollandais cédèrent à Charles II la Nouvelle-Bolgiquo , la reprirent pendant la ^.auTre de 1672 , et la cédèrent de nouveau en 1674, par le trailé de Westminster, pour ne plus la recouvrer* Charles.donna ce pays à son frère , le duc dTorck , qui voulut le gouverner despoiiquement et ne convoqua rassemblée générale qu^en 1683 , où il y fut forcé par la crainte de voir- TémigraSion , qui déjà corameiîcait , dépeupler le pays, ou les colons se nommer des roj ri senlans de leur propre mouvement, comme il était arrivé en Virginie et dans la Nouvelle-Angleterre.

l.e duc d'Yorck avait cédé une partie du territoire ^ue^

nu BlX^HUmàMB 8l£CLB. 5&5

sou frère lui avait abandonné, au lord Berkley deStraton et au chevalier Georges Carlerel. Ceux-ci ou leurs héritiers y avaient formé deux établisseiuens qui iureni ap-

Selés les Nouvelles' Jersey s » Tune orientale , Taulre Ojccieatale.. Dans la suite, le duc 4'Vorck étant deveoa roi» il ^nleya lesdeux Jerseys aux propriétaires» qui lea recou-» Trèrent sausGuiUaame. Mais les difKrentes ventesde cette propriété , les divisions et subdivisions, la faiblesse du gouvernement dont les chefs ne pouvaient s'accorder, les déterminèrent , en 1702 , à céder à la couronne tout droit de juridiction* Ea 1705 , les deux Jerseys furent réunies en un çeul corps sous l'autorité du gouverneur de N^w^Yorck; mais,, eu 1636» ou r«»idjit à lia Noiiveller- Jersey son gouYemement séparé.

Guillaume Penn , l'un des chefs de la secte desQuakers , oLtiiU, en 1681, par une charte» de Charles H , la propriété et la souveraineté de tout le pays à ÎVx cideut de New-Jersey , et des trois contrées qui ont l'armé depuis le petit état deQelaware» et qui dès-lors commençaient à se peupler d'Eoroféeus. Le 25 avril 1682, il signa et fit • signer à ceux qui devaieut émigrer avec lui un acte connu sous le nom de ch^irte de Penn, et destiné à assurer la liberté et les privilèges du jx uple. 11 portait , eotr'aulres choses « que le gouverueiiient résiderait dans rassemblée générale > composée du gouverneur et des représeu* tans des hommes libres; que le nombre des représentan s oe devrait point excéder dans les premiers tempa 200 personnes , et jamais 500 » et qu'il y aurait 72 conseillera pour rédiger les projets de loi qui seraient proposés à rassemblée générale, pour exercer \v pouvoir exécutif et judiciaire, etc. » Il réglait la méthode d*clire les représentans et lies conseillers, le temps des assemblées, les élections des magistrats» la manière d'administrer la jusr (ice. Il statuait çnfin qu'aueuu article ne pourrait être changé sans le consentement du gouverneur et des six septièmes des hommes libres réunis en assemblée générale. Le 5 mai de la même année , on y ajouta diveré articles » dont ïw établissait la tolérance universelle e^

554 UI8T0IRB GÉNÉHALB

matière de religion. Des écri\.Hns illustres ont préconisé le caractère et le gouvernciiu iU de Guillaume Penn. Kaynal le représente comme uu modèle de philanthropie cl d'humaoité. Montesquieu l'appelle le Lycurgue moderne. Hais il a aussi troaTé des détracteurs» et de ce nombre le docteur Francklin, S'il fant les en croire » le fondateur de la Pefisyhanie et de la belle ville de Philadelphie » Penn , le lé{^ibl.;kHir , le peie de son peuple, n'aurait été qu'un adroit ciiaiîaîan sous le masque d*un sage. Le système de gouvernenieul , disent-ils, qu'il publia avant de quitter l'Angleterre , n'était qu'un appât pour attirer un grand nombre de prosélytes» et, lorsque cette amorce eut produit son effet» Penn» arrivé en Amérique» s'efforça de substituer à la constitution si solennellement proclamée une nouvelle foriiie de gouvernement plus favorable à Éies iulérèts. 11 y réussit etreclivement en plusieurs points dès 1685. Pendant la longue absence qu'il lit depuis 1685 jusqu'en 1099 » étant retourné en Angleterre à l'avénement de Jacques 11 avec qui il fut en liaison intime» ses vice-gouverneurs suivirent le même plan rétrograde » et * lorsqu'après un nouveau séjour de deux années » il quitta sa colonie en 1701 pour ne plus la revoir, ce ne fut qu'après avoir apporté à sa constitution de nouveaux changcmens. 11 ota au peuple l'élection des conseillers et des fonctionnaires publics pour se l'arroger à lui-même. Au lieu de trois voix dans le conseil» dont il s'était contenté jusque-là en qualité de jgouverneur, il prit pour lui le pouvoir exécutif» et se réserva la faculté d'apposer le veto aux bills du conseil. Il s'attribua le privilège exclusif de traiter avec les Indiens pour les achats de lei riloires , prérogative très-iniporlaiile , vû rarcroissement rapide de la colonie et la facilité que le londaleur trouvait en cela pour tenir dans sa dépeudaucela plus grande partie des colons. Quant à ces traités avec les Indiens» c'est à tort qu'on Ta préconisé comme en ayant donné le premier exemple et ayant ainsi légitimé par un contrat avec les nalurels du pays la possession que lui avait conférée le uiiuislèrc britannique. Long-temps a\ant lui» les émi-^

Ditjitized by Cu^ -^^^

BU Bn-HurniHB siècle. 5à5

Srans avaient acheté des terres des sauvages , et une foule 'actes, moQumeus de ces ventes» sont déposés dans les archives des colonies. Enfin» dès l'origine, Ponn avait exigé des colons une rente perpétaeile » très-faible à la vérité, prétendant qu'il fallait contribuer aux frais du gouvernenieiit , et les assuraiii d'ailleurs qu'il ny aurait pas d'autres impôts. Celte rente, d'aboi il légère , haussa avec la valeur des terres et produisit à Peuu et à ses successeurs des sommes considérables. Les propriétés n'en furent pas moins imposées ; mais Penn exempta les siennes de cette charge, et transmit cette prétention injuste et arbitraire à ses descendans, qui , jusqu'à une époque trés-voisiue de la révolution , maintinrent leur privilège contre le vœu public, auquel ils ne cédereuL qu'après une lutte vive et prolongée. Ces faits irrécusables sont de nature à mettre rfaistorien impartial en garde contre les pa* négyristes et les enthousiastes de Penn. A la vérité » un

Srand argument subsiste en sa faveur : c'est la prospérité e sa colonie. Il est probable qu'elle eût été plus grande encore, s'il eût observé les conventions avec plus de scrupule et si l'abus qu'il ût de ses droits de propriétaire n'eût pas entretenu une perpétuelle discorde entre lui et les colons (1). Mais il est certain qu'il eut la sagesse d'établir par sa charte la liberté religieuse dans toute sa plénitude» et , comme dans chacune des autres colonies dominaient des sectes intolérantes , la Pensylvanie fut préférée par les émigraus de toutes les religions f surtout par les Qua*

' (I) Ceqs-ci lot adressant, à dÎTtnesfoM, par Torgane de leurs repréteii> tans des remontrances qui, même en faisanl la part «le l'eiagcM-aiiua asscs commune dans ces actes d'opposition , prouTcnt que la colonie f ut loin d èlrc toujours bien admiuistréc. On en |»ourra juger par le début de la remontrance de 1707 : « Nous t'I le pcuj lr que non- rc prcscntuus, désolés et accables encore par la mauvaise adiinnisiruliou ul les manœuvres de ton dcj>uté , et par la conduilu détesl;d»le , les procédés révoUans et les exacliuiis énormes de ton secréluirc , sommes sur le point de succomber sous le poids des injustices et. des oppressions artilraîres de tes mauvais ministres » qui at*asent des poavï>irs qui t'ont été îlonDés par ta couronne , et qui , comme nom le supposons , au moyea de l'empire <||u'Us ont sur ton esprit, sont la cause que tu noua as laissés jusqu'ici aans soulagf»ment. •

556 BISTOIEE GÉNÉRALE

kers t exclus de presque tous les autresétats», et se peuplït rapidement.

Le 24 mars 1662 , Charles II donna à huit seigneurs anglais une charte pour les terres siluées entre le treiileunième et le (rente-sixième degré de latilud.e. Le pays fut appelé Caroline t en Thonneur du roi. La charte de concession en déclarait les. huit associés maîtres et proprié-, taires absolus , avec tout droit de juridiction ». privilèges, royaux et autres » son^ la seule jcestrictfoo que les lois pourraient être faites que du consentement des hommes libres. Ils firent rédiiîcr par le célèbre Locke pour leur colonie fulure une coiislilutioa d'une excessive longueur, imbue d'un esprit oligarchique contraire à l'esprit général des colonies américaines, et qui, odieuse aux habi-i tans et mal exécutée, fut abolie en tOQS»» La première tentative d'établissement dans, les pa^s auxquels elle était destinée > date de l^an t669» où les propriétaires, y firent passer Guillaume Sayre en qualité de gouverneur avec un assez graiul nombre d*émîgrans et un iilaii pour la construction d'une ville qui devait s'appeler Charles-Town, La colonie, découragée par de nombreux obstacles provenant de la nature du pays et des incursions des Indiens dont elle envahissait les terres sans, avoir voulu les ajcheter» languit jusqu'à ce que» le due d^Yorck étant devenu maître de ta Nouvelle-Belgique , sa mauvaise admitiisl ration détermina plusieurs familles hoU landaises à passer dans la Caroline. Leur exemple y attira d'autres colons d'Europe et d'Amérique. Alors ( en 1674) le peuple éhit ses premiers représentans. Plus tard , Tintolérance 4e Jacques II ^t la révacation de Tédit de Nantes contribuèrent encore h peupler la colonie naissante.. Un grand nombre de familles respectables d'Angleterre et de. France s'y réfugièreut. Les privilèges extraordinaires que les proprit'taires s'étaient arrogés par la constitution primitive clioquaient des hommes qui avaient quitté leur pays natal |>aur aller chercher la liberté. Ce lut une source de violentes et longues discordes entre le peuple etlegouvernenieiit. Enfin» en 1719» les cotons résoltw

t)D DIX-ULITILAIE SIÈCLK. 557

rentde se délivrer du système oppresseur qu'ils baïssaieot» et» ajaot déposé le gouveméur, ils déclarèrent qu'ils ne recoanatlraient plus d'autre supérieur que le roi » auquel

ils envoyèrent un agent pourlui demander son appui. Leur requête fut accueillie la^orablomenl, et, au commenceiiient do 1721 , le général Aicolson se rendit dan»; !a Caroline en qualité de gouverneur au nom du roi. Par uu contrat passé en 1728» tous les propriétaires vendirent leurs droits au monarque i excepté le lord Grenyille» qui 'se réserva la propriété d'un territoire dans la partie la plus septentrionale. Un établissement considérable s'étant déjà formé, fori loin de celui de Charles-Town, dans les environs de Roanoke, le pays fui divisé en deux provinces » la Carolitie méridionale et la Caroline septentrionale, soùs deux gouvernemeus séparés. A Textinction de celui des propriétaires » la Caroline n'avait pas plus de i4»000 habitans. Mieux administrée après leur abdication» elle commença à prospérer.

En 1732, la Caroline méridionale fu! de nouveau démembrée; on prit sur cette vaste proviuc(> uiiet^rande étendue de pays qu'on appi^sia Géorgie , en i'iionneur de Georges I. Les personnes qui en obtinrent la cession » s'unirent » non dans des vues d'intérêt » mais dans le dessein de fonder un asile pour les malheureux. Jacques Ogletorpe , un de ces généreux philanthropes , conduisit le premier dans cette contrée une colonie qui bâtit la ville lie Savannah sur les bords du fleme de ce nom. Après lui» un Suisse» nommé Pierre #Parf» y mena ou y attira près de quatre cents émigrans de sa nation» qui fondèrent la ville de Purisbourg. Les possesseurs de la charte de cession étaient moins des propriétaires que des protecteurs. Leurs vues étaient pures et désintéressées. Cependant, leurs réglemons fournirent une nouvelle preuve de la diliiculle de bien gouverner des pays éloignés. Malgré leurs intentions excellentes, jointes à des secours réitérés» leur colonie ne })rospérait point, et les vices du gouvernement qu'ils avaient établi » dans l'idée seule d'opérer le bien , commençaient à provoquer des

S58 mSTOIRE GÉNÉRALE

émigralionsy lorsqu*eii 1752, ils abaodonnèreiil la tulèle de leur colonie. Ils rendirent la charte an roi , et le gon-

verncment de la Géorgie fut luis à peu près sur le luèine pied que les autres.

Telle fut, avant la révolution, Torigine et Texistence des colonies qui ont formé les Etats-Unis d'Amérique. On voit que leur établissement se fit , à peu de chose près , aux frais des particuliers 9 que le gouvernement n'y prit une part ni active ni dispendieuse , et qu*il ne se mêla de leurs aflairts que fort lard , lorsqu'il eut la certitude d*en tirer avantage , après que les dépenses lurent faites et les difficultés surnionlées. Nous n'examinerons

}>oinl ici la question de savoir si, d'après le mode de bndation > les rois et le parlement d'Angleterre pouvaient prétendre droit de souveraineté sur les colonies. Il est probable que, s'ils en eussent fait un usage modéré, elles auraient , au moins tacitement, acquiescé à cette dépendance naturelle qui subordonne les colonies aux métropoles. La question nous semble tout entière dans l'exercice de ce droit. Eu abuser, c'était le perdre. Nous allons voir si l'Angleterre en usa de manière à l'établir et à le conserver.

Après le supplice' de Charles I, le parlement s'étant saisi de la puissance royale, prétendit droit de souveraineté sur les colonies , et , par uu acte de 1650 , leur défendit le t ommerce avec les autres nations. A la restauration , quoique tous les actes passés sous Cronnvell fussent déclarés nuls, Charles II maintint celui qui concernait les colonies. Le parlement anglais continua de s'attribuer le droit de régler leur commerce, et quelques unes d'entr'elles, se laissant persuader que c'était un pacte de convenance réciproque, y consentirent. Tant que les prétentions arbitraires delà métropole ne portaient que sur des objels particuliers, les colons proîesîaient , disputaient , mais finalement aimaient mieux souili ir que d'en venir à une rupture. Si le ministère anglais n'eût pas voulu brusquer leur asservissement , peut-être , kvec le temps , eût-il réussi à le consommer. Mais telle ne fut pas

DU DIK-HDITIÈMË SIKCM!. 559

%à politique. Il proclama en principe la dépendanee de» colonies et robligation où elles étaient de se soametlre à

toutes les lois du parlement (rAiifjfleterre. Alors il ne leur resta que l'allernalive de rinsurrecfion ou de resclava^e. Elles choisirent le premier parti. Voici comme elles y furent poussées.

Les secours qu^elles avaient fourni à la mère-patrie durant la <^acrre de 1756 avaient laissé dans les cœurs anglais plus d'inquiétude que de reconnaissance. On vît que, nicJ^I^rtî les entraves du commerce, elles croissaient rapidement en force et eu richesse. Elles comnieneereut à paraître trop puissantes , et on jugea qu'il é(ait temps de songer à les contenir. On ne se borna plus au& prohibitions qui leur étaient faites de fabriquer certains objets propres à leur usage» pour les obliger à les tirer des manufactures d'Angleterre. Tout à-la-fois pour les enchaîner et pour les pressurer, on résolut de les soumettre aux lois anglaises , et de créer une nouvelle branche de revenu public en les faisant imposer par acte du parlen&ent. Ce projet n^était pas nouveau. Déjà , en 1759 , pendant la guerre avecTEspagnet ou avait insinué à Robert Walpole ridée d'asseoir des impôts sur les colonies: mais ce ministre avait rejeté cette proposition et avait répondu que la meilleure manière d'imposer les colonies était de favoriser le deveioppemeut de leur commerce qui , alimenté par les manufactures anglaises > les alimentait à son tour et produisait indirectement des sommes immenses au trésor royal. Mais» après la guerre de sept ans, le ministère britannique » considérant que la dette publique s'élevait à la somme exorbitante de 148,000,000 sterling, et recherchant avec avidité tous les moyens d'accroître les revenus do Tétat , crut nécessaire et même juste d'étendre le lardeau des taxes aux colonies pour lesqn elles on avait entrepris une guerre si terrible et prodigué tant de sang et d'or. En 1705, le parlement , après une vive discussion, passa le fameux et fuïiesle bill qui les assojétissait à Vimpôt du timbre et défendait d'admettre dans les

DigitizGd

tribunaux fout titre nou-écrit sur du papier marqué et

vendu au profit du fisc.

Celte mesure fit éclater les premiers symptômes du mécoiUenlement qui lermoiitait daos les colonies contre le despolisoie de la métro|>olê. La résolution prise de discontinuer les affaires plutôt que de se servir du papier timbré , des attroupemens tumultueux dans les grandes villes, une association formée dans quelques provinces» ^us le nom de Fils de ta Liberté , pour le maintien des iraucbises nationales, enfin la crainte d'une révolte en Amérique et un changement de ministère en Angleterre, firent révoquer Tac le du timbre l'année suivante. Mais , ^n 1767 > le gouvernement anglais ayant mis un nouvel impôt sur le verre , le papier et le thé, le mécontentement se manifesta avec une nouvelle violence. La province de JlfiMsacAusel donna l'exemple de la résistance. Son assemblée protesta contre les derniers actes du parlement anglais, les qualifiant d'attentats aux droils et privilèges dos colonies, et invita les autres provinces , (jui rimitèreut successivement, à ne plus recevoir, autant que possible 9 de marchandises anglaises, jusqu'à la révocation des nouvelles lois. Les commis de la douane ayant voulu les exécuter à BoiUm, la populace s'y opposa de vive force, et maltraita ces agens odieux. Sur le bruit que des troupes arrivaient d'Europe pour soutenir les projets du ministère, une Convention ^ormî^e dvs députés de quatre-vingt-seize villes se réuiy t à Boston , et , sans annoncer encore des projets d'indépendance , réclama au nom de toutes les provinces contre le joug qu'on voulait leur imposer. Cependant» les troupes ayant débarqué» il n'y eut point immédiatement d'explosion, et on se borna quelques années encore auv plaintes et aux murmures. 3Iais on commença réellement la guerre contre la métropole en cessant de recevoir ses marcbaudiseïr. Lu petit nombre d'individus , qui contrevinrent à la résolution générale» furent signalés comme infâmes dans les gazettes , et , pour ainsi dire * excommuniés de la société américaine. Les femmes furent invitées» au nom de la

BD mX-HUniÈME SIËCLE. 561

patrie f à renoncer pour un temps au luxe et aux parures de leur sexe. Bientôt le commerce anglais s'aperyut qu'il souffrait une diminution considérable. Sur ses doléances»

le premier ministre, /ord yorlh , proposa au parlement la révocation des nouvelle» la\es, excepté de l*iiupùt sur le thé. Il était léger ; mai^, en s'y soumettant , les Américains eùssent reconau au parlement britannique le droit qu*il prétendait avoir « de les lier et de les obliger en tout. » Ils déclarèrent donc qu'ils persisteraient dans leurs résolutions tant qu*on n'aurait point aboli tous les nouveaux impôts. Les choses allèrent ainsi, s'euvenimant de jour en jour, jusqu'à ce que les habilans de Boston, ayant jeté à la mer une cargaison de thé envoyé par la compagnie des Indes, le pori de Boston Tut frappé d'interdiction (1774) , et un acte, du parlement défendit d'y embarquer ou débarquer aucune marchandise » sous peine de confiscation , jusqu'à réparation du dommage causé par les Bostoniens. De plus, la ville de Boston, qui jusqu'alors était le siège de Fassemblétî du Massaeluispt , fut privée de ce privilège qui lut Irausporlé à celle de Salem.

Le ministère « en faisant un exemple sur Boston » croyait tenir en crainte les autres provinces , et il ne se persuadait pas que des états fréquemment divisés pour leurs limites et une foule d'autres motifs* si différens d'ailleurs de religion, de mœurs et de coutumes , prissent tout-à-coup fait et cause pour les griefs particuliers de l'un d'entr'eax. Mais déjà tous les eulons sentaient qu'ils n'avaient qu'un même intérêt, qu'ils ne formaient qu'une même famille» et que les malheurs d'une province devaient émouvoir toutes les autres. Aussi les Bostoniens reçurent-ils de toutes parts des messages pleins d'affection et de sympathie, que suivit en leur faveur une souscription à laquelle chaque colonie conîrihu.i lihi ralemeut. Bientôt après , sur l'iiiviialiou du couiUé de Boslon, il se forma entre toutes les provinces une associa!ion, dont les membres s^engageaient devant Dieu et devant les hommes à rompre tout commerce avec la Grande- Bretagne, jusqu'à ce que Finterdiction du port de Boston*

€t les nouvelles lois frtssent révoquées , et la province de Ma^sjK'huset réiablie dans tous ses droits. La couvocalion d'uii congrès général (ni résolue» el, le 5 septembre , il s'ouvrit à Philadelphie. Il approuva la conduite des habU tans du Massacl|uset , et , après avoir exposé dans une solennelle déclaration les droits et les griefs des Anglo* Américains » il établit que le moyen le plus efficace , le plus prompt et le plus pacifique pour obtenir justice, cVlait de ne rien lirer de TAnglelerre el de n*y rien traiîsporler de l'Amérique : ce qui fut résolu par une convention entre tous les membres. Du reste , dans une requête adressée au roi » ils témoignèrent de leur fidélité au souverain » de leur attachement à la métropole « et protestèrent qu'ils ne demandaient que la paix et h liberté.

Le ministère anglais n'en persévéra pas nioins dans son système. Ayant encore la majorité dans le parlement qui fut renouvelé à cette époque, et que ne put convaincre un éloquent discours de lord Cbatam en faveur des Anglo- Américains» il lui proposa, comme moyens de vaincre leur résistance» d'envoyer en Amérique des forces plus considérables que celles qu*on y avait , d'arrêter le commerce des colonies avec l'étranger, et de leur interdire la pêche de Terro-IVCuve. iie;uH oup de gens s'imaginaient en Angleterre qu'il serait facile de les dompter. Des lords avaient dit en plein parlement que les colons étaient un peuple de poltrons, qu'un régiment suffirait pour parcourir les colonies d*un bout à l'autre* et que la vue d'un bonnet de grenadier mettrait en fuite une armée améri» caine* On ne tarda pas à connattrif la valeur de ces fanfaronnades et à se repentir, non d'avoir pro\oqué les troubles par des taxes imprudentes , mais de ne les avoir point clouliés tout d'abord en déployant des forces imposantes. « Dès rorigine, le cabinet de Londres avait été prévenu de l'espoir de trouver les Américains divisés et le plus grand nombre d'eutr'eux dévoués à l'Angleterre « erreur à laquelle il faut attribuer la longueur de cette guerre el sou mauvais bueces. 11 importait exirèmemeut

^ue les prMEÎèreâ lésolatioos fusseat éiittrgk|aea ; que » 4ès les premiers coups , toute idée de réiistaoce possible fût euleyée aux AméricaiDS ; eafiA , que la subite appari* tioD d'usé armée formidable les réduisit à la néeessité de

mettre bas les armes immédiatement. » (Boita, guerre d'Amérique), Loin de là, les ministres, eo môme temps qu'ils avaient irrité les colons par dos lais odieuses , leur avaient laissé , par la faiblesse de leurs mesures» le temps de se reconnàitre, de se coucerter» de se préparer à la résistance. Quelques régimeos eovoyés à Bostou lors des premiers mouyemeus» une expédition plus récente de 10,000 hommes, ne suffisaient pas pour courber les Américains sous le joug de l'Angleterre,

Prévoyant que leur requête au roi serait rejetée , et que tôt ou tard il faudrait eu appeler à la force» les colons avaient équipé leurs milices, et amassé des armes et des munitions. Us en avaient à Concord un magasin considérable; le général Gage , gouverneur de Boston et cbef de toutes les troupes anglaises en Amérique, envoya un détachement d'infanterie pour s'en emparer. A Lexing- Ion, les Anglais rencontrèrent uîie compagnie de miliciens sur laquelle ils firent feu ( 19 avril 1775 )• D'autres corps de milices étant accourus à spn aide , il y eut un engagement qui coûta la vie à près de âOO hommes» et dont l'avantage fut pour les Américains. Aussitôt retentit de toutes parts un cri de guerre et de liberté. Les insurgés ayant prouvé que ces Anglais si fiers n'étaient pas invincibles , sentirent redoubler leur «;ourage par cet heureux essai de leurs armes. Les chefs de l'insurreclion stimu» laient hidnlement l'animosité des peuples en répandant des récits exagérés et pathétiques de prétendues cruautés commises parTes troupes anglaises dans le combat. On fit de magnifiques obsèques à tous ceux qui avaient péri ; on les proclamâtes martyrs di' i.i liberté; on les proposa <;omme modèles à leursconciloyt dans la crise sanglante où l'Amérique était réduite par l'injustice de l'Angleterre. Le^ congrès provincial du jyîassachuset » assemblé à Watertowui écrivit au peuple anglais une longue adresse ^

5G4 Histoire généralé

Qix , en prolesUnt de la iidélilé des Américains, il renoti'» vêlait le serment de ne se soumettre à aucune espèce de tyrannie « et prenait le ciel à témoin de la justice de sa cause. Noni>content de cette déclaration et Tonlant réga^ lariser les monvemens confus et tumultueux du peuple ^ il assi^^na unv solde ûxe aux otOcicrs et aux soldats » et fit des réglciuens pour organiser la milice et y maintenir la discipline. Il pourvut aux dépenses urgenles eu émeltaot une certaine quantité de billets de crédit , qui devaient être reçus comme argent comptant , et pour la garantie desquels il engagea la loyauté de la province. U mit sur pied un corps de 1S»000 hommes qui fut joint par les continfrens du New-Hampshire , du Connecticut et de Rhodc-Islaiid , et peu de jours après l'allaire de Lexinçjton , le général Gage se vit étroitement assiégé dans iioston par 50,000 de ces Américains qui devaieul fuir au seul aspect des troupes anglaises; Vers le même temps » des renforts cousidérables étant arrivés d'Angleterre sous les généraux Hom^ ClinUm et Burgoyne, Gage publia un édit de S. M. britannique « offrant amnistie à tous ceux^ qui mettraient bas les armes » déclarant traîtres eî rebelles ceux qui s'y refuseraient , et substituant les lois militaires aux lois civiles jusqu'au réiablisscment du calme dans le pays. Adressée à un peuple délerminé à défendre sa liberté , cette proclamation annonçait la guerre. Les colons étaient résolus à la soutenir. Ûne ardeur belliqueuse animait toute la nation. Les fils de famille, qui ne pouvaient obtenir une commission d'officiers, s'enrôlaient comme volontaires et simples soldats. Déjeunes Quakers , contre les principes de leur religion , avaient formé un régiment à Philadelphie. L'extrême vieillesse avait aussi fourni son contingent : il y avait une compagnie des vieillards, composée de quatre-vingl vieux soldais allemands établis dans le Nouveau-Monde ; leur capitaine avait près de cent ans» et leur tambour qualreving(-(juatre. Les femmes même avaient montré leur zèle pour la cause commune. Dans le comté de Bristol eu

DU DIX-HUmÉMB SIBCLB. 565

Pebsylvanie » riles s^étairat colisées poar lever un régiment dont elles firent elles-mêmes les drapeaux.

Déjà , dans le nord » une expédilioa atkiericaine , coinposée en grande partie des Enfans des Montagnes vertes ^ race d'hommes accoutumés à la fatigue et au péril , s'était emparée , par un coup audacieux » de» fort» de Tyceode^ rago, de Crowu-Point et 4p Skeenesboroug» conquête importante pour les insurgés par les munitions et UartîU lerie qu'ils y trouvèreiU. Ayaut essayé de se rciidro maiires de C liai les-Town, ville voisine de Boston dont ils conli-» niiaient le blocus, ils furent assaillis à Breeds-HiU par des trou()es supérieures en nombre dont ila soutinreDt Taillaniment le choc V et qui y ayant acheté par> une perle eonsidérable une victoire douteuse, la souillèrent par une grande cruauté » Tincendie de Charkê^Toum.

Cette violence accrut l'animosilé déjà excilée par Tédît du général Gage. A [ires avoir réfuté cet édit dans un éloquent manilesle, ie congrès-général , assemblé pour lu seconde lois à Philadelphie, nomma généralissioke deS; forces américaines George WastingUnh. riche propriétaire de la Virginie,, et qui avait montré de grands ialens. militaires dans la guerre de 1756 ^Ire^ la France et l'An*gleterre. Depuis lors, il avait vécu dans ses terres et avait considérablement accru ses bkiis par une sage adminisftratioa. Membre de rassemblée législative de sa province, il s'y était déclaré de bonne heure et avec force contre le«. prétentions de la métropole. Les compagnies franches, formées dès le commencement des tfauhles dans le nord de la Virginie , l'avaient choisi pour leur chef. Député aa congrès de Philadelphie, on Ty avait bientôt distingué comme le meilleur officier de l'Amérique, et il avait iait partie de tous les comités chargés d'aviser à la défense du pays. Enjin , lorsqu'il fut nécessaire de nommer un géné-. ral en chef» ses talens reinmnus, la solidité de son jugement, la fermeté de son caractère, la confiance qu'inspiraient son patriotisme et son intégrité , l'indépendance que lui ^^urait s^ fQr(uu%, le firent universelleniçnt considérée.-

866 HISTOIRE GÉHÉRALE

comme le génie tvttiaire à qui Von devait eenfier tei destinées du pays.

Tandis qn'nne grande tâche était imposée à Washington, et qu'avec une réserve modeste il cédait aux vœux de la patrie, une expédition américaioe était dirigée vers le Canada, peu afiectionné à rAngleterre, quoique n'ayant pas adhéré à TUniiMi. Le général qui la commandait , Rtehard Mat^gommery» s^empara du fort St.-leaa et de Montréal » mais il fîit tué ao siège de QtiAiC^ digne sujet de regrets pour tons les fMirtis qui plenrèmt la moft prématurée de ce noble et intrépide ofûcier. Arnold , son suc€i6ï.eur , fut obligé de convériir le siège en blocus. De leur eôlé , les Ant^lajç, faute de troupes suffisaules, ne ûreot rien d important dans cette campagne. On ne peut guère regarder comme des aaceès les incendies de Norfoick et de Falmontb.

A« milien de ces hostilités, il j avait encore en Angleterre et en Amérique des vœux pour une réconciliation. Plusieurs villes , et entr' autres Celle de Londres, présentèrent des requêtes au roi pour le prier de mettre lin à une guerre fratricide. Vers le même temps , arriva d'Amérique rex-goaverneur de Pensyhanie, Penn , descendant du fameux fondateur de cette colonie et de la secte des Quakers il apportait nae requête an roi , «gnée de tons les membres du co&grès*général » et eicprimant le désir d'une pacification équitable. Mais ni les Vf! u\ (It's eiîés anglaises, ni ceux du concrrès américain ne lurent écoules, c! le ministère y répondit par un traité avec divers petits princes allemands» qui vendaient au pins offrant leurs armées mercenaires » et qui , moyennant un subside considérable » s'engagèrent à Ibnrnir aux Anglais 17,000 hommes. Il acheva de manifester ses * dispositions inexorables par un acte qui interdisait 'tout coniirifTce avec les colonies atiiéricaines. A la nouvelle de cette prohibition et <\v 1 accueil fait à la requête du congrès, les colons indignés changèreut leurs drapeaux rouges , et en prirent d'autres à treize raies , comme un«jmbole du^ nombre et de TUoion des colonies.

m DIX-SUiriÉME SIÈCLE. &6T

lift campagne de 1T76 «'ouvrit d*abord (loar eux soa» d*lieareux auspices. Lorsque WasbingCon avait été nommé général en chef , il s'était aussitôt rendu dcvaut Boston. Il y avait trouvé l'armée dans le plus grand désordre. Levées par des étals particuliers qui avaient tous des usages diiférens » les troupes de l'Union m^n-t qnaient d'une règle uniforme. Dans quelques provinces » les simples soldats choisissaient leurs officiers et secroyaient leurs égaux ( 1 ). L'esprit de liberté dominait l'esprit militaire et nuisait à la suhordinalioii nécessaire daus les camps, WashinfT^tou fonua dos divisions et des brigades , et assujétit l'armée à uoe discipline aussi réguiière que le perm,et(aient la diversité de ses élémens et les. difficultés qu'opposait à une organisation forte la courte^ durée des enrôlemens. Dans Torigine» au lieu deFétendcov à toute celle de la guerre , le congrès l*aivait fixée à un an, soit que, par une déliance nalurclle aux républiques, il liésilàt à créer une armée permanente, soit qu'il craignît de rendre les engagemens trop difficiles si le terme en était trop long, soit qu'il ait obéi à Tusagedes colonies septeptrionales qui ne levaient leurs troupes que pour une seule campagne , soit enfin qu'il ait cru que la guerre serait courte ou que , si elle se prolongeait , Ten-. thousiasme de la liberîé suffirait au recrutement. Il arriva .cependant (chose peu surprenante chez un peuple accoutumé à la vie sédentaire et domestique , et peu fait aux habitudes militaires) que la première ardeur se réfroidit bientôt» et qu'au terme des enrôlemens» le soldat, et, à plus forte raison , le milicien » se montrèrent pressés de

( 1 ) « 'La fitmilnrité , dit h Hanball ff^ie de H^a^ngion ) , assurait la pré-. fér«pce li«a«apup fins «{iie le ménia. Oe a pféteikltt mêine qne pkisieura i|*avaieot élé oonun^^ qo'après avoir cansenti & verser leur solde dans la maase.. commune et à partager éjalpment avec les simple fusUiers. De pareils cliefs se rendaient coupables des actions les plot hooteuses... En examinant les différens ordres du jour piiblvés à cette époque, on reconnaît <|iie plun^îur» . oflîciers d'un grade inférieur n'étaient pas exempts de cet amour <lu pillage qui dpshonorail alors les , troupes américainos. La réorganisation dr l armée soua les murs de Boston corrigea quelques-uns de ses vices \ maiî»il en resta cnç^ro., l^eauçuup à détruire, m

S6d HtSTOIIlK OifrillAIX

tevoir le lien natal 11 ialluL toute la ferm(*îé de AVashin|]ftoD, secondée par une députaiiou du congrès, pour retenir sous le drapeau une partie des troupes qui étaient devant Boston. Parla suite , la durée des engagcmens fat étendue à trois ans » et enfin fl fut déclaré qu'ils n*aa« raient diantre terme que celui de la guerre. Mais toutes ces mesures, laulo de moyens de répression, furent inefiicaces, et la désertion fut toujours commune dans les armées aiuérieaines. Washington, évitant d'engager un combat dont Tiodiscipline de ses troupes lui faisait redouter Tissue, avait prolongé le blocus de Boston sans oser donner d'assaut. Hais» en 1776, le congrès, sentant la nécessité de s*eniparer de la place avant Farrivée des secours que les Anglais attendaient d^Europe, envoya au généralissime des renforts et Tordre de réduire Boslou , à quelque prix que ce fût. Foudroyée par des ])alteries formidables que WasbingJou parvint à établir sur les hauteurs de Dorcliesler, elle fui abandonnée le 17 mars par le général Howe, qui avait succédé à Gage dans le commandement, et qui s'embarqua avec ses troupes pour Halifax.

Ainsi rentra au pouvoir des Américains la ville qui avait donné le sigîïal de riusurreclion. Mais, dans le nord, Arnold éclîoua devant Québee, et la belle défense du gouverneur Carletou le força de lever le blocus de cette place. Vers la On de mai , plusieurs régîmcns anglais et les troupes allemandes du Brunswick arrivèrent au Canada. Les insurgés ^ désormais trop inférieurs en nombre, se retirèrent à la bâte > mai^^ en bon ordre , et le fort Si. -Jean et Montréal rclom!)èrenl au pouvoir des Anglais. Ce mauvais succès d'une expédition d'abord *f)rillanîe fut compensé par une vicloire du général Moore sur un détachement d^Anfri^^is dans la Caroline septentriona)je, et par un échec du chevalier Parker, chef de Tescadre britannique ^ à l'attaque de Vile Suliivan.^ Du reste, selon Botta, l'expédition du Canada fut profitable aux Américains « en ce qu'elle fil tomber le gouvernemeut ou les généraux brilaunit^ues dans uue insigne eic-^

DU DIX-HUmÈHE SIECLE. 569

rearsaiç lacondoUede toute cette guerre, erreur àlaquelle il faut attribuer spécialemeot rînutUité de leurs effibrls* L*iirrasion du Canada par les insurgés fat peut-être le

premier motif qui détermioa le ministère an^^lais à rassembler des forces considérabies dans cette pro\ ince et à diviser son armée en deux parties distinctes, dé)Dt l'une devait descendre du Canada , parles lacs, dans Tinlérieur des colonies rebellesj et l'autre les attaquer de front sur les côtes. Il u'est pas sans probabilité que sîi au lieu de ces deux armées, les Anglais n^en eussent formé qu'une seule , la guerre aurait tourné et fini très-différemment. » [Guerre d^imérique.)

Dès l'origine des (roubles , un parti nombreux avait .tendu à rémaucipation américaine. Cependant le congrès • soit qu'il reculât devant Tidée d*un scbisme irré* vocable avecrAn^eterre, soit qu'il voulût paraître forcé, après une longue patience, à prendre cette résolution violente, avait toujours proclamé dans ses manifestes à la nation el dans ses requêtes au roi sou atlacliement à la mère-patrie. L'Aui!m i([ac se trouvait dans une siluaîiou étrange et inouïe. Elle prolestait de sa iidélité au roi Georges III » et , depuis un an , elle était.en guerre coiltre ce priiice. Dans les tril^unaux , on continuait de rendre la justice au nom du roi; dans les églises » on priait pour lui , et cependant on livrait bataille à ses armées. On se décl.nait disposé à renouer les anciennes liaisons , à réla- Liii la forme primitive du gouvernemqnt royal, tandis qu'en réalité, on avait introduit dè^ioag-temps le régime . républicain. Cette incohérence entre las faits et les pa- . rôles, cette illusion on plutôt ce mensonge ne pouvait dorer. L'intérêt et Tamour-propre des deux nations étaient trop engagés dans la querelle pour qu*elle ne fût pas poussée aux extrémités. Au point où elle en était venue , il n'y avait point de milieu pour les insurgés eufre la soumission et l'indépendance. La question fut eiilia .tranchée par le congrès eu 1776. Alléguaiit le mépris réitéré de humbles requêtes^ Tenvoi.de troupes consir dérablea djestinéês à l'asservissement à la ruine de^

570 HI8ÏOIRË GÉNÉRALE

eoiooies« et oograid «ombre é^autres gnefs , le 4 jafltet» qirèsiiii mûr«zamen ane scleiinelle déHbératkm, fl déclara le» EtaU-^Vmê é^Àmériqm MépeDdaos de F An-gleterre. Sieetacte^lait nécessafre, il n'était pas exempt de péril. Quoique la uiajorilé des Américains sentît que le cours «des ( h{)S( s l'avait naturellement amené, il en était encore beaucoup qui condamnaient ce parti décisif. Les armées américaines étaient faibles» le trésor pauvre , les secours des étrangers incertains, et i'élaB popolaire pouvait se rallentir tovt-à-cowp. L'Angleterre étak déteriniBée à déployer tootes ses forées pour dompter les colonies. Si les insurgés éprouvaient des revers dans la première campagne, il était à craindre que le vulîj:aire n'en accusU la déclaralioii d'indépendance et qu'un mouvement rétrograde ne s'opérât dans les esprits. Mais lagaerie étant inévitable et tout arrangeaient impossible , le congrès aima raieax kraver le danger pour atteindre m bat fixe , que de flotter plus long-temps dans les incertitudes d'une situation fausse et contradictoire. Après tout, la déclaration d'indépendance n'était qu'une anticipation sur l'avenir et la nécessité. La nahiremème des choses menait à Témancipalion des colonies. Les circonstances n'auraient plus comporté long-temps qu'un peuple nonibren et puissant, reçût, à deux mille lieues de distance, la loi 4*HB autre peuple qu'il lendait chaque jour à égaler en force et en riehesse. C'est ce que le ministëre anglais ne pouvait se dissimuler , et telle lut peut-être la raison secrète (le son obstination à imposer le joug aux Américains. 11 est plus cer laiu encore que les princes étrangers n'auraient.accordé ni leur alliance ni leur secours à un peuple qui s'avouait sujet d'un autre, tandis qu'on pouvait se flatter de les voir unir lew» àrnies à celtes d'une nation résolue de conquérir jà tout prix sa liberté. Quoiqu'il en soit , la dédarafii^n fut reçue par les colonies avec les plus vifs iransporls d'allégresse, et les outrages au nom, aux images, aux statues du roi Georges IH, qui en accompagnèrent partout la proclamation, donnèrent à la réso- Wion -des déptftés TéBergique et 'sauvage sanction du;

0U M£4IJmÉ]IB SIÈO^* â7i

peuple, m C'est «iam que d'oneètéles patriotes amérieatiis lears menées secrètes, puis i^ar une décision audacieuse; et, de l'aulre, les miDistres britanniques, d'abord par des lois op[H*essîyes , ensuite par des mesures incertaines et l'emploi d'une force insuffisante , amenérait Qiie crise produisit l'entier démembrement d'ane belle et florissante portion de Tempire*.. LMnsarrectioB américaine se forma dans l'ombre, elle s'accrut sans obstacle, et enûn son im|u»tuosité renversa les digues impuissantes qu'on essaya trop tard de lui opposer. » ( Botta, )

Tout espoir de réconciliation entre les colonies et la métropole étant rompu , il ne resta plus qne la voie des armes. La victoire ne favorisa point d'abord celles de l'in^ ^tependance.

Le général Carleton, ayant recouvré le Canada, s'élait arrêté sur les bords du lac Cbamplain , faute d'une marine sultîsante pour s'y rendre maitre de la navigation. En quelques mois, il fit construire trente vaisseaux et fut en

Aem combats acbarnés » dont ie «prii fnt l'empire dn Ghamplain et la conquête de Crown-Point. Tandis que Carleton triomphait dans le nord , Howe n'était pas moins heureux dans le midi. Secondé do son frère , l'amiral Howe , qui lui avait amené un puissant renfort d'Anglais et de Hessois , il attaqua près de Brookîin , dans Long- Island, nne division américaine et bii-fit éprouver une ^ertede 5,000 borames. Après cette victoire, il s'empara de New- York. Quelques o<AoDS, pour empêcher le fruit que les Anglais pouvaient tirer de celte conquête, mirent le feu pendant la nuit à cette belle ville dont près d'un tiers fut réduit en cendres. La prise de New- York fut bientôt suivie de celle de Rfaode-lsland et des forts Lee et WasimgtOQ. Oes pertes jelaient l'alarme parmi les Amé-^ ricains. « Notre position est vraiment effrayante, écrivait WasUngton au congrès, Nos troupes se découragent. La milice est déconcertée, indocile et impatiente de rentrer 4ans ses f^ers. Un grand nombre de ceu& qui la com-

posent soDt déjà partis. Des coiupagnieflf des^ régiment presque entiers se sont retirés. Ce qui reste est sans frein et sans discipline. Je l'ai déjà déclaré pins d'one feis. On ne doit pas compter sur la milice, ni sur des troupes engagées pour aussi peu de temps que les noires. Aotre cause est Irès-hasardée, sinon perdue, si la défense n'en est pas confiée à une armée permanenle. » Les iréquentes représentaûoos du généralissime, Topinion de tous les militaires et une triste expérience décidèrent enfin le congrès. Son comité de la guerre proposa pour la prochaine campagne la formation d'une armée de quatre-Tingt-huil bataillons, qui seraient levés par les dillérens états de rUnion et composés d hommes enrôlés a leur choix pour trois iiiis ou pour louleia durée de la guerre. Une distribution de terres était promise à ceux qui prendraient ce dernier parti. Hais de grands ob&tacles s'opposaient à la promptitude du recnitement.

Au commencement delà guerre, le congrès, faute de revenus efleclifs pour la soutenir , avait en recours au crédit et avait créé du papier-monnnio , pour le retrait duquel il avait engagé la foi publique. Le patriotisme de la majorité des citoyens avait d'abord maintenu ce papier au pair avec Tor et TargenL Cependant , par de successives et continuelles émissions, il ne pouvait manquer de ae décréditer tèt ou tard. Le congrès , pour en prévenir ou du moins en refarder la dépréciation , déclara , dès le mois de janvier 177(3', que ceux qui ehercheraient à nuire à la circulation du papier-monnaie seraient réputés ennemis de la pa!rie. Cenendaiit , vers la fin de la même année, on commença à s'apercevoir de quelque différence entre la valeur des espèces métalliques et celle du papier, différence qui augmenta considérablement dès les premiers mois de 1777. Le congrès crut pouvoir Tarrêter par des moyens violens , et statua que quiconque , soit en vendaul , soit en achetant, soit en échangeant, évaluerait les espèces d'or et d'ars^ent à un taux plus élevé que le papiermonnaie , serait considéré comme traître, et chacun des .Ëtats-Unis fut invité à porter des loii» pénales contre oe

âélit. A la vérité» cette iovitatioo rigoureuse fut accompagnée d'une recommandation* plus propre à relever le crédit do papier. On engagea les Etats à s'obliger d'en opérer le reirait à l'époque fixée par le congrès et à établir sur-le-champ des laves que les eiîoycus seraient en état de supporter. Tous ces etlorts retardèrent la baisse, mais ne purent iinalemenl i'empéciier. La siluatiou financière des Américains était , comme on le \oii f peu iavorable » ci ses embarras, à quelques expédiens qu'on eût recours pour les atténuer et les dissimuler , devaient né> cessairement réagir sur leur état militaire.

Les sentimens d'une parlie de la population dans quelques prosinces enlra\aieiil aussi les enrôlemens. Quoique la grande majorité de la nation fùl déclarée pour rindépendance, dans plusieurs états» entr'autres dans le New-Yorck , le New-Jersey et le Marylaud » le nombre des royalistes balançait à peu près celui des patriotes, et les dissidens ou ne montraient que froideur et indifférence à s'euifager sous les drapeaux do l'Union, ou môme s'armaient contre elle et se joignaient aux Anglais. Ainsi, dans les îles situées près de la cote, les habitans avaient manifesté tant de dévouement au parti du roi» que le général anglais avait cru pouvoir sa reposer sur eux du soin de leur défense'» et les provinces de New-Yorck et de New-Jersey avaient renforcé l'armée britannique de corps réguliers égaux en nombre aux conlinfiens qu'elles avaient fournis à l'armée aiuericaitie. i.i s viuls de la Nouvelle- Angleterre furent seuls unanimes pour la cause de l'indépendance et ne se refusèrent jamais aux réquisitions de milices dans le danger de la patrie. Outre la pénurie des finances et la dissidence des opinions » d'autres causes contrariaient le recrutement. Les troupes avaient fait deux campagnes dMiiver , où les soldais avaient été en butte aux rigueurs du froid le plus vif. , à des faligues extrêmes et à des épidémies mc urlrières. Le zèle que la jeunesse américaine avait d'abord montré pour la défense du pays en fut notablement diminué et le découragement exprimé par un grand nombre fut très-nuisible aux non-

574 HISTOIEB ^mftaALB

veaux eorèlemens qui devaient être fails pour toute la durée de la guerre. Lorsque, au delaul des troupes réglées, on eut fait de fréquentes requisilion& à la milice» on reecnnut que beatteoup de citoyens ne prenaient les arme« qu*avee répugnance el aimaient mieux ae faire remplacer pour de l'argent. Bientôt le prix de quelques semaines de remplacement dans la milice excéda celui qu'ullrait le congrès pour un engagement dans les U oupca réglées. Le recrutement ae s opérait donc qu'avec lenteur.

£n attendant « le général en chef, quoique sentant la aéeessité de ranimer la confiance des troupes par quelque coup d*éclat, n'osait engager d'action importante avee des milices peu disciplinées contre une armée nombreuse,

aguerrie, et pourvue d*une artillerie formidable. 11 opposai! !a tactique prudente e( la sage lenteur de Fabius à l'ardeur de Tennenii. Toulcfois, il paraissait devoir succomber à des forces trop supérieures » et , à la iin de celte campagne t situation des Américains était, ce semble» désespérée. La Delaware était désormais le seul obstacle à * la raarchedes Anglais sur Philadelphie* L'imminence du péril détermina le congrès à abandonner ce siège de Tempire pour se retirer à Balliiuore. Mais, au lieu de poursuivre ses succès avec vigueur sans laisser au\ Américains le temps de se reconnaître , le général Uowe , atieudant la saison des glaces pour passer la Delaware , mit ses soldats en quartier d*hiver sur une longue ligne de postes le long des rives de ce fleuve. Washington respira : réduit à trois ou quatre mille hommes de troupes réglées, il eut le temps de recevoir des renforts; un coup lianii, i'eulëvemeni de dou7<^ ou quinze cents Hessois qu'il siii [îril et força de mettre bas les armes, releva le courage des insurgés; d'habiles manœuvres resserrèrent dans des bornes étroit es et une position défensive l'armée anglaise, naguère si menaçante.

Malgré les ressources que le congrès et le généralissinie avaient (rouvées dans leur admirable fermeté, ils ne se dissimulaient pas que» sans uu prompt secours des puis-

ttu Dix-tti rrtÊm siéglb. 975

sauces européennes , TAmérique ne pouvait triompher. Us savaieot , à la vérilé » qye la plupart de ces puissances» -ceMts surtout doot les forces navales reodaieul l'assistance plus précieuse» étaient faYoraUemeut disposées à l'égard des insurgés, soit par haine de l'Angleterre « soit par la perspective d*avaii!a^es particuliers. Eu Europe et aux Antilles , les navires des insurgés étaient reçus dans les ports français et espagnols comme appar(enans à une nation amie» et leurs corsaires y vendaient publiquement lies prises qu'ils avaient faites sur le commerce anglais*. La France et l'Espagne » soas prétexte de se tenir en garde icontre les événemens et de protéger » au besoin » leurs colonies, augmentaient leurs forces maritimes, et ron ne pouvait guères douter que leurs préparaliis n'eussent un but hostile à TAugleterre. Si la Hollande , moins belli* queuse» ne faisait point d'armemens extraordinaires, ses Dégocians , excités par Tappàt du gain » vendaient aux insurgés des armes et des munitions de guerre. Toutes les autres puissances montraient k peu près les mêmes dispositions, hors le Poriu^al qui , iidèle à Talliance anglaise» ne voulut jamais consentir que ses sujets fournissent aucun, secours aux Américains» et ferma tous ses ports à leurs corsaires.

Le congrès » invité par cet état de cboses et poussé par ' la nécessité» avait, dès le commencement de l'année 1776, envoyé auprès du gouvernement français un agent chargé de disposer les esprits en faveur de Tindépendauce américaine et de solliciler des secours de munitions et d*armes, en attendant une protection plus éclatante. Cet envoyé sut intéresser des compagnies pari icu Itères » ou de hardis en* trepreneurs» tels que Caron de Beaumarchais» à ces fournitures qui étaient expédiées ouvertement sur des bâtimens américains et en secret sur des vaisseaux français» Ilréussil mèmeà se laire livrer 15,000 fusilsdes arsenaux du roi. Enfin , il traita avec un grand nonibre de gentilshommes français qui, a\ec celte ardeur aventureuse de leur nation» demandaient à servir sous les drapeaux de Washington.

576 HiéTOIAC OÉHÉItAtK

Malgré les succès de son agent, le congrès, ayant déclaré l'mdépeodaDce et voyant les opérations militaires prendre une tournure alarmante , crut devoir dépuimr à la cour de France une ambassade plus solennelle et plus digne de représenter la république , et investie d'une plas grande autorité ^)oiir traiter des iiilerêls de TAmérique. A la tête de cette ambassade était le vénérable Fi ancklin qui servit habilement sa patrie par ses négociations , tandis que Washington la protégeait par ses armes. Cependant , en 1777» Howe» fortifié de nouvelles troupes allemandeg et de nombreuses recrues» reprit l'oflensive» et» après avoir manœuvré plusieurs mois pour attirer Washington à une bataille, il Tattaqua enfin (11 septembre) près delà riyicre àe Brandyicine , et le défit, miilgré l'avaulage du poste qu'il OLi upait. Parmi les iij(réf>ides volontaires qui avaient quitté l'ancien monde pour chercher la gloire des armes dans le nouveau » on distinguait le jeune marquis de La Fayette. Ayant acheté et équipé une frégate, il l'avait chargée de munitions de guerre» et était allé , avec plusieurs dignes émules de son généreux courage , défendi e la liberié américaine. 11 fut blessé d'un coup de leu à la halaillo do Brandywine. Le résultat de cette journée fut la prise de Philadelphie par les Anglais. Ils en prirent possession sans coup férir. Washington rayait abandonnée à leur approche» et le congrès était allé continuer ses séances dans Trenton » puis dans Yorck. Le *4 octobre» il y eut un nouvel engagement près de Genmn^Town* Celte iois , contre sa coutume, Washinglon l'ut l*agresseur. Il "avait tenté de surprendre les Anglais [x iidant la nuit. Mais, averîi par ses cclaireurs, llowe se trouva prêt au combat. La lutte fut vive; la perle à peu près égale de part et d'autre, et les Anglais» osant à peine $*atlribuer une victoire douteuse, commencèrent à perdre Tespérance qu'ils avaient conçue de battre aisément les insurgés en pleine campagne et de finir promptemeni la guerre. Ils furent de plus eu plus désabusés de cette opinion par l'échec que les Ilessois éprouvèrent à Hed-Banck, le 22 octobre » par le peu de fruit des victoires précédentes qui

DU DlX«-HUlTl£Mfi SIÈCLE. 577

n^avaîeiit pas empêché Washington de se maintenir aux

énvirons de Philadelphie, et surloul par l'issue de laçant* pagne du nord sous le rré.iéral Uurgoijne.

Ce général, avee 18,000 hommes, une belle arlillerie et un nombreux corps de sauvages qu'il avait engagés dans son parlî , avait obtenu d*abord des succès rapides. Ayant repris Tyeonderago» il chassa devant lui juH]u*à Saratoga les cotons frappés de f erreur. Mais des pluies abondantes, le mauvais é(at des chemins et la difficullé de traîner Tartillerie dans un pays presque impraticable, ayant arrête les Anglais , les milices américaines se rallièrent. Quelques succès partiels leur rehaussèrent le courage. Elles forcèrent les Anglais à lever le siège du fort Stanwick. Le 19 septembre > elles balancèrent la victoire contre toutes les forces de Burgoyneà la journée de Saratoga. Ce général, voyant croître chaque jour celles de rennenii et les siennes diaiinuées parles fali^^ues, par les combats et par Tenvoi de quelques détachemens dirigés sur divers points, ne put rien entreprendre, quoiqu'il fût resté maître du champ de bataille » et fortifia son camp dans la plaine de Saratoga en attendant des secours. Hais la situation précaire où étaient eux-mêmes ses lientenans ne leur permit pas de lui en amener. Alors , il n'eut plus de ressource que de (enter la retraite vers le Canada. Mais la prévoyaace des colons avait accumulé les obstacles sur sa route. Eutin, abandonné des Indiens» affaibli par les désertions , réduit à cinq mille hommes exténués de travaux contre une armée trois fois plus nombreuse* n'ayant plus de provisions que pour trois jours; il lui fallut (dure nécessité pour un général qui s'i îait cru triomphant) capituler devant les luilices ani;'»ricaines. Le 17 octobre, toute son armée mil bas les armes « à coudition qu'elle aurait la liberté de s'embarquer pour l'Europe avec serment de ne plus servir en Amérique durant cette guerre.

Les succès des Américains déterminèrent enfin la cour de France à se déclarer hautement en leur fa , <'::r. Le (î lévrier 1778 » un traité d'amitié et commerce lut conclu

67^ kiSTOtlIE GÂMltlRÀiB

entre S. M. Très-Chrétienne el les Etats-Unis d'Amériqde^ dont la France reconnut l'indépendance. Le même jour^ fut signé ealre les mêmes puissances un traité éventuel d'alliance oflensÎTe et défensive, pour le cas où la guerre éclateirait entre la France et TAngleterre, Il y fat stipulé 9 chose inouïe jusqu^à ce Jour dé la part d^un roi i que Tobjet essentiel et direct de cette alliance était de maintenir la liberlé el la souverainole des Elats-Unis. Ces traités ne furent pas accueillis dans l'Amérique même avec plus d'enthousiasme qu'en France. Les négocians se repaissaient déjà des richesses qu'ils allaient arracher an monopole de l'Angleterre; les propriétaires se flattaient que les taxes seraient diminuées par Taccroissement An commerce ; les militaires , et surtout les marins , embras* saient avec transport cette occasion d'effacer la honle de la guerre de sept ans et de recouvrer leur ancienne gloire; les cœurs généreux applaudissaient en voyant la France se déclarer la protectrice dei opprimés ; les esprits ïïbé* raux* en la voyant s'armer contre la tyrannie. Tous se livraient à la joie d'humilier Torgneil d'une nation rivale* On ne réfléchissait pas que la France^ atec ses finances obérées, devait plutôt fuir que chercher la guerre, que le rôle d'un roi n'était pas d'encourager la rébellion , que l'iulérét d une monarchie n'était pas d'éîi ver dis républiques» et que faire la révolution en Amérique n'était pas le moyen de la prévenir en France.

Le désastre de Burgoyne » les difficultés qu'opposaient au triomphe des Anglais la persévérance des colons et la nature du pays , la nouvelle que des traités de commerce el d'alliance venaient d*êlre signés end e la France et les Elats-l iiis, coiisîernèrent le niinislère anglais. A la vérité, fort de la majorité qu'il avait dans le parlement , il demanda à la nation de nouveaux et puissans efforts» et de grands subsides lui furent accordés pour équiper des forces considérables, de terre et de mer. Hais* en même temps lord North, jusque-là si contraire à toute idée de transaction avec les Américains, fi< entendre des paroles de conciiiaiiouy tout eu déclarant que les ressources de la

W DlX-RriTIÉME SIÈCLE. 579

Grande-Bretagne suffiraient à tous les besoins de la guerre. Tfois commissaires furent envoyés pour tra¥aU« 1er an rétablissemeni de la concorde / et le chevalier

Clinton, qui, en 1778, succéda au général Howe, joignit k la qualité de général on chef des armées brilanoiques, celle de commissaire pour la paix. Les Auglai» offraient beaucoup plus daus le biU conciltataire , que les Américains n'avaient demandé au commencement d^ IrooUes. Usanionfaielit qu'ib étaient prêts à consentir à me sospension d'armes ; à donner au commerce tojite la liberté qûe demandaient les intérêts respectifs des deux parties; à ne tenir de troupes sur pied dans les difïérens états , que deraveu du congrès gênerai ou des assemblées particulières; à concourir à Tacquittement des dettes du congrès ; à admettre des députés américains dans le par- Imnent britannique; à accorder enfin aux colonies tous les privilèges qui ne tendraiènt pas au démembrement de r empire el à la division de ses forces.

Ces concessions venaient trop tard. S'il est douteux qu'elles eussent été accepléi s avant la déclaration de Tindépendance et les traités du 6 février , il esl évident que ces faits accomplis les rendaient totalement inutiles. Le penchant naturel qui porte les hommes à Tindépendance devait prévaloir chez les Américains sur roflire de reprendre leur premier joug, quelque allégement qu'on pût d*ailleurs y apporter. Joignons à cela qu'il esl loujours hasardeux en politiijue de nietlre sa conliance dans le pardon d'un maître, et qu'ils reconnaissaient dans ces mi- Bistres I qui leur faisaient de si douces propositions, les mêmes hommes qui t depuis trois ans» avaient déchaîné fous les Oéauic sur TAraérique. Enfin » rompre la foi qu'ils venaient (le jurer à la France, c'eût été, par uiiclionlcuse periitlie , se rendre indignes de l'assistance d'aucun peuple el d'aucun prince, el se livrer desoriiiais sans défense à la vengeance de la Grande-lirelagne. Le congrès rejeta donc les proportions des commissaires et déclara que, si le roi d'Angleterre voulait la paix « il eût à le prôuver par

rèeoonMssanee des Etats«Unis comme puissance indé*

&80 BISTOIRE GÉ5ÉHAXB

pendante et parle rappel de ses flottes et de ses arméeè^ Si cette fermeté devait faire impression sur lescommissai*» resau^^'lais t d'un aotrecôté Tavilissement du papier-moo<^ naîe aniéricain » Tesprît de spéculation et de cupidité qu^il

avait fait'naî(re JaVéfMignance pour les longs enrôlemens, certains s} laplùmes de relâchement et de lassitude , lonr faisaient «supposer que le patriotisme de la nation serait moins inflexible que celui du congrès» et que les peuples fatigués d'une lutte ruineuse finiraient par abandonner le parti de cette assemblée ou par h contraindre à se soumettre aux conditions proposées. La guerre continua.

Clinton débuta par une retraite, mais belle et bien ordonnée. Pressé par l'armée américaine, qui lui était su— pér!( ijK? vi\ forces , il abandonna Philadelpbie , où le congrès vint reprendre ses séances, et reçut ^ le ti août, en audience solennelle Un plénipotentiaire français» dont les lettres étaient signées de Louis XVI et adressées â m chéri ei grands amù et alliés » le président et ks membres du eon^ grès général de F Amérique septentrioncde Ayant livré et perdu dans sa relraile la bataille de Monimoulh , Clinlon se dirigea vers Sandy-llook, d'où l'amiral Howe conduisit Tarméo à New- Yorck. Quatre jours après, le com/c d'/tstaing, envoyé au secoursdcsAméricains avec une escadre de douze vaisseaux de ligne que des vents contraires avaiëtot retardée^ parut à la hauteur de Sandy-Uook. N'ayant pu arriver à temps pour surprendre la Hotte et l'armée anglaises dans la Delaware, selon le plan qui avait éîé concerté à Paris entre les ministres de France et les députés des Elals-Unis, d'Estaing fit voile vers Kbodc-lsland , dans le dessein de s'en emparer. L'amiral HoweTy suivit» et une grande bataille navale était imminente » sans une tempête qui séparâtes deux flottes prêtes à se choquer et leur causa tant d'avaries qu'elles ne purent tenir la mer pendant quelque temps.

Apre^îdiverses (eni.'Jives sans résultais importans dans les provinces septenJriunales , Clinton, sur la iai delà campagne, porta ses opérations vers le midi. 11 envoya un corps de troupes en Géorgie sous ia conduite do colo-*

Di§itized by Coogle

BU SIX-ULITIÈME SILCLE. 58 1

Bel CampbdUi qui obtint quelque» succès* Depuis que les Frauf ait prenaient pari à la guerre» elle D*étaik plus boruée au continent. EUe s'étendit aux Antilles où le marquis de Rouillé prit la Dominique et les Anglais Ste.^

Lucie , et même aux LkLcs orion(aiesoù.les^lroupes do la compagnie anglaise s'emparèrent do Pondichéry. Les mers de l'Europe en furent ie théâtre comme celles de T Amérique et de TAsie» et deux grandes flottes» à la vue des> «btesde France et d'Angleterre et comme en spectacle; aox deux nations» se UvrèrenI à la hauteur de File d'Oumonlun combat fameux on la victoire resta incer*. taine entre les amiraux li Orviliiers et Keppei (27 el 28. juillet.)

L'année 1779 vit s'accroître encore les embarras del'Angleterre. Depuis long-temps la cour de Versailles sollicitait celle de Madrid de se déclarer pour les Etats-UniSr, et de profiter de l'occasion qui s'offrait de détioire la puis*, saoce coloniale des Anglais. Cependant le ministère d'Espagne hésitait; l'Espagnol , fidèle à ses princes et zélé catholique , répugnait à s'allier à des prulestaus armés contre leur souverain, line autre considération arrêtait les politiques. Ils pensaient qu'en encourageant l'insur-^ rection américaine» l'Espagne donnerait un mauvais exem^ pie à ses propres colonies eit leur inspirerait peut-être des. idées d'indépendance. A cette crainte prévoyante et que l'avenir a justifiée on opposait que, si la Grandt-Breta;;ue subjuguait ses colonies et disposait désormais de leurs forces en puissance souveraine et conquérante, elle ne tarderait pas à porter ses.vues ambitieuses sur les mines du Mexique et du Pérou ; que nndépendance des treize provincea présentait moins de dangers, pour l'Espagne que leur soumission *et même leur réconciliation à la mé» tropole; qu'une nouvelle république, sans marine et sans, armées , composée d'ailleurs d^étals séparés, sauf le faible lien d'une fédération» serait moins à craindre qu'une puissance entreprenante » usurpatrice» possédant des res-^ sources immenses dans Tancien et dansjle nouveau monde., itûsons prévalurent ; et après avoir» par^ un deiïiien*

ménagement pour la cour de Londres, offert sa médialiort aux parties belligérantes , médiation qui fut rejeltée comme proposée en termes qoi impU^aaieiii tacitem^t la reconnaissaoce de rmdépendanc^ amérieaioe , le loî d'Espagne rapjpela de Londres ton ambassadeur et dédara^ quHl se joignait h la France^

La campagne de celte année fut assez long-lemps peu aciive. Les deux armées principales, sous Clinton et W ashington , s'observaient sans en venir aux mains. Clinton n'avait paa assez de troupes pour attaquer les Américain», dans les positions anrantageuses où ils savaient ordinairement se retrancher, et WasUngton ponr pkisieors no-», tifor évitait de risquer une bataille. Il manquait de munitions et d*argent ; et , attendant des secours de France , il ne voulait riea hasarder avant leur arrivée. Mais son inaction tenait surtout à un déplorable changement qui s'était opéré dans l'esprit public des Américains. L'alliance française » enlenr promettant on heureux dénouement de la guerre ». les avait jetés dans une indolenti»^ sécurité. Dans les premiers momens» V amour de la liberté les avait fait courir aux armes avec ardeur. Mais» au fond ^, leurs mœurs étaient plutôt agricoles ou commerciales (jue militaires , et l'état de guerre était trop contraire à leurs habitudes pour ne pas leur être uu fardeau. Dès que la France se lut déclarée pour eux , ils se persuadèrent facilement que la querelle approchait de sa fin» et qu'il ne leur restait plus que d'attendre en repos Thenre de la dé-, livrance. Tiédes» languissans» et déjà même ingrats , ils. ne secondaient que mollement leurs généreux alliés , se plaignaient que l'apparliioa des tlotles françaises n'eût point tout d'abord décidé la question et senililaiont ne sortir de leur engourdissement que pour accuser de lenteur et de faiblesse nos amiraux et nos marins. Le géné-> ralissime et les chefs du gouvernement gourmandaient en vain la coupable apathie de leurs concitoyens. Les désertions fréquentes , la rareté ou la courte durée des engagemens paralysaient les opérations de la <j;uerre , et , cependant, oa n'osait recourir à la voie à& conscriptipa.

DU BlX-HUmÈME SIÈCLE,

et de eontrahoiite dans la présente disposition 4es esprits. Triste comipagnon de cette indiffiârence sur k sort de la .

Îatrie « un vil égoisme dégradait les cœurs. Cette race 'hommes cupides qui pullule dans les révolutions et qui

se nourrit de la misère publique , s*étâit muUipliée chez les Américains. Taudis queles bons ciloyens sedévouaient aux fatigues des camps ou à des fonclious laborieuses , ces avides brigands se livraient sans pudeur à la soif du gain qui les dévorait. Pas de contrat privé dont ils ne fissent l'objet de leur trafic usuraire ; pas d'adjudication de fournitures pour les armées » on ils ne parvinssent à prendre uo intérêt , pour faire payer très-cher k Tétat ce que souvent ils ne lui livraient pas. La rareté, le haut prix, du numéraire et l'eflVayante dépréciation du papier-monnaie contribuèrent puissamment à cette altération des mœurs. L'énorme disproportion qui s'établit entre la valeur de l'argent et des billets, porta un grand nombre de débi-'. teurs à violer la foi des contrats. On acquitta de grossea. dettes a\ ec de faibles sommes et l'avarice fit taire la probité. Eu même temps , il se forma une horde d'agioteurs qui, spéculant sur les variations du papier, s'appliquaient à profiter d'une hausse ou d'ujie baisse momentanée., qu'ii^s préparaient par di» fausses nouvelles ou de viles in^ trignes. « De tout côté» on abandonnait les artsutiie», les travaux d'un commerce légitime, pour se livrer à l'appât funeste de ragiotage. Les plus méprisables des hommes s'enrichissaient ; les [ilus estimables tombaienldans rindigence. Les finances de Tétat , les fortunes privées», tout éprouvait la même confunon. Le mai ne se bornait pas à faire germer Pavarice dans les cœnrs ; il y attaquait la source de toutes les vertus et substituait l'esprit d'égoisme et d'intérêt à l'esprit de patriotisme. Personne ne voulait se ranger sous les drapeaux sans un engagement exorbitant, traiter avec les entrepreneurs d'un service public ou faire la moindre fourniture à l'état sans avoir perçu d'avance des profits démesurés , accepter un emploi ou une magistrature sans être assuré d'un sa-. ^r« scandaleux et de bénéfices iDégjitimes. » {Bofia.\

584 B18T0IBB GÉNÉRALE

Ces (livei st's causes du co(è des Amci icaiiis , la divisiou des iurcesdu cùfé des Anglais qui avaieul à laire face à beauçoup d'einu iiiis; reiidireot alors la guerre moins active en Amérique. On se bornait de pari et d'autre à des expéditions pea importâmes sur différens points» à attaquer , à prendre et à reprendre quelques forts et quelques postes. Vers le mois de juin» Famiral Byron et le comte d'Estaing , dont les flottes stationnaient dans les Antilles ^ reçurent des renforts d'Europe. D'Eslaiug forliiié de l'escadre du comte de Vaudreuil, qui venait d'enlever aux Anglais tous leurs établisseuieus du Sénégal , s'empare de la Grenade par un brillant coup de main ; après quoi», yainqueur dans un combat naval de Famiral Byron, qui tenta inutilement de reprendre cette île» il fit voile pour FÂmérique septentrionale. De concert avec le général Lincoln , il assiégea la \ ille de Savannak , fut blessé dans l'assaut meurtrier qu'il lÏMa sans succès à cette place, et retourna en Europe avec la plus grande partie de sa flotte. » -

Dans cette campagne , les Espagnols avaient pris part aux^^hoslilités. L'amiral Cardava avait jointdans la Manche la flotte dn comte d*0rvt7/f«rs pour tenter un débarquement en Angleterre, projet qui écboua par des relards fâcheux et par les tempêtes. Une armée espagnole avait mis le siège devant Gibraltar , et Bernard o Galvez , gouverneur de la Louisiane , avait fait une heureuse incursion dans la Floride f)ccideotale. Mais Famiral Rodney, nommé vers la fin de 1779 an commandement de la flotte anglaise des Indes occidentales. » avait » en se rendant aux Antilles» ravitaillé Gibraltar et détruit une escadre espagnole de onze \ aisstaux de ligne, préludv' des succès eclatans que les Anglais devaient obtenir i ii 1780.

S'ils avaient provoqué leur péril actuel par leur conduite envers leurs colonies, il. faut reconnaître qu'ils déployèrent» dans la crise» une fermeté et une intrépidité peu communes. Tandis que la jeune Amérique mollissait comme épuisée de^ ses premiers eflbrts » la vieille Angleterre, comme un vigoureux athlète, tendait tous ses^

m Brc-HumÉME siècle. 585

muscles pour cetle grande lutte. Les discordes parlementaires furent suspendues , et la voU de la patrie domiaa celle de tous les parti j. Dans les campagaes comme dans les cilés t une foale de bons citoyens s'engagèrent à fournir des sommes considérables ponr lever et organiser des trouijes. Los corps poUtiqu(*s , les sociétés commerciales olirirentà Tenvi des contributions volontaires. La compagnie des Indes oiieulales fit don au gouvernement de (rois vaisseaux de 74 canons » et d'une somme suiTisante pour rentretien de 6>000 matelots. Animée d'un élan natio-» pal n toute la Grande-Bretagne courut aux armes et se montra si ferme et si résolue qu'elle parut encore pouvoir triouiplier.

Au mois de mars 1780 , le général Clinton , enhardi par le départ du comte d'Estaing et par Téchec des Américains et des Français à Savannah, s'embarqua à New- Yorck avec une partie de son armée pour une expédition dans la Caroline méridionale, et mit le siège devant Charhs'Tawn, dont la garnison » forte de 5,000 hommes, se rendit prisonnière de guerre. Après la prise de celle place, les Anglais ne trouvèrent plus de rési&iance dans la province , et Clinton , en regardant la réduclion comme assurée, retourna protéger Nevir- Yorck, que Washington avait menacée en son absence. My lord ComwaBis , que Clinton avait laissé à Charles-Town , remporta une victoire signalée sur le général Gate$ envoyé pour reprendre la Caroline , et, Tannée suivante, il baltil le *;('iierai Green qui avait remplacé Gates dans le commandement de Tarmée américaine du midi. Ces revers, au reste, produisirent dans Tesprit des colons un étonnant et heureux changement , en les arrachant à leur funeste apathie. L'aiguillon de l'adversité réveilla les courages , et Tardeur qui avait éclaté dans les premiers temps de la révolution et que la prospérité avait amortie se ranima en présence du danger.

Pendant la guerre carolinienne,, les flottes anglaises et i^rançaises déployaient sur mer des forces à peu près ]^areilles qu'elles mesuraient avec une supériorité indcr-

HÏSTOIKE GÉNÉRALE

cise* Trois foû le comte de Guicheo et ramira) Rod&ej eo vioreot aux prises dans les parages des ^i^tilles sans aulre résultat que des pertes, balancées et on dommage égal pour les deux flottes.

La guerre maritime de la France et de rAnglelerre, en divisant les forces navales des Anglais, opérait une diversion favorable aux Américains. Cependant elle ne compensait point assez Tinégalité de leurs ressources, et il était à craindre qu'un gouvernement nouveau et encore mal établi ne succombât à la longue aux efforts d'un peuple qui Tattaquait avec toute la puissance que donne une organisation ancienne et forte , un crédit éprouvé et un commerce immense. Dans cet état, le congrès se détermina à solliciter du roi de France des secours plus aboodaus et plus directs, des subsides réglés » un corps de troupes spécialement aiTecté à la guerre continentale» et une escadre destinée à agir , de concert avec les forcea. 4e terre 9 contré les villes de la oôte. Louis XVI leur envoya , sons le cbevalier de Temay et sons le comte de Hochambeau, une escadre de sept vaisseaux et un corps de 5,000 hommes. Ce ne fut d'abord qu'uue faible ressource. Peu de temps après son arrivée , l'escadre française fut bloquée dans Newport par des forces supérieures, A la même époque eut lieu la trahison i^Arnold, qui , accusé de déprédations et condamné à être réprimandé publiquement par Washington , renia la cause de Pindépen (lance et se donna aux Anglais. A la vérité , son exemple n'entraîna point d*autres défections. Mais s'il fut le seul traître, il n'était pas le seul mécontent dans Farmée américaine, ^u commencement de Tannée 1781». les troupes 4e Pensylvanie» b'étant point payées, mirent aux arrêts leurs généraux et leurs oficiera; sous la coa->. duite d'un sergent-major, elles marchèrent àPhiladelphie pour demander leur solde au congrès, et on eut beaucoup de peine à les ramener au devoir. Des symptômes de mutinerie >e manifestèrent aussi dans d'autres corps, et il iallut toute la prudente fermeté de Washington pour arrêter la contagion. Le corps français ne pouvait donner

i»n Bix-HurrrëME siècle.

à Varmée américaine aucun «ecimrft pécuniaire , obligé fu'it était dtàjk lui-même di^. recourir à des emprunte^ onéreos. Les lettres de change* sur la Fraaee ne se négo» ciaient à Boston et à Philadelphie qu^avec grande perte/

Le papier-monnai« des Ëlats-Ûnis perdait eucore pluSt et semblait voisio d'une dépréciatioû totale.

Mais les afîaîres des alliés devaient bientôt prendre une ■deillenre lace. Déjà , sur mer , au mois de juillet de Tannée précédente », ils avaient fait d'importantes captu-K res^Xa graqde flotte combinée de France et d'Espagne ayiût itttmepté un riche convoi destiné aux Indes orien-^ taies et occidentales , el pris soixante vaisseaux près de 5,000 uialelols et soldais , et un immense butin. A peu près vers le même temps » la majeure partie d'une grande flotte marchand» ejLpédiée- pour Québec avait été enlevée^ par des corsuires^ américains à la hauteur da banc de> Terre-Neuve. Enfin • dans le temps que ces p^tes affligeatent Angleterre , la Hollande , son ancienne alliée , non-seulement lui refusait les soeours stipulés par les traités , mais même , malgré les plaintes réitérées de l'ambassadeur ànglais à La Haye , continuait de fournir aux Américains des armes et des munitions de toute e^ce. Il était difficile en eflet de contenir des négociana avides de gain, et qui' vendant même en temps de guerre^ des provision» à leurs ennemis. IV'ailleurs , les Hollandais en général désapprouvaient la guerre d'Amérique. Ils sentaient de la sympathie pour un peuple qui soutenait une lutte pareille à celle dont la constance de leurs an*, cètres était sortie yictorieuse. joutons à cela que,. puissSBce nayale # ils yoyaient avec déplaisir le droit desuprématie qae TAngleterre affectait sur toutes les mers» et que le moment leur semblait favorable pour rendre aux nations la liberté maritime. Aussi étaient-ils secrètement disposés à entrer dans le système de neutraUlé armée quelescoursdunord^iaKussieàleur téte, proposaient alors à l'Europe , et qui avait pour but d'annuller cette coutume maritime en yertu de laquelle des puissancefr iNdiîgérantes s'arrogeaient lie droit de visiter les vaisseaux.

UISTOIBE GÉI<ÏÉRALE'

des états oeutres» sous prétexte d'empêcher qu'ils nc^ portassent à l'an ou à Tautre parti des provisions de? guerre. Dans la circonstanee présente , c'était surtout à- FAngleterre qu'importait le maintien de cette coutume. Aussi fut-elle vivement irritée des dispositions de la Hollande; et, ayant fait porler aux états-généraux de- DOQvelit's lemonfrancesqui furent éludées, aimant mieux une guerre ouverte qu'une sourde inimitié » le 20 décembre 1780 elle accrut le nombre déjà si considérable de ses ennemis en déclarant la guerre aux Hollandais. Elle calculait sans doute que les états-généraux n'ayaienl: fait aucun préparatif, que, selon l'apparence, ils ne* pourraient de lou^-tcmps entrer en campagne , et , eu attendant , Tavidilé brilanuique dévorait en espérance les richesses hollandaises dont les mers étaient couvertes sur la toi des traités, ou qui étaient amassées sans défense dans des tles lointaines.

Cependant plus le cercle des hostilités s'étendait» plus il était mal aisé que l'Angleterre fit face de tous côtés^ avec succès. Aussi la supériorité des alliés semontra-t-elle en 1781, d'abord par de petits avantages, tels que la prise de Pensacola par les Espagnols et de Tabago par les Français , et ensuite par une brillante opération , le siège et la réduction d*Yorck en Virginie, ou le lord Comwallù eapiltda le 19 octobre arec un corps de 8*000' hommes* A ce siège s'étaient distingués à Fenvi les Américains commandés par Washington, et, sous lui, par^ Lafayette , les régimens de Rochambeau et la floLle du comte de Grasse. Pour consacrer la mémoire de cet événement , le congrès ordonna d'ériger à Yorck ane colonne triomphale, et, en même temps, comme témoignage de> sa reconnaissance , il offrit à Washington deux drapeaux , et aux comtes de Rochambeau et de Grasse deux canons^ pris sur les Anglais. Ce qui ne fait pas moins d'honneur aux Fiançais que leur coopéraiion à ce beau fait d'armes, c*est la manière dont Cornwallis, dans sa relation à son» gouvernement , parle de nosofâciers. « Leur délicatesse,. » dit-il , la part qu'ils semblaient prendre à notre triôte^

ntT DIX-HCITIÉME SIÈCLE. 589

^ situation » la générosité avec laquelle ils nous ofTrireDt fontes les sommes dont noas pouvions avoir besoin» » sont au-dessus de toute expression y et doivent servir » d'exemple aax officiers anglais , quand la fortune de la

» guerre mettra quel(^ues-uus de leurs com^jalriotes eulre » noâ mains. »

Dans le sud, les succès du général Green concouraient avec ceux de Tarmée combinée. Descendant des hautes montagnes de la Santee » il chassait Tennemi de poste en poste jusqu'aux lignes de Gbarles-Town , ou U le forçait ^ de se renfermer : de sorte qu*à la fin de la campagne , les Anglais ne possédaient plus , sur le continent de TAmérique , que cette place , Savannah et New-Yorck.

Sur les autres théâtres de la guerre , ils avaient eu meilleure fortune. Si Lamothe-Piquet leur avait intercepté un convoi estimé plus de 16,000,000 » Tamiral Kem^ penfêUtwaii enlevé vingt vaisseaux de transport chai gés de provisions de guerre et portant 2,000 hommes de troupes françaises ; si le [);iini de Suffrcn fit échouer une tentative qu'ils dirigeaient contre les étabjisseuiens hollandais du cap de Bonne-Espérance , ils détruisirent les ouvrages des Espagnols devant Gibraltar, malgré la supériorité des forces qui bloquaient cette place. Mai^ Topinion publique et même le parlement ne se déclarèrèrent pas moins en Angleterre contre nne guerre qui avait déjà consumé plus de iO(),()<)0,000 sterling (2;i00, 000, 000 livres tonnioisj, cl doni chaque jour démontrait davantage riuulilité. La majorité , si longtemps compacte » qui avait soutenu le système de lord North , fut ébranlée» et finalement le ministère se retira et fit place à un autre cabinet ( 28 mars 17S2 ) , qui adopta en principe la nécessité de faire la paix avec VAmérique , dût-on même reconnaître son indépendance. Cepeudaut , pour essayer d'obtenir de la coalilion des conditions bonorabies , on fit de nouveaux efforts pour une campagne décisive.

Sur la fin de 1781 , les Français s*é(aient emparés de nie St.-Eustacbe. Au eommencement de 1782, ilsrepri-

, 590 mSTOlKË GÉNÉRALE

rent rar les Anglais les établissemèns boUandais de Défbé^ rary et d'fisseqnibot et les rendirent à la Hollande. Bientôt après, ils se rendirent maîtres des ties de St.-

Christophe, de Nevis et de MoDserral , de sorle qu'il ne restait plus aux Anglais dans la mer occitlentHle que la Jamaïque , la Rarhade et l'île d'Anfigue. Dans le même temps , le duc de Crilloo leur enlevait Tile de Minorqne. Mais les alliés échouèrent dans le projet de B*emparerdo la Jamàiqne; l'amiral Rodney sauva celte importante possession » et remporta même » le 12 avril » nne victoire éclatante sur le comte de Grasse , qui perdit sept vaisseaux de ligne et fut fait prisonnier. Lorsqu*arriva en Amérique la nouvelle de cet événement , le congrès el les assem* blées de plusieurs états étaient convoqués au sujet des propositions da général Carîeton , qui avait succédé à Clinton dans le commandement des forces anglaises. Il offrait la reconnaissance immédiate et entière de Tindépendance américaine, si les Etats-Unis voolaient se détacher de l'alliance française. Mais le con^i^rès refusa de recevoir sou envoyé, et les états déclarèrent unanimenu nt qu'ils regarderaient comme ennemi public quiconque proposerait de traiter sans le concours du prince magnanime qui les avait secourus dans leurs périls.

La défaite du comte de Grasse fit éclater en France nne vive douleur et en même temps un généreux élan de palriolisme. Les corps et les particuliers offrirent à Teuvi des contributions volontaires pour réparer les pertes de notre uiariiie. Duresie, toul s'acheniinail à la paiv ; elle était le vœu de ioutes les puissances belligérantes » et Tindépendance de T Amérique , le dénouement indispensable des hostilités* Elles se prolongeaient donc désormais sans but , et avec elles , des désastres inutiles. L'Angleterre , résignée à reconnaître Tindépendanee américaine , était d'ailleurs en mesure de traiter honorablement sur ious les antres articles. Les exploits de l'amiral Rodm y en Amérique, du générai Elliot à Gibraltar, mettaient à couvert la gloire de se^ pavillons et de ses armes. Si elle avait perdu plusieurs Iles dans les Antilles , eRe avait fait

M ttlX-HUmÉllB StéCLB. $91

ûes conquêtes si étendues dnns les Indes orienlales, qu'elle apportait dans une négocialion plus d*objets d*ét change que la France ne pouvait en otfrir. Ma» une raison plus déterminante encore t raccroissèment énorme de sa dette , lai faisait désirer la fin de la guerre. La France ne la souhaitait pas moins. Ayant atteint son but, qui était de séparer les colonies anglaises de leur métropole , elle devait être empressée de terminer une lutte qui avait épuisé ses linances et , chaqnt' jour» les grevait de plus en plus d'un funeste déficit* L'Espagiie» ayant perdu l'espoir de conquérir Gibraltar et la Jamaïque , n'avait rien de mieux à faire que de s'assurer par un traité l'tle de MiaorijiK' el la Floride occidentale , qu'elle avait soumises par les armes , et pour lesquelles l'Angleterre n'avait à lui ofTrir aucune compt iisaùon. La Hollande ne pouvait avoir d'autre volonté que celte de la France par qui elle avait recouvré ses colonies dé Démérary et de St.-Eustache« La médiation de l'impératrice de Russie et de l'empereur d'Allemagne se joignant aux dispositions pacifiques des puissances belligérantes, sur la fin de 1782 on ouvrit à Paris des ue^ociiations avec une ardeur mutuelle. '

Les Anglais et les Américains se rapprochèrent les

Iiremîers. Ils conclurent, le 50 novembre, un traité par equel la souveraineté et Findépendance des Etats-Unis d'Amérique était provisoirement reconnue , et qui devait êlre regardé comme clctiuilif el rendu public, lorsque FAnglelerre et la France auraient réglé leurs dififérends. Les préliminaires de paix entre ces deux puissances furent signés à Versailles le 20 janvier 1783. L'Angleterre restitua à la France les îles de St. -Pierre » de Miquelon , de Sfe.-Lucie, et loi céda celle de Tabago. En retour / Ftt^ de la Grenade et les Grenadines, la Dominique et les îles de St. -Vincent, de St. -Christophe, de.\evis el de Montserrat lui furent rendues. Dans les Indes orientales, laFrance recouvra Pondicliéri, Karical, et tout ce qu'elle possédait avant la guerre auBengale etsurlacùted*Orixa. EUeobtint encore a àutresT concevions importantes relatives à son

598 UISTOiUE GÉNÉRALE

commerce et aa droit de fortifier différentes places* Mais une des claases les plus honorables pour la France fut celle par laquelle le roi d'Angleterre consentit à Fabrogation et suppression de tous les articles relatifs au porf. deDunkerque, depuis la paixd'Utrfîcht en 1715. La cour de Londres céda à celle de Miidrid l ile de Minorque et les deuxFiorides, moyennant la restitution des îles de Bahama. Ces préliminaires furent convertis en traité définitif le 5 septembre de la même année* La veille , avait été conclu à Paris le traité particulier entre la Grande-Bretagne et les Etats^Généranx. Les Hollandais recouvraient leur *"i;ihlisseraenl de Trinquemale et cédaient Negapat— uaiii ei ses dépendances.

Ainsi se termina la lutte entreprise pour la cause de rAmériquef et dont le résultat fut la création d*un nouvel état qui , par Tétendue et la fertilité de son territoire.» par i'accroissement rapide de sa population et de son commerce, voit chaque jour se développer sa puissance. Quelles furent les causes de son triomphe ? D*ahord , les insurgés eurent le hnitheur, non-seulement de ne point rencontrer d'opposition parmi les peuples étrangers , mais d'y trouver même de la bienveillance et des secours , d'où se fortifia leur confiance dans la justice de leur cause et s'accrurent leur espérance et leur courage. A ces avantages il faut joindre la position géographique et la nature de leur pa^ s , séparé par de vastes mers de la nation qui voul.iit les soumettre , et défendu par des forets impénétrables, desdéser(s immenses et des monta^jnes inaccessibles. Cherchons encore une des principales causes du succès des Américains dans le peu de diiïérence qui existait entre la forme de leur ancien et de leur nouveau gouvernement. A un fantôme de royauté près» leur régime était populaire. Quand Tindépendance fut prodamée, toute l'administration resta la même, moins cette ombre de royauté , et la république fut établie sans avoir éprouvé ces secousses qui accompagnent et entravent les révolutions brusques et violentes. On doit aussi attribuer Theureuse issue de celle d'Amérique à la modé-

BU DÏX-àClTiÈM£ 81ÈCLB, 59$

Vation qui y présida. Elle ne présenta ni la lutte sanglante

des âiiibilious qui se disputent le pouvoir» ni les homicides fureurs des partis , ni la terreur des proscriptions. Elle eut pour diriger ses conseils une assemblée d'hommes sages et fermes , et pour commander ses armées un chef d*on cœur noble et magnanime en même temps que d*un esprit juste et rigoureux.

Les talens de Washington avaient puissamment «ontri* bué au salut de son pays pendant la guerre. Il était réservé à ce grand homme de le sauver d'un péril intérieur qui menaça son existence immédiatement après la paix. La solde des troupes était fort arriérée ; l'empressement du congrès à les licencier leur fit craindre de perdre le fruit 4e4eur8 services ; files furent sur le point de se soulever "et de contraindre le congrès par la force de satisfaire à leurs réclamations. Washington se porta médiateur entre rassemblée et i'armec , lit respecter Tautorité de l'une , ménagea les intérèls Je l'autre, et , après avoir sauvé sa patrie de la guerre civile , se démit du pouvoir qu'elle lui avait coutié. Le 25 décembre , il se rendit à la salle oii le congrès-général tenait ses séances » et déclara qu'ayant ^ccom{di sa mission , il ne lui restait plus qu*à résigner les emplois dont il avait plu à ses concitoyens de l'investir , et qu'à prier le Toul-Puissaui tle répandre ses bénédictions sur rAmérique et sur les hommes chargés de ses destinées : après quoi, il déposa entre les mains du président son bâton de commandement. Peu de jours après, r( simple particulier sur les bords du Potowmac» à Tombre 4e sa vigne et de son figuier, m il goûtait les douceurs de la vie des champs dans sa retraite de Mont-Vernon , en Viiiginie«

UN

Page 1